L'avortement chez les bovins peut avoir de multiples causes, allant des infections bactériennes et virales aux problèmes non infectieux. Cet article se concentre sur les causes fongiques d'avortement, ainsi que sur la prévention et la gestion des risques associés.
Causes Infectieuses d'Avortement chez les Bovins
Les causes infectieuses d'avortement chez les bovins sont variées et peuvent inclure des agents bactériens, viraux et fongiques. Parmi les agents pathogènes les plus fréquemment impliqués, on retrouve :
- Bactéries : Elles sont de loin les agents pathogènes les plus fréquemment responsables d’avortements (82 % des causes infectieuses). Une quarantaine d’espèces bactériennes ont été isolées en culture pure (seule) ou en association (plusieurs bactéries). Parmi toutes ces bactéries, Streptococcus zooepidemicus est la bactérie la plus fréquemment isolée (20 % des avortements d’origine bactérienne).
- Virus : Des infections virales sont identifiées dans 9 % des cas d’avortement d’origine infectieuse, avec très majoritairement les virus de la rhinopneumonie forme abortive, dont l’herpèsvirus de type 1 (identifié sur 38 cas, soit 90 % des virus isolés) et l’herpèsvirus de type 4 (identifié sur 1 cas). 2 cas étaient causés par le virus de l’artérite virale équine.
- Champignons (Mycoses) : Des infections fongiques (ou mycoses), ainsi que des infections mixtes (bactériennes et fongiques), ont été diagnostiquées respectivement dans 1,5 % et 2,5 % des cas. Une placentite est observée dans 95 % de ces types d’infection.
Néosporose : Une Cause Majeure d'Avortement Infectieux
La néosporose, causée par le parasite Neospora caninum, est reconnue comme la première cause d’avortements infectieux chez les bovins à travers le monde. Cette maladie peut entraîner des pertes économiques significatives en raison des avortements et des troubles de la reproduction qu'elle provoque.
Transmission de la Néosporose
La néosporose se transmet principalement de deux manières :
- Transmission verticale : Dans 9 cas sur 10, la transmission est dite « verticale » : le fœtus est infesté pendant la gestation par sa mère elle-même parasitée par Neospora caninum. Les vaches contaminées ainsi avortent moins et généralement au 2e tiers de la gestation. Cependant, 65 % des veaux qui naissent sont porteurs et le restent à vie.
- Transmission horizontale : L’autre mode de contamination se fait de manière « horizontale » via les excréments d’un chien parasité. De la même famille que la coccidiose, on ne connaît pas la durée infectieuse du parasite dans le milieu. Il n’est connu aucun autre mode de contamination chez les bovins (contact, lait, colostrum, salive, urine, bouse, sperme…). Le chien est un hôte de ce parasite. Il se contamine en mangeant des avortons ou des placentas contaminés. Porteur de la néosporose, il dissémine ces parasites sous forme d’ookystes résistants dans le milieu. L’excrétion est d’autant plus forte que le chien est jeune. La vache qui ingère ces ookystes se contamine et reste porteuse à vie. C’est le type de contamination « horizontale » qui concerne 1 vache atteinte sur 10.
Diagnostic de la Néosporose
Le moment le plus facile pour détecter les génisses parasitées est la phase avant la mise à la reproduction. Il est cependant possible de réaliser ce test aussi à la naissance, avant la buvée du colostrum, ou après 6 mois d’âge. Quand les génisses sont testées par prise de sang, la situation de leur mère vis-à-vis de ce parasite peut être déduite.
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Prévention et Contrôle de la Néosporose
Contre la néosporose, il n’existe à l’heure actuelle ni vaccin, ni traitement. La prévention repose donc sur des mesures sanitaires rigoureuses :
- Assainissement du troupeau : Il est crucial d'assainir le troupeau, car les risques économiques liés aux avortements et troubles de la reproduction, selon la prévalence de la maladie dans le troupeau, peuvent être importants.
- Dépistage ciblé : Depuis 2019, le GDS Bretagne ne propose plus de réformer systématiquement les animaux adultes positifs à la néosporose. Il a mis en place de nouveaux protocoles de suivi, du dépistage ciblé des lignées positives et des génisses au dépistage complet et suivi pendant 2 ans. Tout dépend de la situation initiale selon le taux d’avortements et la prévalence de néosporose.
- Gestion des animaux séropositifs : Dans la mesure du possible, aucune descendance de ces vaches séropositives ne sera gardée dans le troupeau.
- Contrôle des chiens : Les chiens ne doivent donc pas avoir accès aux placentas, ni aux aliments, ni au logement des bovins afin d’éviter les déjections. Les placentas doivent être ramassés et détruits : réglementairement, ces opérations doivent être réalisées par l’équarrissage. Ce mode de contamination est également possible avec le loup, le coyote ou le dingo, des familles d’espèces proches de celle du chien. Mais, contrairement aux croyances, la contamination par le renard n’a jamais été prouvée. Les précautions doivent porter prioritairement sur les bovins et les chiens.
Autres Agents Pathogènes Impliqués dans les Avortements Bovins
Outre la néosporose, d'autres agents pathogènes peuvent être impliqués dans les avortements chez les bovins. Il est important de les identifier pour mettre en place des mesures de prévention et de contrôle appropriées.
Virus BVDV/MDV
Le virus BVDV (bovine viral diarrhea virus)/MDV (mucosal disease virus) se classe à la première ou à la seconde place des causes d’avortement infectieux (après Neospora caninum). Il n’induit pas seulement des avortements dans le premier trimestre de la gestation. Des avortements tardifs, jusqu’aux deux premiers jours post-partum, peuvent lui être imputés.
