La peur est une émotion fondamentale qui se manifeste dès la petite enfance. Les chansons et comptines jouent un rôle important dans l'apprivoisement de cette émotion chez les enfants. Cet article explore l'analyse des chansons sur la peur maternelle, en se penchant sur leur contenu, leur impact émotionnel et leur utilisation pédagogique.
L'expression des émotions à travers la musique
L'exercice de la météo intérieure permet de partager son ressenti, d’exprimer ses émotions. On observe ce qui se passe en nous et on choisit la météo se rapprochant le plus de notre état émotionnel intérieur. Les élèves des maternelles sont amenés à créer leurs propres comptines autour de cet exercice d’expression des sentiments.
La chanson "Je suis le chef des émotions" permet aux enfants de découvrir la vie émotionnelle en musique, mais aussi de nommer les cinq pôles émotionnels : joie, peur, colère, tristesse, dégoût. En effet, depuis qu'ils sont bébés, les enfants expérimentent une vie émotionnelle intense, qui les questionne, les dérange parfois, et les submerge aussi. La chanson "Je suis le chef des émotions" est un support rassurant pour aimer sa vie émotionnelle mais aussi repérer des personnes-ressources. Efficace pour initier l'alphabétisation émotionnelle des enfants, cette chanson pédagogique est vivante, dansante…
La comptine "Promenons nous dans les bois" : une exploration de la peur
La comptine "Promenons nous dans le bois", appelée aussi "Loup y es tu ?" n'a aucune trace de son origine. Ensuite, une sorte de pont interrogatif dont les paroles ne sont pas forcement mélodiques, introduisent la partie du loup. Cette partie du loup est la seule de la comptine qui change tout au long de la chanson. En effet, à chaque nouveau couplet du loup, ce dernier annonce qu'il s'habille d'un nouvel habit. Lorsque le loup est habillé, il sort pour manger les enfants.
Apprentissage et identification
L'aspect premier est la connaissance des habits, ainsi qu'un ordre possible et logique (on met la culotte avant le pantalon). Cela permet à l'enfant de connaître tous les styles de vêtements et combinaisons d'habits. Il apprend alors les différents styles de manteaux, auxquels il prend la liberté d'ajouter des éléments de mode comme un chapeau, des chaussures de ville.
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Peur et amusement
La comptine parle également de la peur de l'inconnu, des bois, d'un loup, d'une voix grave dans un premier temps. Un juste milieu entre l'amusement et la peur que le loup ait fini de s'habiller et sorte pour manger les enfants. L'enfant se fait violence, car il entend que le loup s'habille… mais reste tout de même dans les bois à se balader, ne voulant pas prendre en compte le danger !
Un enfant peut être isolé et jouer le rôle du loup, il apprend alors à transformer la peur du loup en une émotion inversé qui est de " faire peur", cela permet d'apprivoiser sa peur et jouer avec. Changer de point de vue, permet à un enfant de prendre du recul sur la comptine et de jouer avec les émotions de ces amis. Lorsque le loup a fini de s'habiller et qu'il sort de sa maison pour manger les enfants, c'est alors l'effusion et une sorte de jeu de "chat" qui se met en place.
L'album "Ma peur et moi" : une personnification de la peur
Ressentir une peur à l’intérieur de soi, cela n’a rien d’anormal. Voici un très bel album pour mettre des mots sur la Peur. Cet album a toute sa place en bibliothèque de classe maternelle (et cycle 2), il fait sens pour les enfants.
La petite fille de l’album, narratrice de l’histoire, arrive dans un nouveau pays, un nouveau quartier, une nouvelle école. Sa Peur est toute petite dans les premières pages. Le travail d’illustration pour personnifier la Peur est très intéressant et juste. Mais la Peur prend de plus en plus de place. La Peur gonfle au point que toutes ses rondeurs enveloppantes collent à la peau de la petite fille et l’emprisonnent. La narratrice reste dans l’incompréhension de ce qui l’entoure. L’auteure voit juste en ouvrant son histoire vers « les autres ». « Les autres » aussi ont leurs peurs. Le jeune lecteur peut se sentir rassuré en prenant conscience qu’il n’est pas seul à ressentir cette émotion si particulière. « Ma peur et moi » est un album écrit et illustré par Francesca Sanna, paru en 2020 aux éditions du Ricochet.
Comment aider les enfants à apprivoiser les émotions ?
