La césarienne, une intervention chirurgicale courante, permet la naissance d'un bébé lorsque l'accouchement par voie basse n'est pas possible. Bien que de plus en plus sûre, elle n'est pas sans risques, notamment pour la vessie. Cet article vise à informer sur les complications vésicales potentielles liées à la césarienne, leurs causes, leurs conséquences et les solutions existantes.
Incontinence urinaire après césarienne : une réalité taboue
Comme 5 millions de personnes en France, de nombreuses femmes sont concernées par l’incontinence. Les fuites urinaires après l'accouchement, y compris par césarienne, sont un sujet tabou mais concernent une part importante de femmes. Si le sujet des fuites urinaires après l’accouchement est tabou, il concerne tout de même plus de 30 % des femmes. Il est donc essentiel de comprendre les causes de ce phénomène et les solutions disponibles.
Les différents types d'incontinence urinaire
Il existe plusieurs types d'incontinence urinaire, chacun ayant ses propres caractéristiques :
- Incontinence d'effort : Liée à une faiblesse des muscles du périnée, elle survient lors d'un effort physique, comme rire, tousser ou faire du sport. De nombreux sports (cyclisme, équitation, jogging, trampoline, gymnastique, ou encore fitness) pratiqués à haut niveau, ou de manière intensive peuvent révéler ou augmenter les risques d’incontinence. Dans ces cas, il s’agit la plupart du temps d’incontinence d’effort. Provoquée par l’impact au sol, l’augmentation de la pression abdominale se répercute sur la vessie.
- Incontinence par impériosité : Caractérisée par des envies fréquentes, soudaines et irrépressibles d'aller aux toilettes, souvent liées à une hyperactivité de la vessie. Ce type d’incontinence est souvent lié à une hyperactivité de la vessie, c’est-à-dire à des contractions anarchiques de la vessie. En d’autres termes, votre vessie tente d’évacuer l’urine même lorsqu’elle n’est pas pleine.
- Incontinence mixte : Combinaison des deux types précédents.
Causes des problèmes vésicaux après une césarienne
Plusieurs facteurs peuvent contribuer aux problèmes vésicaux après une césarienne :
- Grossesse et accouchement : Lors d’une grossesse, le poids du fœtus appuie sur le bas-ventre et donc, sur le périnée, qui se distend et s’affaiblit. L’accouchement est une nouvelle épreuve pour le périnée : pendant le passage du bébé il subit une nouvelle distension et il peut être fragilisé par une épisiotomie ou une déchirure.
- Facteurs hormonaux : Les hormones de la grossesse peuvent être responsables des fuites urinaires. En effet, ces hormones ont généralement une incidence sur la tonicité des tissus musculaires et ligamenteux du plancher pelvien. Ces derniers se relâchent et ont plus de mal à supporter le poids de l’utérus.
- Lésions nerveuses : L'utilisation de forceps est sans doute le principal pourvoyeur de lésion de ce nerf. Il semble également que le premier accouchement soit le plus traumatisant. Même s’ils sont parfois indispensables, les forceps sont, ici aussi, les principaux facteurs favorisants de lésions des sphincters anaux, avec une rupture qui est mise en évidence (lorsqu’elle est recherchée systématiquement par échographie endo-anale) dans 63 à 80 % des cas [1-2, 22] après leur utilisation (risque relatif compris entre 8 et 12 selon les séries).
- Rétention urinaire : La rétention urinaire du post-partum, dont l’incidence varie de 0,45 % à 0,9 % selon les études, se caractérise par l’incapacité à vider complètement la vessie 6 heures après un accouchement (voie basse ou césarienne), avec un volume vésical supérieur à 400 ml.
- Pose de la sonde urinaire : Que ce soit une infection urinaire, suite à la pose de la sonde, ou de la cicatrice qui pourrait entraîner un abcès de celle-ci, la prévention est de rigueur et la surveillance durant le post-partum est là pour les dépister et les traiter si nécessaire.
- Césarienne elle-même : L'intervention chirurgicale peut entraîner des lésions ou des irritations de la vessie.
Diagnostic des problèmes vésicaux post-césarienne
Il est essentiel de consulter un professionnel de santé pour établir un diagnostic précis et mettre en place un traitement adapté. Le médecin procédera à un examen clinique et pourra prescrire des examens complémentaires tels que :
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- Bilan urodynamique : Pour évaluer le fonctionnement de la vessie et du sphincter urétral.
- Échographie vésicale : Pour visualiser la vessie et détecter d'éventuelles anomalies.
- Cystoscopie : Pour examiner l'intérieur de la vessie à l'aide d'une caméra.
Conséquences des problèmes vésicaux non traités
Les problèmes vésicaux non traités peuvent avoir des conséquences importantes sur la qualité de vie :
- Impact psychologique : Sentiment de honte, d'isolement, anxiété, dépression. Le retentissement psychique est dominé par un sentiment de handicap dégradant, honteux et non avouable. Ce tabou est responsable d’une absence de verbalisation des patientes qui n’osent en parler que si on leur pose clairement la question.
