Introduction

La Mauritanie, nation née d'une conscience collective, oscille entre les impératifs de sa géographie et le poids de son histoire. Cet article explore la complexité de la politique étrangère mauritanienne au cours des cinquante dernières années, en mettant en lumière son interaction avec la politique intérieure et les influences extérieures.

La Rentrée Politique de la 3ème République : Un Débat National

Quatre mois après la mise en place des nouveaux pouvoirs exécutif et législatif, démocratiquement élus en Mauritanie, la rentrée politique de la 3éme république, reste marquée par quatre actes officiels hautement significatifs sur la détermination des objectifs, du contenu et de la portée de la politique générale proposée aux mauritaniens et sur l’engagement de ces pouvoirs pour sa mise en oeuvre. Un vif débat, qui en découle, gagne la scène publique nationale. Ce débat met en évidence la pertinence et la cohérence de la politique étrangère de la Mauritanie par rapport à sa politique intérieure pendant un demi-siècle d’indépendance. L’ambivalence caractéristique de l’exercice pratique de ces politiques ainsi que leurs rapports historiques, incidents et dissidents fait ressurgir inéluctablement les mêmes interrogations.

Un Projet National en Crise ?

Si le projet politique initial de la Mauritanie était bien de bâtir une nation par-delà les clivages ethniques, régionalistes et tribaux, il est indiscutable aujourd’hui que l’absence d’une vision claire, les innombrables difficultés de parcours et les mutations de l’ordre international en particulier, ont fini par conduire ce projet d’Etat-nation vers une crise inavouée. Il demeure difficile de desceller le potentiel explicatif de l’influence des facteurs externes sur l’ordre politique interne de la Mauritanie et à l’inverse, le poids de la donne interne dans les relations extérieures de notre pays. Hésitante et déchirée entre deux choix qui paraissaient difficilement conciliables à l’époque: faire la politique de son histoire ou la politique de sa géographie, la Mauritanie avait perdu beaucoup de temps pour assoire sa propre identité nationale consensuelle.

La Politique Étrangère : Reflet de la Philosophie Nationale ?

Une vision claire des modalités pratiques d’une valorisation durable de cette identité nationale, devant jeter les bases d’une politique intérieure pérenne, avait longtemps manqué au rendez-vous. Par conséquent, la politique étrangère de la Mauritanie, qui devait être la projection de la philosophie politique nationale mettant en exergue les valeurs et les idéologies communes traduites dans des activités par les quelles l’Etat mauritanien, suivant des objectifs bien prescrits, devait définir, établir et gérer ses rapports avec les gouvernements étrangers, s’est très vite confinée dans une logique conjoncturelle, sans consistance et sans portée. La légèreté avec la quelle avait été traitée la prépondérance de la donne internationale et ses incidences sur la politique intérieure, s’était souvent traduite par une politique étrangère inadaptée, peu visible et peu efficace. Elle avait finit par s’assimiler à l’ombrage des jeux partisans de lutte, tout venant, pour la conquête du pouvoir et le partage des privilèges. Pourquoi depuis l’indépendance, l’État mauritanien se cherche entre une difficile construction nationale dans la quelle la politique étrangère servait d’instrument de régulation de la politique intérieure. Une politique intérieure qui a été dominée par les pratiques de « politique du ventre » et par un réflexe international de recherche de cautions pour des coups de force et des coups de sang internes de la part des différents acteurs politiques.

Questions Fondamentales sur la Politique Étrangère Mauritanienne

Plusieurs questions essentielles se posent quant à la politique étrangère de la Mauritanie :

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  • Quelles ont été les modalités d’insertion de la Mauritanie dans les systèmes international et régional par le passé ?
  • Comment le pays a-t-il subi les influences de ses environnements immédiats et lointains ?
  • Quel rôle la Mauritanie prétend-elle jouer sur la scène internationale ?
  • La Mauritanie a-t-elle réellement une politique étrangère lisible et pertinente, au-delà de la bonne volonté annoncée des nouveaux pouvoirs publics ?
  • Quels sont les objectifs de cette politique par rapport à la donne interne du pays ?
  • Quels sont ses contenus, ses enjeux stratégiques et ses modes de mise en œuvre et de suivi évaluation ?
  • Quels sont les parties prenantes, les acteurs et les bénéficiaires de cette politique étrangère ?
  • La Mauritanie est-elle acteur ou victime de sa propre politique étrangère ?
  • La Mauritanie a-t-elle une action diplomatique visible et cohérente au service de sa politique étrangère ? Quel est son niveau d’opérationnalité ?
  • De quelles ressources dispose cette diplomatie pour assurer la mobilisation de ses capacités de négociation et d’action ?
  • Pourquoi notre diplomatie est-elle déconnectée de la réalité nationale ?

L'Influence Prépondérante de la Géopolitique

La Mauritanie est, peut-être, l’un des rares pays au monde qui a été profondément marquée par la fluctuation des relations internationales et par le poids, souvent périlleux, de la géopolitique. Durant un peu plus d’un siècle de son histoire moderne, depuis le début de la colonisation en 1899 à nos jours, la donne extérieure n’a cessé de façonner, intervertir et bouleverser la réalité interne de notre pays. La politique intérieure de la Mauritanie a souvent constituée les vestiges d’une certaine politique étrangère voulue et/ou subi.

