Introduction
La période périnatale, définie par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme s'étendant de la vingt-huitième semaine de grossesse au septième jour après la naissance, est une phase critique tant pour la mère que pour l'enfant. Cette période transformative, bien au-delà des neuf mois de grossesse et s'étendant jusqu'aux deux ans de l'enfant, est une période sensible pour le développement et la sécurisation de l’enfant. Elle contient les prémisses de la santé et du bien-être de l’individu tout au long de la vie. La parentalité périnatale représente l'ensemble des réaménagements psychiques et affectifs permettant à des adultes de devenir parents, c’est-à-dire de répondre aux besoins de leur(s) enfant(s) sur le plan corporel (soins nourriciers), affectif et psychique.
Cette période de la vie est souvent associée à des sentiments de joie et d'anticipation, mais elle peut également être une source de stress, d'anxiété et de défis importants pour la santé mentale des parents. Une femme sur 5 et un homme sur 10 présentent des symptômes de dépression pendant la période périnatale. Tristesse, fatigue, anxiété, doutes sur sa capacité à prendre soin de soi et de son enfant… sont autant de symptômes qui peuvent émerger.
Impact de la Grossesse sur la Santé Mentale
La grossesse, bien que souvent perçue comme une expérience épanouissante, est une transformation profonde qui a un fort impact sur la vie des personnes en termes de rôles sociaux. Cela peut affecter la santé mentale des deux parents. Les jeunes parents doivent mobiliser des stratégies d’adaptation pour faire face à cette transformation profonde.
Alors que l'attention se concentre souvent sur les troubles post-partum, il est crucial de reconnaître que 40% des troubles se manifestent dès la période anténatale. Les médecins ont encore trop tendance à se focaliser sur la période du postpartum à cause des constructions sociales persistantes autour de la grossesse. Il est important d'aborder le sujet dès la période anténatale.
La stigmatisation de la dépression autour de la grossesse, perçue comme une faiblesse, est un obstacle majeur à la recherche d'aide. Les mères, en particulier, ont peur d’être considérées comme de « mauvaises mères ». Les professionnels de santé hésitent également à aborder le sujet avec les mères qui ne présentent pas de facteurs de risques apparents. Il est important de traiter ces sujets comme n’importe quelle autre maladie, comme on aborderait par exemple le diabète gestationnel.
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Baby Blues vs. Dépression Périnatale
Il est essentiel de distinguer le "baby blues" de la dépression périnatale. Le baby blues diffère de la dépression périnatale par l’intensité et la durée des symptômes. Le baby blues est une phase transitoire, qui ne dure pas plus de deux semaines, durant laquelle la mère ressent une tristesse, une anxiété ou la crainte de ne pas savoir s’occuper correctement de son bébé. Cela concerne environ 70-80% des femmes. Bien que le baby blues ne soit pas pathologique en soi, il ne faut ni minimiser ni banaliser ces symptômes car ils peuvent évoluer vers une dépression du postpartum. Lorsque ces symptômes durent plus de deux semaines, qu’ils s’aggravent ou qu’ils s’accompagnent de pensées suicidaires, cela doit être un signal d’alarme pour les soignants.
Diversité des Troubles Mentaux Périnataux
Si les troubles dépressifs sont les plus connus, les problèmes de santé mentale périnataux sont hétérogènes : troubles anxieux, troubles de l’adaptation, stress post-traumatique, etc. Cela peut aussi concerner les personnes présentant un trouble préexistant : bipolarité, schizophrénie, troubles de personnalité. Cependant, une part importante de ces troubles n’est ni diagnostiquée, ni prise en charge. Il est donc impératif de reconnaître et d'accompagner ces difficultés, de promouvoir une vision positive des soins en santé mentale, et d'encourager l'implication des sage-femmes ou des gynécologues-obstétriciens.
Facteurs de Risque et Impact Biologique
La dépression périnatale est souvent multifactorielle, avec des facteurs de risque biologiques et psychosociaux (par ex, complications obstétricales et / ou néonatales, événements de vie stressants en période périnatale, manque de soutien social, précarité socio-économique, antécédents de maltraitance pendant l’enfance). Le plus souvent, il s’agit d’une convergence complexe de ces différents éléments, mais il est important de rappeler que des femmes sans antécédent ou facteur de risque identifiés peuvent elles aussi développer ces pathologies.
