Chanter des berceuses à son bébé dès la naissance, et même avant, est grandement bénéfique à son développement. Une berceuse est bien plus qu’une simple chansonnette qui endort les enfants; il s’agit d’un héritage culturel qui existe dans le monde entier. Cet article explore les pouvoirs des berceuses, leurs origines, et propose quelques exemples pour bercer votre enfant.
Qu'est-ce qu'une Berceuse ?
Les berceuses sont des chansons destinées à l’endormissement des enfants. Il peut s’agir de comptines, de musique classique, ou encore de variété ou musique populaire. Ces chansons douces, bien que paraissant anodines, détiennent en vérité de nombreux pouvoirs.
Les Bienfaits des Berceuses
Chanter dès le plus jeune âge d’un enfant, et même lorsqu’il est encore dans le ventre de sa mère, permet de créer un lien affectif entre l’enfant et ses parents, tout en l’habituant aux sons de sa langue maternelle. Racontant de belles histoires, les berceuses permettent aussi d’apprendre du vocabulaire dans les premières années d’un enfant.
Une étude américaine le confirme : les berceuses permettent de diminuer la fréquence cardiaque et le rythme de la respiration du nouveau-né. En revanche, les chansons passées sur CD ou sur tout autre support sont beaucoup moins efficaces, tout comme les chansons plus modernes. Avec leur rythme lent, plus lent que la fréquence cardiaque d’un enfant, leurs mélodies répétitives et leurs paroles simples, les berceuses traditionnelles sont celles qui favorisent le plus l’endormissement.
Les berceuses ont de nombreux bienfaits pour les enfants : elles les aident à s’endormir, facilitent leurs apprentissages et mettent beaucoup de bonne humeur dans le quotidien.
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Exemples de Berceuses Célèbres
Les berceuses pour dormir sont nombreuses et variées. Voici quelques-unes des plus célèbres :
Au Clair de la Lune
Ah ! Cette chansonnette très célèbre est l’une des comptines les plus chantées par les enfants. Son origine reste inconnue aujourd’hui mais elle remonterait au 18e siècle. Cette dernière a été enregistrée en 1860 par Édouard-Léon Scott de Martinville, ce qui en fait le plus ancien enregistrement sonore connu ! Elle reprend de grands personnages de la commedia dell’arte, notamment Pierrot, et Arlequin qui est présent dans les couplets les moins connus de la berceuse. « Au clair de la lune / Mon ami Pierrot / Prête-moi ta plume / Pour écrire un mot.
Même si vous ne connaissez que le premier couplet, il vous suffira de le répéter et de réduire la cadence. Le texte est tellement attendrissant qu’il calme rapidement votre petit bout. Les doubles-entendre ou sens cachés ne sont pas anodins dans les comptines et le plus connu est certainement celui d’Au clair de la lune.
Fais Dodo, Colas Mon P’tit Frère
Cette berceuse très populaire en France et dans les pays francophones a des origines anciennes mais difficiles à identifier. Pourtant, la chanson a endormi de nombreux enfants de toutes générations ! « Fais dodo Colas mon p’tit frère, / Fais dodo t’auras du lolo ; / Maman est en haut qui fait du gâteau, / Papa est en bas qui fait du chocolat ».
Le meilleur pour la fin : la chanson Fais dodo Colas mon petit frère a transcendé les époques. C’est la berceuse fredonnée par les grands frères et sœurs au tout petit bébé de la famille. C’est en effet la seule chanson pour s’endormir qui promet au petit dormeur que s’il cède à l’appel du sommeil, il « aura du lolo ».
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Ah! Vous dirai-je, maman
Ah ! Cette berceuse est l’une des plus célèbres dans le monde. Comme beaucoup de berceuses, son origine est incertaine mais sa mélodie date certainement du 18e siècle ; quant aux paroles enfantines elles remontent possiblement au 19e, lorsque l’école primaire devint obligatoire. Mozart a tant popularisé la mélodie, qu’elle lui est souvent attribué, à tort. Avec sa mélodie simple et répétitive, les enfants apprécient cette berceuses. « Ah ! vous dirai-je, maman, / Ce qui cause mon tourment. / Papa veut que je raisonne, / Comme une grande personne.
Cette comptine a plusieurs déclinaisons, dont celle de l’alphabet ou encore « twinkle twinkle little star » pour les petits anglophones. Choisissez ce qui vous vient à l’esprit ou inventez même un texte qui sonne bien avec la mélodie. L’important, c’est de bercer votre enfant avec une belle succession de sons harmonieux.