Vous ne pourrez pas y échapper ! Les jeunes enfants sont un jour ou l’autre en proie à des peurs diurnes et nocturnes en tout genre. On l’observe cette peur des monstres particulièrement chez l’enfant entre 2 ans et 7 ans, mais ces craintes plus ou moins rationnelles trouvent leur prolongement encore longtemps après… patience et bienveillance sont de mise, pour les adultes, parents ou professionnels, qui s’aventurent sur ce terrain. Parmi les peurs du noir, du loup, des fantômes et sorcières, se glisse la peur des monstres ou équivalent symbolique (géants, ogres, grosses et grandes bêtes velues ou étranges…). Pour le jeune enfant, traverser ces peurs (du) monstre suppose de les convoquer, ça et là, de s’en approcher, pour mieux s’en éloigner. La crainte et le plaisir, constructifs quand ils ne sont pas débordants, vont alors de pair. Aussi quoi de mieux qu’un livre, pour jouer de ses peurs puis peu à peu les maîtriser ?
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Six grands classiques de la littérature jeunesse consacrés aux monstres et autres créatures féroces
Ces six grands classiques de la littérature jeunesse sont consacrés aux monstres et autres créatures féroces. Des monstres pas si terribles puisque les lecteurs en viennent souvent à se demander si ce n’est pas finalement la petite bête qui va manger la grosse. A dévorer sans modération, à condition, bien sûr, que l’enfant soit prêt et demandeur.
« Va-t’en Grand Monstre Vert !, Ed Emberley, 1996, L’école des loisirs
Chaque page de cette histoire dévoile une partie de la figure de Grand Monstre Vert : « deux grands yeux jaunes », « un long nez bleu turquoise », « une grande bouche rouge »… jusqu’à ce que le petit lecteur en herbe et l’adulte qui l’accompagne découvrent peu à peu le visage du monstre dans son intégralité. La deuxième partie du livre nous invite à déconstruire ce monstre en faisant disparaître page après page chaque partie du visage… jusqu’à lui dire au-revoir… ou pas !
Le côté participatif : les pages (pré)découpées dévoilant les parties du corps offrent un format sensoriel particulièrement adapté aux jeunes enfants. Grand Monstre Vert est un monstre moderne, aux couleurs vives et attractives. En somme il n’est pas si effrayant que cela ! La structure du récit rythmée et parfaitement orchestrée en trois temps : la lente narration autour de l’apparition de la figure du monstre, sa déconstruction qui plonge les lecteurs dans un registre impératif : « PARTEZ ! Cheveux violets ébouriffés !»… jusqu’à la phrase choc finale « VA-T’EN Grand Monstre Vert ! » et NE REVIENS JAMAIS ! »… « Sauf, si je te le demande ». La dénomination des parties du corps.
Il n’y a qu’à voir le visage souriant et absorbé des jeunes enfants (re)découvrant Grand Monstre vert pour saisir toute la pertinence de cette proposition artistique. Le rythme du récit, l’attrait des images et la dynamique d’apparition/disparition du monstre s’accordent parfaitement avec le jeu d’attraction/répulsion des figures de peur chez le jeune enfant. Celui-ci peut, au fil des pages, apprivoiser le monstre vert, choisir de le faire (re)venir ou de l’éloigner jusqu’à le faire disparaître. Il est ainsi maître du jeu, du livre, et de ses peurs. La pensée magique fonctionne ici parfaitement puisqu’en affirmant au monstre « Tu ne me fais pas peur ! », le rapport de domination s’inverse, et le monstre peut alors être chassé. Le livre cartonne chez les enfants de 2 à 4 ans dont les phobies ordinaires diurnes et nocturnes jonchent le quotidien. Mais il est étonnant de voir qu’il marche aussi parfois bien pour les plus jeunes, rapidement attirés par ce monstre joyeux plein de couleurs. Cette attirance précoce pour Grand Monstre Vert peut sans doute aussi s’expliquer par la tranche du récit consacrée à la nomination des parties corps (nez, bouche, yeux…) dont les tout-petits raffolent dès la deuxième année de vie. La nuance subtile qui ponctue la formule : « Ne reviens jamais ! », « Sauf si je te le demande ! » (écrite en vert et en petites lettres d’imprimerie) est un trait de génie de l’auteur. Il s’adresse-là directement à l’ambivalence du jeune enfant qui souhaite, à coup sûr, autant faire rester le monstre que le faire partir. Le monstre vert n’est d’ailleurs grand que par son signifiant : jamais sa silhouette n’est dévoilée dans son ensemble et nous ne faisons connaissance avec lui qu’à travers son visage. Au final, Grand Monstre Vert ne fait pas si peur… il est étrangement familier, inspire à la fois mise à distance et identifications multiples. C’est d’ailleurs souvent le cas lorsqu’il s’agit de petits et grands bonhommes verts, à en croire la sympathie suscitée par des personnages tels que Shrek, les Martiens ou encore Maître Yoda. Or, les enfants et les livres sont souvent des miroirs de notre mémoire collective archaïque… Un monstre et un livre qui en disent donc plus qu’ils n’en n’ont l’air sur notre humanité !
