Le biberon, cet objet familier utilisé pour nourrir les nourrissons, a une histoire riche et complexe qui remonte à des milliers d'années. Son évolution reflète les changements dans les pratiques d'allaitement, les progrès techniques et les préoccupations en matière d'hygiène. Cet article explore l'histoire du biberon, de ses origines obscures à son utilisation moderne, en mettant en lumière les différentes formes qu'il a prises et les facteurs qui ont influencé son développement.
Les origines antiques du biberon
L'utilisation du biberon remonte à la Préhistoire. Des découvertes archéologiques ont mis au jour des porcelaines en céramique datant du Néolithique (soit 5 000 ans avant notre ère) qui pourraient avoir servi de biberons. Bien que l'allaitement maternel ait été la méthode d'alimentation prédominante à travers l'histoire, le biberon était utilisé lorsque la mère était absente, décédée, trop malade ou lors de périodes précises, comme le sevrage.
Un papyrus égyptien datant du 15e siècle avant Jésus-Christ mentionne déjà la recommandation d'une « boisson faite de lait de vache et de grains de blés bouillis ». Des débats entre historiens existent sur les modèles qui datent de l’Antiquité. C’est vrai qu’ils ressemblent à s’y méprendre à des lampes à huile, avec leur anse et leur petite taille (ils tiennent dans la paume de la main). Mais des analyses biologiques ont révélé des traces d’acides gras saturés dans ces récipients (souvent en terre cuite) qu’on ne trouve que dans le lait humain ou animal.
Les « biberons » romains, désignés par les termes latins guttus, ubuppa ou titina, ressemblent à des vases à fond plat avec une panse globulaire, un col assez large et un bec tubulaire. Lors de leur découverte, leur fonction a beaucoup fait hésiter : lampe à huile, pipette, ou encore autre chose peut-être ? Nadine Rouquet, spécialiste en céramique, en arrivant en 1996 au service archéologique de Bourges, découvre un riche inventaire de ces « biberons » collectés au cours de campagnes de fouilles menées dans les années 1970. Elle émet des doutes sur l’usage réel de ces « biberons ». Elle fait une hypothèse : il s’agirait en réalité de tire-lait ! En 2000 elle présente son idée : la mère aspirerait elle-même son propre lait.
Ces petites cruches à bec tubulaire, qu’elles soient en céramique ou en verre, sont régulièrement mises au jour sur des sites archéologiques, aussi bien en contexte domestique que funéraire. Cependant, leur découverte dans des tombes d’enfant reste rare, ce qui a souvent faussé l’interprétation qu’on en faisait. Ainsi, la littérature archéologique leur attribue de nombreuses fonctions. Les exemplaires en céramique sont qualifiés tour à tour de vases votifs, de pipette, de barolet à barbotine, de lampe à huile ou de tirelire.
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Le Moyen Âge : La corne et la chevrette
Au Moyen Âge, on trouve dans plusieurs tableaux, notamment de Breughel, et gravures de scènes médiévales, des représentations d’enfants avec ce qui peut être vu comme un biberon. Et qui n’était finalement rien d’autre qu’une corne d’animal évidée ! La corne, une fois nettoyée, était percée et recouvert d’un pis de vache ou d’un tissu enroulé.
La « Chevrette » est un petit vase avec un goulot tubulaire. Elle fut utilisée au Moyen-Age pour les enfants assez âgés pour tenir et téter par eux-mêmes ce biberon qui pouvait être en terre cuite, en bois, en étain ou en verre. A cette époque, c’était essentiellement du lait animal qui était utilisé pour nourrir ces nourrissons. Ces premiers biberons portaient le plus souvent un petit morceau de tissu recouvrant la partie que tétait l’enfant. Ce drapeau évitait ainsi au nourrisson de se blesser.
