L'arrêt cardio-respiratoire est recensé plus de 40000 fois par an en France. Bien que plus rare que chez l'adulte, l'arrêt cardiaque peut également survenir chez le nourrisson. Cette situation d'urgence vitale nécessite une intervention immédiate et adaptée pour maximiser les chances de survie de l'enfant.
Reconnaissance de l'arrêt cardiaque chez le nourrisson
Comme chez l’adulte, la première étape essentielle dans la prise en charge d’un arrêt cardiaque chez un nourrisson est sa reconnaissance. Il est crucial de savoir identifier rapidement les signes d'un arrêt cardiaque chez un nourrisson. Les signes suivants doivent alerter :
- L’enfant semble “sans vie”.
- Il est blême, pâle, voire même parfois d’une couleur bleutée.
- Il n’est pas conscient, n’a aucune interaction.
- Il ne fait aucun bruit, ne respire pas ou a une respiration très lente voir inexistante (voir Gasp dans notre précédent article de blog).
- Il ne bouge absolument pas et n’a aucun tonus musculaire.
Causes de l'arrêt cardiaque chez le nourrisson
Contrairement à l'adulte où la cause est à 90% d’origine cardio-vasculaire, chez le nourrisson, l'arrêt cardiaque est généralement la conséquence d'un manque d'oxygène dû à des pathologies graves. L’arrêt cardiorespiratoire (ACR) de l’enfant est dans la majorité des cas l’ultime conséquence d’une insuffisance respiratoire et/ou circulatoire. L’hypoxie étant la première cause.
Une cause spécifique est l'état prélétal d'un nouveau-né ayant souffert dans les minutes précédant sa naissance d'une insuffisance d'oxygénation d'origine placentaire. L’enfant naît inerte, mal coloré, la détresse néonatale sévère est caractérisée par l’absence de respiration spontanée, l’abolition des réflexes périphériques, l’assourdissement et le ralentissement extrême des battements cardiaques (moins de 100 par minute) préservant à peine l’irrigation cérébrale, une acidose majeure.
Une autre cause peut être un arrêt apparent et transitoire de la circulation et de la respiration survenant chez un nouveau-né assoupi dans son berceau. L’attention des parents est attirée par l’arrêt des bruits respiratoires et la cyanose ; les phénomènes cessent après réveil et stimulations physiques du nourrisson.
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Prise en charge de l'arrêt cardiaque du nourrisson
La prise en charge de l'arrêt cardiaque d'un nourrisson diffère de celle de l'adulte en raison de la taille et de la fragilité du bébé. La spécificité pédiatrique part d’un constat simple : les enfants ont en général un cœur en bonne santé (hors malformation cardiaque rare). L’origine de leur arrêt cardiaque est donc généralement un manque d’oxygène dû aux pathologies gravissimes exposées plus haut. Pour permettre de pallier à ce manque d’oxygène, la prise en charge consiste en :
- Reconnaissance de l’arrêt cardiaque.
- Réaliser 5 insufflations en bouche à bouche (n’hésitez pas à englober la bouche et le nez du bébé dans votre bouche, faire du bouche-nez). La tête de l’enfant, allongé sur le dos, doit être en position neutre, c’est-à-dire, doit regarder le plafond. C’est ainsi que les voies aériennes vont restées ouvertes. Pour faire le massage, commencez par libérer les voies aériennes en plaçant votre main sur le front de l’enfant. Placez deux ou trois doigts de l’autre main sous la pointe du menton et basculez doucement la tête de la victime en arrière en lui relevant le menton.
- Réaliser 1 minute de compressions thoraciques tout en appelant les secours. Si vous êtes seul, mettez votre téléphone en haut parleur, si vous êtes plusieurs, déléguer cette tâche à un autre sauveteur.se.
Ensuite, alterner 2 insufflations et 15 compressions thoraciques jusqu’à l’arrivée des secours. Associez ensuite les compressions thoraciques aux insufflations à un rythme de 15 compressions pour 2 insufflations chez l’enfant prépubère.
Massage cardiaque chez le nourrisson
Bien évidemment, compte tenu de la taille du nourrisson, on ne pratique pas le massage cardiaque et les compressions thoraciques de la même manière chez un bébé, chez un grand enfant et chez un adulte. Les nourrissons ont une cage thoracique beaucoup plus souple que la nôtre. Cela permet d’utiliser moins de force que pour un grand enfant ou un adulte pour effectuer une compression idéale.
- Sur un bébé (moins d’un an), le massage cardiaque doit s’effectuer avec la pulpe des deux doigts et non avec la paume entière sur le sternum. Positionnez le nourrisson sur le dos, sur une surface dure, poitrine dénudée.
- Chez les nourrissons, on pourra utiliser deux doigts tendus d’une main au centre du sternum pour comprimer le thorax de l’enfant.
- Comme chez l’adulte, on réalise des compressions thoraciques à un rythme de 110 à 120 compressions par minute. On pourrait imaginer qu’il faut masser plus vite un nourrisson qu’un adulte. Mais au-delà de ce rythme déjà soutenu, on ne laissera pas le temps au cœur de se remplir de sang et le massage n’entraînera donc pas une circulation efficace.
