Introduction
L'histoire des maternités religieuses en France est riche et complexe, marquée par l'engagement de congrégations religieuses au service de la vie et de la famille. Parmi ces institutions, la maternité de Bourgoin-Jallieu occupe une place particulière en tant que berceau de la congrégation des Petites Sœurs des Maternités Catholiques. Cet article se propose de retracer l'histoire de cette maternité et de la congrégation qui l'a fondée, en mettant en lumière les motivations, les défis et les évolutions qui ont marqué son parcours.
Les origines : une réponse aux besoins des ouvrières
L'histoire de la maternité de Bourgoin-Jallieu commence dans les années 1920, à l'initiative de Louis Lantelme, un industriel de la soierie. Consterné par les conditions d'accouchement précaires de ses ouvrières, qui ne disposaient que d'une seule salle d'accouchement à l'hôpital de Bourgoin, il décide de créer une maternité pour leur offrir un environnement plus sûr et plus respectueux.
Marqué par la naissance d'un enfant handicapé dans sa propre famille, Louis Lantelme demande à sa fille, Marie-Louise, d'entreprendre des études de sage-femme. Marie-Louise, qui aspirait à entrer dans les ordres, hésite car le droit canon interdisait alors de cumuler l'état religieux et la profession de sage-femme. Cependant, elle finit par se ranger aux arguments paternels et se consacre à ses études.
En août 1929, Louis Lantelme achète l'ancienne cure de Jallieu pour y ouvrir une maternité. Marie-Louise renonce à ses projets missionnaires pour se consacrer à sa profession, sans pour autant oublier sa vocation religieuse.
La fondation de la congrégation des Petites Sœurs des Maternités Catholiques
Mgr Caillot, évêque de Grenoble, intervient alors auprès du Vatican, affirmant son désir de voir un ordre religieux s'occuper de la famille à l'occasion de la maternité. C'est ainsi qu'en 1930, Marie-Louise peut créer la congrégation des Petites Sœurs de Marie.
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Le 2 février 1930, Mgr CAILLOT inaugure la maternité de Jallieu en ces termes : « rendre la maternité non seulement désirable, mais pratiquement possible, non seulement souhaitable, mais acceptable… entourer la maternité aujourd’hui de soins prophylactiques appropriés et d’attentions prévenantes, empressées, désintéressées, aussi et surtout d’une ambiance morale, d’une atmosphère religieuse qui lui rende aux yeux de tous et des mères elles-mêmes le respect, la dignité, qui la fasse considérer comme un devoir aussi honorable que nécessaire ».
Le 14 septembre 1932, l'abbé Emile GUERRY, vicaire général à Grenoble, se voit confier par Mgr CAILLOT la mission de fonder une Congrégation religieuse au service de la maternité et de la famille, avec Marie-Louise LANTELME (Mère Marie Jean-Baptiste LANTELME) et les jeunes filles qui l'ont rejointe. En octobre 1932, à Rome, le Pape Pie XI encourage vivement le projet : « A des besoins nouveaux, il faut des oeuvres nouvelles. Que ces jeunes filles vivent en vraies religieuses ». Cependant, en raison de son caractère très nouveau, il faut attendre 25 ans pour que la Congrégation soit reconnue officiellement par l'Eglise, dont la sage prudence demandait une expérience de vie avant de se prononcer. L'expérience est convaincante : - le 15 août 1954, Mgr CAILLOT prononce le décret d'érection en Congrégation diocésaine.
L'Institut des maternités catholiques de Jallieu n'a cessé d'évoluer, des constructions nouvelles s'ajoutant au bâtiment primitif. Quant aux Petites Sœurs, elles ont fait école. Elles dirigent aujourd'hui des maternités à Paris, Cambrai, Aix-en-Provence et même à Dakar.
La mission des Petites Sœurs des Maternités Catholiques
La Congrégation des Petites Sœurs des Maternités Catholiques est une congrégation de vie apostolique. Elles sont appelées au service de la vie et de la famille pour que le Nom du Père soit connu, aimé et honoré des hommes. Elles vivent en communauté de vie fraternelle, consacrées au Père à la suite du Christ, par les vœux d’obéissance, de chasteté et de pauvreté, et appelées à tendre sans cesse à l’accomplissement de leur consécration baptismale.