« La chasse à l’ours », de Michael Rosen, Helen Oxenbury, 1989, L’école des loisirs
Une famille (un papa et ses 3 enfants) se fait une joie de partir à la chasse à l’ours. Des obstacles naturels les attendent. Mais rien ne les arrête, sauf peut-être… l’ours lui-même ! Les voilà repartis en marche arrière et en (dé)route vers la chaleur du foyer retrouvé.
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Les phrases introductives réitérées qui ponctuent chaque aventure, tels les refrains d’une chanson, ou la répétition d’un rituel : « Nous allons à la chasse à l’ours. Nous allons en prendre un très gros. La vie est belle. Nous n’avons peur de rien ». Puis « On ne peut pas passer dessus. On ne peut pas passer dessous. Allons-y, il n’y a plus qu’à… ». L’ours, figure populaire d’attachement et de peur. Les bruits lors de la traversée des obstacles « flou, flou,flou… », « Criss, criss… », « Hou, hou… ». Par ces simples onomatopées, ce n’est pas seulement l’ouïe qui est convoquée mais tout un monde de sensations infantiles (le contact avec la pelouse, la boue, la neige…le froid…). Les traits dynamiques de cette famille en mouvement, en quête d’aventure comme de retrouvailles avec la réassurance de la maisonnée. L’alternance entre les pages noir et blanc et les pages de couleur, vivifiantes et joyeuses, malgré la rencontre des intempéries.
A ce livre, je crois que j’associerai toujours mes souvenirs de première année en tant que psychologue de crèche. Assise à observer enfants et professionnels, j’assistais, curieuse et étonnée, à la demande insistante et répétée, sans relâche, de (re)lecture de la Chasse à l’ours. Nous en riions souvent avec les professionnelles, qui elles aussi, se questionnaient sur cette attirance sans faille vers la Chasse à l’ours. Notre surprise tenait sûrement du fait que la Chasse à l’ours s’adresse directement aux enfants, bien plus qu’aux adultes. Mais à y regarder de plus prêt, les adultes pourraient bien y trouver leur conte : c’est un peu de nostalgie et d’insouciance dont il est question, voire de souvenirs… ce qu’incitent à penser les pages en noir et blanc, tels des flashs backs, procédé emprunté à la photographie et au cinéma. Les paroles répétées rappellent le refrain du quotidien et de ses rituels si rassurants pour les jeunes enfants. Ce quotidien est pour eux aussi une aventure permanente, que la nature suffit à soutenir. L’accélération de la fin est inattendue, moment de retrouvailles nez à nez avec l’ours et avec la peur. Elle se lit et se relit avec délectation. Notons que là encore, la figure effrayante est introduite par la nomination des parties du corps bien (re)connues des tout-petits: les oreilles, les yeux… La capacité à rebrousser chemin et à (se) retourner vers l’intérieur du foyer familial en cas de danger est sans doute ici racontée au sens propre comme au figuré. L’absence de figure maternelle est parlante, mais peut bien passer inaperçue, suivant les lecteurs, petits ou grands, laissant à chacun sa part d’interprétation. Enfin, ce récit se joue de notre ambiguïté à tous face à l’Ours, tantôt peluche réconfortante ou bête sauvage. Ainsi, à la fin du livre, apparaît l’Ours, l’air penaud, ramenant encore et toujours à la fameuse question : qui fait peur à qui ? La chasse à l’ours est donc une prouesse esthétique et poétique, aux lectures multiples et universelles : pas étonnant que ce livre soit à l’origine de chansons, devenues classiques en collectivité, et même d’une adaptation cinématographique.
« Toc ! Toc ! Qui est là ? », de Sally Grindley et Anthony Browne, 2005, L’école des loisirs
C’est l’heure du coucher. Une petite fille entend frapper à la porte. S’ensuit le fameux « qui est là ? », et le non moins conventionnel défilé de personnages épouvantables (à un détail prêt) : gorille, dragon, sorcière, fantôme, géant… viennent perturber le sommeil de la petite fille. Quel soulagement lorsqu’elle retrouve son papa…
La fameuse ritournelle théâtrale du « toc, toc… qui est là ? ». Le détail rassurant (les pantoufles !), fil conducteur propre aux albums d’Anthony Browne. La convocation de l’imagerie populaire terrifiante (fantômes, dragons…). La coexistence du fantastique et du rationnel (« je savais que c’était toi !»), en connexion directe avec le fonctionnement psychique infantile.
