L'expression "Bon appétit bébé" est une formule de souhait que l'on adresse à quelqu'un avant qu'il ne commence à manger, dans l'espoir qu'il apprécie son repas. Bien que largement utilisée, son origine et sa pertinence suscitent des interrogations. Cet article explore l'histoire, la signification et les nuances de cette expression, en tenant compte des aspects physiologiques et culturels liés à l'alimentation du nourrisson.

Origines et Histoire de l'Expression "Bon Appétit"

Traditionnellement, on fait remonter l'origine de l'expression au Moyen Âge. Certains affirment que c'est à cette période-là que les Français se seraient rendu compte que l'expression était malvenue, les Anglais ne disant mot avant de se sustenter. Le fait de se nourrir devient, dans la même période, un véritable art de table. «Bon appétit» aurait pourtant été employé au XIXe siècle, dans une moindre mesure, comme une prière adressée pour que tout se passe bien pendant la digestion. Il était d'usage de penser que le fonctionnement de l'organisme humain gardait une certaine part de mystère. Une zone d'ombre qui disparaîtra avec les progrès de la médecine.

Analyse Linguistique et Culturelle

L'expression "Bon appétit" est souvent perçue comme une simple formule de politesse. Cependant, certaines interprétations lui confèrent une connotation plus pragmatique, voire fataliste. «Bon courage», «bonne chance», «bon déroulement gastrique» … eh oui, c'est comme ça que se définit notre traditionnel «bon appétit». «Bon courage», «bonne chance» supposent que les mets concoctés paraissent difficilement comestibles. Coup dur pour la maîtresse de maison! «Bon déroulement gastrique», nous rappelle à notre animalité en faisant allusion à ce qui se passe dans notre ventre.

L'Expérience Sensorielle Précoce du Nourrisson

L’expérience sensorielle commence très tôt au cours de la vie, lorsque le fœtus découvre les arômes de l’alimentation maternelle, présents dans l’environnement amniotique. Elle se prolonge après la naissance, pendant l’allaitement, puisque les arômes de l’alimentation maternelle peuvent également imprégner le lait maternel. La phase de diversification alimentaire qui débute vers l’âge de 5-6 mois est une autre étape clé dans la formation du répertoire sensoriel du nourrisson. Elle se caractérise par l’introduction progressive d’aliments non lactés (les fameuses petites compotes, purées…).

Pendant la grossesse, l’odorat fait partie des premiers sens à se mettre en place. Les récepteurs des odeurs et la zone du cerveau qui reçoivent cette information sont présents entre la 8ème et 11ème semaine de grossesse. Cependant, les narines du fœtus demeurent bouchées jusqu’au 4ème ou 6ème mois de grossesse. Une fois que le passage est dégagé, le liquide amniotique et les molécules qu’il contient peuvent circuler dans le nez du bébé. Dès le 7ème mois, les substances odorantes transportées par le liquide amniotique permettent au bébé de vivre ses premières expériences olfactives.

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Afin de répondre à cette question, des chercheurs ont demandé à 300 mères de remplir des carnets de suivi alimentaire : dans ces carnets, les mamans devaient noter les aliments et boissons consommés durant la fin de grossesse et l’allaitement, puis décrire l’alimentation de leur enfant en début de diversification. Ces carnets ont permis de déterminer le degré d’exposition de l’enfant à des aliments a priori appréciés (fraise, pêche-abricot, pomme, vanille) et à des aliments a priori non appréciés (poisson, fromage fort, poivron, ail). A l’âge de 8 mois, les enfants sont venus au laboratoire pour participer à un test olfactif. Résultats ? Plus les enfants ont été exposés tôt à des aliments a priori peu appréciés plus ils les accepteront plus tard. Les chercheurs ont donné des biberons contenant des boissons de différentes saveurs à 285 bébés à 3, 6 et 12 mois. Grimacer n’est pas joué !

Reflux Gastro-Œsophagien (RGO) chez les Nourrissons

Votre bébé régurgite après la tétée ? A des douleurs ou de l’irritabilité au moment de téter ou de boire son biberon ? Votre bébé a des troubles du sommeil ? Il présente des problèmes respiratoires comme de la toux ou des bronchospasmes à répétition ? Le RGO ou reflux gastro-œsophagien est une pathologie existante tant chez l’adulte que chez l’enfant, mais il est très fréquente chez le nouveau-né. C’est l’une des causes les plus courantes de symptômes digestifs chez les enfants (1) (2). C’est un remontée involontaire du contenu gastrique dans l’œsophage avec ou sans régurgitation externe (3) (4). En cas de régurgitation simple, il s’agit d’un phénomène physiologique normal et spontanément résolutif chez le nourrisson en bonne santé (4) (5) (6). Inversement, lorsque le reflux du contenu gastrique provoque des symptômes gênants et / ou des complications, on parle de RGO compliqué.