Leur mission s'articule autour de deux axes principaux :
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- Connaître le Père, manifesté en Jésus-Christ : Le connaître comme le Père unique, Père du Fils unique, Père source de l'Esprit. Le connaître comme le Père qui crée chaque homme en son Fils, et l'appelle, par son Esprit à partager sa vie.
- Servir son projet d'amour sur l'homme par leur mission au service de la vie et de la famille.
Elles vivent concrètement et principalement leur mission au sein d’Institutions « Maternités Catholiques » qui voudraient être signe de l'Amour infini du Père, de sa tendresse pour chaque homme dès le premier instant de sa conception, comme pour chaque couple appelé à vivre « à l'image de Dieu », dans le don d'amour réciproque, et appelé à collaborer à son oeuvre créatrice. D’où un climat d'accueil, d'attention, de respect des personnes qui permet aux parents de découvrir ou approfondir la grandeur de leur mission.
Elles assurent un accompagnement dans l'apprentissage du métier de parents, à l'occasion des soins donnés à la maman et au nouveau-né, et par les rencontres proposées avant la naissance et pendant le séjour à la maternité : préparation à l'accouchement, préparation spirituelle à la naissance, rencontres de puériculture, circuit interne de télévision…, accompagnement des parents confrontés à l'épreuve de la maladie ou du handicap de leur enfant…
Elles sont engagées par leur service communautaire dans la mission de l'Eglise en lien avec la Pastorale Familiale des diocèses dans lesquels elles sont implantées. Elles participent à des rencontres et réflexions avec tous ceux qui, pour des raisons personnelles ou professionnelles s’interrogent sur les questions de la vie naissante et de la famille, information et formation aux méthodes de régulation naturelle des naissances ; préparation au mariage, participation à la catéchèse pré-baptismale, à l’éveil à la foi des tout-petits.
Elles assurent un apostolat auprès des jeunes et de tous ceux qui s'interrogent sur le sens de la vie, en les aidant à réfléchir sur tout ce qui touche à l'amour humain, à la sexualité, à la vie naissante, au mariage, à la famille, à travers des rencontres organisées (écoles, aumôneries, scoutisme…) ou lors de conférences, dans le cadre de journées de réflexion ou des sessions organisées et animées par des Petites Sœurs ou au cours de stages dans les services professionnels.
Depuis les origines, des laïcs participent au développement des Maternités Catholiques de diverses manières.
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Les implantations de la congrégation
Les Petites Sœurs des Maternités Catholiques sont implantées dans plusieurs villes et pays :
- En France :
- Bourgoin-Jallieu (Isère) : Maison-Mère et Clinique Saint Vincent de Paul (depuis 1930)
- Aix-en-Provence (1975) : Clinique de l'Étoile, Maternité Catholique de Provence
- Paris (1990) : Maternité Sainte Félicité
- Cambrai (1947)
- Au Sénégal :
- Dakar (depuis 1983)
Le noviciat est situé à la Maison-Mère à Bourgoin-Jallieu.
L'évolution de la maternité de Bourgoin-Jallieu
Au fil des années, la maternité de Bourgoin-Jallieu a connu de nombreuses évolutions et transformations. Elle a été agrandie et modernisée pour répondre aux besoins croissants de la population. En août 2008, la maternité catholique a intégré le site du médipôle, à proximité du Centre hospitalier Pierre-Oudot. Une page de l'histoire locale a ainsi été tournée.
Dans ses nouveaux locaux, superbement équipés, la Clinique Saint-Vincent-de-Paul n'est pas qu'une simple maternité. Elle complète à merveille l'hôpital public voisin, proposant également des services médicaux de grande qualité. N'empêche que les naissances constituent l'essentiel de son activité. N'a-t-on pas célébré, en 2014, la 90 000 éme naissance survenue dans les lieux depuis son transfert il y a six ans ? Et depuis le début de 2015, plus de 700 nouvelles naissances ont été enregistrées. La clinique, qui s'apprête à inaugurer un jardin thérapeutique et à accueillir un service de néonatalogie, va commémorer ses 85 ans.
Les bâtiments historiques de la maternité, situés rue de la Libération à Jallieu, ont été livrés aux démolisseurs. Il ne subsiste plus qu'un terrain vague et quelques ruines.
