L'avortement, acte médical permettant d'interrompre une grossesse, demeure un sujet de débat passionné et de controverses persistantes à travers le monde. En France, malgré la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) depuis 1975 grâce à la loi Veil, des mouvements anti-avortement continuent de se mobiliser activement pour remettre en question ce droit. Ces campagnes, souvent orchestrées par des groupes se revendiquant "pro-vie", adoptent diverses stratégies allant de la désinformation à des actions symboliques percutantes, suscitant des réactions vives et polarisées au sein de la société. Cet article se penche sur des exemples concrets de ces campagnes, leurs méthodes, leurs cibles, ainsi que sur les enjeux éthiques et sociaux qu'elles soulèvent.

La guerre anti-avortement : un aperçu historique

Historiquement, la lutte contre l'avortement s'est manifestée par une surveillance accrue et une délation, particulièrement au milieu du vingtième siècle. Les autorités judiciaires ont pu augmenter leurs chiffres d'activité grâce à cette dynamique, mais au prix de relations délétères dans les communautés et d'une fragilisation de la confiance entre les femmes et les médecins. Bien que la plupart des médecins soient restés fidèles à leurs principes professionnels en soignant toutes les patientes, certains ont stigmatisé, maltraité, voire brutalisé celles qui avaient recours à l'avortement, ou ont empêché les femmes suspectant une grossesse non désirée d'accéder à une confirmation rapide de leur état.

Les Survivants : une stratégie de communication ciblée sur les jeunes

Parmi les mouvements anti-avortement les plus récents et actifs, on retrouve "Les Survivants", une association créée en 2016 après la Manif pour tous. Ce groupe se distingue par sa maîtrise des codes de la communication moderne et sa stratégie de ciblage des jeunes.

Une rhétorique axée sur le "syndrome du survivant"

Les Survivants ont adopté une rhétorique particulière, affirmant que l'IVG crée chez les enfants nés un "syndrome du survivant" par rapport à ceux qui n'ont pas vu le jour. Leur slogan, "un enfant sur cinq n'a pas la chance de naître", est porteur d'une charge émotionnelle forte et vise à sensibiliser l'opinion publique, en particulier les jeunes, à leur cause.

Des actions symboliques et une présence en ligne

Pour toucher leur public cible, Les Survivants multiplient les actions symboliques et les pastilles vidéos, utilisant les codes de la culture jeune. Leur logo, un "S" entouré de vert rappelant un symbole de super-héros, est décliné sur des T-shirts, des sweats et des bracelets vendus sur leur site internet. Ils ont également créé un signe de ralliement, un "doigt d'honneur" où seul l'annulaire est baissé, symbolisant le nombre d'enfants avortés en France selon leurs chiffres. Des membres du mouvement ont même escaladé le Mont-Blanc pour y déployer un drapeau portant leur symbole.

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Une neutralité politique revendiquée, mais des raccourcis trompeurs

Afin de paraître objectifs, Les Survivants se disent religieusement, politiquement et idéologiquement neutres. Ils transmettent un discours simple et facilement compréhensible, mais cette simplicité entraîne des raccourcis qui peuvent fausser la compréhension du sujet. Par exemple, ils affirment que chaque fœtus a une chance sur cinq d'être avorté, ce qui laisse entendre que l'IVG frappe au hasard, ce qui est loin d'être le cas. De plus, ils ne tiennent pas compte du fait que le fœtus avorté n'a pas encore de conscience, celle-ci n'apparaissant qu'entre la 24e et la 28e semaine de grossesse.

Campagnes d'affichage et actions coup de poing

Outre les actions ciblées sur les jeunes, les mouvements anti-avortement recourent également à des campagnes d'affichage et à des actions coup de poing pour faire connaître leur cause et susciter le débat.

Affichages sauvages et détournement de l'espace public

En avril 2017, des affiches anti-IVG ont été placardées dans le métro parisien, interpellant les candidats à l'élection présidentielle en les invitant à s'opposer à l'avortement. Ces affiches, signées par le collectif Les Survivants, ont provoqué de vives réactions sur les réseaux sociaux. La RATP a dénoncé un "acte de malveillance" et a porté plainte.

