Le placenta, organe à la fois sacré et indispensable au bon déroulement de la grossesse, suscite un intérêt croissant, mais également des controverses. Dans de nombreuses cultures, il est considéré comme un lien indestructible entre la mère et l'enfant, voire comme une source de bienfaits pour la santé. Cependant, en Occident, il est souvent méconnu et perçu avec dégoût, ce qui rend difficile la reconnaissance de ses vertus potentielles. Cet article explore les différentes facettes de la consommation du placenta, en examinant son rôle biologique et spirituel, les arguments en faveur de ses bienfaits, les risques potentiels pour la santé et la législation en vigueur.

Le rôle du placenta : Un pont physique et spirituel entre la mère et l'enfant

Le placenta est un organe extraordinaire et unique qui connecte physiquement et psychologiquement la mère et le bébé pendant toute la grossesse. Il assure plusieurs fonctions vitales pour le développement du fœtus :

  • Apport de nutriments et d'oxygène : Il fournit au bébé les nutriments et l'oxygène nécessaires à sa croissance et à son développement.
  • Élimination des déchets métaboliques : Il élimine les déchets produits par le fœtus.
  • Barrière de protection : Il constitue une barrière efficace contre les bactéries et les toxines extérieures.
  • Rôle endocrinien : Il produit des hormones essentielles au maintien de la grossesse.

Au-delà de son rôle biologique, le placenta revêt également une dimension spirituelle importante dans certaines cultures. Sa forme, semblable à un arbre avec des racines solides, symbolise le lien indestructible entre la mère et son enfant. Des histoires ancestrales racontent comment le placenta, enterré sous un arbre, peut être lié au destin de l'enfant, soulignant ainsi son importance symbolique.

La placentophagie : Une pratique ancestrale remise au goût du jour

La placentophagie, ou l'ingestion du placenta après l'accouchement, est une pratique ancestrale observée chez de nombreux mammifères, y compris les humains. Si la plupart des animaux consomment naturellement leur placenta, cette pratique a été adoptée par certaines cultures humaines à travers l'histoire.

  • Usages traditionnels : Au Moyen-Âge, les femmes consommaient leur placenta pour améliorer leur fertilité, tandis que les hommes en ingéraient en secret pour combattre l'impuissance. Chez les Inuits, le placenta est considéré comme la matrice de la fertilité maternelle, et sa consommation est nécessaire pour pouvoir concevoir à nouveau.
  • Retour en force : La placentophagie connaît un regain d'intérêt aux États-Unis et en Angleterre, et de manière plus timide en France. Des personnalités publiques ont médiatisé cette pratique, contribuant à sa popularisation.

Les arguments en faveur de la consommation du placenta : Mythes et réalités

Les adeptes de la placentophagie attribuent à cet organe de nombreux bienfaits pour la santé des jeunes mamans :

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  • Remise en forme plus rapide : Le placenta est considéré comme une source de nutriments essentiels, tels que le fer, les vitamines et les minéraux, qui favoriseraient une récupération plus rapide après l'accouchement.
  • Stimulation de la lactation : La consommation de placenta est censée favoriser la production de lait maternel, facilitant ainsi l'allaitement.
  • Prévention de la dépression post-partum : Le placenta contiendrait des hormones, notamment l'ocytocine, qui contribueraient à réduire le risque de baby blues et de dépression post-partum.
  • Renforcement du lien mère-enfant : L'ingestion du placenta faciliterait la sécrétion d'ocytocine, l'hormone du maternage, renforçant ainsi l'attachement entre la mère et l'enfant.
  • Autres bienfaits potentiels : Amélioration des problèmes de peau, traitement de l'alopécie, soutien de l'andropause et de la ménopause, prévention des maladies cardiovasculaires, soulagement des coliques et des pleurs incontrôlables chez le bébé.

Cependant, il est important de noter qu'aucune étude scientifique n'a prouvé de manière concluante les bienfaits de la consommation de placenta sur la santé humaine. Une étude publiée dans l'American Journal of Obstetrics and Gynecology en 2018 a conclu qu'il n'existe aucune preuve scientifique d'un quelconque bénéfice clinique de la placentophagie et qu'aucun nutriment ni aucune hormone placentaire n'est conservé en quantité suffisante après l'encapsulation placentaire pour être potentiellement utile à la mère après l'accouchement.

Les modes de consommation du placenta : Cru, cuit ou encapsulé ?

Le placenta peut être consommé de différentes manières :

  • Cru : Dans un smoothie ou en petits morceaux.
  • Cuit : Dans des cuissons douces, des bouillons, des steaks, des tacos ou des lasagnes.
  • Déshydraté et encapsulé : Sous forme de gélules.
  • Transformé : En granules homéopathiques ou en teinture mère.

L'encapsulation, qui consiste à cuire le placenta à la vapeur, à le déshydrater et à le réduire en poudre pour le conditionner en gélules, est la méthode la plus populaire, notamment aux États-Unis. La teinture mère, une préparation artisanale à base de placenta dilué dans une solution hydro-alcoolique, est surtout utilisée dans les pays où la placentophagie est interdite.

Les risques potentiels pour la santé : Une vigilance accrue

Si la placentophagie suscite un engouement croissant, il est essentiel de prendre en compte les risques potentiels pour la santé :

  • Infections : Le placenta peut être contaminé par des bactéries ou des virus, et l'encapsulation ne permet pas d'éliminer complètement le risque d'infection, tant pour la mère que pour le nouveau-né. Un cas d'hospitalisation d'un nourrisson en raison d'une infection causée par des gélules de placenta contaminées aux streptocoques B a été rapporté en 2016.
  • Toxicité : Le placenta agit comme un filtre pendant la grossesse, retenant certaines substances toxiques. La consommation du placenta pourrait donc entraîner l'ingestion de ces substances.
  • Absence de normes : Il n'existe pas de normes établies pour le traitement du placenta destiné à la consommation, ce qui soulève des préoccupations quant à la sécurité et à la qualité des produits.

Face à ces risques, les Centres de prévention et de contrôle des maladies américains (CDC) ont recommandé d'éviter la consommation de capsules de placenta, soulignant que l'encapsulation n'est pas adéquate pour tuer toute trace de contamination bactérienne ou virale.

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La législation en France : Une interdiction stricte

En France, le placenta est juridiquement considéré comme un déchet médical, conformément à l'article R.1335-1 du Code de santé publique. Il ne peut être conservé qu'à des fins scientifiques ou thérapeutiques, et toujours après consentement écrit de la mère. Les deux seules modalités d'élimination de ces déchets sont l'incinération ou le prétraitement par désinfection, avant d'être traités comme des déchets communs.

Il est donc interdit aux parturientes de récupérer leur placenta après leur accouchement ou de confier le placenta à des organismes non autorisés à le préparer, le conserver et le distribuer sous quelque forme que ce soit. Certaines femmes choisissent de contourner la loi en accouchant à domicile, mais les experts mettent en garde contre les risques liés à l'absence d'assistance médicale en cas de complications.

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