Les berceuses, ces chants doux et apaisants, sont un élément essentiel pour endormir les bébés et créer une atmosphère de tranquillité. Elles sont bien plus que de simples chansons pour endormir bébé ; elles sont le reflet de l'histoire, de la culture et des émotions humaines, et elles continuent de jouer un rôle crucial dans le développement émotionnel et social des enfants. Depuis des millénaires, chaque culture a développé ses propres mélodies et traditions pour bercer les enfants.

Origines Historiques des Berceuses

Les premières berceuses remontent à l'Antiquité. Les anciens Égyptiens, par exemple, utilisaient des mélodies simples pour calmer et endormir bébé. Ces chants, souvent porteurs de significations religieuses et culturelles, servaient à apaiser l’enfant tout en invoquant des protections divines.

Au fil des siècles, les berceuses ont évolué pour s'adapter aux changements sociaux et culturels. Pendant le Moyen Âge, les berceuses étaient souvent teintées de superstition, avec des paroles destinées à éloigner les forces malveillantes. À la Renaissance, elles sont devenues plus sophistiquées, intégrant des éléments de poésie et de musique classique.

Aujourd'hui, les berceuses représentent un mélange harmonieux de traditions anciennes et d'influences contemporaines. Elles sont chantées dans diverses langues et dialectes, tout en étant adaptées aux préférences musicales modernes. Avec l'avènement des technologies numériques, les enregistrements audio et les applications dédiées à la musique pour bébé ont révolutionné la manière dont les parents bercent leurs enfants.

L'Universalité des Berceuses : Une Étude Révélatrice

On dit de la musique qu’elle est un langage universel. Des chercheurs américains ont mis en évidence que l’affirmation ne relevait pas du simple poncif mais bien d’une réalité, du moins pour les mélodies destinées aux plus jeunes d’entre nous. Ils ont comparé les vertus apaisantes de berceuses issues de divers pays du monde sur des bébés bostoniens et ont découvert qu’elles produisaient le même effet calmant, quelles que soient leur langue ou l’identité de celui qui les chante.

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L’étude, menée par le Music Lab de l’université Harvard a été conduite sur 144 garçons et filles âgés de 2 à 14 mois. Les scientifiques ont fait écouter aux bambins des morceaux chantés a capella par des petites figurines animées sur ordinateur. Les airs étaient tirés d’un répertoire de 16 mélodies issues de diverses cultures et mêlant différents genres : berceuses, chansons d’amour, chants de guérison et airs invitant à la danse.

Les chercheurs ont ensuite déterminé le degré de relaxation des enfants en s’appuyant sur divers paramètres : mesure des pupilles, rythme cardiaque, activité électrodermale…Conclusion : l’écoute des berceuses provoquaient les signes de détente les plus marqués, avec une baisse du rythme cardiaque, un rétrécissement des pupilles et une atténuation de l’activité électrodermale, qui s’élève en cas d’excitation. Des vertus calmantes identiques que la berceuse soit chantée en cherokee, en gaélique écossais, en inuktitut, l’une des principales langues inuites, ou en same, la langue des éleveurs de rennes lapons.

Une des explications possibles pourrait tenir aux traits acoustiques des berceuses (douceur des sons et moindre complexité rythmique et mélodique que d’autres chansons), qui font leur universalité : chaque culture aurait intuitivement usé de caractéristiques sonores propres à calmer efficacement les enfants. Les berceuses auraient ainsi été façonnées par l’évolution à travers le temps, convergeant d’une culture à l’autre vers des traits communs propres à tranquilliser les bébés quelle que soit leur origine.

