L'ovulation, un processus cyclique mensuel chez les femmes en âge de procréer, est bien plus qu'un simple événement biologique. Elle est intimement liée à l'activité cérébrale, influençant l'humeur, les émotions, la cognition et même les comportements sociaux. Cet article explore en profondeur cette interaction complexe entre le cerveau et l'ovulation, en s'appuyant sur des études scientifiques récentes et des éclaircissements d'experts.

L'ovulation : un bref rappel

Une fois par mois, l’ovulation se déclenche chez les femmes en âge de se reproduire. Un ovaire libère un ovule dans les trompes de Fallope. S’il est fécondé, l’ovule se transforme en fœtus, autrement il est expulsé grâce aux règles.

Les hormones sexuelles : des actrices clés

Les hormones sexuelles, notamment les œstrogènes et la progestérone, jouent un rôle crucial dans la communication entre les ovaires et le cerveau. Ces hormones ne se contentent pas de régir le corps, elles dialoguent en profondeur avec nos émotions, notre humeur et même la façon qu'on a de percevoir le monde. Elles sont synthétisées dans le système nerveux central et périphérique, ce qui signifie qu'elles sortent du système sanguin pour rentrer dans le cerveau, et exercent des effets structurels sur le cerveau.

L'œstrogène : stimulant cognitif et émotionnel

L’œstrogène cause une plus grande plasticité du cerveau et en améliore les fonctions cognitives. Telle une reine, l’œstrogène domine au cours de la première partie de notre cycle (la phase folliculaire). À ce stade, le follicule dominant dans votre ovaire se prépare à l’ovulation et se met à grossir, tout en produisant de plus en plus d’œstrogènes. Ces œstrogènes intensifient l’activité des récepteurs de la sérotonine et la synthèse de dopamine. Ce qui augmente l’excitabilité des neurones. Ainsi stimulés, les neurones augmentent la plasticité structurelle des épines dendritiques dans l’hippocampe, dans les amygdales et dans le cortex préfrontal.

Une étude allemande a révélé qu'en phase préovulatoire, il y avait une meilleure attention, une meilleure mémoire, des capacités finalement cognitives qui étaient vraiment améliorées, plutôt que celles en phase menstruelle. Les œstrogènes impactent certaines structures du cerveau, comme l'hippocampe, qui est en lien avec ses capacités d'apprentissage, de mémoire.

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La progestérone : régulatrice émotionnelle et stabilisatrice

Au cours de la deuxième partie de notre cycle (la phase lutéale), la progestérone déboule et prend le premier rôle. La progestérone est l’antithèse de l’œstrogène. Au lieu de stimuler les cellules du cerveau, elle les soigne et les entretient en inhibant la production de glutamate provoquée par la dopamine. Lors de cette phase thérapeutique, les femmes font état d’une humeur plus douce, d’une baisse de l’angoisse et d’inclinations encore plus maternelles. Tout cela grâce au GABA, le neurotransmetteur le plus inhibiteur du cerveau. La progestérone (tout comme l’allopregnanolone, son dérivé) potentialise les synapses GABA-ergiques. S’il n’y a pas de progestérone, il n’y a pas de GABA.

Martine Duclos, endocrinologue, nous éclaire sur les différentes périodes du cycle menstruel et leur influence sur les femmes : "Au début du cycle, pendant les règles, il n'y a pas d'estradiol et de progestérone, donc il y a plutôt une baisse de l'énergie, une humeur qui est un petit peu plus sensible. En phase folliculaire, donc quand il y a cette sécrétion d'estradiol, il y a plutôt une amélioration cognitive, un bien-être, une sociabilité. Pendant l'ovulation où il y a ce pic d'estradiol, il y a plutôt une augmentation de la motivation, de la créativité, de la libido qui est vraiment au plus haut, et puis en phase lutéale où la progestérone est forte, il y a plutôt une phase de régulation émotionnelle où on est plutôt stable.

Les fluctuations hormonales et leurs conséquences

Les fluctuations hormonales au cours du cycle menstruel peuvent entraîner des variations de l'humeur, des émotions et des processus cognitifs. Ces fluctuations peuvent expliquer pourquoi les femmes semblent davantage touchées par les troubles anxieux et dépressifs.

