"Bonsoir Lune" est un album qui apaise et sécurise les tout-petits pour qu’ils s’endorment en toute quiétude, et ce, depuis plus de quarante ans. Le moment du coucher peut s’avérer très délicat pour certains enfants, confrontés à la peur du noir, à la crainte de la séparation, ou à des angoisses nocturnes. "Bonsoir Lune" est l’album idéal à lire avec les tout-petits pour les rassurer au moment du coucher ou à n’importe quel moment de la journée pour mieux l’anticiper.
Une Invitation Progressive au Sommeil
L'album invite doucement l'enfant au sommeil à travers une structure répétitive et apaisante. Tout commence dans une grande chambre verte. Le petit lecteur découvre un lapin dans son lit pas encore endormi. Le texte énumère des objets qui se trouvent dans la pièce : le téléphone d’abord que fixe le lapin, puis le ballon rouge, un tableau… Ce n’est que le début comme le suggèrent les points de suspension. L’énonciation continue.
Rythme Visuel et Narratif: L'Art de l'Alternance
L'originalité de "Bonsoir Lune" réside dans son rythme visuel et narratif. La double page met l’accent sur deux tableaux accrochés dans la chambre mais sans leurs couleurs. Au départ, il s’agit d’une contrainte technique qui s’est transformée en un rythme visuel. En résonance avec la thématique du livre, l’illustration montre le passage d’un état à un autre. Ici, la transformation est double : d’un grand-angle à un focus et de la couleur, au noir et blanc (prémices de la nuit ?).
La troisième double page en couleurs continue l’inspection visuelle de la chambre. Le lit n’est plus sur l’image mais ce nouvel angle permet de percevoir la deuxième fenêtre, celle de la couverture. Les plus observateurs repéreront peut-être un bout de lune qui commence son ascension dans le ciel. L’enfant sera peut-être surpris ensuite de découvrir en gros plan monochrome une personne sur le rocking-chair, alors que dans la page colorée, il était inoccupé. Preuve qu’il y a encore de la vie, tout n’est pas encore figé.
Un Rituel de Coucher Universel
Une fois toute la pièce scrutée, il est temps de dire bonsoir à la chambre dans son entièreté. L’occasion de constater d’autres mouvements, notamment celle du lapin qui s’applique à dire bonne nuit, ainsi qu’une lune de plus en plus imposante à travers la fenêtre. Les pages couleurs s’éteignent petit à petit, il n’y a plus personne à qui dire bonsoir (jolie page planche), le lapin se glisse à nouveau sous ses draps et, une page plus tard, toute la chambre est endormie. Les lecteurs aussi ?
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L’album a des pouvoirs magiques: il a un effet soporifique et apaisant sur les tout petits. Le texte et l'alternance de doubles pages montrant la chambre puis des objets isolés qui la composent et à qui l'on dit bonsoir donnent un rythme lent à la lecture, obligent presque le parent lecteur à adopter un ton calme et caressant, tout comme le personnage de la "vieille dame calme murmurant chuut" presente dans le livre, une grand mère qui attend que son petit lapin dise bonsoir à tous les objets avant de s'endormir tout doucement.
Plus Qu'un Livre, Une Expérience Sensorielle
"Bonsoir Lune", c'est le thé sur la table, les chaussettes qui sèchent, le potage fumant du soir, la nuit qui vient et la lune qui l'illumine. Avec le recul, c'est aussi un livre aux dessins minutieux, qui passe de vues d'ensemble à un effet de loupe sur chaque élément, qu'on ne se lasse pas de détailler. Tout doucement, la maisonnée s'endort. Les étoiles et la lune brillent dans le ciel, les objets familiers de la chambre sont à leur place, la vieille dame dit chut, les petits chats vont bientôt se coucher en rond et le petit lapin va s'endormir.
Un Classique, Malgré les Critiques
Bien que cet album compte parmi les classiques pour bébés lecteurs, certains admettent ne pas franchement l'apprécier. Ils trouvent le style suranné, les couleurs flashy pas très attirantes et le texte un peu simpliste. Sur la même thématique, ils ont déjà lu des albums qui leur ont semblé plus inspirés et créatifs, mais ce n'est qu'une question de goût. Ils savent que leur regard d'adulte efface quelque peu la magie de l'album. Néanmoins, ils reconnaissent que c'est un excellent album pour les tout-petits. La pénombre qui s'installe au fil des pages est subtile et apaise les enfants.
