L'allaitement maternel est un sujet qui suscite de nombreuses interrogations et parfois des pressions chez les jeunes parents. L'idée reçue selon laquelle l'allaitement rendrait les bébés plus intelligents est très répandue. Mais qu'en est-il vraiment ? Cet article fait le point sur les études réalisées sur le lien entre allaitement et développement cognitif, en tenant compte des nuances et des facteurs à considérer.
Les bienfaits reconnus de l'allaitement maternel
Les bienfaits de l'allaitement maternel ne sont plus à démontrer. Le lait maternel fournit la juste quantité de vitamines, sels minéraux, oligoéléments, sucres, graisses et protéines nécessaires au nourrisson pour bien grandir. De plus, sa composition évolue sans cesse pour s’adapter aux besoins de l’enfant qui grandit. Les enfants nourris au sein sont plus protégés contre les maladies infectieuses et chroniques. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande d’allaiter 6 mois de manière exclusive pour une meilleure santé du bébé et de la maman.
Allaitement et capacités cognitives : ce que disent les études
Plusieurs études se sont penchées sur la relation entre l'allaitement et les fonctions cérébrales, notamment en mesurant le QI, mais elles ont montré des résultats contradictoires. Certaines n'ont trouvé aucun lien après avoir examiné les facteurs confondants, tandis que d'autres oui.
Une étude de l'Inserm publiée en 2013 dans le Journal of Pediatrics, a suivi 2.000 enfants et montre que le développement cognitif global des enfants allaités est supérieur, en moyenne, aux autres. C'est-à-dire qu'ils maîtrisent par exemple plus de mots et de profondeur de vocabulaire à 2 ans que les enfants qui n'ont pas été allaités. Les chercheurs remarquent également que plus l'allaitement a été long, meilleurs sont les résultats cognitifs.
Une étude brésilienne publiée en 2015 dans la revue The Lancet, menée sur 3.500 enfants, montre que ceux qui ont été allaités pendant un an ont, une fois arrivés à l'âge de 30 ans, un quotient intellectuel (QI) moyen supérieur de 4 points aux autres, et des revenus supérieurs.
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Un travail britannique a analysé les données de plus de 7 800 nouveau-nés entre 2000 et 2002 puis les a suivis jusqu’à l’âge de 14 ans. Leurs scores de cognition verbale et spatiale ont été relevés à l’âge de 5, 7, 11 et 14 ans. Le résultat de leurs analyses révèle que les enfants qui ont été allaités longuement - c’est-à-dire plus de 12 mois - présentent de meilleurs scores à l’âge de 5 ans, par rapport à ceux jamais allaités. À 14 ans, le fait d’avoir été allaité plus de 6 mois suffit à offrir un meilleur score que les enfants jamais allaités.
Une autre étude au Royaume-Uni, portant sur environ 5.000 enfants nés entre 2000 et 2002, a révélé que les résultats scolaires augmentent et évoluent en fonction du nombre de mois durant lesquels les élèves ont été allaités lorsqu'ils étaient bébés (moins de deux mois, deux à quatre mois, quatre à six mois, six à douze mois ou plus d'un an). Les étudiants qui ont été nourris au sein pendant douze mois ou plus ont raté leur examen d'anglais à 19,2%, contre 41,7% pour ceux qui ne l'ont jamais été.
Cependant, Anne Chantry, chercheuse et enseignante en maïeutique à l’Université Paris-Cité, tempère ces résultats : "Si ces études montrent une association entre l’allaitement et le développement intellectuel, les effets observés sont modestes cliniquement". En effet, 3 ou 4 points de QI en plus, sur un indice qui peut varier entre 60 et 140, reste une petite différence. "Le QI ne mesure qu'une part des compétences cognitives et ne peut pas résumer à lui seul l'intelligence d'un individu. Et même si c’était le cas, un écart de 2 ou 3 points ne suffirait pas à faire une vraie différence dans la vie quotidienne", précise l'experte.
Les facteurs à prendre en compte
Il est essentiel de considérer que de nombreux facteurs peuvent influencer le développement cognitif d'un enfant, et qu'il est difficile d'isoler l'effet de l'allaitement.