Le syndrome prémenstruel (SPM) et le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM)

Le syndrome prémenstruel touche la moitié des femmes. C'est la phase qui précède les règles et elle s'accompagne de symptômes tels que la fatigue, l'irritabilité ou les troubles du sommeil. Et la forme la plus sévère du syndrome prémenstruel, c'est le trouble dysphorique prémenstruel.

Le trouble dysphorique prémenstruel va vraiment altérer notre fonctionnement. On ne va pas pouvoir aller travailler, ça va être très compliqué. On va avoir des symptômes dépressifs, une tristesse de l'humeur, voire des idées suicidaires, ça peut être très handicapant à vivre tous les mois. Et là, ça touche entre 3 à 8% des femmes, et c'est vrai que c'est un trouble dont on parle très peu. Au niveau de la recherche, on est un peu en retard. On traite actuellement par des antidépresseurs classiques, comme une dépression classique, alors qu'on pourrait faire beaucoup de recherches et proposer des traitements plus adaptés, hormonaux, voire des neurostéroïdes. Soit on prend des antidépresseurs de façon continue, soit pendant la phase lutéale, juste avant les règles. Et on associe généralement à une psychothérapie. Ça peut avoir un impact très important sur la vie quotidienne.

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Martine Duclos explique : "Et puis on va arriver au syndrome prémenstruel, donc juste avant les règles. À ce moment-là, il y a un déséquilibre entre l'estradiol et la progestérone - souvent un petit peu trop d'estradiol, pas assez de progestérone -, et là, il y a un syndrome d'irritabilité qui est vraiment net, avec souvent un gonflement des seins, une prise de 2 à 3 kilos, qui n'est que de l'eau, mais qui est souvent assez mal vécue par la femme. Et il y a ce fameux syndrome d'irritabilité, où on demande effectivement aux femmes, 't'as tes règles ?'"

Impact sur l'apparence physique et le comportement

D’après une étude publiée par la revue Plos One et citée par le site américain Health, le visage des femmes a tendance à devenir légèrement plus rouge pendant l’ovulation. En effet, les hormones peuvent provoquer une dilatation des vaisseaux sanguins et augmenter l’afflux du sang. C’est plutôt logique : le corps se prépare à l’éventualité d’être fécondé, notre cerveau a donc été programmée booster notre libido et notre fertilité. Si d’habitude vous êtes attirée par des blonds aux yeux bleus, vos hormones pourraient vous faire tomber dans les bras d’un grand brun ténébreux pendant que vous ovulez. Encore un effet curieux de l’ovulation : les femmes qui vivent cette période très fertile du mois auraient tendance à éviter les conversations avec leur père.

La contraception hormonale et ses effets sur le cerveau

On pourrait croire que les hormones émises par les dispositifs contraceptifs ont le même effet sur la santé du cerveau que les hormones endogènes. Cela pourrait être la raison pour laquelle les femmes qui recourent à la contraception hormonale présentent une réduction de l’hypothalamus, un organe qui « contribue à la régulation des fonctions corporelles essentielles, telles que la température corporelle, l’humeur, l’appétit, la libido, les cycles du sommeil et le rythme cardiaque ». La réduction de l’hypothalamus est corrélée à une hausse de l’irritabilité et à des symptômes caractéristiques de la dépression. Il est bien établi que la pilule (tout comme ses dérivés tels que le patch, l’anneau vaginal, l’implant, l’injection et les systèmes intra-utérins) entraine un risque accru de dépression et des troubles de l’humeur. De plus, de nombreuses femmes font état de « pertes de clarté » en tant qu’effet secondaire de leur contraceptif. Certaines femmes ne réalisent pas qu’elles souffrent de perte de clarté avant d’arrêter leur contraceptif ; après être revenues à leur cycle naturel, de nombreuses femmes affirment se sentir comme si elles « voyaient en couleur pour la première fois ». Tout cela est corrélé à l’action exercée par le système endocrinien sur le cerveau. « Depuis près de 30 ans, des recherches montrent que les femmes qui prennent une pilule contraceptive sont insensibles à la réaction au stress induite par le cortisol.

La ménopause : un nouveau chapitre hormonal

Si la ménopause correspond à l’arrêt du cycle menstruel, il s’agit d’un phénomène complexe qui se joue aussi dans le cerveau, fortement influencé par les hormones. La ménopause entraîne des symptômes bien connus, comme les bouffées de chaleur et le « brouillard cérébral » : un nom sans équivoque qui englobe l’ensemble des symptômes psychologiques ressentis lors de la ménopause. La ménopause peut également engendrer des troubles de l’humeur, de l’anxiété ou encore de la dépression.

