Pour Henri Bergson, la philosophie n'est pas une discipline académique, mais une force vive capable de transformer et d'intensifier l'existence. Cette conviction guide son œuvre, notamment lorsqu'il aborde la relation entre l'intelligence, la technique et le mysticisme.

L'Esprit de Sacrifice et la Force Morale

En 1916, devant un auditoire madrilène, Bergson évoque la Grande Guerre. Loin de toute glorification belliqueuse, il y décèle l'émergence d'idées morales, un courage simple et tranquille chez ceux qui défendent un idéal de justice et d'humanité. Ce courage n'est pas une résignation stoïque, mais une force morale inébranlable, comparable à celle du savant ou du paysan, une force qui ne s'use pas, contrairement à la force matérielle des Allemands.

Deux Visions Antagoniques du Monde

Bergson identifie deux visions du monde qui s'affrontent. La première considère les sociétés comme des personnes morales ayant des droits inviolables, prônant une coopération entre les nations respectant leur propre personnalité. La seconde privilégie l'individu et justifie l'imposition de l'uniformité par l'État le plus fort. À travers l'opposition entre l'Allemagne et la France, Bergson met en lumière l'incompatibilité entre la mécanique et la mystique.

L'Évolution de la Pensée Bergsonienne

En 1932, Bergson nuance sa position, estimant que l'alliance entre la mécanique et la mystique est essentielle à la survie des sociétés industrielles. Cette conclusion contraste avec L'Évolution créatrice (1907), qui voyait en l'humanité l'aboutissement de l'élan vital, capable de poursuivre l'effort créateur à travers le progrès technique et l'invention de valeurs morales et religieuses.

Les Limites de l'Intelligence et la Nécessité de l'Intuition

Bergson reconnaît que l'intelligence, au service de la science, assure notre maîtrise de la matière, mais seule l'intuition permet de pénétrer le principe de la vie et de renouer avec l'amour divin. L'humanité, entravée par ses besoins, stagne et s'éloigne de ses origines métaphysiques.

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La Mystique comme Régénération de l'Espèce Humaine

Les grands mystiques, en accord avec l'élan de vie, cherchent à prolonger l'action divine et à parachever la création de l'espèce humaine. Bergson envisage deux voies pour cette régénération :

  • L'accroissement des capacités de l'intelligence pour instaurer un système de machines libérant l'activité humaine. Cette méthode, bien que séduisante, présente le risque de voir la mécanique se retourner contre la mystique.
  • La mystique elle-même, capable d'agir directement sur les volontés humaines. Cependant, Bergson constate que l'âge d'or du mysticisme est révolu.

La Technique et la Frénésie du Bien-Être

Bergson souligne que la suprématie de la technique n'est pas un processus aveugle, mais le résultat d'une frénésie de bien-être et de luxe initiée au XVe siècle, qui aggrave la menace d'extermination portée par les guerres modernes.

Le Mysticisme et la Civilisation Industrielle

Bergson établit un lien profond entre le mysticisme occidental et la civilisation industrielle, affirmant que le machinisme aurait dû être l'instrument de l'esprit. Il importe donc de rectifier la trajectoire de la technique, dont le principe n'est pas néfaste, mais dont les applications ont engendré un flot de besoins factices.

Le Corps Agrandi et le Supplément d'Âme

Bergson compare le développement technique à un corps inorganique greffé sur l'espèce humaine, un prolongement de notre corps par l'outil. La révolution industrielle a décuplé la productivité, mais l'âme humaine est restée trop petite pour diriger ce corps démesuré. Ainsi, la mécanique exige une mystique, un supplément d'âme.

La Recherche Psychique comme Point de Départ Philosophique

L'intérêt de Bergson pour la télépathie et les phénomènes psychiques est souvent minimisé. Pourtant, ses recherches sur l'hyperesthésie et la suggestion mentale, menées dès 1886, témoignent d'une curiosité pour la transmission de pensée.

