La tétine est un objet familier pour de nombreux bébés et jeunes enfants. Selon une étude canadienne de 2001, 84 % des nourrissons occidentaux en auraient une en bouche régulièrement. Si elle peut être un outil précieux pour apaiser et réconforter, son utilisation prolongée et excessive peut entraîner des problèmes. Il est donc essentiel de comprendre pourquoi certains enfants ont tendance à garder la tétine en bouche très souvent et comment réagir de manière appropriée.

Les raisons d'une utilisation prolongée de la tétine

Les raisons qui poussent les enfants à garder leur tétine en bouche sur de longues périodes sont multiples. Il est important de distinguer les différentes motivations pour adapter au mieux la réponse à apporter.

Une réponse à un trop-plein de stress continu

Pour certains enfants, la succion de la tétine est un moyen d'autoréguler leur niveau de stress. L'activité de succion entraîne la libération d'endorphines, qui favorisent le bien-être et permettent aux enfants de se détendre face à un trop-plein de stress. Dans ce cas, la tétine devient un outil d'apaisement face à des situations anxiogènes.

Un objet de transition

Pour d'autres, la tétine est un objet de transition, un peu comme un doudou. Ils la transportent de la maison au lieu d'accueil et du lieu d'accueil à la maison, et la conservent en bouche un peu par habitude. Leur succion n'est pas très active et la tétine reste parfois coincée dans un coin de leur bouche pendant qu'ils font leur petite vie. Il arrive même que ce soient les parents eux-mêmes qui, le matin à la séparation, mettent la tétine dans la bouche de l'enfant alors qu'il ne pleure même pas !

Un besoin de succion

Les premiers mois, bébé a un intense besoin de succion, un besoin frénétique d’avoir quelque chose dans la bouche pour s’apaiser. Il s’agit d’un réflexe archaïque, physiologique, qui lui apporte de la détente. « Le fait que la langue se colle au palais met son corps en mode off. On sait aussi que la succion, associée au sucre, est un vrai antidouleur qui débloque l’analgésie chez le tout-petit. », explique Pauline Lotte. Ce besoin de succion peut être assouvi par le sein, le petit doigt ou tout simplement la tétine.

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Les conséquences d'une utilisation excessive de la tétine

Quelle que soit la raison de cet usage excessif de la tétine, il est important de le limiter, et ce pour différentes raisons.

La succion n'est pas un vrai besoin

L'industrie de la puériculture nous fait croire que tout enfant est pourvu d'un besoin de succion, ce qui est faux. En réalité, le tout petit humain en début de vie est animé d'un réflexe de succion afin de lui permettre de téter le sein de sa maman. Pour les plus grands enfants, à défaut d'être un besoin, la succion est une activité d'autorégulation qui apparaît en réponse à une situation de stress. Si elle peut être réconfortante, la succion n'est pas indispensable au jeune enfant, car il existe d'autres manières, bien plus efficaces et bien traitantes, d'apaiser un enfant.

La tétine habitue l'enfant à réprimer ses émotions

Depuis les années 1900, l'usage de la tétine est controversé. En 1910, déjà, une loi a été votée à l'Assemblée Nationale pour interdire la vente et la fabrication de tétines. La tétine vient traiter le symptôme émotionnel de l'enfant (ses pleurs ou ses cris) et non l'origine de son émotion (la raison pour laquelle il s'est mis à pleurer ou à crier). Le problème en soi n'est donc pas résolu. C'est un peu comme si on mettait un couvercle sur une casserole de lait bouillante !

La tétine peut devenir leur unique objet de consolation

Certains enfants ayant été conditionnés à s'apaiser au contact d'une tétine réclameront la tétine à chaque montée de stress, au point que chez certains enfants, la tétine devient leur unique ressource de consolation. C'est un cercle vicieux qu'il est important de ne pas alimenter. La tétine demeure un objet qui n'éprouve ni empathie, ni bienveillance, ni émotion. Elle apporte à l'enfant une réponse tout à fait artificielle et inadaptée à son émotion. Des théoriciens s'interrogent d'ailleurs sur le devenir de ces enfants qui, à chaque montée de stress, trouvent ressource dans un objet. Comment réagiront-ils à l'âge adulte lorsqu'ils seront stressés ? Ne risquent-ils pas de trouver ressource dans le matériel, la cigarette, l'alimentation, l'addiction lorsqu'ils sont en proie à une émotion, au lieu de se tourner vers l'humain ?

