La lutte pour le droit à l'avortement en France a été un long et difficile combat, marqué par des figures emblématiques et des événements déterminants. Parmi ces figures, Catherine Deneuve se distingue par son engagement précoce et constant en faveur des droits des femmes. Son nom est indissociable du "Manifeste des 343", une pétition révolutionnaire qui a secoué l'opinion publique en 1971 et ouvert la voie à la légalisation de l'avortement.
Le Manifeste des 343 : Un acte de désobéissance civile
Le 5 avril 1971, le journal Le Nouvel Observateur publie un manifeste choc, rédigé par Simone de Beauvoir, dans lequel 343 femmes déclarent publiquement "Je me suis fait avorter". Parmi ces femmes, on retrouve des personnalités telles que Françoise Sagan, Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, Gisèle Halimi et Catherine Deneuve. En signant ce manifeste, ces femmes s'exposaient à des poursuites pénales pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement.
Ce manifeste est un acte de désobéissance civile qui vise à briser le silence et à dénoncer les dangers de l'avortement clandestin. À cette époque, l'avortement est illégal en France et les femmes qui y ont recours le font dans des conditions dangereuses, souvent au péril de leur vie. Le manifeste dénonce cette situation et exige la légalisation de l'avortement afin de garantir la sécurité et la santé des femmes.
Catherine Deneuve n'était pas la seule célébrité à inscrire son nom dans le manifeste des 343; Françoise Sagan et Simone de Beauvoir le firent aussi, mais l’actrice savait que sa signature comptait particulièrement. En apposant son nom au bas du manifeste « Je me suis fait avorter », elle devenait solidaire des milliers d’autres femmes, anonymes, qui n’osaient pas avouer qu’elles aussi avaient avorté en secret.
Le procès de Bobigny : Un tournant décisif
En octobre et novembre 1972, se tient le procès de Bobigny, un événement qui va marquer un tournant décisif dans la lutte pour le droit à l'avortement. Gisèle Halimi, avocate et signataire du "Manifeste des 343", défend Marie-Claire Chevalier, une jeune fille de 16 ans jugée pour avoir avorté après un viol, ainsi que sa mère et trois autres femmes accusées de complicité.
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Le procès de Bobigny devient un procès politique, attaquant l'injustice de la loi de 1920, qui interdit « l’incitation à l’avortement et la propagande anticonceptuelle ». Marie-Claire Chevalier est finalement acquittée, une victoire judiciaire retentissante qui entraînera une forte diminution des condamnations pour avortement.
La loi Veil : La légalisation de l'avortement
En novembre 1974, Simone Veil, ministre de la Santé dans le gouvernement de Jacques Chirac, présente devant les députés son projet de loi pour la légalisation de l'avortement. Elle explique en ouverture des débats : « Je voudrais vous faire partager une conviction de femmes. Je m’excuse de le faire devant une Assemblée constituée quasi exclusivement d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement ».
Le texte de Simone Veil propose d’autoriser l’IVG dans un délai de 10 semaines de grossesse, tout en laissant le droit à tout médecin ou établissement hospitalier de refuser de pratiquer des avortements. Après 25 heures de discussions et malgré des oppositions virulentes, les députés adoptent le projet de loi en première lecture, avec 284 voix pour et 189 voix contre. Le Sénat vote également le texte en première lecture le 14 décembre 1974. Après une adoption définitive par les deux chambres en commission mixte paritaire à la fin du mois de décembre, la loi Veil est promulguée le 17 janvier 1975. Elle entre d’abord en vigueur à titre expérimental, pour un délai de 5 ans, avant d’être reconduite sans limite de temps le 31 décembre 1979.
Les avancées législatives ultérieures
Depuis la loi Veil, plusieurs avancées législatives ont permis de renforcer le droit à l'avortement en France :
- 1993 : Le délit d'entrave à l'IVG est créé pour lutter contre les actions des commandos anti-IVG. Cette loi pénalise le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher, de pratiquer ou de s’informer sur une IVG ou les actes préalables à celle-ci. L’entrave peut être exercée physiquement ou par pressions psychologiques.
- 2012 : L'avortement est remboursé à 100 % par l'Assurance maladie. Les avortements étaient déjà intégralement remboursés pour les jeunes filles mineures, mais les femmes majeures devaient prendre en charge entre 20 et 30 % des frais liés à la procédure. Dans ce même budget de la Sécurité sociale, un amendement est voté pour permettre le remboursement à 100 % de la contraception pour les filles entre 15 et 18 ans.
- 2014 : La notion de « détresse » est supprimée de la loi sur l'IVG. Depuis 1975, la loi indique que seule la « femme enceinte que son état place dans une situation de détresse peut demander à un médecin l’interruption de sa grossesse ». Pour « mettre le droit en conformité avec la pratique » de l’avortement, la ministre des droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem propose donc de supprimer la mention de cette notion de « détresse » dans la loi.
- 2022 : Le délai légal pour avorter est allongé de 12 à 14 semaines. Le délai légal d’IVG est allongé de 12 à 14 semaines (il était déjà passé de 10 à 12 semaines en 2001), les IVG médicamenteuses peuvent être réalisées en téléconsultation et le délai minimum de réflexion entre l’entretien psycho-social et le recueil du consentement pour un avortement est supprimé.
L'inscription du droit à l'IVG dans la Constitution : Une victoire historique
Le 4 mars 2024, les parlementaires français réunis en Congrès à Versailles votent à une écrasante majorité en faveur de l’inscription dans la loi fondamentale de la « liberté garantie » pour une femme d’avoir recours à une IVG. Un vote historique, qui fait de la France le premier pays à inscrire l’avortement dans son texte fondamental, après des décennies de lutte pour dépénaliser puis faciliter l’accès à l’IVG.
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Ce vote est une victoire historique pour les droits des femmes et un témoignage des années de campagne inlassable de tant de personnes. La constitutionnalisation du droit à l’avortement est un rempart important contre les mouvements anti-droits de plus en plus virulents.
Catherine Deneuve : Une figure engagée
Catherine Deneuve a toujours été une figure engagée en faveur des droits des femmes. Son engagement en faveur du droit à l'avortement remonte au "Manifeste des 343" en 1971. Elle a continué à défendre ce droit tout au long de sa carrière, notamment en participant à des manifestations et en s'exprimant publiquement sur le sujet.
Ce vendredi 8 mars, Catherine Deneuve était invitée à la cérémonie d'inscription du droit à l'IVG dans la Constitution. Quatre jours après le vote historique du Congrès inscrivant l'IVG dans la Constitution, Emmanuel Macron a présidé une cérémonie de scellement. L'évènement s'est déroulé ce vendredi 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, place Vendôme, à Paris. Interrogée suite à l'inscription du droit à l'IVG dans la Constitution le 8 mars 2024, Catherine Deneuve a répondu avec beaucoup de sarcasme à la question un brin ridicule d'une journaliste présente sur place.
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