L'histoire des unités de mesure est complexe et riche, s'étendant sur plus d'un millénaire. Cet article se propose d'aborder le sujet du boisseau, une ancienne mesure de capacité, en explorant son évolution et ses variations à travers le temps et les régions.
Origines et Évolution des Unités de Mesure
Dès le développement du commerce, la nécessité de mesurer les volumes de liquides et de substances sèches est devenue primordiale. Un système de mesure relativement homogène semble avoir émergé de l'Égypte pharaonique, du Moyen-Orient et de l'Extrême-Orient, pour ensuite se répandre en Europe. Les mesures de longueur, essentielles pour déterminer un volume, étaient souvent basées sur le corps humain, utilisant des références telles que le pas, la coudée, le pied, la palme, le pouce et le doigt.
En France, ce système était utilisé sous la surveillance de magistrats qui en assuraient l'uniformité et l'exactitude à l'aide d'étalons conservés dans les archives royales, et ce jusqu'au règne de Charlemagne. Bien que ce consensus entre États facilitât les échanges commerciaux, il ne plaisait pas à tous à l'intérieur du pays. À partir du IXe siècle, des mesures nouvelles furent créées par des seigneurs féodaux, laïcs ou religieux, souvent au détriment des paysans et des artisans.
Le Boisseau: Une Mesure de Capacité Variable
Le boisseau est une ancienne mesure de capacité utilisée principalement pour les matières sèches telles que les céréales, les graines, les farines, le charbon, le bois et le sel. Sa valeur variait considérablement selon les régions. Par exemple, elle était de 7,68 litres à Blois, 76,70 litres à Bordeaux et 102,30 litres à Dieppe. Dans la région du Forez, la variation était moins importante, allant de 11,36 litres à 34,74 litres.
D'autres mesures, telles que le bichet, le métier, la carte ou quarte et le livrot, contenaient environ 20 litres, une quantité suffisante pour ensemencer 1000 m². Le setier ou septier valait 12 boisseaux à Paris, mais cette valeur n'était pas uniforme sur tout le territoire. La mine ou l'émine, utilisée pour les grains et les farines, valait environ 78 litres à Paris, soit un demi-setier. Le minot, d'une valeur d'une demi-mine, était utilisé pour les céréales, le sel et le charbon de bois ou de terre, mais sa valeur variait de 2 à 6 boisseaux selon le produit mesuré. Le muid était également une mesure courante, mais sa valeur variait considérablement d'une région à l'autre.
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Il existait également des mesures indiquant la quantité nécessaire pour ensemencer une surface. Cependant, la quantité de marchandises variait considérablement selon la manière dont le récipient était rempli. Il existait ainsi des mesures "pelle remplie à la pelle", des mesures "secousse, secouée et arasée", des mesures "rase, c'est-à-dire arasée", des mesures "comble surmontée d'un cône représentant 1/16ème de plus" et des mesures "chauchée tassée au fur et à mesure et arasée", contenant 1/8ème de plus.
Autres Mesures de Volume
La chopine ou sétier valait une demi-pinte, tandis que la pinte valait 0,9305 litre à Paris et était la mesure la plus fréquente du commerçant de détail. Le pot ou quade valait 2 pintes, et la velte valait 8 pintes. Pour certains liquides, comme le vin et l'huile, on évaluait le poids plutôt que le volume.
Tentatives d'Uniformisation des Mesures
Dès le Moyen-Âge, les rois de France, conscients du problème et poussés par les États généraux au XVIe siècle, tentèrent d'uniformiser toutes les mesures (poids, volume, longueur) sur l'ensemble du territoire. Charles II, Philippe IV, Charles IV, Louis X, Louis XI, François Ier, Henri II, Henri IV et Louis XIV figurent parmi les monarques ayant tenté d'imposer les valeurs des mesures de Paris, sans grand succès.
Sous le règne de Louis XVI, Turgot puis Necker s'attaquèrent à cette tâche, mais leurs projets ne se concrétisèrent pas en raison des troubles sociaux et des difficultés potentielles pour les contrats en cours.
L'Avènement du Système Métrique
C'est de ces troubles que naquit le système métrique, à la demande du peuple français, à travers les cahiers de doléances rédigés au début de 1789. En 1791, l'Académie des Sciences proposa un système décimal, qui fut adopté provisoirement le 1er août 1793 par décret de la Convention nationale. Les mesures pour les liquides furent le cade (m3), le décicade, le centicade et la pinte (dont le volume changea pour correspondre à un litre). Le nom de pinte devint "cadil" le 19 janvier 1794 (30 nivôse an II) et "litre" le 7 avril 1795 (18 germinal an III) dans le cadre d'une loi relative aux poids et mesures : le système métrique était né. Le mètre, l'are, le litre, le gramme et le bar furent institués, avec des étalons en platine.
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Le 4 novembre 1800, un décret fixa l'utilisation du système métrique dans le reste de la France au 23 septembre 1801. Cependant, l'application de cette loi ne fit pas l'unanimité, notamment pour le commerce de détail, en raison de problèmes de compréhension liés à un manque de formation. La confusion régna ainsi pendant près de trois décennies. Le 4 juillet 1837, une loi obligea l'utilisation des "nouvelles" mesures à partir du 1er janvier 1840, avec sanction pour les réfractaires.
Les Mesures en Nature: Bois et Étain
Il existait deux types de mesures : en bois pour les matières sèches (grain, farine, sel, charbon) et en étain pour les liquides. Les mesures à grains étaient fabriquées par le boisselier, le plus souvent en hêtre, un bois sans tanin qui ne modifiait pas le goût et la couleur des marchandises et qui séchait en conservant ses dimensions originelles. Leur forme était cylindrique, de hauteur variable, et elles étaient renforcées par un doublage en bois ou des lattes de fer plat.
L'étain, utilisé depuis l'Antiquité pour éviter l'oxydation, était travaillé par les potiers d'étain, également appelés estaimiers ou estainiers. Le contrôle des récipients en étain devint obligatoire sous Louis XIV, avec l'application de poinçons pour garantir la qualité.
Mesures Agraires
Dans le domaine des mesures agraires, le boisseau pouvait connaître des variations importantes en fonction de la qualité du blé ou des céréales cultivées. Pour les prés, la mesure était liée au temps de travail nécessaire pour mettre en valeur, variant selon la topographie des lieux et la nature du sol.
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