Introduction
Les berceuses, douces mélodies destinées à apaiser et endormir les enfants, sont présentes dans toutes les cultures du monde. Elles sont un vecteur de transmission de valeurs, d'histoires et d'émotions. Parmi ces chants traditionnels, la berceuse pygmée occupe une place particulière, à la fois par sa richesse musicale et par les enjeux éthiques qu'elle soulève. Cet article explore la signification de la berceuse pygmée, son contexte culturel, ainsi que les controverses liées à son utilisation et à sa diffusion à l'échelle mondiale.
Les Berceuses des Pygmées Aka : Un Entrelacs de Voix et de Traditions
Les Pygmées, peuple autochtone d'Afrique centrale, vivent en harmonie avec la forêt, qui est à la fois leur habitat, leur source de nourriture et leur pharmacie. Leur musique est intimement liée à leur quotidien et à leurs croyances. Comme l’écrit l’ethnomusicologue Simha Arom dans l’Encyclopédie des pygmées Aka : « à entendre chanter un chœur aka, c’est-à-dire l’ensemble d’un campement, on retient l’impression d’un extraordinaire entrelacs de voix et de timbres vocaux où prédomine le procédé du jodel ». Les Aka pratiquent la polyphonie contrapuntique, technique complexe et riche qu’ils apprennent depuis leur petite enfance et qui distingue leur musique de celle de leurs voisins bantous. Ils font également usage du jodel - l’alternance de la voix de tête et de la voix de poitrine - qui constitue également un élément culturel identitaire.
Au sein de cette culture musicale riche et diversifiée, les berceuses occupent une place importante. Elles sont souvent chantées par les sœurs aînées ou les femmes âgées qui s’occupent des enfants, plutôt que par la mère elle-même. Les paroles visent principalement à rassurer l’enfant, à lui assurer du retour de sa mère et à l'inciter à la patience.
L'Histoire d'Afunakwa : Une Berceuse Oubliée
Dans les années 70, l'ethnomusicologue français Hugo Zemp s'est rendu aux îles Salomon, dans le Pacifique, pour enregistrer les musiques traditionnelles de différentes populations, dans le cadre d'une mission encadrée par l'Unesco. Parmi ces enregistrements, figurait une berceuse interprétée par une femme nommée Afunakwa.
En 1992, le groupe français Deep Forest a utilisé un sample de cette berceuse dans sa chanson "Sweet Lullaby", qui a connu un succès mondial. Par la suite, une marque de gel douche a également utilisé la chanson dans ses publicités. Cependant, Afunakwa n'a jamais été informée de l'utilisation de sa berceuse, ni n'a perçu de droits d'auteur.
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Appropriation Culturelle et Vide Juridique
Cette affaire met en lumière la question de l'appropriation culturelle, c'est-à-dire l'utilisation d'éléments culturels d'une communauté par des personnes extérieures à cette communauté, souvent à des fins commerciales, sans reconnaissance ni compensation.
Dans le cas de la berceuse d'Afunakwa, l'absence de droits d'auteur liés aux traditions orales a permis à Deep Forest et à la marque de gel douche d'utiliser la mélodie sans autorisation. Un vide juridique qui a conduit à une injustice envers l'interprète et sa communauté.
La Berceuse "Pygmée" : Une Erreur d'Identification
L'histoire ne s'arrête pas là. Après la popularisation de la mélodie, d'autres artistes, comme le saxophoniste Jan Garbarek, ont utilisé la berceuse et l'ont identifiée comme une chanson pygmée, alors qu'elle provenait des îles Salomon. Cette erreur d'identification témoigne d'une méconnaissance des cultures et des musiques traditionnelles, et contribue à invisibiliser les communautés concernées.
Francis Bebey : Un Pionnier de la Musique Africaine Mondialisée
L'histoire des musiques africaines et de leur diffusion est riche et complexe. Francis Bebey, fils de pasteur camerounais, a été un pionnier de cette musique mondialisée. Travaillant pour l'Unesco, journaliste et romancier, il a exploré les sonorités africaines et les a mélangées à d'autres influences musicales.
Son œuvre, à la fois satirique et poétique, témoigne d'une volonté de faire connaître la richesse de la culture africaine. Il a notamment utilisé des instruments traditionnels, comme la sanza, et s'est intéressé aux polyphonies pygmées.
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La Musique Africaine dans l'Anthologie Negro : Diversité et Reconnaissance
L'anthologie Negro, publiée en 1934, a joué un rôle important dans la reconnaissance de la diversité des musiques africaines et afro-américaines. Elle met en lumière des genres musicaux variés, tels que le jazz, le blues, les negro spirituals, mais aussi les musiques savantes composées par des musiciens noirs.
L'anthologie témoigne d'une volonté de sortir le musicien noir de la "cage dorée du jazz" et de reconnaître la richesse de son héritage culturel.
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