Un Succès International Tardif en France
Un classique de la littérature jeunesse américaine publié en 1947, seulement traduit en France en 1981 c'est dire si il est grand tant de découvrir « Bonsoir lune ». Dans cet album incontournable du moment du coucher : un lapin dans son lit va souhaiter une bonne nuit aux différents objets de sa chambre, en les énumérant les uns après les autres en passant des chaises aux gants qui sèchent ! Le graphisme est magnifique, d'une part par l'alternance des pages en couleurs puis en noir et blanc et d'autre part plus on tourne les pages plus la luminosité baisse. Chaque soir, on prend plaisir à retrouver cette chambre dans laquelle un petit lapin essaie de trouver le sommeil. Autour de lui tous ces objets du quotidien, familiers aux petits, mais aussi des tableaux aux murs, une vieille dame calme dans son rocking chair, et au dehors, la lune, les étoiles, l'air et même personne. Et dans le calme et la quiétude, près d'un feu de cheminée, il ne nous reste plus qu'à dire bonsoir au monde qui nous entoure.
Au-Delà de l'Album: Le Sommeil et les Cycles Lunaires
L'émission "Le coup de coeur des libraires est diffusée sur les Ondes de Sud Radio, chaque vendredi matin à 10h45. Retrouvez leurs dernières sélections de livres ici ! On joue, Petit Lapin ! pas encore au dodo ? Nos usages médiatiques sont ainsi faits que pour qu’une étude scientifique se retrouve dans les colonnes de nos journaux, il faut généralement qu’elle soit nouvelle et apporte une information sensationnelle. Ainsi, deux études récentes (janvier 2021) portant sur l’influence de la Lune sur le sommeil [1] et sur les cycles menstruels [2] ont bénéficié d’un certain écho médiatique [3, 4, 5, 6, 7] : « La pleine Lune vous empêche de dormir, c’est prouvé ! » [6] ou « Oui, la Lune a une influence sur notre sommeil » [4] ou encore « La Lune aurait bien un lien avec le cycle menstruel des femmes » [7].
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L'Influence de la Lune sur le Sommeil: Mythe ou Réalité?
Publiées dans la renommée revue Science Advances 1, dont elles faisaient la couverture, elles vont dans le sens de croyances bien ancrées. Des chercheurs argentins et américains ont demandé à 98 personnes appartenant à trois communautés amérindiennes Toba, dans la province de Formosa en Argentine, de noter les détails de leur sommeil. La première n’avait pas accès à l’électricité, la deuxième y avait un accès limité, tandis que la dernière vivait dans un environnement urbanisé. Ils voulaient vérifier l’hypothèse selon laquelle les nuits de pleine Lune seraient associées à un sommeil réduit dans les communautés ayant un accès limité ou nul à l’électricité.
Le sommeil des participants a été enregistré pendant deux mois (ce qui est une des grandes forces de cette étude, la plupart des études équivalentes n’enregistrant le sommeil que sur quelques jours ou semaines). Les chercheurs ont ainsi observé de façon indiscutable que dans les environnements urbains, les participants dorment moins (environ une demi-heure) et se couchent plus tard, indépendamment de la Lune. L’effet est faible, mais statistiquement significatif pour les populations rurales. D’ailleurs, les participants ont eux-mêmes indiqué dans les interviews réalisées par les auteurs qu’ils utilisent traditionnellement la lumière supplémentaire de la Lune ces soirées-là pour avoir plus d’activités sociales. Qu’ils dorment moins à cette occasion n’est donc pas si étonnant.
En revanche, les auteurs indiquent également retrouver le même effet, mais de moindre amplitude, pour les groupes vivant en milieu rural avec accès à l’électricité ou en milieu urbain. Dans ce dernier cas, impossible de l’attribuer à la seule lumière de la Lune, et les auteurs évoquent un possible effet gravitationnel. Cependant, l’analyse statistique montre que ce résultat n’est pas significatif. De plus, pour la communauté vivant sans électricité, si en moyenne le sommeil est effectivement plus court peu avant la pleine Lune, il est également réduit dans les mêmes proportions peu avant la nouvelle Lune (où cette dernière n’est pas visible le soir), et maximal lors du premier quartier (alors qu’elle est visible après le coucher du Soleil).
Les auteurs notent par ailleurs que, pour les participants pris individuellement, la durée du sommeil et l’heure de coucher sont souvent corrélées avec le cycle lunaire : la durée de sommeil est maximale un peu avant la nouvelle Lune et minimale un peu avant la pleine Lune. Cependant, en examinant en détail les données de l’article, on constate de très grandes disparités. Le sommeil de certains (dans les trois communautés) peut ne pas suivre ce cycle ou présenter de fortes déviations. Et ceux dont le sommeil semble effectivement suivre une sinusoïde d’une période de trente jours ne sont parfois pas en phase avec le cycle lunaire (sommeil le plus long quelques jours avant la pleine Lune au lieu du plus court ou décalage d’une semaine par exemple).
