L'histoire de Bernard Giberstein est celle d'un homme dont le nom est indissociable d'une marque emblématique : DIM. Pourtant, derrière le succès industriel et la notoriété de la marque, se cache un parcours personnel marqué par les épreuves de la guerre et les silences d'une génération. Ce récit explore la vie de Bernard Giberstein, de ses origines polonaises à la création de DIM, en passant par son engagement dans la Résistance et les traumatismes de la Shoah.

Un jeune homme en exil

Bernard Giberstein est né en 1916 à Varsovie, en Pologne. Confronté aux restrictions imposées aux étudiants juifs, il quitte son pays natal pour la Belgique, où il entreprend des études d'ingénieur agronome. Cette séparation d'avec sa famille, perçue initialement comme temporaire, sera bouleversée par le cours de l'Histoire.

En 1939, alors qu'il se prépare à repasser ses examens, l'invasion de la Pologne le pousse à s'engager dans l'armée polonaise en exil. Après la capitulation de la France, son bataillon se réfugie en Suisse, où il est interné dans un camp. Déterminé à poursuivre le combat, Bernard s'évade et retourne en France, où il rejoint la Résistance. Il participe à des opérations périlleuses, notamment en aidant des familles juives à passer en Suisse, bravant ainsi les dangers de l'occupation nazie.

Reconstruire après la guerre : l'aventure DIM

Après la guerre, Bernard Giberstein est confronté à la difficile tâche de se reconstruire. Touché par l'histoire de sa future femme, Sarah, sauvée in extremis de la déportation grâce à l'intervention du docteur Abraham Drucker, le père de Michel Drucker, il cherche un moyen de donner un nouveau sens à sa vie.

La découverte du nylon, un matériau révolutionnaire apparu aux États-Unis, lui inspire une idée novatrice : créer des bas "chics et pas chers" pour les femmes françaises. C'est ainsi que naît la marque "Bas Dimanche", symbole du jour où les femmes prennent soin de leur apparence.

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L'ascension de DIM : innovation et audace

Bernard Giberstein se révèle être un patron audacieux, innovant et visionnaire. Il installe d'abord son entreprise à Troyes, mais face à l'antisémitisme de certains concurrents, il décide de déménager en Saône-et-Loire, à Autun, une région alors en crise. Là, il se lance dans la fabrication de bas sans couture, une innovation qui répond aux besoins d'une société française en plein baby-boom.

DIM connaît un succès fulgurant, porté par la qualité de ses produits, son prix abordable et une communicationPublicité créative et novatrice. Les clips de "Dim, dam, dom" marquent les esprits et contribuent à faire de la marque un symbole de la libération des femmes et de la modernité.

En 1953, Bernard Giberstein, ingénieur agronome et ancien résistant, fonde l’entreprise Begy et importe des USA les premiers métiers à tisser circulaires. DIM commercialise alors des collants « Tel quels », tout froissés et en boule, pas mis en forme et vendus dans de petites boîtes en carton, 10 pour 10 Francs.

Le silence et les blessures du passé

Malgré son succès professionnel, Bernard Giberstein reste profondément marqué par les traumatismes de la guerre et la perte de sa famille pendant la Shoah. Il garde le silence sur son passé douloureux, même avec ses enfants, Daniel et Michel. Ce silence, caractéristique de la génération des survivants, pèse lourdement sur ses descendants, coupés de leurs racines et de l'histoire de leur famille.

Le 26 juin 2024, les téléspectateurs de LCP vont pouvoir découvrir le documentaire Dim Story - Le silence des tableaux. Un documentaire dans lequel Michel Drucker et Daniel Giberstein reviennent sur la vie menée par le père de ce dernier : Bernard Giberstein."C’est l'histoire d'une formidable réussite, celle d'un juif d'origine polonaise, combattant de la Seconde Guerre Mondiale dans les rangs de l'armée française, résistant et fondateur à la libération d'une entreprise qui deviendra, à l'aube des années 70, le leader mondial du collant. Ce projet est également l’occasion pour Daniel, le fils, de tenir la promesse faite à sa mère qui, en septembre 1943, "a échappé aux camps de la mort grâce au docteur Abraham Drucker, qui n'est autre que le père de Michel Drucker". En effet, le père du journaliste de 81 ans a eu un rôle très important lors de la Seconde Guerre Mondiale et a notamment sauvé, au cours de la guerre, Sarah, la mère de Daniel Giberstein.

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Une fin tragique et un héritage complexe

En 1976, à l'âge de 59 ans, Bernard Giberstein met fin à ses jours. Son suicide, malgré une vie remplie de succès, témoigne de la profondeur de ses blessures intérieures et de la difficulté à surmonter les traumatismes du passé.

Son fils, Daniel Giberstein, entreprend un long travail de recherche pour reconstituer l'histoire de son père et briser le silence qui entoure sa vie. Il réalise un documentaire émouvant, "Dim Story - Le silence des tableaux", dans lequel il explore le passé de Bernard Giberstein, son engagement dans la Résistance, son rôle dans la création de DIM et les raisons de son geste désespéré.

Daniel Giberstein confie : « Mon père avait l’humilité de ceux qui ne cherchent pas à faire valoir ce qu’ils font. La notoriété ne l’intéressait pas. »

Le documentaire révèle un homme complexe, à la fois visionnaire et tourmenté, dont l'histoire personnelle est intimement liée à celle du XXe siècle. Il met en lumière le destin tragique d'un homme qui a su transformer ses blessures en une réussite industrielle, mais qui n'a jamais réussi à se libérer du poids de son passé.

L'évolution du collant : de l'objet de luxe à l'accessoire de mode

L'histoire de DIM est également celle de l'évolution du collant, un accessoire qui a profondément marqué la mode et la société.

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Les collants ont toujours existé, pour les danseurs et les enfants notamment. Mais la découverte majeure survient aux Etats-Unis avec l’invention du bas nylon en 1940 par Du Pont de Nemours. C’est alors un objet de luxe, la star du marché noir pendant la guerre. Tricoté à plat, il est assemblé à la main en respectant le galbe de la jambe grâce aux diminutions et un joli triangle prolongeant le talon.

Pour moi, commencer à porter des bas a représenté vers mes 14 ans un progrès majeur dans mon statut de jeune fille, comme chausser des souliers à talons. C’est la bonneterie Gérard et Fortier (Gef) sise à Arcis-sur-Aube qui a racheté le brevet à la société Balmoral et créé la marque « Mitoufle ». Je me souviens très bien de l’objet promotionnel qui vantait le nouvel accessoire dans les vitrines : un demi corps de femme en celluloïd coupé au niveau de la taille et chaussé d’un collant miniature.

En 1960, l’invention de la minijupe par Mary Quant constitue un jalon dans la libération des mœurs et des femmes : le collant devient un accessoire incontournable. Autre innovation majeure, l’apparition des bas sans couture. En 1962, le bas sans couture voit le jour grâce à Bernard Giberstein, le fondateur de ce qui deviendra le société Dim.

Aujourd'hui, le collant continue d'évoluer, avec des marques comme Marie Antoilette qui proposent des modèles fantaisie adaptés à la morphologie des femmes, et des entreprises comme CSP qui misent sur la qualité et la résistance de leurs produits, fabriqués en France avec la certification OFG (Origine France Garantie).

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