Mouhamedou Ould Cheikh Hamahoullah, plus connu sous le nom de Bouyé Haïdara, est une figure religieuse malienne dont l'influence s'étend bien au-delà des frontières de son pays. Chérif de Nioro, il incarne une autorité spirituelle et morale considérable, héritée de son père, Cheikh Hamahoullah, fondateur du hamallisme, une branche de la confrérie soufie Tidjaniyya. Cet article explore la vie et l'influence de cet homme clé, souvent qualifié de faiseur de rois, dans le contexte complexe du Mali contemporain.

Un héritage spirituel et historique

Bouyé Haïdara est né à Nioro du Sahel, une ville située dans la région de Kayes, à l'ouest du Mali. Il est le fils de Cheikh Hamahoullah, un érudit soufi et résistant à la colonisation française. Son père, considéré comme un "agitateur" et un "marabout dangereux" par les autorités coloniales, a été déporté en France où il est décédé en 1943.

Cheikh Hamahoullah a fondé le hamallisme, un mouvement d'obédience tidjani qui s'est rapidement étendu de la Mauritanie à la Côte d'Ivoire. Le hamallisme prône une vision particulière du Tijâniya. Cette confrérie soufie Tijâniya a été fondée en Algérie à la fin du 18e siècle puis s'est répandue à travers le Sahara pour se diffuser en Afrique de l'Ouest. Ahmedou Hamahoullah, né en 1883, à Nioro du Sahel, ville du Mali à la frontière mauritanienne, développe sa propre vision du Tijâniya avec sa doctrine surnommée "onze grains" et fonde le hamallisme. Cette branche est devenue du Sénégal à la Côte-d'Ivoire l'un des principaux courants du soufisme, comptant aujourd’hui entre cinq et dix millions de fidèles.

Aujourd'hui, Bouyé Haïdara dirige la famille Hamahoullah et incarne une autorité religieuse de premier plan. Il est désigné sous le titre de chérif de Nioro. Nioro du Sahel est parfois qualifiée de "Vatican du Mali", témoignant de son importance spirituelle. Les fidèles affluent par milliers à Nioro, « à pied, à dos d’âne, de chameau, à cheval, du fin fond du désert de Mauritanie, du Sénégal, du Mali ».

Un homme d'influence

Bouyé Haïdara exerce une influence considérable sur la scène politique et sociale malienne. Il est considéré comme l'une des personnes les plus écoutées du pays. Pour exercer son influence, il n’a jamais besoin de quitter Nioro du Sahel. Eleveurs, marchands, diplomates africains ou présidents, viennent de partout, le voir constamment. Son aura spirituelle, puisée dans son appartenance à la lignée du prophète, et son pouvoir économique considérable lui confèrent une voix qui compte socialement, donc politiquement, dans ce Mali en chantier.

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Il est sollicité par les militaires et les politiques. Les derniers en date sont les militaires qui ont renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août. « Ce sont mes fils », dit-il, les mains prises dans son chapelet. « Il n'y a aucune raison de ne pas leur faire confiance. » Il plaide pour qu'ils restent au pouvoir tant les civils, dit-il, l'ont déçu.

Bien qu'il se défende de faire de la politique, il reconnaît avoir soutenu de nombreux hommes politiques, mais précise que ce sont eux qui sont venus le solliciter. En réalité, Bouyé Haïdara a longtemps soutenu le président Ibrahim Boubacar Keïta lors de l’élection présidentielle en 2013. Il a financé sa campagne (à hauteur de 300 millions de francs CFA, plus 400 millions pour son parti, selon son entourage, soit un million d'euros), et activé l'immense réseau de ses fidèles dont beaucoup sont dans la politique et les affaires. M. Keïta a été élu avec 77% des voix. Mais en fait "il était incapable et incompétent", déplore aujourd’hui le chérif au sujet du président renversé par les militaires, le 18 août 2020.

Un rôle de stabilisateur

L'entourage de Bouyé Haïdara souligne son rôle de stabilisateur dans la région. Récemment, les djihadistes sont venus prêcher dans un village non loin de Nioro et la première autorité que les habitants sont allés voir pour rapporter l'événement était le chérif. Ce geste est plus que signifiant dans le contexte sahélien. Les tenants de la vision rigoriste et littérale de l'islam dont se réclament les groupes djihadistes au Sahel n'ont que dédain pour l'islam soufi ouvert des adeptes de la Tijâniya.

Le chérif de Nioro est une figure incontournable de la scène religieuse et politique malienne. Son influence, héritée de son père et renforcée par son propre charisme, en fait un acteur clé dans un pays en proie à de nombreux défis.

Controverses et critiques

L'influence de Bouyé Haïdara ne fait pas l'unanimité. À Bamako, ses détracteurs l’accusent d'avoir fait main basse sur l'économie locale et de bénéficier d'avantages douaniers. Essence, vivres… les rumeurs vont bon train, d'autant plus que les autocollants à son image sont sur tous les camions de marchandises de la région explique l’AFP. Il a une "capacité d'infiltration de l'Etat" à des fins pécuniaires, ajoute l'anthropologue Hamidou Magassa. Si le dernier ministre des Finances, Abdoulaye Daffé, était réputé très proche de Nioro, le chérif réfute bénéficier de complaisances.

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Le chérif reconnaît avoir monté une affaire d'import-export grâce à une autorisation demandée à l'ancien président Amadou Toumani Touré. Ce commerce « bénéficie aux populations » et ne vise pas à l'enrichir, assure-t-il.

Prises de position récentes

Mohammad Maoulah Bouyé Haïdara, le chérif de Nioro, l’une des grandes figures religieuses du Mali, s’est exprimé en faveur d’une prolongation de la transition militaire au pouvoir depuis un premier coup d’État en août 2020. Le Chérif de Nioro, Mohammad Maoulah Haïdara, estime qu’il faut plus de temps.

Il pense qu'il faut donner au moins deux ans à la junte militaire. Entretien.«J'ai une entière confiance en la junte. » Pour le chérif de Nioro, "le Mali est un pays laïc" mais ajoute-t-il : "Je ne pense pas que l’on puisse dissocier la politique de la religion même si nous essayons de les distinguer".

Famille et descendance

Bouyé Haïdara a lui-même plusieurs fils : Chérif Ahmed Sidi Haïdara, Moulaye Oumar Haïdara et Messeoud Haïdara. Ce dernier est président de la tariqa « Hammawiya Tidjaniya » du Mali.

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