Outre les qualités musicales intrinsèques des berceuses, les chercheurs avancent une autre hypothèse pour expliquer leur attrait et leur efficacité. Elles pourraient être interprétées par les tout-petits comme le signal qu’un adulte est là pour s’occuper d’eux et les protéger, et produire ainsi chez eux un réconfort inné. Les scientifiques étudient ce que les enfants en bas âge pourraient déduire socialement des individus qui chantent les berceuses, suspectant qu'ils comprennent que celui ou celle qui les fredonne prendra soin d’eux. Au-delà de cette interrogation, d’autres questions doivent être approfondies, comme les caractéristiques sonores spécifiques des berceuses et l’utilité de la musique dans la relation parent-enfant en général. Ces recherches pourraient ouvrir de nouvelles voies dans le domaine des thérapies musicales, car être parent est une tâche ardue, et en apprendre plus sur la façon dont la musique peut contribuer à influer sur l’humeur des jeunes enfants (et en retour sur celle de leurs parents) pourrait être utile en la matière.

Bienfaits des Berceuses pour le Développement de l'Enfant

Si ces chansons douces peuvent paraître anodines, elles tiennent en vérité de nombreux pouvoirs. Chanter des berceuses à son bébé dès la naissance, et même avant, est grandement bénéfique à son développement, car cela permet de créer un lien affectif entre l’enfant et ses parents, tout en l’habituant aux sons de sa langue maternelle. Racontant de belles histoires, les berceuses permettent aussi d’apprendre du vocabulaire dans les premières années d’un enfant.

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Création de liens affectifs

L’un des principaux bienfaits des berceuses est la création d’un lien affectif fort entre le parent et l’enfant. La voix douce et mélodieuse du parent apaise le bébé et lui procure un sentiment de sécurité et de bien-être. Ce lien émotionnel est essentiel pour le développement psychologique de l’enfant.

Développement du langage

Les berceuses contribuent également au développement du langage chez l’enfant. En écoutant les paroles des chansons, le bébé se familiarise avec les sons, les rythmes et les structures de la langue. Cela facilite l’apprentissage du vocabulaire et la compréhension des phrases.

Stimulation cognitive

Les mélodies et les rythmes des berceuses stimulent l’activité cérébrale de l’enfant. Cela favorise le développement de ses capacités cognitives, telles que la mémoire, l’attention et la concentration.

Apaisement et relaxation

Les berceuses ont un effet apaisant et relaxant sur les bébés. Elles aident à réduire le stress et l’anxiété, et favorisent l’endormissement. C’est pourquoi elles sont souvent utilisées comme un outil pour calmer les enfants agités ou difficiles.

La Musique in Utero : Une Influence Précoce

Faire écouter de la musique à son bébé pendant la grossesse est une bonne idée. Elle peut lui être bénéfique pour son développement in utéro.

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L’image d'un bébé in utéro, les yeux fermés, blotti dans la pénombre de sa coquille sécurisante, qui chante en faisant les mouvements de bouche et de la langue comme s’il faisait des vocalises en entendant le premier mouvement de La petite musique de nuit de Mozart, est révélatrice. A l'origine de cette séquence filmée, une étude de 2014 de l’Institut Marques à Barcelone sur l’influence de la musique sur le développement embryonnaire a démontré que c’est la première fois que l’on voit un fœtus réagir à la musique par les mouvements non spécifiques, et la première fois aussi que l’on lui fait écouter de la musique par la voie vaginale (IVM), grâce à un dispositif développé par l'Institut Marques pour les besoins de cette étude, baptisé babyPod . Les recherches précédentes, avec les enceintes posées sur l’abdomen de la maman, n’ont pas provoqué de réaction significative du bébé.

Les chercheurs ont par conséquent mis au point un dispositif intra-vaginal relié à une enceinte externe, une façon de faire entendre au bébé le son tel que nous l'entendons, suffisamment fort, sans distorsions ni déformations. Alors que la diffusion de la musique par la voie abdominale ou du bruit par la voie vaginale n'ont provoqué aucune réaction du fœtus quel que soit son âge de gestation, les chercheurs ont observé des mouvements de la bouche et de la langue chez les fœtus à partir de la 16e semaine de la gestation, dont la fréquence augmentait proportionnellement à l’âge du fœtus. Or il s'agit de mouvements très rares pour un fœtus au repos, très clairement liés à l'audition. Avec cette étude, il a été démontré que la seule manière pour que le fœtus entende la musique telle que nous l’écoutons, c’est en l’émettant depuis le vagin de la mère, car si la musique est émise depuis l’extérieur, à travers l’abdomen, le fœtus ne la perçoit pas de la même façon.