Qui ne se souvient pas avoir eu peur qu’un monstre, un fantôme ou autre équivalent symbolique passe le pas de la porte et s’introduise dans la chambre ? Ces scénarios d’effraction, entre veille et sommeil, ne sont-ils pas avant tout projectifs ? Le personnage fantasmagorique est alors en partie représentatif de ce qui fait peur chez soi, en soi (la pulsionnalité, l’agressivité, le côté sauvage, l’inconscient des cauchemars…). Mais alors, comment freiner l’emballement de scénarios catastrophes imaginaires ? L’appel à la figure familière rassurante est un des possibles. Dans cette histoire comme dans la vraie vie, le papa qui réconforte est aussi celui qui peut faire semblant de faire peur, ou jouer à faire peur… la limite est parfois ténue, et c’est toute la subtilité de ce livre, qui joue des peurs sans jamais semer la terreur.
« Chhht !», de Sally Grindley et Peter Utton, 1991, L’École des loisirs
Chhht ! plonge le jeune lecteur au cœur du château d’un géant. De fenêtre en fenêtre, il peut choisir d’ouvrir celles-ci ou de les laisser fermées, à ses risques et périls…
L’originalité du récit. Les fenêtres pré-découpées, objets de manipulation et de suspense par excellence. Elles conduisent le lecteur page après page vers le géant du château. Le texte participatif qui invite à l’action « Vite, tourne la page ! » et à la réaction. L’enfant peut en effet répondre aux questions s’il le souhaite (ex : « Crois-tu qu’on l’a réveillée ? »). Les 1001 détails fournis par les illustrations. Le jeu entre excitation de la peur et maintien/retour au calme dans ce livre qui suscite le chuchotement. La répétition de la même scène (un personnage qui dort et qu’il ne faut pas réveiller, l’ouverture d’une fenêtre vers une autre pièce et un autre personnage…) déclinée sur plusieurs pages. La chute de Chhht ! : Sans spoiler, ça vaut le détour et donne, en général, l’envie d’y refaire un petit tour.
Chhht ! est selon moi le livre passerelle par excellence entre la toute petite enfance et la jeune enfance. C’est pourquoi il plaît souvent aux « grands » de la crèche, mais aussi aux enfants de Maternelle, toute section confondue. La narration est fournie et doit tenir compte d’une certaine capacité à se concentrer, mais aussi à approcher la peur sans y adhérer totalement. Il rencontre un franc succès en lecture individuelle. Cela permet d’accompagner l’enfant de manière ajustée à son rythme et en tenant compte de son ambivalence, de son désir d’aller plus loin ou de s’arrêter là. Mais il peut être également pertinent de proposer le livre en lecture collective (petit groupe), car dès le plus jeune âge, il n’y a rien de plus drôle et de sensationnel que de se faire (un petit peu) peur à plusieurs ! A partir de : 2 ans et demi jusqu’à 6 ans environ Petite précaution : l’histoire fait fureur mais elle peut aussi véritablement dresser les poils. Le mieux est alors de lire le livre pour soi avant de le lire à l’enfant afin de se demander s’il est vraiment approprié (en fonction de ses réactions générales ou de sa sensibilité), quitte à le (re)proposer plus tard.
« Gruffalo », de Julia Donaldson et Axel Scheffler, 1999, Gallimard Jeunesse
Une souris se promène dans le bois. Elle croise un renard, un hibou et un serpent qui en feraient bien leur repas. Mais la petite souris décline leur invitation à manger/être mangée puisqu’elle a rendez-vous avec le (soi-disant) fameux « Gruffalo ». La ruse tient jusqu’à ce que la petite souris croise RÉELLEMENT le Gruffalo, qui lui-même cherche à se régaler…
La petite souris, bien plus petite que les autres, mais bien plus maligne. Une héroïne à laquelle les jeunes enfants s’identifient donc parfaitement ! La structure répétitive de ce conte-randonnée, rassurante et percutante : l’ordre de rencontre des animaux, les phrases clés « Un gruffalo ? Mais qu’est-ce que c’est ? Tout le monde le sait ! »… La poésie du texte, en alexandrins ! Les phrasés narratifs sont riches, mais très accessibles à tous. Le zoom sur les attributs du monstre : griffes, dents, défenses, « orteils écartés », verrue, « corne aux genoux », « yeux oranges »… permettent d’approcher le Gruffalo à bonne distance, sans toutefois être effrayé.