La prévalence de la régurgitation chez les nourrissons atteint son maximum à l’âge de 4 mois et 50 à 85 % des nourrissons ont une régurgitation au moins une fois par jour (5) (7) (8) (9). Le RGO survient chez près des deux tiers des nourrissons de moins de 4 mois, dont plus de la moitié deviennent asymptomatiques avant l’âge de 10 mois et 80 % à l’âge de 18 mois (10) (11). Le relâchement transitoire et inappropriée du sphincter inférieur de l’œsophage est le principal mécanisme conduisant au RGO (5). Normalement cet “anneau” s’ouvre pour laisser passer les aliments de l’œsophage à l’estomac et se ferme pour éviter les remontées. Ainsi en cas de RGO, les aliments ne sont plus bloqués dans l’estomac et remontent vers la bouche. Chez le bébé, ce sphincter est souvent immature à la naissance et il va naturellement se renforcer peu à peu, dans les premiers mois de vie.

Le relâchement du sphincter inférieur de l’œsophage est favorisé par la distension gastrique et l’augmentation de la pression intra-abdominale. Les nouveau-nés souffrent de régurgitations probablement aussi à cause du régime liquide et de la posture en position couchée (6) (12). Lors de reflux trop fréquent, le RGO peut finalement devenir pathologique, bien que cette différenciation soit difficile à définir. Les recommandations conjointes de les Société nord-américaine (NASPGHAN) et européenne (ESPGHAN) de gastroentérologie pédiatrique définissent le RGO Pathologique comme une remontée du contenu gastrique provoquant des symptômes « gênants » (13). La définition des symptômes « gênants » chez les nourrissons est vague en raison de l’absence de description des signes par le bébé qui ne peut pas s’exprimer par la parole.

Régurgitation Simple vs. RGO Comliqué

Le reflux gastro-œsophagien simple dit Régurgitation Simple se manifeste par une expulsion spontanée d’une petite quantité de lait (5 à 10ml) qui se fait sans effort. Cela correspond à un liquide blanchâtre, mélange de lait et de salive et se produit le plus souvent peu après la prise alimentaire. Ceci est inconfortable pour bébé mais pas d’inquiétude à avoir tant que cela n’affecte pas son appétit et sa prise de poids. Les Régurgitation se produisent chez 40 à 65% des nourrissons en bonne santé âgés de un à quatre mois (14).

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Le reflux gastro-œsophagien compliqué se produit lorsque le reflux du contenu gastrique provoque des symptômes gênants, affectent la qualité de la vie ou provoquent des complications. Cela s’accompagne de pleurs, d’inconforts avec un bébé qui aura tendance à beaucoup se cambrer en arrière lors de la digestion. Il peut avoir des douleurs ou de l’irritabilité au moment des repas, des pleurs et agitation pendant et après la tété, des troubles du sommeil avec des réveils nocturnes, des postures asymétriques du cou (syndrome de sandifer), des problèmes respiratoires comme de la toux, un gain de poids insuffisant (5) (15) (9). Ghaem et al. ont montré que les nourrissons atteints de RGO présentaient une prévalence plus élevée de troubles du sommeil et un retard significatif du sommeil la nuit (16). Plusieurs études ont suggéré un lien entre le RGO et les symptômes respiratoires et un certain nombre de mécanismes physiopathologiques sont proposés pour l’expliquer, notamment l’aspiration du contenu gastrique dans l’arbre respiratoire (17) (18).

Attention le RGO n’est pas forcément synonyme de régurgitations, en effet, le contenu gastrique peut sortir de l’estomac, remonter dans l’œsophage sans pour autant remonter jusqu’à la bouche. Les symptômes gênants du RGO sont souvent non spécifiques et peuvent être causés par d’autres affections liées à l’enfance, telles que l’allergie aux protéines du lait de vache, la sténose du pylore, la suralimentation, la fistule trachéo-œsophagienne ou la constipation (19). Chez les enfants, la prévalence des allergies alimentaires est estimée à environ 6 à 18% (20) (21). La régurgitation et les vomissements sont des manifestations cliniques bien connues de l’allergie alimentaire, principalement de l’allergie aux protéines du lait de vache (ACPM), qui représente l’allergie alimentaire la plus répandue chez les jeunes enfants (19). Nielsen et al. ont montré que 56% des enfants atteints de RGO grave présentaient un allergie aux protéines de lait de vache (22). Des études antérieures sur l’allergie alimentaire associée à des RGO chez les enfants ont montré des résultats similaires indiquant une association chez 43% à 48% des enfants (23) (24).