Le témoignage de Sœur Marie Simon-Pierre et la béatification de Jean-Paul II
L'histoire de la maternité de Bourgoin-Jallieu est également marquée par le témoignage de Sœur Marie Simon-Pierre, une religieuse de la congrégation qui a été miraculeusement guérie de la maladie de Parkinson en 2005.
Sœur Marie Simon-Pierre, originaire du diocèse de Cambrai (Nord), aînée d’une famille de cinq enfants où l’on est catholique pratiquant, dit avoir trouvé la vocation à 12 ans, lors de sa profession de foi. Elle se rendait régulièrement à Lourdes comme brancardière pour les malades. Elle décide de devenir religieuse : à 21 ans, elle entre aux Petites soeurs des Maternités catholiques, un institut fondé voilà trois quarts de siècle à Bourgoin-Jallieu (Isère), où elle officie aujourd’hui.
En 2001, le diagnostic tombe. Sœur Marie Simon-Pierre souffre de la même maladie que le Saint-Père. « Au début, le voir à la télévision me donnait la force pour continuer la route et vivre au quotidien. Ensuite, il m’a renvoyé l’image de moi que j’aurais dû affronter à l’avenir. Alors j’avais du mal à le regarder, mais il restait très proche de moi. »
Le 2 avril 2005, Jean-Paul II est à l’agonie. Durant la nuit, alors que les Petites Sœurs prient, il décède. « J’ai pensé que je perdais un ami, mais très vite j’ai senti combien il restait à mes côtés. » Dans les jours qui suivent la disparition du pape, les signes de la maladie de sœur Marie Simon-Pierre s’aggravent. Avec pudeur, elle évoque la douleur, les nausées, la difficulté à se mouvoir… Sa situation empire d’heure en heure. Les membres de sa communauté prient pour elle et récitent des neuvaines à Jean-Paul II. « Malgré la souffrance, je me disais qu’avec la foi tout est possible », avoue-t-elle.
Le 2 juin 2005, épuisée, elle décide de donner sa démission à sa supérieure, sœur Marie-Thomas. La maternité est un service de 44 lits. Elle n’a plus l’énergie d’en assurer la responsabilité. Sa supérieure l’encourage à ne pas renoncer : « Il faut aller à Lourdes, lui dit-elle. Jean-Paul II n’a pas dit son dernier mot ! » Elle lui suggère de tracer le nom du pape sur un morceau de papier en guise d’incantation. L’écriture de sœur Marie Simon-Pierre, laborieuse, tremblotante, est devenue illisible. Devant l’insistance de sœur Marie-Thomas, elle s’exécute pourtant. « Je suis partie sereine, me disant qu’un miracle était possible », raconte-t-elle.
Ce soir-là, en rentrant dans sa chambre, après la prière, la religieuse ressent l’envie de jeter des mots sur le papier. Alors, elle se lance. « Je me suis fait la réflexion : “Mais qu’est-ce que tu écris bien !”» Puis elle se couche et s’endort, en remarquant qu’elle ne subit pas les douleurs qui d’habitude lui donnent des insomnies. « En me réveillant à 4 h 30 du matin, j’ai compris que quelque chose avait changé. J’éprouvais une joie intense, une grande paix et un désir d’aller prier devant le saint sacrement. » Elle se rend seule à l’oratoire, bravant les interdits, car il faut normalement demander une autorisation pour cela. A 6 heures, elle retrouve les autres religieuses à la chapelle pour l’oraison. « Mon bras gauche, jusque-là paralysé, se balançait naturellement le long de mon corps. Durant l’eucharistie, j’ai eu la certitude que j’étais rétablie ! » Elle arrête son traitement le même jour à midi. Et à 14 heures, sûre d’elle, elle informe sa supérieure : «J’ai été guérie par Jean-Paul II ! »
Les deux religieuses décident de garder le secret. Le 7 juin, sœur Marie Simon-Pierre se rend comme prévu chez son neurologue. Le médecin constate qu’elle n’a plus aucun symptôme. La communauté entière est mise au courant, mais la consigne est de taire provisoirement le miracle.
