La musique, langage universel, s'avère être un outil puissant pour aborder des sujets délicats avec les enfants, notamment le handicap. Les chansons, en particulier, offrent une approche ludique et émotionnelle pour sensibiliser les plus jeunes à la diversité et à l'inclusion. Cet article explore l'importance et l'impact des chansons sur le handicap pour les enfants en maternelle, en mettant en lumière des exemples concrets et des initiatives inspirantes.

L'importance de la musique dans le développement de l'enfant

Avant même de naître, l'enfant perçoit, sous une forme musicale, la rumeur du monde et les messages qui lui sont adressés. Un embryon de chanson, serait-on tenté de dire : sur la rythmique du cœur murmure la ligne de basse de la voix paternelle et, flottant sur cet accompagnement comme une invitation au sens, se développe la mélodie de la voix maternelle. Lorsqu'enfin l'enfant voit le jour, ses parents déposent naturellement, sur cette portée déjà en place, leurs paroles accueillantes et lui adressent la première chanson de son histoire, une chanson d'amour. Viennent alors berceuses, comptines, inventions chantées pour rythmer la vie quotidienne : les premières années de la vie de l'enfant sont décidément musicales.

Dans cette perspective, la chanson ne peut plus être considérée comme une agréable distraction, mais bien comme un indispensable médiateur. Non seulement elle préside à la rencontre avec l'autre, mais encore elle structure le monde intérieur de l'enfant et sa vie pulsionnelle, jouant ainsi pour son psychisme un rôle fondateur. L'aspect facilitant de ce mode d'expression ouvre en douceur au petit d'homme le problématique accès à la parole, aux apprentissages, à la connaissance du corps.

Chansons et handicap : un outil de sensibilisation et d'inclusion

Les chansons sur le handicap permettent d'aborder des thèmes tels que la différence, l'acceptation, la solidarité et le respect de manière simple et accessible aux enfants. Elles peuvent aider à déconstruire les préjugés et les stéréotypes, et à promouvoir une vision positive du handicap.

