La fermeture de maternités, notamment celle de Bernay, est devenue un sujet de vives tensions en France, cristallisant les inquiétudes concernant l'accès aux services publics dans les territoires. Cette problématique, exacerbée par le mouvement des gilets jaunes, met en lumière la complexité de concilier impératifs économiques, sécurité des soins et proximité pour les populations.

Le cas de Bernay : Une fermeture contestée

Le lundi 18 février 2019, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, s'est rendue à Bernay, dans l'Eure, pour confirmer la transformation de la maternité en un centre de périnatalité. Cette décision, annoncée initialement par Emmanuel Macron lors du Grand Débat à Bourgtheroulde, a suscité une forte opposition locale.

Malgré les assurances de la ministre selon lesquelles cette décision n'était pas motivée par des considérations économiques ou par un défaut de certification de l'hôpital, les habitants, les élus, les syndicats et le personnel hospitalier se sont mobilisés pour tenter de sauver leur maternité. Ils craignent la disparition progressive de l'hôpital, dans une région où l'accès aux services de santé est déjà problématique.

La principale justification avancée par Agnès Buzyn est la nécessité de garantir la qualité des soins et la sécurité des patientes. Elle a souligné que la liste de gardes était « insuffisamment robuste », en raison notamment de la dépendance de la maternité à un seul gynécologue-obstétricien titulaire, le docteur Ibrahim Makké, et à des médecins remplaçants.

La transformation en centre de périnatalité permettra aux femmes de continuer à être suivies à Bernay pendant et après leur grossesse, mais elles devront se rendre à Évreux (à 50 minutes) ou à Lisieux (à 30 minutes) pour accoucher. Un modèle similaire existe déjà à Pont-Audemer, à 30 km de Bernay, que la ministre considère comme un « vrai modèle de fonctionnement ».

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Les raisons profondes d'une fermeture

Au-delà des arguments avancés par la ministre, la question financière semble jouer un rôle non négligeable dans la décision de fermer la maternité de Bernay. L'hôpital de Bernay, qui accuse un déficit d'environ 4 millions d'euros par an, est financé en fonction de son activité. Le faible nombre d'accouchements réalisés par la maternité génère des recettes insuffisantes pour couvrir les frais de personnel.

L'Agence Régionale de Santé (ARS) avait d'ailleurs reconnu en mars 2018 que la situation financière de l'établissement se dégradait en raison de la diminution de l'activité d'accouchement.

Le docteur Makké et les défenseurs de la maternité contestent ces arguments, affirmant qu'il n'y a jamais eu de « trou » dans le tour de garde et qu'il est possible de recruter des médecins à condition de leur offrir des garanties sur l'avenir de la structure. Ils dénoncent une logique financière qui privilégie les économies au détriment de l'accès aux soins pour les populations locales.

Un débat national sur les maternités

La fermeture de la maternité de Bernay s'inscrit dans un contexte plus large de rationalisation de l'offre de soins en France, qui suscite de vives inquiétudes quant à l'accès aux services publics dans les territoires ruraux et périurbains.

Agnès Buzyn elle-même a reconnu que la question du maintien des petites maternités était devenue un « emblème de l'accès aux services publics dans les territoires » et qu'accoucher loin de chez soi pouvait être source d'angoisse.

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Un article du journal Le Monde a révélé que le nombre de femmes en âge de procréer se trouvant à plus de 45 minutes d'une maternité a doublé en vingt ans, atteignant 4,4 % de la population.

Cependant, il est important de noter que cette évolution s'est accompagnée d'une amélioration des statistiques de santé, avec une diminution du taux de mortalité infantile, qui est passé de 5 à 3,7 pour 1 000 en vingt ans. La France se situe parmi les pays les plus performants en la matière, derrière quelques pays nordiques.

La Cour des comptes a également souligné que, contrairement à une perception répandue, il n'y a pas eu d'« abandon généralisé » de l'administration dans les zones rurales, et que la présence et la densité des services publics y demeurent souvent supérieures à celles d'autres pays européens.

Les enjeux de la fermeture et de la transformation

La fermeture de la maternité de Bernay et sa transformation en centre de périnatalité soulèvent plusieurs enjeux importants :

  • L'accès aux soins : La fermeture de maternités de proximité peut entraîner un allongement des temps de trajet pour les femmes enceintes, ce qui peut être problématique en cas d'urgence. Elle peut également rendre plus difficile le suivi prénatal et postnatal pour les populations les plus vulnérables, notamment celles qui n'ont pas de moyen de transport.
  • La sécurité des soins : Le regroupement des maternités dans des structures plus importantes permet de concentrer les compétences et les équipements, ce qui peut améliorer la qualité et la sécurité des soins. Cependant, il est important de veiller à ce que les maternités de proximité ne soient pas sacrifiées au nom de la rationalisation économique.
  • L'aménagement du territoire : La fermeture de services publics, tels que les maternités, peut contribuer au sentiment d'abandon des territoires ruraux et périurbains et renforcer les inégalités territoriales. Il est donc essentiel de prendre en compte les spécificités de chaque territoire et de mettre en place des solutions adaptées pour garantir l'accès aux services essentiels.

Des solutions pour l'avenir

Pour répondre aux enjeux soulevés par la fermeture de maternités, plusieurs pistes peuvent être envisagées :

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  • Renforcer la coordination entre les différents acteurs de santé : Il est essentiel d'améliorer la coordination entre les maternités, les centres de périnatalité, les médecins généralistes, les sages-femmes et les autres professionnels de santé pour garantir une prise en charge globale et cohérente des femmes enceintes.
  • Développer la télémédecine : La télémédecine peut permettre de faciliter l'accès aux soins pour les populations éloignées des centres urbains, en particulier pour le suivi prénatal et postnatal.
  • Soutenir les maternités de proximité : Il est important de soutenir les maternités de proximité qui remplissent une mission de service public, en leur garantissant un financement adéquat et en les aidant à recruter et à fidéliser les professionnels de santé.
  • Impliquer les populations locales : Les décisions concernant la fermeture ou la transformation de maternités doivent être prises en concertation avec les populations locales, afin de tenir compte de leurs besoins et de leurs attentes.

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