Jean Cabut, plus connu sous le pseudonyme de Cabu, était un dessinateur de bande dessinée et caricaturiste français. Sa vie, marquée par un talent précoce et un engagement constant, a été tragiquement interrompue lors de l'attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Né le 13 janvier 1938 à Châlons-en-Champagne (Marne), Cabu a laissé une empreinte indélébile dans le monde du dessin de presse et de la caricature en France. Il est aujourd’hui enterré au cimetière de l’ouest à Châlons-en-Champagne.

Jeunesse et Premiers Pas dans le Dessin

Le goût et le talent pour le dessin se sont manifestés très tôt chez Jean Cabut. Son père, Marcel Cabut, peintre amateur et professeur à l’École nationale supérieure des arts et métiers de Châlons-sur-Marne, a sans doute influencé son intérêt pour l'art. Dès l'âge de dix ans, Cabu copiait les dessins de Dubout, dont il restera un fervent admirateur.

À l'âge de 12 ans, Cabu remporte un concours de dessin lancé par le magazine Cœurs Vaillants, gagnant un vélo qui lui est remis au Vel' d'Hiv' à Paris. Encouragé par ce premier succès, il dessine avec passion. Dès l’âge de 15 ans, Cabu crée son premier journal - qui devient celui de son lycée - le Petit Fum’s. Il signe « J. K-Bu » ses premiers croquis dans ce journal satirique, créé en réaction à l’appellation de « fumistes » donnée aux élèves des sections classiques par ceux des sections techniques.

Sa double vocation de dessinateur et de journaliste s’affirme lorsque, à l’âge de quinze ans, ses dessins sont publiés par L’Union, quotidien de Reims. Il collabore avec ce journal jusqu’en 1961. Dès cette époque, il assiste au conseil municipal de sa ville et en propose des croquis. Il quitte le lycée à seize ans et devient apprenti dans l’atelier de création d’une imprimerie d’emballages publicitaires à Paris et suit en alternance des cours d'art graphique à l'école Estienne, puis à l'Académie Julian. Il signe désormais « Cabu » toutes ses productions graphiques.

Service Militaire et Éveil Politique

De mars 1958 à juin 1960, Cabu est mobilisé pour 27 mois de service militaire obligatoire en Algérie, au moment de la guerre d’Algérie (1954-1962). Cette expérience marque profondément sa vision du monde. Il met ses compétences au service du journal de l'armée, Le Bled, basé à Constantine, dans lequel signent également Philippe Labro et Francis Veber. Il y publie notamment la série La Fille du colonel.

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Il garde de cette période un antimilitarisme militant et une vision un peu anarchiste de la société qu'il transpose dans ses dessins. L’adjudant Kronenbourg, motif récurrent parmi ses caricatures les plus féroces de l’armée, évoque un militaire alcoolique et obtus. Parallèlement, il continue à donner des dessins à la presse : Ici-Paris (1956-1960), Paris-Match (1957-1960), etc.

Collaboration avec Hara-Kiri et Pilote

Démobilisé en 1960, Cabu dessine toujours dans différents journaux, dont l'Enragé, publication éphémère ne publiant que des caricatures. Son entrée à l’hebdomadaire Hara-Kiri en 1960 marque une date clé dans son inspiration. Le « journal bête et méchant », selon le sous-titre qui accompagne dès 1961 ce magazine, doit tout au zèle de ses contributeurs, François Cavanna, Georges Bernier (dit le professeur Choron sur proposition de Cabu), Fred, Gébé, Jean-Marc Reiser, Georges Wolinski, Roland Topor… Il jette un pavé dans l'espace médiatique d'une époque encore très respectueuse des tabous.

Deux ans plus tard, l'interdiction de Hara-Kiri pour outrage aux bonnes mœurs conduit Cabu pour dix ans à Pilote où René Goscinny, son rédacteur en chef, l’encourage dans sa veine lycéenne. Il illustre La Potachologie. Histoire naturelle du potache (1963) et Le potache est servi (1965) sur des textes du créateur du Petit Nicolas et d’Astérix. En 1964 apparaît dans Pilote le personnage du grand Duduche qui, par bien des aspects, a valeur d’autoportrait de Cabu.