L'évolution du biberon à l'époque moderne
Les couches plus aisées de la société délaissent peu à peu cette « corne à boire » du Moyen-Age qui évolue vers des objets plus sophistiqués plus proches de nos biberons actuels. Initialement réalisés par des maîtres potiers en étain au XVIIème, l’industrie se les approprie à partir du XIXe siècle. Un prénom et un nom sont gravés en haut de la panse. Ces modèles très fréquents jusqu’à la fin du XIXème siècle avaient l’avantage d’être très solides et peu onéreux.
Si les étains sont facilement identifiables en tant que « biberons », les multiples poteries issues des traditions du MoyenÂge ont parfois une apparence et une utilisation qui ne sont pas aussi évidentes. Il existe en revanche un type de poterie régionale bretonne qui ne laisse aucun doute quant à son utilisation : c’est le « Pod bronnek ». Il semble établi que ces cruches furent employées comme biberons. Des anciennes cartes postales et de nombreux articles de la fin du XIXe et du début du XXe l’évoquent.
C’est à la fin du XVIIe, mais surtout au début du XIXe siècle que le verre se généralise dans le domaine de l’allaitement artificiel. Le verre séduit par ses qualités de transparence et d’inaltérabilité. C’est une révolution, car il se nettoie facilement, ne rouille pas, et limite les risques, à l’époque mortels, d’infections gastro-intestinales.
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L'industrialisation et l'arrivée des marques
Parallèlement à ces flacons de verre soufflé, vont apparaître plusieurs modèles qui auront en commun de porter le nom de leur inventeur. La grande nouveauté de ces biberons est donc de ne plus être anonymes. C’est l’arrivée des marques. Avec la révolution industrielle, au milieu du XIXe, le biberon passe d’un produit artisanal et anonyme à un produit fabriqué en série et à grande échelle. Il a désormais un nom, celui de son inventeur : médecin, sage-femme ou industriel.
À la fin des années 1860, l’entrepreneur dijonnais Édouard Robert met au point son « biberon Robert à soupape ». Il s’agit d’un système composé d’un long tuyau agrémenté d’un second trou dit « soupape » pour la régulation du débit. Ce biberon permettait au bébé de téter seul, d’où son succès extraordinaire. Initialement localisée à Dijon, l’usine Robert est transférée à Paris vers 1880 et fabrique des millions de biberons et de tétines. Le grand danger de l’alimentation au biberon vient bien sûr de l’absence d’hygiène et d’une mauvaise conservation du lait : lait cru et souvent falsifié, ainsi que de l’emploi de biberons en métal rouillé ! Et et… …de l’emploi de ces fameux biberons Robert avec leur long tube impossible à nettoyer de façon correcte ! Commence alors une longue bataille contre ces « engins de mort » (appelés « murder bottles », les « bouteilles assassines » par les Anglais). Le modèle de biberon Robert à soupape, déclaré dangereux lors d’un débat au Parlement, finit par être interdit en France en 1910.
Le XXe siècle : Hygiène, stérilisation et plastique
Le biberon tel qu’on le connaît aujourd’hui n’a finalement que peu évolué au cours du 20ème siècle. En 1885, ces contaminations de nouveau-nés par leur alimentation entraînent la mort de 20 et 30 % des nourrissons, et il faut attendre le Congrès international de l’hygiène de 1889 pour voir enfin le corps médical recommander à l’unanimité un lait bouilli.
Au début du XXe siècle, les biberons sont alors tous à tétine mais la forme droite reste encore peu répandue. C’est dans les hôpitaux que des médecins, soucieux d’apporter des réponses à la mortalité infantile, vont faire des essais de mise au point de nouveaux modèles, plus hygiéniques, et d’amélioration de la qualité des préparations infantiles. La pasteurisation ou la stérilisation par la chaleur, appliquée dès 1888, permet de détruire tous les germes. C’est à partir de cette date que le taux de mortalité infantile commence à chuter de manière significative.
Après la Seconde Guerre mondiale, les bagues à vis pour fixer les tétines en caoutchouc font leur apparition. Puis, dans les années 60, c’est l’arrivée des biberons en plastique, et progressivement de matériaux sans Bisphénol A et des tétines en silicone.
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