Les études mettent en lumière les conséquences potentielles d’une inflammation non traitée durant cette période. Cette inflammation peut influer sur le système immunitaire en devenir du fœtus, le risque de survenue de complications obstétricales et / ou néonatales (par ex, prématurité) et la qualité des interactions précoces parent-bébé, cruciales pour le développement cognitif, psychomoteur, émotionnel, social et langagier de l’enfant. Si elle reste non détectée et non traitée, la dépression périnatale peut accroître la probabilité de présenter un trouble neurodéveloppemental (autisme ou trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité) ou des problèmes de santé mentale pendant l’enfance ou l’adolescence, illustrant la nécessité d’un suivi précoce et adapté.
Inégalités de Genre et Santé Mentale Périnatale
Les inégalités de genre ont également un impact majeur sur la survenue d’une dépression périnatale : plus une société est égalitaire, moins les femmes sont touchées par cette maladie. Les écarts de revenus, l’accès plus difficile à l’emploi, voire l’impossibilité de travailler faute de mode de garde accessible, et enfin la pression supplémentaire d’avoir à élever seule son enfant pèse sur les mères. Sans un soutien adéquat, qui prenne en compte leurs besoins et non uniquement celui de leur enfant, les mères présentent un risque accru de développer une dépression périnatale.
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Troubles Psychiatriques Antérieurs
Lorsque des antécédents de troubles psychiatriques sont présents, il existe en effet une probabilité accrue de développer des problèmes de santé mentale périnataux, en particulier en postpartum. Les personnes ayant des antécédents de schizophrénie ou de trouble bipolaire ont un risque accru de présenter des complications psychiatriques, obstétricales et / ou néonatales, et ce d’autant qu’elles peuvent parfois cumuler différents facteurs de risque psychosociaux (stigmatisation, manque de soutien social, isolement). Cette population nécessite un suivi particulier afin d’anticiper les risques et de proposer des solutions adaptées.
La question des traitements est également cruciale, car il existe un surrisque de complications psychiatriques en post-natal. Il est essentiel d’évaluer ce risque, d’identifier les facteurs de risque et de soutien afin d’adapter le suivi médical et de mettre en place un soutien. Une intervention précoce, idéalement en péri-conceptionnel ou dès le début de la grossesse, représente le scénario optimal pour une prise en charge efficace.
Impact sur l'Ensemble de la Famille
Les pathologies psychiatriques périnatales ne se limitent pas exclusivement aux mères, elles peuvent également affecter d’autres membres de la famille, comme le 2nd parent ou les autres enfants du couple. De même, il est crucial de considérer l’ensemble de la famille pour déployer des interventions adaptées et efficaces. Les proches, comme les grands-parents ou d’autres aidants, jouent un rôle de soutien très important dans le processus de rétablissement.
Pendant les 1000 premiers jours de l’enfant, la disponibilité des deux parents pour des interactions précoces est essentielle. En effet, la qualité de ces interactions impacte directement le risque de développer des troubles pendant l’enfance ou l’adolescence. En soutenant l’ensemble de la famille, il est possible de faciliter la communication intrafamiliale et d’encourager une implication accrue du deuxième parent, au-delà du traitement médical.
Bien que le congé paternité ait été légèrement allongé en France depuis le 1er juillet 2021, passant de 14 à 28 jours, il demeure nettement plus court que celui des femmes, qui dure au minimum 16 semaines. Des études, telles que la cohorte ELFE, ont démontré l’impact positif de l’allongement de la durée du congé paternité sur la santé mentale des pères. Toutefois, les 1000 premiers jours de l’enfant nécessitent une implication équitable des deux parents pendant cette période cruciale, justifiant la nécessité d’une durée de congé équivalente pour les deux parents.
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Prévention des Pathologies Périnatales
Pour prévenir l’apparition de problèmes de santé mentale en période périnatale, il faut intervenir sur plusieurs facteurs de risques. Premièrement, les aspects sociétaux, en déployant des initiatives de soutien aux jeunes parents et des politiques plus inclusives en matière de travail, et en facilitant l’accès aux places en crèches. Les soins de santé périnatals doivent également s’orienter vers une prévention précoce, comprenant par exemple une activité physique adaptée et une alimentation équilibrée, ce qui contribue au bien-être maternel. Enfin, le renforcement du réseau de soutien social joue un rôle clé dans cette démarche.