Genèse et Dépendance : La Création de la Mauritanie Occidentale

Au départ, c’était pour des raisons géostratégiques que les autorités coloniales françaises avaient décidé la création de la « Mauritanie occidentale » en 1899 pour « administrer le vide » en contrôlant une zone intermédiaire entre l’Afrique du Nord et l’Afrique occidentale française. Le projet d’une Mauritanie indépendante, même s’il fut supporté par certaines élites nationalistes et globalement approuvé par les populations locales, répondait avant tout à des considérations géostratégiques françaises, notamment pour mettre en concurrence le projet marocain du leader istiqlalien le feu Allal al-Fasi visant la restauration d’un grand espace marocain allant de Tanger à Saint-Louis du Sénégal et à Tombouctou au Mali. Ainsi, dans l’ordre international qui été établi à l’époque, l’Etat mauritanien avait été créé en regroupant, par un jeu subtil de tracé de frontières, au sein d’un grand espace territorial des populations brunes et noires issues d’anciens empires, émirats et chefferies maures et de royaumes africains précoloniaux.

Les Premiers Pas Difficiles sur la Scène Internationale

Dès son indépendance en 1960, au terme d’une colonisation au rabais qui, n’a guère formé les structures indispensables, susceptibles de préparer les transformations politiques, économiques et sociales, la Mauritanie a été confrontée, très tôt, à de sérieux problèmes diplomatiques sur le plan international. La première demande d’admission de la Mauritanie à l’ONU a été bloquée par un veto soviétique en décembre 1960. Elle ne sera « tolérée » qu’au terme d’un vaste marchandage diplomatique au cours duquel l’URSS avait accepté finalement de monnayer son abstention contre l’admission de la Mongolie. Il avait fallu que la Mauritanie sollicite l’appui de son premier « allié » la France. Ainsi, la voie a été ouverte pour la signature des fameux accords de coopération du 19 juin 1961 qui ont considérablement renforcé l’emprise de l’ancienne métropole sur la Mauritanie.

Chronologie des Événements Marquants (1963-2005)

  • 1963 : Un différend frontalier éclate entre la Mauritanie et le Mali, malgré des relations privilégiées avec l’Afrique francophone.
  • 1967 : Signature d'un accord de coopération économique, technique et culturelle avec la République Populaire de Chine.
  • 1972 : La révision des accords de coopération avec la France entraîne une brouille des relations étrangères.
  • 1975 : Accord sur le Sahara occidental signé entre la Mauritanie, l’Espagne et le Maroc.
  • 1976 : Rupture des relations avec l'Algérie.
  • 1977 : L'assistance militaire française fait passer les effectifs de l'armée mauritanienne de 3000 à 18000 hommes entre 1975 et 1978.
  • 1978 : Un coup d’état militaire destitue le Président Moktar Ould Daddah, après que la France ait décidé d’abandonner son aide militaire.
  • 1980 : Changement de cap avec la signature d'un traité d'amitié avec l'Algérie, tandis que les relations avec le Maroc sont rompues.
  • À partir de 1981 : La Mauritanie établit des rapports de coopération avec les pays du golfe arabe, qui apportent un appui substantiel à sa politique de redressement économique et financier.
  • 1984 : Un coup d'état militaire porte le colonel Maaouiya Ould Taya au pouvoir.
  • Avril 1989 : Des émeutes anti-mauritaniennes à Dakar et anti-sénégalaises à Nouakchott sont déclenchées par un incident frontalier.
  • 1990 : Signature d'un accord de coopération militaire et de sécurité avec l'Irak.
  • 1991 : Les relations cordiales avec l'Irak durant le conflit du golfe entraînent des sanctions politiques, économiques et financières de la part des états arabes pétroliers et des puissances occidentales.
  • Juillet 1999 : Les relations avec la France se détériorent suite à l'arrestation d'un officier mauritanien en France pour violation des droits de l'Homme commises en Mauritanie.
  • Octobre 1999 : Établissement de relations diplomatiques normalisées avec Israël. La Ligue des Etats arabes demande l'expulsion de la Mauritanie en réaction.
  • 2000 : Tensions avec le Sénégal à cause du problème des Vallées fossiles.
  • 2005 : Un coup d’état militaire porte à la tête du pouvoir le colonel Ely Ould Mohamed Fall.

Crise d'Identité et Quête de Légitimité

La Mauritanie, dont l’existence avait été jugée comme un pur fait colonial visant à accentuer le morcellement du corps de la « Oumma », a été rapidement rejetée par le Monde arabe auquel elle se sentait, naturellement, plus proche. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, la Mauritanie s’est retourné vers les pays de l’Afrique noire. Elle avait participé à la création de l’Union Africaine et Malgache (OCAM) en 1961 et avait adhéré à l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en 1963. A cette époque la politique étrangère de la Mauritanie été inspirée par le tracé de la frontière coloniale sur le Fleuve Sénégal (et non pas sur une ligne plus au Nord comme le projet en fut formulé dans l’entre-deux Guerres mondiales et rappelé par le Sénégal au moment de 1’Indépendance) et la transmission du pouvoir à un Maure du Trarza, qui été une région traditionnellement plus tournée vers l’Afrique noire. D’où l’émergence du statut de la Mauritanie comme pays-pont entre l’Afrique noire et le Monde arabe. Cette approche avait été traduite en politique étrangère par la « théorie » de la « Mauritanie trait d’union » qui était en quête tourmentée pour faire admettre sa légitimité tant sur le plan africain que sur le plan arabe.

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