Frère Jacques
Cette comptine française du 18e siècle est si célèbre qu’elle fut traduite dans de nombreuses langues, longtemps d’un compositeur inconnu, il semblerait qu’on la doive à Jean-Philippe Rameau. Elle peut aussi bien endormir vos jeunes enfants que leur apprendre à parler. En participant aux « Ding, Ding, Dong » cette chansonnette permet de renforcer le lien affectif des parents et de l’enfant. « Frère Jacques, / Dormez-vous ? / Sonnez les matines !
Une Souris Verte
Une souris verte est certainement la plus connue des comptines ! Apprise dès le plus jeune âge, elle peut aussi être utilisée comme berceuses avant l’entrée à l’école. En maternelle, les enfants apprennent cette chanson qui leur permet de travailler leur motricité et coordination. Cette comptine remonterait au 17e ou 18e siècle, et son origine est toujours incertaine, ce qui rend son interprétation très complexe et pleine d’hypothèses.
Très jeunes, les enfants apprennent cette chanson leur permet de travailler leur motricité et coordination, et est ainsi toujours autant appréciée des instituteurs et institutrices !
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Dodo, l'enfant do
Souvent considérée comme la plus courte des berceuses, avec seulement quatre phrases, cette berceuse est aussi certainement l’une des plus célèbre. Datant de 1758, on l’a doit à un violoniste du roi Leclerc qui créa la mélodie afin de créer une contredanse. Immédiatement, celle-ci fut reprise par les nourrices et mamans. Cette berceuse est l’une des plus célèbre en France et au Québec. Son origine n’est pas certaine, mais remonterait au 15e siècle, en s’inspirant d’un poème de cette même époque. La comptine est d’ailleurs écrite comme un poème, avec des verres, des rimes et une structure en hexasyllabes.
Berceuse de Brahms
La berceuse la plus célèbre à l’internationale est bien celle-ci. On la doit à Johannes Brahms, compositeur allemand qui l’a publiée en 1868. Cette berceuse est tant connue, qu’elle est régulièrement utilisée par des entreprises de jouets, ou encore dans la culture populaire ; Céline Dion a également chanté sur cette mélodie !
Twinkle, Twinkle, Little Star
Pour finir, cette berceuse, plus connue sous son nom anglais Twinkle, Twinkle, Little Star est la plus populaire des berceuses et comptines anglophones. Les paroles sont tirées du poème The Star de Jane Taylor, publié en 1806 ; et vous avez certainement reconnue la mélodie ! C’est en effet celle de la berceuse « Ah ! Vous dirai-je, maman ». « Twinkle, twinkle, little star, / How I wonder what you are! / Up above the world so high, / Like a diamond in the sky. / Twinkle, twinkle, little star, / How I wonder what you are! »« Brille, brille, petite étoile / Comme j’aimerais savoir ce que tu es !
Autres Comptines Utilisées comme Berceuses
- Il était une bergère: Par temps frais, venteux ou pluvieux, « il était une bergère » est la chanson qui réchauffe l’atmosphère et tempère l’ambiance. Cette comptine pour enfant décrit les aventures d’une bergère et de ses moutons. Elle est faite d’un texte aux syllabes répétitives, parfait pour endormir votre bébé.
- Bateau sur l’eau: Parmi les meilleures comptines pour enfant, « bateau sur l’eau » ne rate jamais sa cible, surtout quand elle est jouée ou chantée doucement. Elle nous fait imaginer de douces vagues qui nous transportent au large, dans la contrée lointaine des beaux rêves.
- Meunier, tu dors: Meunier tu dors serait issue d’une chanson de Léon Raiter, un compositeur et éditeur de musique français d’origine roumaine mort en 1978, et de Fernand Pothier. Mais encore aujourd’hui, il y a peu d’informations à ce sujet.
Berceuses en Latin : Un Regard sur le Quattrocento
Il sera question dans ces pages de berceuses en latin écrites durant le Quattrocento italien. Au Quattrocento, le latin était une langue parlée, dans les écoles et les universités, les académies savantes, les milieux ecclésiastiques et pontificaux - mais pas dans les foyers, pas par les mères, pas par les nourrices ni auprès des berceaux. Dans l’Antiquité, des femmes ont certainement chanté des berceuses en latin à des nourrissons - mais de ces berceuses latines antiques, aucun exemple ne nous est parvenu. Au Quattrocento, les femmes chantaient assurément des berceuses dans les dialectes italiens - mais si de nombreux recueils de berceuses traditionnelles italiennes sont rassemblés dès le 19e siècle, rares sont les textes que nous pouvons faire remonter avec certitude aussi loin dans le temps.