Création du Grand Duduche et du Beauf

C'est dans Pilote, à partir de 1962, qu'il crée son personnage fétiche Le Grand Duduche, lycéen lymphatique et maladroit inspiré par ses souvenirs d'étudiant au lycée Pierre Bayen de Châlons, et celle du « Beauf » inspiré par Jacques Médecin ou plus probablement par le gérant du bar l'Alsacienne de Châlons-en-Champagne. Il oriente alors son art vers la caricature politique en dessinant pour le nouveau Charlie Hebdo à partir de 1992, et pour Le Canard enchaîné où il y a transposé le Grand Duduche (mais sans le nommer), ce qui confirme son statut de dessinateur clairement engagé à gauche.

Carrière à la Télévision

Engagé par Jacqueline Joubert, Cabu participe également à l'émission télévisée Récré A2 dans laquelle il crée des planches en direct. En 1982, il travaille pour les trois chaînes de télévision française (FR3, Antenne 2 dans Récré A2 et TF1 dans l'émission de Michel Polac). En 1986, il publie une BD sur l'animatrice Dorothée : Le Nez de Dorothée.

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Cabu est le dessinateur qui aura le plus occupé le petit écran de télévision, devenant une figure populaire pour plusieurs générations, et suscitant nombreuses vocations, dont celle de Charb : le feutre espiègle et d’une sincère tendresse dans l’émission jeunesse Récré A2 le jour, le crayon acéré et féroce dans l’émission de débat Droit de réponse animée par Michel Polac le soir.

Collaborations Multiples et Engagement Continu

Durant sa vie, Cabu a travaillé pour plus de 120 journaux et magazines, publié 69 albums sous son nom seul, collaboré à plus de 200 livres. Cabu a aussi travaillé épisodiquement dans : Ici Paris, Jazz Hot, Rallye, Rock & Folk, Candide, Le Journal du dimanche, France Soir, Paris-Presse, Le Figaro, Le Figaro littéraire, La revue de médecine, Nouvel Observateur, Le Monde, Ciné Revue, Action, Jours de France, Pariscope, CFDT syndicalisme, 20 ans, Le Journal de la maison, Journal des messageries maritimes, La Gueule ouverte, Charlie mensuel, Politique hebdo, La Grosse Bertha…

Il a illustré de nombreux livres, et la pochette du 3e album de Maxime Le Forestier intitulé « Caricatures ». Il a illustré également la série de double CD Cabu chez Nocturne, anthologies consacrées à quelques grands musiciens de jazz : Ellington, Basie, Gillespie, Peterson, Kenton, Bechet…

En 1992, Cabu et Philippe Val décident de relancer Charlie-Hebdo, dont la parution avait cessé en 1982. Le dessinateur travaille à ce journal jusqu'à sa mort, le 7 janvier 2015, causée par une fusillade au siège de l'hebdomadaire.

Hommages et Reconnaissance

Consacrant majoritairement son talent de dessinateur acerbe à la satire politique et sociale, Cabu l’insoumis n’aura eu de cesse, et sans concessions, pendant plus de soixante ans, de dénoncer les travers des Français et la connerie du genre humain via des portraits au vitriol réalisés pour presque tout ce que l’Hexagone compte de magazines et de journaux, dont Charlie Hebdo.

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De septembre 2006 à janvier 2007, une exposition-hommage, Cabu et Paris, a lieu à l'Hôtel de ville de Paris et d'octobre 2006 à février 2007, la Médiathèque Georges Pompidou de Chalons en Champagne, sa ville natale, lui consacre pour la première fois une rétrospective.

Le 7 janvier 2015, Cabu est assassiné lors de l'attentat de Charlie Hebdo. Parmi les douze personnes assassinées, George Wolinski, Tignous, Honoré, Charb, son garde du corps, Cabu et Bernard Maris ont laissé derrière eux une famille, des enfants, des compagnes.

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