Alors que la prévalence des diagnostics de RGO et d’allergies alimentaires a augmenté au cours de la dernière décennie, parallèlement à l’augmentation du nombre de prescriptions d’inhibiteurs de la pompe à protons et d’antagonistes des récepteurs H2, des questions se posent quant aux effets possibles d’une modification du pH gastrique sur le développement de l’allergie alimentaire (19). D’après des études chez l’animal, les médicaments antiacides entravent la digestion gastrique des protéines, avec le potentiel de formation de nouvelles protéines alimentaires, susceptibles de favoriser la synthèse des IgE spécifiques et de provoquer une allergie alimentaire (25). Trikha et al. ont montré que les enfants exposés à des inhibiteurs de l’acide gastrique dus au RGO étaient deux fois plus susceptibles de recevoir un diagnostic d’allergie alimentaire après un an de traitement que les témoins sains (26).

En règle générale, les régurgitations atteignent leur maximum à 4 mois (67%), commencent à diminuer vers 6 à 7 mois (21%) (15) et disparaissaient entre 10 et 14 mois (5%) lorsqu’ils passent à un régime plus solide et acquièrent une maturation neurodéveloppementale et une posture plus droite (6) (7) (27). Pourtant, dans une étude chez des jeunes adultes diagnostiqués dans l’enfance avec un RGO, il a été montré que près de 80% de ces patients présentaient au moins une fois par mois des brûlures d’estomac et/ou une régurgitation et un tiers prenait des médicaments antisécrétoires ou des inhibiteurs de la pompe à protons (28). Une autre étude suggère que chez un pourcentage important d’enfants atteints de RGO, les symptômes peuvent persister tout au long de l’adolescence jusqu’à l’âge adulte (19).

Gestion du RGO chez le Nourrisson

Malgré la forte prévalence de la maladie, le RGO reste un défi, même pour le clinicien expérimenté. La gestion conservatrice est l’approche actuelle de première ligne en matière de RGO infantile. Cela va des modifications de l’alimentation et de la posture à la modification du régime alimentaire des nourrissons. Il existe des preuves de l’efficacité des épaississants pour lait infantile dans la réduction de la régurgitation visible (29) (30) (31) (32). Cependant, les épisodes de régurgitation interne ne sont probablement pas réduits (29).

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Les patients atteints de RGO douloureux peuvent également bénéficier d’un changement de position du corps, en les maintenant verticalement ou en position ventrale éveillée sous surveillance après les tétés (33) (34). Cependant, en raison de l’incidence accrue du syndrome de mort subite du nourrisson, il est déconseillé de mettre les bébés couchée sur le ventre pendant leur sommeil (4). Si cette prise en charge initiale n’améliore pas les symptômes, en raison du chevauchement fréquent entre le RGO et l’allergie aux protéines de lait de vache, les recommandations pédiatriques actuelles préconisent un essai de régime sans protéines de lait de vache de 2 à 4 semaines, soit en excluant le lait de l’alimentation maternelle du nourrisson allaité, soit en utilisant une préparation hydrolysée chez le nourrisson non allaité (19). En cas de signes douloureux trop important, les médicaments antisécrétoires constituent le traitement médicamenteux de base des patients atteints de RGO (19).

Conseils Additionnels

  • Respecter les quantités.
  • Ne confondez pas un besoin de succion et un besoin de manger.
  • Vérifier le premier principe.
  • Réduire la pression intra-abdominale (5) (6) (12).
  • Éviter le relâchement du sphincter inférieur de l’œsophage.
  • Assurer une bonne production salivaire (42).
  • Minimiser les risques de brulure de l’œsophage.
  • Tenir compte de la position du bébé pendant la grossesse, lors de l’expulsion et parfois après la naissance.
  • Être attentif aux signes d'un RGO.
  • L'ajustement de la posture et de la colonne supérieure chez l’enfant réduit les symptômes gênants du RGO (43) (44).
  • Faire faire le rot au bébé au milieu et à la fin du repas !
  • Éviter de coucher bébé sur le ventre.

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