La question de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet délicat, régulièrement au cœur de débats passionnés. Les récentes menaces de grève par certains syndicats de gynécologues-obstétriciens ont ravivé les tensions, suscitant de vives réactions et soulevant des questions cruciales sur les droits des femmes et les revendications professionnelles.
Contexte de la Polémique
Le Syndicat national des gynécologues-obstétriciens (Syngof) s'est retrouvé sous le feu des critiques après la diffusion d'un courriel suggérant l'arrêt de la pratique des IVG comme moyen de pression pour obtenir la satisfaction de revendications professionnelles. Cette menace a été perçue comme une "prise en otage des femmes" et a suscité de fortes condamnations de la part du gouvernement, de l'ordre des médecins et des associations féministes.
Jean Marty, ancien président du Syngof et membre du conseil d'administration du syndicat, a assumé cette menace, expliquant qu'il s'agissait d'une manière d'attirer l'attention sur un problème important qui n'était pas pris en compte. Selon lui, le Syngof n'a pas de problème avec l'IVG, mais la société en a un.
Réactions et Condamnations
La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a dénoncé le "caractère inadmissible de ces menaces qui vont à l'encontre du respect inconditionnel du droit à l'IVG garanti dans notre pays". Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'égalité entre les femmes et les hommes, a pointé "un chantage inacceptable".
L'ordre des médecins a également condamné fermement cette initiative, la jugeant "totalement contraire à la déontologie médicale". Le Conseil national de l'ordre des médecins a annoncé qu'il allait porter plainte devant la juridiction ordinale contre trois responsables du Syngof pour "déconsidération de la profession".
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Les associations féministes ont également exprimé leur indignation. Caroline Rebhi, coprésidente du Planning familial, a souligné le risque de décrédibilisation de toute la profession et a rappelé que le droit à l'avortement, même s'il est inscrit dans la loi, n'est pas encore considéré comme acquis.
Les Revendications du Syngof
À l'origine de cette "provocation", le Syngof demande que le fonds de garantie de la profession (FAPDS) couvre mieux les praticiens condamnés pour des erreurs médicales. Une quinzaine d'entre eux, condamnés entre 2002 et 2012, sont particulièrement concernés, car le fonds était, à cette époque, plafonné à hauteur de 3 millions à 6 millions d'euros, pour des condamnations pouvant dépasser 10 millions à 12 millions d'euros.
Jean Marty déplore que ce fonds soit un leurre, car il ne fonctionne pas avec les douze premiers cas. Il s'inquiète également du bon fonctionnement pour les cas à venir, aucune de la trentaine de demandes déposées depuis 2012 n'ayant été accordée.
Le Droit à l'IVG en France
Le droit à l'IVG est un droit fondamental des femmes en France, garanti par la loi. Cependant, il reste fragile et régulièrement menacé. Les propos anti-avortement et les tentatives de remise en question de ce droit sont régulièrement dénoncés par les associations féministes et les défenseurs des droits des femmes.
La clause de conscience, qui permet aux médecins de refuser de pratiquer une IVG, est également un sujet de débat. Les associations féministes réclament sa suppression, estimant qu'elle entrave l'accès à l'IVG et stigmatise cet acte.
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La Protection de l'Enfance: Un Enjeu Crucial
Au-delà de la polémique sur l'IVG, il est important de souligner les défis auxquels est confrontée la protection de l'enfance en France. De longue date, le système de protection de l'enfance est régulièrement interpellé sous les angles les plus variés. Ainsi on l’accuse de retirer arbitrairement des enfants à leurs parents, d’alimenter les rues piétonnes de nos centres-ville des jeunes errants, de violenter les enfants confiés dans ses institutions, de négliger les parents, d’abandonner les enfants confiés dans le dispositif quand ils seraient adoptables sans avoir de réels projets pour eux, de coûte cher pour un bénéfice relatif puisqu’au final nombre des enfants accueillis actuellement verront leurs propres enfants se retrouver « placés ».
La protection de l’enfance est perfectible et on s’efforce régulièrement de l’améliorer. Les lois se multiplient (2007, 2016, 2022 pour les dernières en date), mais leur application n’est pas toujours à la hauteur des aspirations, sinon des utopies, du législateur. Depuis un an nombre d’opérateurs de terrain dénoncent l’embolie du dispositif. La nécessité d’accueillir de nombreux mineurs étrangers non accompagnés (MNA) explique, mais en partie seulement la difficulté actuelle.
Tous les pans du dispositif de protection médico-sociale sont en souffrance, voire au rouge : service social scolaire, santé scolaire, protection maternelle et infantile, psychiatrie infantile, pédiatrie, et bien évidemment Maison du handicap. 18 départements ont même renoncé à leur dispositif de Prévention spécialisée qui a pourtant pour d’objectif d’éviter à des jeunes en difficulté de basculer vers la délinquance au risque de nombre victimes. Force est aussi d’observer que des mesures d’accompagnement judiciaire pour les enfants demeurant à leur domicile ne sont pas mises en œuvre ou le sont avec un retard insupportable.
Dans ce contexte des appels se multiplient à des Etats généraux susceptible de déboucher sur un plan Marshall c’est-à-dire à une mobilisation exceptionnelle pour la protection en France. Dans le même temps, force est de relever une pression sociale accrue et légitime pour rendre justice aux enfants violentés, notamment sexuellement.
Comme l’ensemble des métiers de l’humain le travail social traverse une crise majeure avec des professionnels plus que jamais en grande souffrance. Beaucoup partent ; on peine à recruter des assistantes familiales ou des travailleurs sociaux. On s’est appuyé trop longtemps sur leur engagement militant pour pallier les trous de la raquette. Le filon de cette militance est aujourd’hui épuisé!
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Il est impératif d'améliorer le dispositif social scolaire, la santé scolaire, la psychiatrie infantile ou les réponses à apporter aux enfants porteurs de handicap. Il faut déjà desserrer l’étau financier dans lesquels se trouvent les départements, mais aussi les associations prestataires de services. Un financement exceptionnel doit être dégagé au bénéfice de l’enfance en souffrance. La crise des personnels appelle à lancer un programme ambitieux de recrutement qui passe par une revalorisation des professions et une reconnaissance de leur mission sociale aux yeux des plus jeunes.
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