- Restrictions sociales : Difficulté à participer à des activités sociales, professionnelles ou sportives.
- Complications médicales : Infections urinaires récurrentes, lésions cutanées, prolapsus.
Solutions et traitements
Heureusement, il existe de nombreuses solutions pour traiter les problèmes vésicaux après une césarienne :
- Rééducation périnéale : Essentielle pour renforcer les muscles du plancher pelvien et améliorer le contrôle de la vessie. La rééducation du périnée, complétée par des séances de rééducation abdominale, est souvent très efficace. Si les fuites urinaires sont trop fréquentes (les pertes ne surviennent pas seulement à l’effort) n'hésitez pas à consulter un urologue ou pour les femmes, votre gynécologue.
- La rééducation manuelle du périnée se fait par toucher vaginal. Le professionnel évalue la tonicité des muscles du plancher pelvien de la patiente et lui fait contracter le périnée en effectuant des mouvements de pression et de résistance avec ses doigts.
- De plus en plus utilisée par les spécialistes, l’électrostimulation consiste à rééduquer le périnée en utilisant un courant électrique de faible intensité à l’aide d’une sonde vaginale. Ce courant vient provoquer la contraction mécanique des muscles du plancher pelvien. Pour rendre la technique plus efficace, la patiente peut accompagner les contractions mécaniques de contractions volontaires.
- Également appelé rétrocontrôle, le biofeedback est une méthode de rééducation consistant à visualiser les contractions du périnée. La patiente effectue des contractions volontaires autour d’une sonde vaginale et observe leur intensité sur un écran.
- Se rendre dans un centre ou cabinet utilisant le PelviCenter, notre nouveau dispositif médical révolutionnaire en matière d’incontinence. Ce dispositif médical permet un renforcement du plancher pelvien ou périnée après accouchement,. Les personnes qui utilisent cette méthode non invasive apprécient ce traitement sans douleur et très efficace. Pas besoin de se déshabiller ! Comme le précise Pascal Foxonet, responsable marketing de Pelvi UP : « Tout est fondé et appuyé par des protocoles précis, par des données scientifiques et des études […] Le Pelvi Center permet d’avoir 12 000 contractions en 20 minutes sur l’ensemble des muscles du plancher pelvien. Ainsi, quelques séances de 15 ou 20 minutes permettent d’obtenir, dans la plupart des cas, une amélioration notoire concernant l’arrêt ou la réduction des fuites. « Nous pénétrons jusqu’à 16 CM au travers des os et des tissus « par des schéma » de type IRM ce qui permet un travail très puissant, ce sont des champs magnétiques pulsés. […] Cette technologie est employée pour d’autres thérapies. Suivant la pathologie correspond un protocole, nous avons au total 10 protocoles différents […] Enfin, la prise en charge par la sécurité sociale est à hauteur d’une séance de rééducation périnéale.
- Médicaments : Certains traitements médicamenteux peuvent aider à lutter contre l'incontinence par impériosité. En cas d’incontinence urinaire d’urgence mictionnelle, le professionnel de santé pourra prescrire un traitement anticholinergique. Ces médicaments permettent de bloquer les récepteurs de la vessie ainsi que ses contractions.
- Chirurgie : Dans les cas les plus sévères, une intervention chirurgicale peut être envisagée. La solution la plus efficace est la pose d’une bandelette synthétique, placée sous l’urètre afin de pallier son dysfonctionnement. Il est également possible d’avoir recours aux injections périurétrales. Un produit à base d’acide hyaluronique est injecté autour de l’urètre afin de resserrer le canal urétral et de réduire l’évacuation d’urine.
- Protections urinaires : En attendant un traitement efficace, des protections urinaires adaptées peuvent aider à gérer les fuites et à améliorer la qualité de vie. Que vous soyez dans l’attente d’un traitement ou que celui-ci ne montre pas encore ses effets, choisissez des protections adaptées pour l’incontinence urinaire. HARTMANN a mis au point une gamme de protections anatomiques et de sous-vêtements absorbants, à destination des femmes et des hommes. Que vous souffriez d’incontinence légère, moyenne ou sévère, les protections HARTMANN vous protègent quel que soit votre degré d'incontinence.
Prévention des problèmes vésicaux après une césarienne
Bien qu'il ne soit pas toujours possible de prévenir les problèmes vésicaux après une césarienne, certaines mesures peuvent réduire les risques :
- Préparation à l'accouchement : Renforcer les muscles du périnée pendant la grossesse grâce à des exercices spécifiques.
- Gestion de la douleur : Une bonne gestion de la douleur après la césarienne peut faciliter la reprise de la mobilité et réduire le risque de complications.
- Mobilisation précoce : Se lever et marcher dès que possible après l'intervention pour favoriser la circulation sanguine et la fonction vésicale. Il est important que vous bougiez, aidée par les infirmières, afin de retrouver une meilleure respiration, et un fonctionnement gastro-intestinal normal. Commencez doucement, en évitant de solliciter les muscles du ventre, à ce titre la potence de lit peut être précieuse.