La composition du lait maternel
Une théorie derrière les découvertes en faveur d'un lien est que les substances présentes dans le lait maternel, telles que les acides gras polyinsaturés, favorisent le développement neurologique. Le lait maternel contient des acides gras polyinsaturés à longue chaine (plus communément les oméga 3 ou oméga 6) essentiels pour le développement du cortex, des éléments ultra-riches en cellules immunocompétentes, macrophages, lymphocytes, protéines, anticorps, agents prébiotiques… Un cocktail magique pour les bébés qui renforce leur immunité, contribue à leur développement et donc aussi à leur intelligence. "À chaque tétée, la mère donne à son bébé un lait chaud, à température idéale, du lait super digeste parce qu'il est composé de très fines molécules, facilement résorbables par le système digestif des petits, sucré à point, avec un double extra shot d'immunité", résume la chercheuse Anne Chantry.
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L'importance du lien mère-enfant
Au-delà de la composition du lait, il y a tout ce qui se joue au moment de l'allaitement, qui peut fortement contribuer au développement neurologique, au développement cognitif, et à un mieux être des enfants. "Le contact peau à peau, qui engendre une production d'ocytocine, les échanges de regard, de la voix, les stimulations, ça fait des enfants qui sont dans une meilleure sécurité émotionnelle, ce qui permet de bien développer tous les sens, d'aller explorer le monde pour les bébés", explique Anne Chantry.
Le contexte socio-économique
L'un des principaux enjeux méthodologiques concerne les biais liés au contexte socio-économique. "Beaucoup d'études ont montré que le profil des mères qui allaitent est souvent celui des catégories socio-professionnelles plus élevées. Elles ont un niveau d'études plus élevé, sont en meilleure santé et mieux insérées dans le système de soins, ce qui induit donc aussi peut-être en partie les résultats de ces enquêtes", détaille Anne Chantry. Les mères ayant un niveau d’éducation et de revenus plus élevés allaitent plus souvent et plus longtemps. Leurs enfants bénéficient aussi généralement de conditions de vie plus favorables à la réussite scolaire. Reneé Pereyra-Elías, l'auteur principal de l'étude britannique, a tenu à indiquer que celle-ci présentait certaines limites. Il a expliqué que les résultats scolaires étaient sujets à des facteurs importants tels que la situation économique et le niveau d'éducation de la mère.
Les études contredisant un lien direct
Des études, comme celle menée par des chercheurs de l'University College Dublin (Irlande) en collaboration avec l'Université de Montréal (UdeM - Canada), ont suivi environ 8 000 bébés en Irlande pendant 5 ans. Les résultats ont montré que les enfants, allaités par leur mère ou pas, ont tous un Q.I. équivalent à l'âge de 3 et 5 ans. Les chercheurs ont testé leurs aptitudes, leur vocabulaire et leur capacité de résolution de problèmes aux âges de 3 et 5 ans. Ils ont également pris en compte les éventuels troubles du comportement. Seul point notable, les bébés nourris au sein exclusivement ou partiellement pendant plus de 6 mois ont un risque légèrement réduit d'hyperactivité à l'âge de trois ans que ceux qui n'ont jamais été allaités.
Gène FADS2 et allaitement
Une étude publiée dans la revue PNAS a suggéré que l'allaitement maternel pourrait augmenter le quotient intellectuel (QI) de près de 7 points, mais seulement chez les enfants porteurs d'une version particulière d'un gène, dénommé FADS2, impliqué dans le métabolisme des acides gras contenus dans le lait. Cette recherche a été menée auprès de 3 269 enfants blancs, nés pour une partie d'entre eux en 1999 et 2000 en Grande-Bretagne et pour l'autre partie en 1972 et 1973 en Nouvelle-Zélande. Cependant, cette étude a été critiquée pour une "surinterprétation" des résultats et des biais méthodologiques.
Faut-il culpabiliser de ne pas allaiter ?
Non. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise 6 mois d'allaitement exclusif, mais cela ne signifie pas pour autant que les petits Français sont désavantagés. "Les enfants qui ne sont pas allaités ne sont pas condamnés à ne pas développer aussi leur intelligence. Le choix de l'alimentation doit rester un choix des mères. Ce n'est pas la fin du monde si on décide de ne pas allaiter son enfant pour X ou Y raison. Après tout, il ne s'agit que d'alimentation", affirme Anne Chantry. "Le choix d'allaiter ou pas ne doit pas être soumis à des injections sociétales ou médicales et à un discours culpabilisateur", explique la spécialiste. Janine Zee-Cheng, pédiatre aux États-Unis, rappelle à tous les parents que certes, allaiter réduit les risques d'asthme, mais il en va de même pour une non-exposition à la fumée de cigarette, le fait de vivre dans une zone non polluée ou encore d'avoir un bon système de filtration de l'air. Par conséquent, l'important pour les parents est de donner la priorité à la relation avec leur enfant.
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