La question de la trisomie 21 est devenue un sujet de société majeur, notamment avec l'évolution des techniques de dépistage prénatal. Pour les catholiques, cette question soulève des enjeux éthiques profonds, oscillant entre le respect de la vie, l'accueil de la personne handicapée et les progrès de la médecine. Cet article explore les différentes facettes de ce débat, en tenant compte des données scientifiques, des positions de l'Église et des témoignages de personnes concernées.

Dépistage prénatal de la trisomie 21 : un état des lieux

Le dépistage prénatal de la trisomie 21 a connu des avancées significatives ces dernières années. Actuellement, il combine plusieurs techniques, dont la mesure échographique de la clarté nucale et le dosage des marqueurs sériques. En cas de risque élevé, une amniocentèse est réalisée pour confirmer le diagnostic.

Une innovation récente, le Dépistage Prénatal Non Invasif (DPNI), basé sur l'analyse de l'ADN fœtal circulant dans le sang maternel, suscite de nombreux débats. La Haute Autorité de Santé (HAS) a recommandé en 2017 de proposer ce test aux femmes présentant un certain niveau de risque de trisomie 21 fœtale à l'issue du dépistage par dosage des marqueurs sériques. Les arguments en faveur du DPNI sont l'amélioration des performances de détection, la diminution des "pertes fœtales" induites par les amniocentèses et la possibilité d'un diagnostic plus précoce.

Les enjeux éthiques soulevés par le dépistage

La généralisation du DPNI pose plusieurs problèmes éthiques. La Conférence des évêques de France (CEF) souligne le nombre déjà élevé d'interruptions médicales de grossesse (IMG) associées au dépistage prénatal de la trisomie 21 et craint que le caractère anxiogène de ces tests n'affecte encore plus de femmes.

Un autre enjeu majeur est le risque d'eugénisme. Le DPNI, par sa simplicité et son accessibilité, pourrait accroître la pression exercée sur les parents pour dépister la trisomie 21. Les parents pourraient se sentir obligés de "prendre une décision" concernant la vie de leur enfant, sans être accompagnés de propositions de traitement ou de soins. Actuellement, 96% des fœtus diagnostiqués trisomiques sont avortés, ce qui représente une forme d'eugénisme.

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Le Comité Consultatif National d'Éthique (CCNE) a également exprimé des préoccupations quant à la généralisation du DPNI. Il craint que cela n'entraîne une augmentation de la sélection des enfants à naître et un défaut d'accueil et d'accompagnement des personnes handicapées dans la société.

La position de l'Église catholique

L'Église catholique défend le respect de toute vie humaine, de la conception à la mort naturelle. Elle considère que chaque personne, y compris celles atteintes de trisomie 21, a une dignité inviolable et un droit fondamental à la vie.

Face au dépistage prénatal de la trisomie 21, l'Église met en garde contre le risque d'une logique d'élimination et de sélection. Elle rappelle que le diagnostic anténatal devrait avoir pour seule finalité la prise en charge médicale des anomalies détectées.

La Conférence des évêques de France estime que la proposition généralisée du test ADNlcT21 pose divers problèmes moraux. Les évêques soulignent le nombre exceptionnellement élevé d'interruptions médicales de grossesse déjà associées au dépistage prénatal de la trisomie 21 et craignent que le caractère anxiogène de ces tests ne touche encore plus de femmes si le seuil minimal de risque retenu, pour que la proposition du test ADNlcT21 soit faite, passait de 1/250 à 1/1 000.

L'archevêque de Paris a ouvert la "cause" du découvreur de la trisomie 21, Jérôme Lejeune, ardent militant du combat catholique pour la "défense de la vie". En ouvrant cette cause de béatification, l'Église entend honorer cette figure hautement symbolique.

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Inégalités sociales et trisomie 21

Une étude a révélé qu'il naît plus de bébés trisomiques dans les classes défavorisées. Les chercheurs en déduisent que les progrès de la technologie médicale amplifient les inégalités sociales. D'une part, les femmes des catégories socioprofessionnelles les plus élevées sont plus nombreuses à accéder au diagnostic prénatal de la trisomie 21. D'autre part, le taux d'avortement après un diagnostic de trisomie 21 est plus faible dans les catégories "défavorisées".

Certains interprètent ces résultats en soulignant que les femmes défavorisées pâtissent d'une moins bonne surveillance de leur grossesse et d'un accès limité à l'information. D'autres mettent en avant des facteurs culturels et religieux, comme un plus grand respect de la vie et une plus forte solidarité familiale.

Jean-Marie Le Méné s'insurge contre l'idée que les pauvres "feraient" plus d'enfants trisomiques. Pour le président de la Fondation Jérôme Lejeune, il est choquant d'assimiler la naissance d'un enfant, même handicapé, à la survenance d'une maladie.

Accompagnement et inclusion

Face aux enjeux éthiques et sociaux soulevés par le dépistage prénatal de la trisomie 21, il est essentiel de promouvoir l'accompagnement et l'inclusion des personnes atteintes de ce syndrome et de leurs familles.

L'Église catholique encourage à développer une société plus accueillante et solidaire, où chaque personne est reconnue dans sa dignité et sa valeur. Elle appelle à soutenir la recherche médicale visant à améliorer la qualité de vie des personnes trisomiques et à accompagner les familles confrontées à ce handicap.

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Il est important de rappeler que les personnes trisomiques ne demandent qu'à vivre et à être heureuses. De nombreux témoignages montrent qu'elles sont capables d'apporter joie et richesse à leur entourage.

Dialogue et discernement

La question de la trisomie 21 est complexe et délicate. Elle nécessite un dialogue ouvert et respectueux entre les différents acteurs de la société : médecins, chercheurs, responsables religieux, associations de personnes handicapées, parents et personnes concernées.

Il est essentiel de prendre en compte les avancées de la science, les impératifs éthiques et les réalités humaines. Chaque personne doit pouvoir exercer son discernement en conscience, en étant éclairée par une information loyale et complète.

Dans ce contexte, la foi catholique peut apporter des éléments de réflexion et d'espérance. Elle invite à reconnaître la dignité de chaque personne, à accueillir la vie dans toutes ses dimensions et à construire une société plus juste et fraternelle.

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