Comme évoqué plus haut, la ménopause se définit essentiellement par la chute du taux d’œstrogènes. Parmi eux, on distingue plusieurs types, dont l’estradiol, la forme la plus active, impliquée particulièrement dans le cycle menstruel. Une étude récente menée par des biologistes de la Weill Cornell Medicine (New York) apporte un nouvel éclairage sur l’impact des changements hormonaux sur le cerveau. Elle montre qu’entre la pré-ménopause et la ménopause, la baisse du taux d’œstrogènes s’accompagne d’une augmentation du nombre de récepteurs aux œstrogènes sur les cellules cérébrales. Autrement dit, le cerveau compense la chute hormonale en produisant davantage de récepteurs pour capter le plus d’œstrogènes possible. Ce mécanisme touche plusieurs régions cérébrales, notamment l’hippocampe, le cortex frontal et le thalamus, et peut se poursuivre jusqu’à dix ans après l’entrée en ménopause.

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Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) : un trouble de la fertilité lié au cerveau

Le plus fréquent des troubles de la fertilité féminine - le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) - impliquerait la surexcitation de neurones cérébraux situés dans l’hypothalamus. La coupable serait une hormone bien connue, produite par les ovaires : l’hormone anti-Müllerienne (AMH). A la clef de cette découverte, de nouvelles pistes thérapeutiques.

Une femme sur dix en âge de procréer souffre du SOPK, le syndrome des ovaires polykystiques. Cette pathologie se traduit par une forte surproduction d’hormones mâles par les ovaires, qui perturbe la production d’ovules (dont certains se transforment en kystes). Jusqu’ici considéré comme une pathologie n’altérant que les ovaires, le SOPK modifierait aussi l’activité de neurones logés au cœur du cerveau !

Remodelage cérébral au cours du cycle menstruel

Des scanners IRM récents de cerveau de femmes montrent que la montée et la descente des hormones sexuelles au cours du cycle menstruel, la période de vingt-neuf jours de flux et de reflux hormonaux qui prépare les organes reproducteurs à une éventuelle grossesse, remodèle de façon spectaculaire les régions du cerveau qui régissent les émotions, la mémoire, le comportement et l'efficacité du transfert d'informations.

Le fait que le cerveau se modifie pendant le cycle menstruel est particulièrement notable car sur trente à quarante ans, la plupart des femmes vivent environ 450 cycles menstruels.

L'hippocampe : une zone cérébrale clé

L'hippocampe, centre cognitif du cerveau qui contient à la fois de la matière grise et de la substance blanche, est une petite structure incurvée enfouie dans le cerveau, derrière les oreilles, dans une région remplie de récepteurs d'hormones sexuelles. Il s’agit également de la région du cerveau humain adulte la plus influencée par les changements de volume.

Malgré la petite taille de la structure analysée, l’équipe de Sacher est parvenue à observer une série chorégraphiée de changements dans différentes régions de l’hippocampe alors qu’il se remodelait tout au long du cycle menstruel. La couche extérieure de l’hippocampe s’est épaissie et la matière grise s’est étendue avec l'augmentation des niveaux d'œstrogènes et la baisse de la progestérone. Toutefois, lorsque les niveaux de progestérone ont augmenté, la couche liée à la mémoire s’est étendue.

Matière grise et substance blanche : des fluctuations hormonales

Une étude a révélé que non seulement l'épaisseur de la matière grise, mais aussi les propriétés structurelles de la substance blanche, fluctuaient, influencés par les hormones. L'étude suggère que les modifications de la matière blanche liées aux fluctuations hormonales précédant l'ovulation pourraient rendre plus efficace le transfert d’informations entre les différentes parties du cerveau.

L'importance de la recherche

Si ces études montrent que certaines zones du cerveau peuvent se remodeler en fonction des oscillations des hormones pendant le cycle menstruel, les scientifiques précisent que cela ne signifie pas que la mémoire ou la cognition sont affectées. Les études ne révèlent pas non plus si les changements de volume sont liés à la myriade de symptômes émotionnels et cognitifs que subissent les femmes pendant leurs règles. De futures études devraient nous éclairer sur la façon dont le cycle menstruel influence les femmes, leurs comportements ainsi que leurs capacités cognitives.

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