Elle freine l'intelligence émotionnelle des enfants, en particulier celle des garçons

Une recherche de 2012 conclut que l'usage de la tétine en excès, en dehors des phases où l'enfant dort, tend à diminuer l'empathie des enfants mais aussi leur capacité à identifier et à comprendre les émotions de leurs interlocuteurs. Avoir une tétine en bouche freine la mobilité des muscles de leur visage et de leurs lèvres, et altère par conséquent ce mimétisme facial si précieux au développement de leurs compétences émotionnelles.

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A haute dose, elle nuit au développement du langage

Une recherche britannique de 2015 a souligné la difficulté de l'enfant, lorsqu'il a la tétine en bouche, à bien entendre et à bien différencier les sons qu'on lui adresse, car sa langue est freinée dans sa mobilité. De même, la tétine peut gêner l'enfant dans sa production de phonèmes et nuire à sa bonne élocution (certains phonèmes - tels que f, s, ch… - sont très difficiles à réaliser en cas de tétine en bouche).

Elle risque de déformer la dentition et d'augmenter les infections ORL

Selon une recherche datant de 1992 publiée dans Pediatric Dentistry, 35% des enfants qui ont régulièrement une tétine en bouche auront une dentition déformée, même si la tétine en question est vendue à ses parents comme « orthodontique ». D'autres recherches ont souligné son implication dans certaines infections ORL. De plus, la béance dentaire correspond à un espace entre les dents du haut et du bas lorsque la bouche est fermée, le plus souvent à l’avant. Elle peut avoir plusieurs causes et engendrer des problématiques… de sommeil ! Malheureusement, souvent, oui : la plupart du temps, la béance dentaire provient de la succion répétée du pouce ou de la tétine durant la croissance.

Comment réagir face à une utilisation excessive de la tétine ?

Face à une utilisation excessive de la tétine, il est important d'adopter une approche adaptée à la situation de l'enfant. Voici quelques pistes à explorer :

Distinguer la tétine « habitude » de la tétine « autorégulatrice »

En premier lieu, il convient de vous demander si cet enfant suce cette tétine par habitude ou davantage pour s'autoréguler, en réponse à un stress continu. Pour le savoir, la vivacité de la succion est un bon indicateur. En fonction, vous n'apporterez pas la même réponse.

Encourager l'enfant à la poser de lui-même

S'il s'agit d'une tétine « habitude », encouragez l'enfant à la poser dès son arrivée sur le lieu d'accueil, de manière ritualisée. Touchez-en un mot à ses parents. Après leur avoir expliqué les effets possibles de la tétine sur leur enfant, proposez-leur d'en limiter, ensemble, son usage. Il ne faudrait pas, par exemple, que les parents mettent la tétine dans la bouche de leur enfant lors de la séparation du matin et que vous, quelques minutes plus tard, fassiez tout l'inverse ! Une cohérence entre la maison et le lieu d'accueil est essentielle.

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Proposer à l'enfant de quitter sa tétine quand vous lui parlez et quand vous lui lisez une histoire

L'usage de la tétine est particulièrement nocif quand l'enfant est en interaction avec un interlocuteur car celle-ci vient bloquer les mouvements de sa langue et freiner le mimétisme. Les phases sensibles d'interactions sont à préserver. Invitez-le systématiquement à retirer sa tétine lorsqu'il vous parle. Afin de faciliter sa production correcte de phonème et son élocution, il est important que l'enfant parle sans aucun objet dans la bouche.