Ce témoignage a été considéré comme un miracle par l'Église catholique et a été l'argument clé pour la béatification de Jean-Paul II. « Pour moi, c’est clair, ma guérison miraculeuse est due à son intercession. A mes yeux, il est saint. Un saint qui ne me quittera jamais, jusqu’à la fin de ma vie.
Sœur Marie Simon-Pierre, 50 ans, a toujours du mal à mettre des mots sur le miracle qui l’a sauvée. « Pourquoi moi ? Cela reste un grand mystère. Il y a sans doute des gens, des enfants plus malades autour de moi. Je ne peux pas vous répondre. On est au service de la vie. Il y avait la prière de toutes mes Petites soeurs », confiait-elle en janvier.
La maternité Sainte Félicité à Paris : un exemple de modernité
La maternité Sainte Félicité à Paris est un autre exemple de l'engagement des Petites Sœurs des Maternités Catholiques au service de la vie et de la famille. Fondée il y a plus d'un siècle, elle a récemment été reconstruite et modernisée pour offrir aux patientes un environnement de soins optimal.
Les nouveaux bâtiments de la maternité ont été inaugurés le lundi 2 octobre par des personnalités politiques et religieuses. Ils témoignent d'une inscription dans la modernité au service de la vie et de l'espérance.
La maternité nouvelle génération dresse sa blanche façade vitrée concave (pour gagner des m2 et pour la symbolique de l’arrondi) vers le ciel. Elle comprend cinq étages avec un rez-de-chaussée lumineux où veille une Vierge à l’Enfant et dont le hall communique directement avec le premier étage équipé de cabinets de consultations. Aux deuxième et troisième étage 28 lits de maternité répartis équitablement de part et d’autre du poste infirmier. La logistique se situe au niveau 4, pendant que la partie technique est installée sur le premier niveau bas. Côté rue Duranton, le rez-de-chaussée est accessible aux pompiers et ambulances, une rampe circulaire distribuant l’entrée des urgences pour le bloc obstétrical.
Dans le bâtiment ouvert depuis le 7 mars dernier, une bonne odeur de la peinture flotte encore dans les couloirs au doux coloris taupe. Les participants à l’inauguration qui visitent les locaux par petits groupes ne tarissent pas de superlatifs. Des mamans ayant accouché dans les anciens bâtiments de la rue Saint Lambert s’extasient particulièrement de l’espace dans les 52 chambres (dont 48 individuelles) équipées de spacieuses salles de bain et de baignoires pour laver le bébé à même la chambre.
La maternité dispose d'un service de néonatalogie avec six lits mère-enfants (dont une chambre pour des jumeaux), d'un plateau technique ultramoderne, d'un bâtiment basse consommation, d'une salle « nature » avec baignoire de relaxation, de petits salons cosy avec distributeurs de boissons et d'une bagagerie dans le secteur naissance. 40% d’espace a été gagné grâce à cette reconstruction.
Tout a été fait pour que la qualité de soins se conjugue avec un climat de confort et d’attention optimisé.
Lors des discours d'inauguration, les élus n’ont pas été les moins enthousiastes pour se féliciter de la présence de cet équipement hors norme au service des Parisiens. Rappelant que deux de ses fils sont nés à la maternité Sainte Félicité, Philippe Goujon, maire du XVe arrondissement, a salué « l’architecture sobre et épurée qui s’insère dans le paysage urbain » et « le dévouement, la bienfaisance, l’incroyable ténacité » des Sœurs. Mgr Éric de Moulin-Beaufort, évêque auxiliaire de Paris, a rappelé l’influence décisive du cardinal Vingt-Trois qui avait souhaité que la maternité reste dans Paris ainsi que celle de la Providence qui « a permis quelques rencontres pour repérer cet emplacement ». Le mot de la fin a été laissé à Sœur Marie Jérémie, Présidente du conseil d’administration de la Maternité Sainte Félicité. Elle a tenu à « remercier personnellement Mme Hidalgo » ainsi que tous ceux qui ont œuvré à la réalisation (les deux cabinets d’architecte, les maçons, les juristes, les entreprises, etc.). Elle a souligné « l’appui inconditionnel de l’Église de Paris » et déclaré : « J’aime à le répéter : l’âme de la maternité a grandi, elle est appelée à rayonner dans ce 21ème siècle ».
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