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Matière et Mémoire et la Légitimation de la Recherche Psychique

Bien que Matière et mémoire ne traite pas directement de recherche psychique, plusieurs chercheurs ont souligné sa contribution potentielle à l'étude de la télépathie et de la survie de l'esprit. La théorie bergsonienne des rapports entre l'esprit et le corps légitime la recherche psychique en critiquant la thèse psychophysiologique selon laquelle la perception serait produite par le système nerveux.

L'Engagement Institutionnel de Bergson

Bergson s'engage activement dans la recherche psychique en devenant membre du comité exécutif de l'Institut général psychologique (IGP) en 1900. Sa conférence sur « Le rêve » en 1901 souligne l'importance d'étudier le sommeil profond pour explorer les phénomènes mystérieux relevant de la recherche psychique. De plus, il participe activement aux contrôles expérimentaux du médium Eusapia Palladino.

Les "Fantômes de Vivants" et la Méthode des Sciences Psychiques Qualitatives

En 1913, Bergson est élu président de la Society for Psychical Research (SPR) et prononce un discours intitulé « Fantômes de vivants et recherche psychique », considéré comme un exposé de la méthode des sciences psychiques qualitatives. Il y défend la recherche psychique et souligne son importance pour l'avenir de la science de l'esprit.

Les Liens Clandestins avec les Métapsychistes Français

Sous les apparences officielles, Bergson entretient des liens avec les métapsychistes français, bien qu'il cite plus volontiers leurs homologues anglais. En 1932, il exprime dans Les Deux sources de la morale et de la religion son espoir que la métapsychique puisse transformer l'humanité et élargir sa vision du monde.

La Correspondance Inédite et l'Intérêt Constant pour la Métapsychique

Une correspondance inédite, découverte dans les archives du docteur Hubert Larcher, témoigne de l'intérêt constant de Bergson pour la métapsychique. En 1936, il crédite les travaux sur la télépathie et la médiumnité du mathématicien Jean Labadié.

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Bergson et le Statut des Animaux Non-Humains

L'œuvre de Bergson, notamment L'Évolution créatrice, offre une perspective originale sur le statut des animaux non-humains. Il les utilise comme modèles pour penser l'origine des facultés humaines et pour mettre en valeur nos différences.

L'Animal comme Modèle et Pierre de Touche

Bergson se réfère aux travaux d'éthologistes et d'entomologistes pour étudier le comportement animal. Il utilise l'animal pour révéler à la fois nos origines et un rapport originaire au monde, masqué par l'usage de notre intelligence.

La Conscience Animale et l'Instrument de Liberté

Bergson considère que les animaux non-humains sont conscients, même si cette conscience est d'abord corporelle. Cette conscience, synonyme de mémoire et d'anticipation de l'avenir, éclaire le choix de leur mouvement et constitue un instrument de liberté.

Les Limites de la Conscience Animale

Bergson souligne que la conscience animale est prisonnière de son corps et de l'action, soumise aux limites de son instinct. L'animal est condamné au présent et ne peut mobiliser ses connaissances comme l'être humain.

La Tendance à l'Extériorisation et la Diversité des Consciences

Bergson ne place pas la distinction de l'être humain dans une faculté introspective, mais dans une tendance à l'extériorisation qui se manifeste à travers l'intelligence, le langage, la science et la technique. Il conçoit une diversité de consciences animales, et même d'intelligences, soulignant leur complémentarité.

L'Importance de l'Intuition et de la Créativité Animale

Bergson accorde aux animaux une faculté d'invention que la tradition philosophique leur refusait. Il parle d'un « commencement d'invention » visible à travers certains comportements, notamment la fabrication d'outils.

La Méthode d'Interprétation du Comportement Animal

Bergson invite à une approche critique de l'interprétation du comportement animal, évitant à la fois l'anthropomorphisme excessif et la réduction de l'instinct animal à un assemblage de mécanismes. Il souligne que l'intelligence n'est qu'une émanation de la vie, une des façons de connaître le monde.

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