Lui laisser la tétine pour s'endormir, s'il la réclame

L'usage de la tétine lors des phases de sommeil est beaucoup moins pénalisant que lorsque l'enfant est éveillé, d'autant plus qu'il s'agit d'une activité autorégulatrice qui peut favoriser l'endormissement. Sans oublier que de nombreuses recherches ont confirmé que l'usage de la tétine pendant le sommeil diminuait de 90% environ le risque de mort subite chez le bébé ! Pour autant, lorsque l'enfant grandit, il est préférable de l'habituer à s'endormir sans tétine.

En cas de stress ou d'émotion forte, prenez-le dans vos bras et rassurez-le… sans lui donner la tétine

L'idée étant de réapprendre à l'enfant à trouver la ressource dans l'humain et non dans cet objet. Lorsqu'un enfant est en proie à une émotion, veillez à bien décrypter le besoin réel de son cerveau. Ce n'est pas de la tétine dont son cerveau a besoin à cet instant T (même si c'est que l'enfant vous réclame) mais bel et bien de s'apaiser ! Pour ce faire, prenez l'enfant dans vos bras et caressez sa peau avec tendresse tout en lui expliquant que vous restez à ses côtés. L'ocytocine, l'hormone de l'attachement qui est sécrétée lors des rapports humains chaleureux, est l'antidote du cortisol et le carburant de son petit cerveau. Ainsi, pas à pas, vous allez reconditionner l'enfant à trouver ressource dans le rapport humain en cas de montée de stress, ce pourquoi son cerveau est d'ailleurs programmé.

Introduire d'autres outils d'apaisement

Il ne faut pas retirer la tétine tout de suite, mais introduire dans le rituel de sommeil d’autres outils : une petite musique, un doudou, le câlin. « Il faut inclure ces outils pour qu’ils deviennent à leur tour des objets d’apaisement. On propose à bébé d’autres options avant d’enlever la tétine », recommande la puéricultrice. Cette dernière recommande aussi de retirer progressivement la tétine la nuit, lorsque bébé est en sommeil profond. L’idée est d’y aller le plus doucement possible, en commençant par enlever la tétine en journée pour la réserver uniquement au sommeil.

Sevrage en coopération avec l'enfant

Si l’enfant a plus de 18 mois, il est bien de réaliser ce sevrage en coopération avec lui. II doit vraiment être acteur de ce changement. A partir du moment où les parents ont décidé de retirer la tétine et d’accompagner bébé dans cet endormissement autonome, il faut tenir bon tout en s’assurant que le bébé a d’autres moyens de s’apaiser.

Bébé n'a pas fait son rot et s'est rendormi, faut-il s'inquiéter ?

Il est courant de voir un nouveau-né s'endormir après une tétée ou un biberon, sans avoir fait son rot. En général, on recommande de faire faire un rot à un bébé jusqu'à ce qu'il ait acquis suffisamment de contrôle sur ses fonctions digestives. Certains bébés sont capables de gérer l'air avalé pendant l'allaitement ou le biberon sans avoir besoin de faire un rot. Il reste cependant recommandé de faire roter un bébé après qu'il ait mangé, surtout s'il est nourri au biberon. Le rot peut aider à réduire l'inconfort digestif et les coliques de votre enfant.

Comment favoriser le rot ?

  • La position d’allaitement : une mauvaise position lors de la tétée ou du biberon peut entraîner une ingestion d’air plus importante chez le bébé.
  • Privilégier une position verticale pour le rot après l’alimentation : Si votre bébé tarde à faire son rot, prenez quelques minutes pour le tenir en position verticale après le biberon ou l’allaitement. Vous pouvez le soutenir contre votre épaule ou le tenir assis avec un léger soutien.
  • Faire des pauses régulières pendant l’alimentation pour donner à votre bébé l’occasion de faire un rot.

Quand s'inquiéter ?

Dans la majorité des cas, le non rot chez le bébé ne présente pas de risque majeur pour sa santé. Toutefois, si votre enfant présente des symptômes tels que des vomissements fréquents, une prise de poids insuffisante ou un inconfort persistant, il reste conseillé de consulter un pédiatre. Par ailleurs, si l’absence de rot est fréquente, cela peut aussi être un signe de consultation.

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