Les personnes ayant un diagnostic préexistant de troubles psychiatriques nécessitent quant à elles des niveaux de prévention différents, impliquant des traitements spécifiques, des modalités de soutien adaptées et un suivi psychiatrique périnatal personnalisé. Les services de psychiatrie périnatale, désormais reconnus comme une spécialité à part entière, prennent en considération les enjeux affectant à la fois les deux parents et l’enfant. Ces services abordent les pathologies, les traitements pendant la grossesse et l’allaitement, ainsi que les changements émotionnels survenant pendant cette période. Ils reconnaissent également l’importance des interactions précoces et du développement de l’enfant pendant les 1000 premiers jours, nécessitant une double compétence dans leur approche.
L’offre de psychiatrie périnatale en France est en cours de renforcement par les pouvoirs publics (par exemple, via la création en 2022 d’une autorisation d’activité en psychiatrie périnatale pour les hôpitaux). Cela vise à proposer un soutien aux familles pendant la grossesse et les premières années de vie de l’enfant. Diverses structures sont mises en place pour répondre à ces besoins, proposant des soins conjoints parents-bébé en ambulatoire (équipes mobiles, Centres Médico-Psychologiques (CMP), Centres d’Accueil Thérapeutique à Temps Partiel (CATTP)), en hôpital de jour ou en unité parents-bébés (hospitalisation dédiée sur une période de 5-6 semaines jusqu’à la 1ère année postpartum)
Ressources et Solutions
En première ligne, les sage-femmes, les gynécologues, les médecins généralistes et les pédiatres sont des points de contact essentiels. Ils doivent être en mesure d’initier des discussions sur ces sujets avec tous les futurs parents, qu’ils aient des facteurs de risques identifiés ou non. Le dépistage systématique est fortement recommandé dans leurs pratiques pour détecter précocement les signes de ces troubles.
Les psychologues et les psychiatres spécialisés dans la périnatalité sont également des ressources importantes. Les services de psychiatrie périnatale offrent des traitements spécialisés et adaptés à cette phase de vie. Ils sont capables de fournir un soutien approprié aux femmes enceintes et aux jeunes parents confrontés à des problèmes de santé mentale périnatals en soutenant les interactions précoces parents-bébé.
Il est essentiel de souligner que plus les interventions sont précoces, dès les premiers stades de la grossesse, meilleur est le pronostic. La collaboration entre différents professionnels de la santé, ainsi qu’une approche pluridisciplinaire, sont également nécessaires afin d’offrir un soutien adéquat aux familles.
Ressources d'Auto-Aide
Dans le cadre du projet européen “PATH: Pathways to improving perinatal mental health”, plusieurs contenus pédagogiques ont été mis à disposition du public, notamment une brochure d’information, un livret BD « Devenir papa » pour accompagner les pères, un MOOC « Santé mentale périnatale au cours des 1000 premiers jours » destiné aux professionnels du champ sanitaire, médico-social ou social, mais ouvert à tout public et un podcast « PATH » sur le bien être des (futurs) parents au travail.
Les jeunes parents peuvent également se tourner vers des associations comme Maman Blues, qui prodigue écoute, conseils et soutien aux parents en difficulté. Ces associations jouent un rôle déterminant pour faciliter l’accès au soin.
Enfin, dans le cadre d’une Question d’Intérêt Majeur soutenue par la Région Ile-de-France, la Fondation FondaMental développe actuellement des outils numériques pour la prévention et le traitement des problèmes de santé mentale périnatals (projet de recherche participative LENA). Cela comprend une plateforme internet sur la santé mentale périnatale à destination des jeunes parents, de leurs proches, des employeurs et des professionnels de périnatalité et de psychiatrie mais aussi une application mobile dédiée. Ces outils pourront permettre la constitution d’une cohorte parents-bébé pendant les 1000 premiers jours dans le cadre d’un projet de recherche.
Rôle des Proches
Les proches jouent un rôle capital dans le parcours de soin, qu’il s’agisse de la famille proche ou au sens large. La famille, la belle-famille, mais aussi l’entourage proche des jeunes parents peut détecter des signaux d’alertes et faciliter (ou bloquer) l’accès au soin. C’est pourquoi il est très important d’informer le public sur ces enjeux et de libérer la parole sur la question de la santé mentale périnatale.
Ces aidants ont eux aussi besoin d’être soutenus. Il existe des associations de familles, comme l’Unafam, qui proposent des échanges entre pairs et des rencontres avec des professionnels de santé. L’Unafam a par exemple créé un réseau de grands-parents aidants.
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