Pour étudier l’impact d’un paramètre (par exemple l’influence de la Lune) sur un phénomène (le sommeil, les règles, etc.), la meilleure méthode consiste à comparer les mesures (du sommeil par exemple) de deux groupes de personnes équivalentes, l’un impacté par le paramètre (le sommeil d’un groupe de personnes pendant des nuits de pleine Lune) et pas l’autre (le même enregistrement, mais les nuits sans pleine Lune) - ou de suivre l’évolution en fonction des phases de la Lune. Cependant, de nombreux autres paramètres peuvent influencer le phénomène étudié. Dans le cas du sommeil, l’âge et le sexe des individus ont notamment un fort impact. Alors comment dissocier ce qui est dû à la Lune ou aux autres paramètres ? La seule façon est de faire la comparaison sur un grand nombre de personnes, tout en vérifiant que les deux groupes sont comparables (même distribution d’âge, même ratio hommes/femmes, etc.).
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Cette puissance statistique est fondamentale, surtout pour étudier des effets faibles (comme ceux attribués à la Lune) par rapport aux variations de durée de sommeil d’une nuit à l’autre ou entre deux personnes. Seule une étude portant sur un grand nombre d’enregistrements est susceptible de moyenner suffisamment l’impact des autres paramètres et de faire la différence entre des résultats qui pourraient être obtenus uniquement « par hasard » et un effet réel. De plus, une étude est insuffisante pour tirer une conclusion définitive.
La publication s’intéresse également à des enregistrements du sommeil de 463 étudiants de l’université de Washington et retrouve la même corrélation avec le cycle lunaire (durée de sommeil plus courte dans les jours précédant la pleine Lune, dans des proportions similaires). Ce résultat beaucoup plus inattendu, selon les dires mêmes des auteurs, est en revanche peu fiable. En effet, les étudiants n’ont enregistré leur sommeil que sur une à trois semaines. Il n’a donc pas été possible de suivre l’ensemble d’un cycle lunaire et il n’y a surtout aucune vérification que le groupe des étudiants enregistrés à la nouvelle Lune est bien comparable avec celui de la pleine Lune (ou qu’il n’y a pas d’impact lié à un examen, ou autre).
En conclusion, cet article prouve de façon indiscutable que ces communautés dorment un peu moins et se couchent un peu plus tard en zone urbaine qu’en zone rurale. Il apporte également des éléments de preuves qu’en moyenne, les communautés rurales dorment un peu moins avant la pleine Lune, en cohérence avec leur tradition et mode de vie où ils profitent de la lumière lunaire.
Autres Études sur le Sommeil et la Lune
D’autres études se sont intéressées au lien entre le sommeil et le cycle lunaire. Une étude suisse de 2013 [8], régulièrement citée par les tenants d’une influence lunaire sur le sommeil, trouvait également un lien, avec entre autres paramètres une durée totale de sommeil réduite de vingt minutes « autour de la pleine Lune ». Là aussi, le nombre de participants était faible (33), et surtout leur sommeil n’était enregistré que sur une durée de quelques jours.
Une autre étude suisse de 2015 [10] est particulièrement remarquable. Elle portait sur plus de 2 000 personnes, ce qui en fait une étude incomparablement plus robuste. Aucune différence significative n’a été observée en fonction des phases de la Lune. Une troisième étude, toujours suisse [9], a comparé les enregistrements de plus de 23 000 nuits, et n’a pas trouvé non plus de corrélation entre la durée ou la qualité du sommeil et les phases de la Lune.
Une étude canadienne a analysé le sommeil de 5 800 enfants sur plus de 33 000 nuits à domicile [11]. Les enregistrements étaient répartis en trois groupes (pleine Lune, nouvelle Lune et Lune montante ou descendante), et l’impact des autres variables ayant un fort impact sur le sommeil (âge, sexe, jour de mesure) était corrigé. Là encore, aucun effet ne fut observé en fonction des phases de la Lune.
Néanmoins, les auteurs de la publication de Science Advances [1] rejettent ces résultats car selon eux, le fait de moyenner uniquement sur trois phases de la Lune (pleine, nouvelle, montante ou descendante), ne permet pas de capter un effet qui n’aurait lieu que durant quelques jours, un peu avant la pleine Lune (et pas à la pleine Lune). Ce qui est vrai. En toute rigueur, il faudra donc de nouvelles analyses statistiques pour « prouver » expérimentalement, que la Lune n’influence pas le sommeil. Mais en attendant, il n’y a pas d’argument fort issu de l’observation pour considérer que c’est le cas.