Elles sont dues à un humaniste, Giovanni Pontano (Cerreto di Spoleto 1429 - Naples 1503), actif à Naples à la cour des Aragonais, membre et bientôt directeur de l’Académie napolitaine renommée en son nom « Accademia Pontaniana ». Pontano a laissé une œuvre immense, exclusivement en latin, couvrant de nombreux genres et de nombreux sujets, en prose comme en vers. Le latin pratiqué par Pontano, toujours profondément classique, se révèle aussi, dans de nombreux textes, remarquablement vivant et expressif, Pontano cherchant à la fois à retrouver le latin couramment parlé dans l’Antiquité, et à le rendre apte à refléter la vivacité des échanges vernaculaires quotidiens de son propre temps (dans un milieu lui-même marqué par le plurilinguisme, entre variété des vulgaires italiques, influences espagnoles et françaises).
Les berceuses de Pontano sont incluses dans un recueil de poèmes De amore coniugali (au livre II, poèmes 8 à 19), recueil qui, de façon assez originale pour son temps, chante son amour pour sa femme légitime ainsi que sa vie de famille. Au fil des douze berceuses (qui comptent en moyenne une quinzaine de vers - 8 pour la plus courte, 22 pour les plus longues), nous faisons connaissance avec tout le petit monde qui peuple alors le logis des Pontano : les deux parents (Pontano et son épouse Adriana Sassone) ; les trois filles aînées (Aurelia, Eugenia et Lucia Marzia) ; la nourrice à domicile, Lisa ; le bébé, Lucio ; et même deux chiens. Les berceuses encouragent l’enfant à dormir, mais aussi à bien prendre le sein, ou les deux à la fois.
Un certain nombre de caractéristiques distinguent ces compositions des berceuses populaires traditionnelles : le genre de leur auteur (un homme), leur langue (le latin, langue savante), leur caractère littéraire, et enfin, dans une certaine mesure, leur contenu même. Marco Santagata (2007 : 126) a souligné qu’il s’agit de berceuses personnalisées et contextualisées, qui parlent à l’enfant de sa propre vie, ce qui en soi est relativement rare.
Les berceuses populaires italiennes contiennent certes, comme les Naeniae, des appels au sommeil et des marques d’affection à l’enfant ; mais elles présentent aussi toute une série d’éléments totalement absents des berceuses de Pontano : des successions d’images oniriques, des suites de propos apparemment sans queue ni tête, des évocations de circonstances dramatiques (famine, guerre, violence), des expressions de nostalgie, de fatigue ou de dépit de la mère (avec une possible agressivité à l’encontre de son époux, voire de l’enfant lui-même)… En comparaison, les Naeniae apparaissent comme des berceuses à l’ambiance très positive et au discours très rationnel. Elles mettent en œuvre une série de moyens de persuasion ordonnés aux objectifs poursuivis (convaincre l’enfant de dormir et de manger), d’une manière conforme aux règles de la rhétorique classique (par le recours à des arguments, à des effets de style, l’appel aux émotions, l’adaptation du propos au public…).
Certaines berceuses, très répétitives, présentent un caractère de mélopée incantatoire (c’est alors le jeu formel sur les rythmes et les sons qui est au centre du travail poétique), d’autres au contraire proposent des arguments tirés du quotidien, des taquineries, des jeux de rôle… Elles présentent alors un caractère presque théâtral, constituant autant de saynètes amusantes de la vie domestique, et de la vie du petit Lucio en particulier.
La Berceuse : Un Objet Littéraire
Avec ses berceuses poétiques latines, Pontano crée un genre, qui n’a pas d’antécédent antique conservé, et aura aussi très peu de postérité. Le titre choisi, Naeniae, est original en ce qu’il ne répond pas aux usages poétiques latins, mais plutôt aux suggestions du vernaculaire italien. En latin en effet, la ‘naenia’ (ou ‘nenia’) est le plus souvent un poème de deuil.
Le cadre métrique adopté par Pontano est celui du distique élégiaque, qui impose un rythme que les anciens qualifiaient tantôt de caressant (‘blandus’), tantôt de plaintif, et qui servait à toutes sortes d’usages mais tout particulièrement à la poésie d’amour et à la poésie de deuil.
En latin, les diminutifs se construisent par ajout du suffixe ‘-ulus’ (et ses variantes : ‘-iculus’, ‘-ellus’, ‘-illus’, ‘-olus’). Des poètes antiques comme Plaute et Catulle en avaient donné de nombreux exemples. Pontano reprend des diminutifs attestés dans l’Antiquité, et en invente d’autres sur le même modèle ; il utilise parfois plusieurs diminutifs alternatifs pour le même mot. Les répétitions quant à elles jouent sur tous les niveaux de découpage du discours : les berceuses sont riches en répétitions de sons, de syllabes, de mots, de syntagmes, d’hémistiches et même de vers entiers.