Des exemples concrets

  • Lou, je m’appelle Lou : Cette chanson interprétée par Lou, un jeune adolescent aveugle de naissance, est un témoignage poignant de sa vie et de ses besoins. Les paroles, retranscrites ci-dessous, sont touchantes, et le montage vidéo qui les accompagne est particulièrement évocateur. Il enchaîne des images qui retracent le parcours de la vie de Lou, depuis tout petit. On y mesure ses difficultés, ses douleurs, mais aussi ce qui le nourrit : les encouragements, les câlins, sa passion pour la musique. Lou chante : "Lou, je m’appelle Lou,Voyez, je suis fait comme vous,Si ce n’est que où que j’aille,Je n’ai qu’mon piano, ma canne blanche et le braille.Lou, je m’appelle Lou,Voyez, je suis fait comme vous,Si ce n’est, je vous l’avoue,Que dans mon trou, j’traîne beaucoup.Oui j’ai peur du malheur,Torpeur d’un monde en fureur.La gestion d’mes émotions,A chaque tension, je fais le hérisson.Je sais, la vie est relou,Elle nous fout des coups d’bambou,Nous entaille, dresse des murailles,Nos rêves s’écaillent."
  • Ensemble : Dans l'est de la France, des collégiens de classes ULIS ont écrit une chanson, intitulée "Ensemble". L’objectif : changer le regard des gens sur le handicap. Ils ont publié le clip sur Internet et ils viennent de recevoir les félicitations de Jean-Jacques Goldman, un célèbre chanteur ! Les classes ULIS sont des classes adaptées aux besoins des élèves qui ont des troubles de l’apprentissage ou des handicaps. Matéo, 15 ans, se trouve dans le studio d’enregistrement. Matéo : "Je suis dyspraxique. Cela veut dire que j’ai des difficultés à faire certains gestes. À cause de ça, je me suis beaucoup fait moquer par les autres élèves, quand je suis entré en 6e. J’en avais vraiment marre ! Alors, j’ai écrit un texte pour parler de mon passé et de ce que je vivais. Je me suis inspiré de Grand Corps Malade." Matéo : "J’en ai parlé à ma prof, parce que j’avais envie d’en faire un projet. J’ai lu mon texte devant la classe, et ça a convaincu tout le monde. Après, on s’est tous mis à écrire, chacun sur son vécu, pour compléter la chanson." Matéo : "L’année dernière, quand j’étais en 4e, on est allés dans un vrai studio. On était nombreux à chanter. Il y avait des élèves de mon collège, d’un autre collège de la région, et aussi d’une école maternelle. On a tourné le clip dans mon collège, au golf, et avec les joueurs de foot du Racing Club de Strasbourg." Jean-Jacques Goldman est un célèbre chanteur français. Il y a vingt ans, il a lui aussi écrit une chanson intitulée "Ensemble." Matéo : "Oui. Quand je vois le clip aujourd’hui, je suis ému. Je ne m’attendais pas à ce que ça marche si bien. Jean-Jacques Goldman nous a même écrit une lettre pour nous dire merci pour la chanson." Matéo : "Ça va mieux. Aujourd’hui, j’entends toujours des moqueries… mais moins, grâce à la chanson. Je pense que je vais en écrire d’autres." Sur Internet, le collège de Matéo a publié la lettre que Jean-Jacques Goldman a envoyée aux élèves.
  • Marre des histoires : Lorette de Paroles de Farfelus nous présente sa dernière chanson : "Marre des histoires" sur le harcèlement entre enfant. La compagnie Paroles de farfelus revient avec une nouvelle chanson et un clip “Marre des histoires”. Une chanson positive et joyeuse qui aborde pourtant un sujet crucial dès le plus jeune âge : le harcèlement entre enfants. “Avec le ton de la légèreté, on fait passer des super messages” explique Lorette alias Laure Desbre. Derrière ce projet musical, “le but c’est de faire rêver les enfants” nous confie Laure, sourire aux lèvres. Si c’est dans les hôpitaux qu’est née la compagnie, cinq ans après, on les retrouve dans toutes les petites oreilles. Mais tout ne se joue pas que dans les studios d’enregistrement. Chaque semaine ou presque, Lorette se rend dans une école avec parfois le défi d’écrire de nouvelles chansons. « Les enfants veulent parler de vivre ensemble » se souvient-elle avant de parler de cette chanson sur le handicap écrite avec une classe de CP.

Comment utiliser ces chansons en maternelle ?

  • Écoute et discussion : Écoutez les chansons avec les enfants et discutez des paroles, des émotions exprimées et des situations décrites.
  • Activités créatives : Proposez des activités créatives inspirées des chansons, comme des dessins, des collages, des jeux de rôle ou des chorégraphies.
  • Écriture de chansons : Encouragez les enfants à écrire leurs propres chansons sur le handicap, en exprimant leurs sentiments et leurs idées.

La musique comme outil thérapeutique et de communication

L’association « Enfance et Musique » mène depuis plus de dix ans des actions de formation et de réflexion dans différents lieux d’accueil et de vie des enfants handicapés ou dans les centres de rééducation (kinésithérapeute, orthophoniste, éducatrice, psychologue, psychomotricienne…). Lorsque l’un de ces lieux sollicite un projet musical, l'association commence dans un premier temps par une formation entre adultes pour tous les membres de l’équipe. L’acquisition d’un répertoire de chansons, commun à chacun des membres des équipes éducative et soignante permet de tendre un fil entre les temps de rééducation, il sert de passerelle entre les différentes consultations. Il favorise la création d’un espace commun que professionnels, parents et enfants peuvent partager.