- La profondeur des compressions est de 4 cm pour un enfant de moins de 1 an et de 5 cm pour un enfant de plus de 1 an. Cependant, dans ces circonstances, il ne faut pas se focaliser sur ces chiffres.
Utilisation du défibrillateur
Chez l’enfant et le nourrisson, l’utilisation d’un défibrillateur automatique externe n’est pas une priorité absolue. Les défibrillateurs automatiques externes (DAE) sont utilisables à partir de l’âge d’un an, si possible avec un atténuateur pédiatrique. Si votre réanimation est efficace, vous aurez peut-être la chance de faire repartir le cœur de l’enfant que vous prenez en charge. Certains DAE sont équipés d’électrodes pour enfant avec réducteur d’énergie, plus petites que celles des adultes. S’il n’y a pas d’électrodes adaptées, utilisez les électrodes pour adulte et activez le mode pédiatrique sur le défibrillateur. S’il n’y a ni électrodes enfant ni mode pédiatrique, placez une électrode adulte au milieu du thorax, et l’autre au milieu du dos.
Importance de la chaîne de survie
Ces 3 différentes étapes constituent une chaîne de survie susceptible d’augmenter de 4 à 40 % le taux de survie des victimes.
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- À l’époque des téléphones portables, la transmission de l’alerte ne pose plus guère de problème. Dans le cas contraire, un sauveteur seul face à une personne en arrêt cardiaque est en grande difficulté.
- Le sauveteur récupère lui-même le DAE s’il est à proximité, facilement accessible, et qu’il peut se le procurer immédiatement sans quitter la victime plus de 10 secondes.
État prélétal d'un nouveau-né
L'état prélétal d'un nouveau-né ayant souffert dans les minutes précédant sa naissance d'une insuffisance d'oxygénation d'origine placentaire est une urgence extrême. Il faut désobstruer le pharynx puis la trachée par aspiration, ensuite intuber, faire la ventilation mécanique (en oxygène pur si possible, à la fréquence de 40 /min environ) et un massage cardiaque externe à la fréquence de 120 /min. Si la situation ne s'améliore pas en 3 min, injecter dans une veine périphérique ou ombilicale 2 mmole/kg de solution tampon alcaline en une ou deux minutes. Si la fréquence du pouls reste inférieure à 100/min, instiller 30 µg/kg d'adrénaline par un cathéter fin, glissé dans la trachée jusqu'aux bronches distales. L'avenir neurologique est très compromis s'il n'y a pas de gasps dans les 15 min (en l'absence de médicaments dépressifs injectés à la mère).
Espace mort
Il est important de noter l'existence de l'espace mort, soit l'espace des voies aériennes qui ne participe pas à l'hématose. L'espace mort «anatomique» correspond aux bronches, à la trachée et aux voies aériennes supérieures. Il joue un rôle physiologique indispensable en réchauffant, humidifiant et dépoussiérant l'air inspiré, ce qui protège l'espace alvéolaire de la dessiccation, de l'infection et des poussières génératrices de pneumoconiose. Mais il peut exister des alvéoles non perfusées, l'air qu'elles contiennent ne participant pas à l'hématose : elles font partie de l'espace mort «physiologique», dont le volume (symbole VD) est celui de l'air de composition alvéolaire restant en fin d'expiration dans les voies aériennes extralobulaires. L'augmentation de l'espace mort physiologique est causée par la réduction ou l'arrêt de la perfusion de certaines alvéoles restant ventilées, ce qui correspond à certains lobules où le rapport ventilation/perfusion est élevé. L'obstruction des capillaires pulmonaires (p. ex. par embolies) ou leur destruction (p. ex.
Le volume des gaz expirés, non épuré de leur dioxyde de carbone, contenu dans le système respiratoire de l'appareil en fin d'expiration, volume qui est réinspiré chaque fois, et correspond à la zone non épurée parcourue alternativement par l'air inspiré et l'air expiré. Les dispositifs respiratoires utilisés en anesthésie-réanimation prolongent généralement l'espace mort naturel du sujet de sorte que la ventilation doit être augmentée pour assurer une élimination normale du dioxyde de carbone de l'espace alvéolaire.
Formation aux gestes de premiers secours
La prise en charge de l’arrêt cardiaque d’un nourrisson ou d’un bébé ne s’invente pas. Mais, elle n’a rien de compliqué et peut sauver la vie d’un enfant. C’est inestimable. A ce jour moins d’1 Français sur 3 est formé aux gestes d’urgences. Cependant nous sommes encore loin des recommandations nationales qui visent 80% de la population formées. Il est pourtant essentiel d’intervenir au plus vite lors d’un arrêt cardio-respiratoire.
Si vous souhaitez en savoir plus sur le sujet, La Croix Rouge propose une initiation aux 1er secours enfants et nourrissons (IPSEN). Cette formation dure une demi journée et coute environ 20€.
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