Plus récemment, en mai et juin 2023, des autocollants anti-IVG ont été collés sur de nombreux Vélib' parisiens et lyonnais. Ces autocollants, portant des messages tels que "Et si vous l'aviez laissé vivre ?" avec l'image d'un fœtus devenant un enfant à vélo, renvoyaient à un site internet de militants anti-droits propageant de fausses informations sur l'IVG. La mairie de Paris a condamné ces affichages sauvages et a demandé la dissolution du mouvement Les Survivants.

La "Marche pour la vie" : un rassemblement annuel

Chaque année, l'association En marche pour la vie organise une "Marche pour la vie" à Paris. Cette manifestation rassemble des milliers de personnes opposées à l'avortement. En 2021, les manifestants ont protesté contre deux textes de loi prévoyant l'ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes et la prolongation du délai pour avorter.

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Actions symboliques et provocations

Certains mouvements anti-avortement recourent à des actions symboliques et provocatrices pour marquer les esprits. En 2021, lors de la "Marche pour la vie", des manifestants revêtus de sacs poubelles ont arboré des masques de poupons avec le message "bébé avorté = humain à la poubelle", afin de dénoncer le "deux poids deux mesures" entre la souffrance animale et le sort réservé aux fœtus après une IVG.

La "Marche pour la vie" avait également organisé une campagne de communication visuelle représentant des poussins sur le point de se faire broyer, accompagnés du commentaire : « Le broyage de poussins vivants, ça vous choque ? Nous aussi. Et celui des fœtus humains ? »

Désinformation et délit d'entrave numérique

La désinformation est une arme couramment utilisée par les mouvements anti-avortement. Malgré la création d'un délit d'entrave numérique en 2017, qui interdit de perturber l'accès aux femmes à l'information sur l'IVG, plusieurs sites internet propageant de fausses informations sur ce sujet existent toujours. Une étude de la Fondation des Femmes et de l'Institute for Strategic Dialogue (ISD) a révélé que des publicités anti-IVG ont enregistré 9,4 millions d'impressions sur les réseaux sociaux.

Financements et liens internationaux

L'origine des financements des acteurs anti-droits en France suscite des interrogations. Selon l'European Parliament Forum for sexual and reproductive rights, leur financement a fortement augmenté en dix ans, leur conférant une capacité d'influence considérable. Certaines organisations féministes ont dénoncé les financements étrangers dont bénéficient certains de ces mouvements.

Il est important de souligner que les mouvements anti-choix sont internationaux, avec des financements très importants. Ils sont présents dans les instances internationales et prennent de plus en plus de place. On retrouve les mêmes acteurs aux États-Unis ou au niveau européen. Selon la sociologue Laurine Thizy, on peut faire le lien entre ces mouvements anti-IVG avec « l’extrême droite, la mouvance familialiste conservatrice et le catholicisme radical ».

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Réactions et mesures gouvernementales

Face à ces campagnes anti-avortement, les pouvoirs publics ont réagi en prenant des mesures pour défendre le droit à l'IVG et lutter contre la désinformation.

Condamnation des actions anti-IVG et signalements à la justice

La ministre de l'égalité entre les femmes et les hommes a condamné les actions anti-IVG et a signalé au procureur de la République des faits susceptibles de constituer un délit d'entrave à l'IVG.

Renforcement de l'accès à l'IVG

Depuis 2017, les gouvernements successifs ont pris des mesures pour renforcer l'accès à l'IVG. La loi du 2 mars 2022 a permis plusieurs avancées, notamment l'allongement des délais de recours à l'IVG, l'ouverture de la pratique des IVG chirurgicales aux sages-femmes et la publication de répertoires des professionnels de santé pratiquant l'IVG.

Lutte contre la désinformation

Le gouvernement a renforcé la lutte contre la désinformation avec la création du numéro vert national « Sexualité, contraception, IVG » et a alloué des fonds supplémentaires au Planning familial pour financer son tchat, qui est un canal d'informations précieux pour les femmes souhaitant recourir à l'IVG.

Projet de loi constitutionnel

Dans le cadre de l'hommage national rendu à l'avocate Gisèle Halimi, le président de la République a annoncé qu'un projet de loi constitutionnel serait présenté afin d'assurer la protection de cette liberté fondamentale.

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