L'avortement thérapeutique est une question éthique complexe, particulièrement débattue au sein de l'Église catholique. Cet article explore la position de l'Église sur cette question, en tenant compte de son évolution historique et de ses nuances contemporaines.
La position fondamentale de l'Église catholique
L’Église catholique s’oppose catégoriquement et depuis toujours à l’avortement (IVG), suggérant que la vie humaine est sacrée et inviolable dès la conception. Pour l’Eglise catholique, tout acte abortif est prohibé, de l’avortement chirurgical à la pilule du lendemain. L’avortement constitue une «atteinte à la vie en son commencement» et représente un acte moral inacceptable quelles qu’en soient les circonstances. Le concile Vatican II affirme que l’avortement est un crime abominable. L’avortement, même thérapeutique, n’entraîne pas moins la mort d’un innocent par le fait de ceux-là mêmes, parents et médecins, à qui il est confié. Dès le moment de sa conception, la vie de tout être humain doit être absolument respectée.
Cette position s’appuie sur l’enseignement traditionnel de l’Église depuis ses origines, même si l’IVG est une pratique moderne.
Évolution du discours de l'Église
Néanmoins, l’Eglise, consciente que cette position pourrait être mal comprise et sembler exclure les personnes concernées, a modifié sa position dans deux directions : la promotion des arguments pour la vie plutôt que les condamnations de l’IVG et l’accompagnement des personnes. Bien que la doctrine reste inchangée, le discours de l’Église évolue. Progressivement, pour des raisons pastorales et de l’ordre de la miséricorde, l’Eglise préfère utiliser des arguments empruntés au registre des droits de l’homme et entend défendre les droits de l’enfant à naître. Pour le pape François, cette position s'inscrit « dans la défense de tous les droits humains ». Elle souligne aussi les risques psychologiques pour les femmes ayant recours à l’IVG, souvent négligés.
Textes clés de référence
Au XX° siècle, des textes comme la constitution Gaudium et Spes du Concile Vatican II et l’encyclique Evangelium Vitae de Jean-Paul II ont éclairé les débats.
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Gaudium et Spes
Gaudium et Spes aborde la question de l’IVG dans le cadre plus large de la dignité de la personne humaine et du respect de la vie. Ce texte de 1965 réaffirme l’enseignement de l’Église concernant la valeur de la vie humaine dès sa conception, dans le chapitre intitulé «La dignité du mariage et de la famille», au paragraphe 51.
Evangelium Vitae
Dans son encyclique, Jean-Paul II souligne quant à lui que la vie humaine est inviolable dès le moment de la conception. Il rejette tout argument qui tenterait de relativiser cette position en fonction de circonstances particulières ou de la viabilité du fœtus. Il précise que la dignité de l’être humain ne dépend ni de son âge ni de son état de développement, mais de sa nature même d’être humain créé à l’image de Dieu. Jean-Paul II critique vivement les sociétés modernes qui, à travers la légalisation de l’avortement, considèrent cet acte comme un droit. Il qualifie ces législations de manifestations de la «culture de la mort», qui méprise la valeur de la vie humaine au profit du relativisme moral.
Actions concrètes de l'Église
Ainsi, face à la légalisation et à la constitutionnalisation de l’IVG, l’Église soutient des actions concrètes non violentes de ses fidèles. Elle peut lancer, par la voix de ses pasteurs, des appels «au jeûne et à la prière» ; elle encourage le soutien aux femmes enceintes en difficulté et propose un accompagnement psychologique et spirituel post-avortement. Plus largement, l’Eglise inscrit sa position dans une défense globale de la vie «de la conception à la mort naturelle». Elle veut faire entendre la promotion des droits des femmes et des enfants, ses appels à une politique familiale plus ambitieuse.
Dignitas Infinita
Lundi 8 avril, le Vatican a publié un texte qui fera date. Dans "Dignitas Infinita" ou "dignité infinie", le Pape François réaffirme les principes fondamentaux et les valeurs chrétiennes sur la vie et la dignité humaine. Les questions de bioéthique autour de l’interruption volontaire de grossesse, de la gestation pour autrui et de l’euthanasie sont notamment au cœur de sa réflexion. Certaines pratiques relatives à la bioéthique sont particulièrement visées : l’avortement, l’euthanasie et le suicide délibéré qui sont mis au même niveau que l’homicide et le génocide, parce qu’ils "s’opposent à la vie elle-même". Dans son texte, le Dicastère de la doctrine de la foi rappelle ainsi que "la dignité de tout être humain a un caractère intrinsèque qui vaut depuis le moment de sa conception jusqu’à sa mort naturelle". Alors que la France vient d’inscrire le droit à l’Interruption volontaire de grossesse dans sa Constitution, l’Église s’inquiète de "l’acceptation de l’avortement dans les mentalités, dans les mœurs et dans la loi elle-même". Face à ce constat, l’Église appelle à "regarder la vérité en face" et à "nommer les choses par leur nom […] sans céder à des compromis par facilité ou à la tentation de s’abuser soi-même". Par exemple, le terme d’interruption volontaire de grossesse à la place du terme d’avortement, "tend à cacher la véritable nature et à en atténuer la gravité dans l’opinion publique", selon le texte.
L'objection de conscience et les difficultés d'accès à l'IVG
Selon les chiffres du ministère de la santé italien, plus de deux tiers des gynécologues sont objecteurs de conscience. Comme la loi 194 les y autorise, ils refusent de pratiquer l’avortement. Un score qui dépasse les 90% dans le Sud du pays. Pour Elisabetta Canitano, gynécologue à la retraite et dirigeante de l’association féministe Vita Di Donna, le poids de l’Eglise explique ce pourcentage élevé. Une influence qui se ressent dès la formation des futurs gynécologues et obstétriciens, des spécialités qui ne sont pas séparées dans la Botte. A ses yeux, « les catholiques cherchent à conquérir la santé en Italie ».
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Entre la culpabilité dans un pays où la tradition religieuse est encore très présente, l’attente, le manque de suivi ou tout simplement la difficulté de trouver un gynécologue pouvant pratiquer un avortement dans les délais, le droit à l’avortement n’est garanti qu’en théorie. De nombreuses dérives voient le jour.
L'influence catholique sur le mouvement anti-avortement
«L'influence catholique sur le mouvement anti-avortement américain est profonde, détaille Jamie L. Manson, présidente de Catholics for Choice, une organisation catholique en faveur du droit à l'avortement. La notion que la vie commence dès la conception, la notion de personnalité juridique du fœtus sont des idées théologiques qui n'ont aucun fondement scientifique, mais il y a cet effort massif pour qu'elles soient codifiées dans le droit civil. Ce sont des principes similaires qui encadrent désormais la pratique de la médecine d'urgence dans les treize États où l'avortement est interdit.
Exemples concrets et figures emblématiques
Dans l'histoire de sainte Gianna, celle-ci avait fait le choix de risquer sa vie pour protéger son fœtus. Canonisée en 2004, Gianna Beretta Molla est devenue une sainte car lorsqu'un fibrome est apparu sur son utérus pendant sa quatrième grossesse, elle a refusé l'interruption volontaire de grossesse (IVG) thérapeutique proposée par ses médecins. Le 28 avril 1962, à l'âge de 39 ans, elle est décédée à la suite d'une infection, sept jours après la naissance de Gianna Emanuela.
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