Virus BHV1
Le virus BHV1 peut lui aussi infecter l’ensemble de l’ovaire (stroma, cellules du cumulus, liquides folliculaires, ovocytes) et du follicule (liquides folliculaires et cellules de la granulosa compris) avant l’ovulation. Les ovocytes contaminés représentent un risque lors de collecte des vaches de statut inconnu. Le virus ne traverse pas la zone pellucide si elle est intacte, mais s’y adsorbe. Le BHV1 conduit à une sévère ovarite nécrosante. En conséquence, la progestéronémie reste à des valeurs non compatibles avec la gestation.
Prophylaxie contre les Infections Virales
La prophylaxie contre les infections virales du fœtus se confond avec celle en cheptel reproducteur des virus BVDV/MDV et BHV1. En revanche pour l’infection à BVDV/MDV en élevage reproducteur, la prophylaxie retenue mêle les aspects sanitaires (dépistage et élimination des IPI, contrôles à l’introduction) et médicaux (vaccination des animaux séronégatifs, ou vaccination annuelle des génisses, ou vaccination annuelle de toutes les femelles).
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Zoonoses et Risques pour l'Homme
Les animaux d’élevage (essentiellement ruminants, porcs et volailles) ne constituent pas un risque uniquement pour les éleveurs. Ils sont aussi un risque de certaines affections zoonotiques pour les populations environnantes et peuvent être à l’origine d’épidémies.
Fièvre Q
L’agent infectieux de la fièvre Q est bien connu chez les ruminants domestiques (surtout ovins et caprins), régulièrement identifié lors d’avortements ou d’hyperthermies asymptomatiques. Très résistant en milieu sec, il peut être inhalé lors d’un avortement, d’une mise bas, ou lors de l’épandage de fumiers contaminés (pas de contamination par voie orale). Les risques concernent donc les éleveurs, les vétérinaires, le personnel d’abattoir ou de laboratoire, voire les habitants du voisinage.
Chlamydophilose
Chlamydophila psittaci est une bactérie dont le réservoir se trouve chez les oiseaux d’ornement mais aussi chez les volailles de rente (canards, pigeons, dindes). Très souvent asymptomatique chez l’animal, la maladie est transmise par l’inhalation de poussières ou de fientes contaminées (résistance élevée en milieu sec). Les éleveurs, ramasseurs de volailles, salariés des abattoirs, vétérinaires sont les plus exposés.
Salmonelloses
Plusieurs salmonelles peuvent être à l’origine d’infection salmonellique : Salmonella typhimurium, S. Montevideo, S. Dublin… Un bovin adulte peut excréter jusqu’à 109 bactéries/g de fèces. L’excrétion par voie génitale ou dans le lait est aussi possible en cas d’avortement.
Brucellose
La France est actuellement qualifiée « indemne » de brucellose des ruminants. Les derniers foyers recensés datent de 2001 chez les bovins et de 2003 pour les ovins et les caprins, même si deux foyers isolés ont été identifiés début 2012. Le risque pour l’homme à partir de ruminants domestiques peut être actuellement considéré comme « nul ».
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Leptospirose
La leptospirose est assez fréquente chez les mammifères et notamment chez les rongeurs. Ceux-ci sont des porteurs asymptomatiques de leptospires qu’ils éliminent dans leur urine, qui est à l’origine de la contamination de certains points d’eau.
Listériose
La maladie chez les bovins et les petits ruminants peut être qualifiée de rare à très rare. Chez l’homme, c’est principalement une zoonose alimentaire. Cependant, le risque par contamination directe lors d’un avortement doit être mentionné.
Chlamydiose
Cette infection est commune en France chez les petits ruminants et se transmet entre animaux à l’occasion des mises bas et des avortements, par contact avec les muqueuses oculaires ou par inhalation.
Importance de la Surveillance et de la Prévention
La surveillance régulière des troupeaux et la mise en place de mesures de prévention sont essentielles pour minimiser les risques d'avortement et de propagation des maladies zoonotiques. Les éleveurs doivent être conscients des risques potentiels et adopter des pratiques d'élevage appropriées pour protéger la santé de leurs animaux et la leur.
Traitement et Gestion des Avortements Bovins
Diagnostic Étiologique
Le diagnostic étiologique d’un avortement est établi, en théorie, plus facilement par l’isolement du virus ou par la démonstration de la présence de l’antigène viral sur des tissus collectés à partir des fœtus avortés. La rate, le thymus, les poumons, le sang cardiaque, la moelle osseuse, le foie et les nœuds lymphatiques sont les meilleurs tissus pour pratiquer l’isolement viral à partir d’un avorton, plutôt que la recherche d’une cinétique ascendante d’anticorps chez la mère.
Traitement Médicamenteux
Dans certains cas, un traitement antibiotique peut être mis en place si nécessaire, notamment en cas de placentite bactérienne. Cependant, il est important de consulter un vétérinaire pour déterminer le traitement le plus approprié en fonction de la cause de l'avortement.
Utilisation de Dexamethasone
La dexaméthasone est un médicament vétérinaire qui peut être utilisé dans certaines situations spécifiques, telles que l'induction de la parturition chez les bovins ou le traitement de la cétose primaire. Cependant, son utilisation doit être encadrée par un vétérinaire en raison des contre-indications et des effets indésirables potentiels.
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