Brigitte Bardot, disparue à l'âge de 91 ans, reste une figure emblématique du cinéma français et une personnalité complexe, dont les positions ont évolué au fil du temps. Si elle a marqué les esprits par son image de femme libre et sensuelle, elle a aussi suscité la controverse par ses prises de position sur des questions de société. Son parcours est intimement lié à l'histoire du droit à l'avortement en France, un droit qu'elle a défendu avant même sa légalisation.

Une icône féministe avant l'heure ?

Dans les années 1960, Brigitte Bardot exprimait des opinions progressistes pour son époque. Elle affirmait pouvoir vivre une grande histoire d'amour avec un homme noir et dénonçait les violences conjugales. Son indépendance d'esprit et son refus des conventions en faisaient, à ses débuts, une icône du féminisme. Elle a toujours défendu l'avortement, même avant la loi sur l’IVG.

Simone de Beauvoir elle-même reconnaissait en Bardot une figure de l'émancipation féminine, soulignant son droit de disposer de sa sensualité, de choisir sa façon de vivre et d'aimer. En 1960, Beauvoir, à qui BB avait écrit son admiration, écrit : « L'érotisme de Bardot n'est pas magique mais agressif. Au jeu de l'amour, elle est autant le chasseur que la proie. » Georges Vigarello, spécialiste de l’évolution dans la représentation des corps, abonde dans ce sens en 2009 : « L’originalité de Bardot est ailleurs. Son modèle n’est pas simplement lié au désir. Il est lié à l’affirmation de soi : moins objet ici que sujet, moins passivité qu’activité. Brigitte vit à son rythme, choisit ses amours, les abandonne ou les maintient selon une règle qui n’appartient qu’à elle. Elle agit selon sa conscience avec le "courage de faire ce qui lui plaît quand ça lui plaît" ».

Avortements clandestins et traumatismes

La vie personnelle de Brigitte Bardot a été marquée par des expériences douloureuses liées à l'avortement. Elle a subi deux avortements clandestins dans les années 1950, à une époque où l'IVG était illégale en France. Ces expériences, vécues dans des conditions précaires et traumatisantes, l'ont profondément marquée.

Selon Pascal Louvrier dans son livre Vérités BB, ces avortements se sont déroulés en Suisse "dans des lieux glauques, sans hygiène". "Les douleurs qu'elle a ressenties furent atroces. Elle est traumatisée. […] Comme la bête dont on brûle le cuir au fer rouge, elle garde de cette épreuve une peur panique de la maternité". Lors d'un de ces avortements, Brigitte Bardot a même été victime d'une crise cardiaque.

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Ces traumatismes ont sans doute contribué à sa relation complexe avec la maternité. Elle n'a jamais véritablement épousé le rôle de mère, ayant même qualifié sa grossesse de "neuf mois de cauchemar".

Une maternité complexe

À 26 ans, Brigitte Bardot donne naissance à son fils Nicolas Charrier. Cependant, elle n'a jamais caché son manque d'attachement à cet enfant, né d'une relation qu'elle ne souhaitait pas. Elle a décrit sa grossesse comme une "tumeur" qui la dévorait.

Cette relation difficile avec son fils a été source de tensions et de conflits, notamment lors de la publication de son autobiographie Initiales BB en 1996. Nicolas Charrier a poursuivi sa mère en justice pour "atteinte à l’intimité intra-utérine".

Évolution et controverses

Au fil des années, les positions de Brigitte Bardot ont évolué, suscitant parfois la controverse. Si elle est restée une fervente défenseure de la cause animale, ses prises de position sur d'autres sujets, comme l'immigration ou le mouvement #MeToo, ont été critiquées.

Certains lui reprochent d'avoir soutenu des personnalités mises en cause pour violences sexuelles et de ne pas avoir suffisamment défendu la parole des femmes. Son soutien affiché au Front National a également suscité l'incompréhension et la désapprobation.

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« Je suis l’homme de ma vie » : une indépendance farouche

Malgré les controverses, Brigitte Bardot reste une figure marquante de son époque. Son indépendance d'esprit et son refus des conventions ont inspiré de nombreuses femmes. Sa célèbre phrase "Je suis l'homme de ma vie" résume son besoin farouche de ne dépendre de personne et de vivre selon ses propres règles.

Elle l'a prononcée en réponse à Gala, qui lui demandait d’où venait son « farouche besoin d’indépendance ». Et la réponse a fusé : « Je suis l’homme de ma vie ! J’ai eu une éducation très sévère. J’adorais mes parents, mais j’avais hâte de me libérer de cette emprise. Alors, oui, c’est peut-être cela qui a forgé mon besoin de ne dépendre de personne. »

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