Le latin pratiqué par Pontano dans ce cycle a pu être décrit comme une langue intemporelle, sans détermination historique. Mais au-delà de son apparente simplicité enfantine, le texte des berceuses recèle également de nombreux passages parallèles, c’est-à-dire des expressions, syntagmes, hémistiches ou vers entiers empruntés, avec des modifications plus ou moins importantes, aux poètes de l’Antiquité classique. La présence d’un intertexte classique est un phénomène récurrent dans la poésie néo-latine, phénomène qui peut relever de différents processus (imitation consciente ou inconsciente, avec volonté ou non d’une reconnaissance de la source par le lecteur, et activation ou non du contexte de la source).
Que les berceuses aient été lues par des lecteurs latinistes adultes, l’histoire de la diffusion du texte ne laisse aucun doute à ce propos. Salvatore Monti (2010) a démontré que les berceuses latines ont très tôt quitté le petit cercle familial de Pontano pour être diffusées, sous forme manuscrite, dans les cercles plus larges de ses amis lettrés.
Berceuses et Oralité : Ce Qui Se Perd dans l'Écrit
La berceuse appartient à ce qu’on appelle de façon un peu condescendante les petits genres de la littérature orale. Musique chantée, chansonnette, elle est associée à une action précise, le bercement. Chant de l’attente, elle est attente d’un sommeil qui tarde à venir parfois et que l’adulte qui chante s’efforce d’apprivoiser. Son rythme régulier est souvent construit sur deux notes alternatives qui reproduisent les oscillations du berceau et qui sont supposées favoriser l’endormissement. Ce genre nous est transmis aujourd’hui en partie de bouche à oreille (souvent dans des versions très fragmentaires) et en partie sous forme écrite.
Quand la berceuse devient texte, la mémoire incorporée et sélective laisse place à une mémoire artificielle au pouvoir de stockage infini. Rousseau, dans le cinquième chapitre de son Essai sur l’origine des langues (1781), dit à propos de l’écriture qu’« elle substitue l’exactitude à l’expression » (1993 [1781] : 73). Il ajoute quelques lignes plus bas qu’« il n’est pas possible qu’une langue qu’on écrit garde longtemps la vivacité de celle qui n’est que parlée » (73). Et c’est bien ce passage de l’esthésique à l’esthétique que l’on retrouve dans nos berceuses quand, de paroles chantées, elles deviennent texte écrit. Ce qui se perd, c’est tout un monde de sensations au profit de l’esthétisation plus ou moins grande d’un répertoire patrimonial à conserver et à transmettre.
L’événement de parole chaque fois unique qu’est le chant de la berceuse repose sur la co-présence, la proximité, le corps à corps. Qu’il se trouve dans son berceau, qu’il soit enveloppé dans des bras protecteurs, l’enfant reconnaît l’inflexion d’une voix, ressent la chaleur, le souffle de la personne qui le berce. Le rythme du balancement, le rythme des pulsations cardiaques lui rappellent (peut-être) le rythme bienfaisant du temps où il vivait dans le ventre maternel. La répétition de sons ou de mots berceurs plus ou moins monosyllabiques (do, do) qui imite le va-et-vient du bercement scande la chanson.
En effet, pour remplir sa fonction, la berceuse peut se passer de mots - elle peut être une sorte de murmure fredonné sur un rythme particulier. Elle ne peut pas se passer du corps et du geste.
Berceuse : Un Micro-Rituel Domestique
Il n’en demeure pas moins que la chanson/diction du bercement est bien un micro-rituel domestique. Celui ou celle qui berce (la mère souvent, le père ou tout autre personne qui s’occupe de l’enfant) tient le rôle de passeur. Il s’agit d’aider au passage de la présence à la séparation des corps. Et le sommeil, c’est l’expérience de la séparation originelle toujours renouvelée d’avec la mère.
Pour glisser dans l’endormissement, il faut s’abandonner : apprivoiser le noir, le silencieux, le solitaire, l’immobile, le hors-temps. La berceuse, parce qu’elle est paroles chantées et fredonnements, rapprochement de deux corps, balancement régulier, rassure et assure la transition. Quand, dans les bras, l’enfant ferme les yeux, le chant devient murmure et l’adulte dépose délicatement dans le berceau le petit dormeur ou la petite dormeuse. Ce geste de détachement ne doit pas être fait trop tôt. Le passage doit être accompli (ou presque) sinon tout est à recommencer.
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