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Jouer, improviser, inventer avec la matière musicale demande à chaque adulte de s’impliquer personnellement, de retrouver une spontanéité d’expression, quelque fois de revivre des émotions liées à l’empreinte d’une mélodie. La découverte de la diversité des musiques du monde, l’improvisation avec des corps sonores, apportée par l’évolution contemporaine de la musique autorise et renforce l’intérêt pour le son en tant qu’objet. Ces jeux d’exploration sonore, en relation avec l’autre, portent vers la musique. Après la formation, cette découverte entre adultes de l’apport de la musique est porteuse de la motivation de l’équipe à créer des espaces de relation avec l’enfant, dans lesquels la musique est facteur de communication.

Il n’y a pas de méthode ou de recette pour « jouer » de la musique avec les enfants. Entre eux, ils jouent spontanément avec la matière sonore : vocalises, bruits de bouche, onomatopées, explorent les sons qu’ils découvrent dans leur environnement : radiateurs, grille, feuilles mortes… Quelques adultes savent partager ces moments de découverte, de « surprises sonores » et en jouer avec les enfants. Dans les lieux de rééducation, on cède cependant facilement à la tentation d’instrumentaliser la musique : en faire un outil de plus pour atteindre l’objectif fixé pour tel ou tel enfant. L’échange musical avec l’enfant, riche de dynamique et d’émotions partagées, risque de perdre son âme et de ne devenir qu’un enjeu de la difficulté à « vaincre ». Les moments de musique sont l’occasion que cet enfant « pas comme les autres » soit pour nous « comme les autres ».

Une des spécificités de la souffrance de l’enfant déficient ou handicapé est le décalage énorme, quasi insurmontable, entre son monde intérieur et ses possibilités de l’exprimer. Le handicap, du fait des limites qu’il impose aux capacités langagières et aux moyens intellectuels, empêche l’enfant de communiquer ses émotions et ses pensées. Les parents, les équipes soignantes, disent souvent qu’« elles ne savent pas quoi faire » avec l’enfant polyhandicapé. Au quotidien, ils s’épuisent devant la difficulté à établir une relation avec cet enfant.

La chanson est un mode d’expression privilégié pour essayer d’établir une relation avec les enfants en utilisant ces deux catégories de communication. Sa mélodie provoque un état émotionnel non-verbal que le corps exprime : sourires, larmes, chair de poule… Sa forme (couplets/refrain, accumulation, question/réponse), ses rythmes, sa cadence sont autant de repères temporels et s’accordent au rythme interne des organes (cœur, poumons…). Si nous faisons l’expérience du chant intérieur, ce chant qui nous trotte dans la tête et dont nous n’arrivons pas à nous défaire, nous prenons conscience qu’il n’est pas nécessaire d’avoir la capacité motrice de chanter, pour connaître et savourer cette mélodie pour soi-même. De même, l’enfant écoute et s’approprie cette chanson, même s’il n’a pas les capacités de nous faire entendre qu’il sait la chanter, elle est « en-lui ».

Il ne s’agit pas « d’enfiler » les chansons les unes après les autres auprès des enfants. Ainsi, le musicien cherche à trouver la « porte d’entrée » lorsque la relation est difficile à établir. Cela demande une observation très fine des attitudes de l’enfant, ainsi qu’une écoute particulière de ses réactions émotionnelles. La rencontre artistique replace au premier plan l’humanité de chacun. Elle remet en mouvement la formidable dynamique du désir de vivre et d’être en relation avec les autres. L’enfant se sachant entendu va ainsi développer sa créativité. Le musicien part des propositions et possibilités de l’enfant - voire de ce qu’il a cru être une proposition - pour jouer et construire avec lui. Ces moments de jeu musical avec l’enfant, parce qu’ils n’attendent à priori, aucun résultat, vont permettre l’émergence d’effets thérapeutiques « de surcroît ». L’espace de relation crée par la musique, l’écoute et la communication qu’il engendre, permet aux parents et aux professionnels de replacer, malgré le handicap, l’enfant et son devenir au premier plan.

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