- Suivi médical : Assurer un suivi médical régulier après la césarienne pour détecter et traiter rapidement tout problème vésical.
- Technique de l’accouchement : Outre la formation des accoucheurs pour acquérir une bonne technique de l’accouchement (formation sur mannequin ou logiciels dédiés, meilleur connaissance de l’anatomie du périnée…), les principaux facteurs traumatisants sur lesquels nous pouvons aussi agir sont les forceps et l’épisiotomie trop médiane.
Césarienne et Incontinence Anale
Alors que le risque d’incontinence urinaire après un accouchement est connu et systématiquement recherché depuis des décennies, l’incontinence anale est toujours taboue et encore peu prise en charge alors qu’il a été identifié depuis plus de vingt ans. Le contexte est en pratique difficile car il s’agit de femmes jeunes dont l’activité sociale et professionnelle peut être altérée par ces troubles fonctionnels. Le retentissement psychique est dominé par un sentiment de handicap dégradant, honteux et non avouable. Ce tabou est responsable d’une absence de verbalisation des patientes qui n’osent en parler que si on leur pose clairement la question. Or, la pratique nous montre que, souvent, les médecins aussi n’osent pas aborder ce problème.
Après un premier accouchement, 13 % des femmes ont une incontinence anale de novo. Il s’agit le plus souvent de fuites de gaz avec un retentissement qui peut être très invalidant dans la vie professionnelle, lors des loisirs ou des relations intimes. Dans 1 à 2 % des cas, il s’agit de pertes de selles, avec un retentissement encore plus important sur la qualité de vie. Ce pourcentage est à rapporter aux 700 000 accouchements par an en France.
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Mécanismes Responsables de l’Incontinence Anale du Post-Partum
Les mécanismes responsables de l’incontinence anale du post-partum sont multiples.
- Le nerf pudendal : Snooks et al. [11] ont montré en 1984 qu’il peut être étiré durant les efforts de poussée de la parturiente. En effet, les femmes accouchant par voie vaginale avaient un allongement du temps de latence du nerf significativement plus important que celles qui accouchaient par césarienne ou qu’une population contrôle n’ayant pas accouché. Les résultats étaient identiques dans le groupe contrôle et les césarisées.
- Les muscles : Trois muscles permettent d’avoir une continence normale. La sangle pubo-rectale qui est un muscle strié et forme l’angle ano-rectal de 90° lorsqu’il est contracté en-dehors de la défécation. Elle n’est qu’exceptionnellement lésée après un accouchement, sauf en cas d’épisiotomie trop profonde (Fig. 1). Les deux autres sont les sphincters interne et externe (Fig. 2).
Facteurs de Risque
L’utilisation de forceps est sans doute le principal pourvoyeur de lésion de ce nerf. Il semble également que le premier accouchement soit le plus traumatisant. Même s’ils sont parfois indispensables, les forceps sont, ici aussi, les principaux facteurs favorisants de lésions des sphincters anaux, avec une rupture qui est mise en évidence (lorsqu’elle est recherchée systématiquement par échographie endo-anale) dans 63 à 80 % des cas après leur utilisation (risque relatif compris entre 8 et 12 selon les séries).
Prévention
La prévention doit d’abord être primaire. En effet, parmi les 574 175 accouchements du registre des accouchements de Norvège, Suède, Danemark et Finlande, ce dernier pays était celui ayant un nombre très significativement moindre de déchirure du périnée (0,7 à 1 % versus 4,2 à 2,3 %) alors qu’il était le seul à avoir mis en place un programme de formation sur cette thématique auprès des accoucheurs. Dans cette même étude, l’instauration de ce programme spécifique de formation a significativement fait chuter le taux de déchirure de 4,1 à 2,3 % en Norvège.
Prise en Charge
En cas de persistance de fuites anales au-delà de 6 mois, une prise en charge spécifique est nécessaire. Le bilan de première ligne est exclusivement clinique, mais complet : interrogatoire (éléments du Wexner (Tableau I), antécédents…), inspection de la marge anale (disparition des plis radiés de l’anus, béance anale, cicatrice du périnée…), toucher rectal (évaluation du tonus et de la contraction volontaire, recherche d’une rectocèle…), anuscopie (pathologie canalaire associée) et rectoscopie (lésions rectales, stase fécale et type de selles…), sans oublier l’examen du périnée moyen (colpocèle…) et antérieur (fuites d’urines, cystocèle…).
La prise en charge consiste à associer une rééducation spécifique de l’anus de type biofeedback à une régulation du transit. La rééducation doit être réalisée par un rééducateur (kinésithérapeute, médical, sage-femme ou infirmier) motivé et spécialement formé à ce type de prise en charge. Il semble qu’il faille privilégier les -techniques de biofeedback plutôt que l’électrostimulation, même si les opérateurs spécialisés dans ce domaine associent souvent plusieurs techniques en fonction des patientes.
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