Les Forces Fondamentales et l'Influence Lunaire
À l’heure actuelle, tous les phénomènes physiques mesurables par l’Homme peuvent être décomposés (de façon plus ou moins complexe) en quatre forces fondamentales : la gravitation, l’électromagnétisme et les interactions nucléaires fortes et faibles. Écartons tout de suite les deux dernières qui ont un rayon d’action extrêmement faible (respectivement un million et cent millions de fois plus petit qu’un atome) et ne peuvent donc pas expliquer une interaction entre la Terre et son satellite, éloignés, rappelons-le, d’environ 400 000 km.
L’interaction électromagnétique, qui inclut la lumière, peut agir à grande distance et semble donc un candidat plus sérieux. Dernière candidate possible, la gravitation, qui est d’ailleurs invoquée dans les deux articles [1, 2]. Cependant, aucun impact gravitationnel n’est attendu sur le sommeil. Nous sommes en premier lieu attirés gravitairement par la Terre, puis ensuite par le Soleil (environ 1 500 fois moins) et enfin par la Lune (160 fois moins que le Soleil et 250 000 fois moins que la Terre).
De plus, la gravitation liée à la Lune ne dépend que de la position et de la distance de la Lune par rapport à la Terre, et pas de la façon dont la Lune est éclairée par le Soleil (déterminant les phases de la Lune). Sans oublier que, du fait de la rotation de la Terre, la direction de l’attraction du Soleil et de la Lune change au sein d’une journée. Les variations du champ gravitationnel que nous subissons sont donc bien plus importantes au sein d’une nuit de sommeil qu’entre les phases de la Lune.
Bien sûr, peut-être qu’une future découverte révolutionnaire complétera la théorie de la physique, ajoutant, qui sait, une nouvelle forme d’interaction. Mais aujourd’hui, ce cadre est le plus robuste et permet d’expliquer au mieux toutes les données accumulées.
L'Influence Lunaire sur les Cycles Menstruels: Une Synchronisation Intermittente
Le second article se penche sur les cycles menstruels [2] et analyse les agendas où 22 femmes ont noté pendant 5 à 32 ans les dates de début de leurs règles. Les auteurs définissent une « synchronisation lunaire » comme une suite d’au moins trois débuts de règles coïncidant avec la pleine Lune ou avec la nouvelle Lune. Sur les 22 femmes étudiées, 10 ne montrent jamais de synchronisation. Les autres présentent des synchronisations uniquement intermittentes et parfois ciblées sur la pleine Lune, parfois sur la nouvelle Lune.
Il n’y a en outre aucun effet généralisé : une femme peut avoir ses cycles synchronisés à certains moments et pas à d’autres. De même, à un instant donné, une femme peut être synchronisée mais pas les autres. Enfin, pour la même personne, le degré de synchronisation peut rester stable, augmenter, ou diminuer avec l’âge. Il existe de plus des erreurs manifestes dans l’article : par exemple, il est écrit que deux sujets (n° 8 et n° 11) ne présentent aucune synchronisation, alors qu’il y en a dix dans le tableau publié.
Des tests sur diverses périodes entre 27 et 32 jours sont effectués et les auteurs affirment que seule celle de 29,5 jours donne des résultats significatifs. Mais ils indiquent un peu plus loin que les périodes sidérales (27 jours) fonctionnent tout aussi bien… Ils citent également les cycles des autres primates, mais ne sélectionnent que ceux dont le cycle est proche de 30 jours : sont évacués chimpanzés (35 jours) et bonobos (plus de 33 jours).
La gravité via les marées est suggérée comme cause de cette « forte synchronicité » : les humains seraient capables de sentir les changements de pression atmosphérique liés aux marées ou les oscillations de champs électromagnétiques. En perspective ils proposent, pour étudier cet effet plus en détail, de tirer parti de données issues des applications mobiles utilisées par de nombreuses femmes pour suivre leurs règles.
Conclusion: Entre Magie de l'Enfance et Réalité Scientifique
C’est un des paradoxes de nos médias. En reprenant dans leurs articles ces deux études, les différents journalistes n’ont fait que citer des articles publiés dans une revue scientifique estimée. Et il est parfaitement exact que l’étude sur le sommeil « mesure un effet » pour les populations rurales avec un faible accès à l’électricité, même s’il est banal (avoir de la lumière permet de réaliser plus facilement des activités la nuit…). Ainsi, avec uniquement des personnes de bonne foi, le monde médiatique est ainsi fait que nous pouvons lire des articles affirmant l’exact opposé du consensus scientifique sur un sujet. chercher toutes les informations manquantes avant de se faire une idée.
"Bonsoir Lune" est bien plus qu'un simple livre pour enfants. C'est un rituel, une expérience sensorielle, et un tremplin vers l'imaginaire. Bien que la science puisse remettre en question l'influence directe de la lune sur nos vies, elle ne peut nier la magie que cet astre exerce sur notre imaginaire, et l'importance des rituels du coucher pour un sommeil paisible.
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