Le Gruffalo, c’est un peu la rencontre entre le Yéti et le Loup : celui dont on a toujours entendu parler mais que personne n’a jamais vraiment vu, qu’il soit issu du folklore légendaire ou réel. Lorsque la souris se trouve nez à nez avec le Gruffalo, la morale de l’histoire pourrait bien être : tel est pris qui croyait prendre. Mais ce conte va plus loin. Plus que la rencontre avec le Gruffalo, fruit de l’imaginaire de la souris (ou de l’imaginaire collectif), c’est la rencontre avec ses fonctions cognitives et intellectuelles qui surprend les lecteurs. « Ruser », et surtout changer de ruse, suppose de dépasser les investissements pulsionnels primaires, pour tendre vers le raisonnement et des stratégies d’adaptation, ce qui est loin d’être évident pour un jeune enfant, mais en processus évolutif. La relative longueur de l’histoire, les rebondissements, font écho à ce cheminement psychique progressif et semé d’embuches.
« Max et les Maximonstres », de Maurice Sendak, 1963, L’école des loisirs
C’est le soir. Max et sa maman sont en colère. Max, vêtu de son costume de loup, a fait beaucoup de bêtises. Il se retrouve au lit sans souper, porte fermée… c’est la porte ouverte à une toute autre aventure. Le voilà parti sur les flots, en direction d’un nouveau pays, celui des Maximonstres. Il passe du temps avec les créatures de l’île, fait la fête, est accueilli et reconnu comme leur roi, le Roi des (Maxi)monstres. Bientôt, le manqu…
La tristesse dans la musique populaire : une tendance contemporaine
Une analyse scientifique révèle que les paroles de nos tubes préférés sont de plus en plus tristes et négatives, et ce depuis les années 50. Les marques devraient-elles s’ajuster et prendre en compte nos coups de blues ?
En analysant les sentiments exprimés dans les hits du Billboard Hot 100 entre 1951 et 2016, deux chercheurs démontrent un changement notoire en matière d’émotions véhiculées. En effet, les paroles de nos tubes préférés délaisseraient la joie, la bonne humeur et l'espoir au profit de sentiments bien plus négatifs comme le dégoût, la colère, la peur, ou la tristesse.
Pour identifier les tendances qui découlent des différents morceaux, les chercheurs ont utilisé Tone Analyzer, un outil linguistique informatique développé pour Watson, l’intelligence artificielle d’IBM. Ils ont ainsi pu analyser 6 150 chansons les plus populaires de ces 65 dernières années. Et ce qu’ils découvrent semble étroitement lié aux conjonctures sociales, politiques et culturelles des époques analysées.
Selon l’étude, les paroles de chansons pop exprimaient plus de peur au milieu des années 80 qu’à la fin de la décennie, laquelle est marquée par la chute du mur de Berlin en 1989 (fin symbolique de la Guerre froide) et par l’effondrement de l’URSS, quelques années plus tard. À l’inverse, les paroles empreintes de « peur » auraient fait leur grand retour en 1998 et 1999 pour finalement redevenir un peu plus joyeuses en l’an 2000, au début du millénaire. « Le changement de sentiments dans les paroles ne reflète pas nécessairement ce que les musiciens et auteurs-compositeurs ont voulu exprimer, mais est davantage lié à ce que les consommateurs de musique voulaient écouter chaque année », rapporte le chercheur Lior Shamir à The Times of India. Ainsi, les auditeurs des années 50 écoutaient principalement de la musique joyeuse pour se divertir (fin de la guerre oblige). Dans les années 60 et jusqu’au début des années 70, les mouvements activistes prennent plus d’ampleur et diffusent des revendications militantes plus incisives.
Musique triste ne rime pas avec dépression. Selon Michaël Boumendil, designer sonore et fondateur de l’agence de design musical Sixième Son, la catégorisation de l’étude est réductrice. « Quand on est artiste et qu’on veut véhiculer une émotion, on le fait à sa manière, on cherche à raconter une histoire. On a tous dansé un slow sur une musique triste. Ce n’est pas pour autant que l’on sortait de la soirée déprimé », rapporte-t-il. Bien au contraire ! Dans une étude parue en 2014, des chercheurs en neurosciences expliquaient le paradoxe de la musique triste et comment elle peut aussi être vectrice de bien-être et d’émotions positives. « Il importe aussi de différencier les musiques fonctionnelles (celles qui ont un contexte, une fonction sociale, ndlr) des autres, peut-être moins médiatisées, poursuit Michaël Boumendil. Prenez le blues et le gospel par exemple, deux courants qui prennent racine dans l’esclavage et qui ont influencé énormément de genres. On trouve difficilement plus triste, et pourtant, on danse dessus ».
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