L’oreille interne du fœtus complète sa formation pendant la 16ème semaine de gestation. Cette étude est la première à démontrer que le fœtus commence à entendre les sons au même moment de son développement. Dans l'utérus, le fœtus entend des sons de l’intérieur du corps de sa maman : les battements du cœur, la respiration et les bruits intestinaux. Il perçoit aussi les sons que fait sa mère, lorsqu'elle marche ou qu'elle parle, en plus de percevoir les sons de l'extérieur. Cependant, le fœtus est dans une ambiance plus ou moins insonorisée : les organes maternelles et la paroi abdominale l'isolent des sons. L'intensité sonore qui parvient jusqu'au fœtus est d'environ 30dB, ce qui équivaut au chuchotement. C'est comme si le fœtus était entouré de coussins, ou lorsque l'on entend parler dans la chambre d'à coté, et même si on entend, avec la distorsion, on ne discerne pas bien ce qui est dit. De plus, étant donné que la plupart des sons sont très répétitifs, il s’habitue et ne réagit pas face à ceux-ci. Ils ne l'empêchent pas de dormir. Ainsi, l’ambiance sonore de l’utérus est comme le bruit de fond d’une forêt.

En plaçant un casque sur l'abdomen de la femme enceinte, les chercheurs ont diffusé de la musique d'une intensité moyenne d'environ 100 dB, ce qui correspond au niveau sonore de la sirène d’une ambulance, de la musique dans une discothèque ou le bruit d'un train, mais pendant cette partie de l’étude on n’a pas observé de changements des expressions faciales des fœtus.

Dans la première expérience, les bébés ont écouté l'agréable Partita en la mineur pour flûte BWV 1013 de Bach, et dans les étapes suivantes, les chercheurs ont testé une playlist variée, comprenant tous les genres musicaux, en collaboration avec des musicologues. Selon leurs conclusions, l'esthétique qui l'emporte, c'est la musique classique, avec en tête du palmarès La petite musique de nuit de Mozart, la Partita de Bach, la Sonate pour deux pianos en ré majeur de Mozart K 448 et Pierre et le loup de Prokofiev. Les musiques traditionnelles, telles que les tambours africains ou le cante jondo espagnol, ont également eu des résultats probants. Le genre le moins apprécié par les bébés était la musique pop ou rock, avec comme seules exceptions, Bohemian Rhapsody de Queen et Y.M.C.A de Village People. Il n'est pas connu pourquoi différents types de musique provoquent plus ou moins d'effet sur le fœtus, mais il a été observé plus de 1000 patients, sans savoir si c'est le rythme ou la mélodie qui stimulent davantage le bébé. Il y a des fragments où il y a davantage de réponses, par exemple pour le cante jondo, où il y a eu 100% de réponses, car il s'agit peut être des musiques qui sont le plus écoutées à travers les générations.

La musique incite une réponse de mouvements de vocalisation puisqu’elle active des circuits cérébraux de stimulation du langage et de la communication. Les bébés commencent à vocaliser spontanément en réponse aux sons qu’ils écoutent et commencent à explorer le registre de leur voix. C’est la phase avant la parole. Face aux bruits ou sons dissonants, les circuits des neurones ne s’activent pas. Chanter ou parler à un enfant stimule la parole, stimule les circuits cérébraux impliqués dans la communication. En entendant la musique, le fœtus répond avec des mouvements de vocalisation, un pas préalable à chanter et à parler.

La musique pourrait être un des stimuli déclencheurs de comportements d'attachement auxquels le bébé est programmé, et qui sont essentiels pour sa survie. Ce que cherche le bébé, ce sont des signes d'humanité. On met au monde des bébés très fragiles, qui, même à terme, devraient normalement rester trois mois de plus dans le ventre de la maman. La conséquence de cela, c'est que la prise en charge de ces bébés est essentielle pour la survie de l'espèce humaine. Et comme on n'a pas droit à l'erreur, on a mis au point des stratégies de prise en charge des nouveau-nés qui sont partagées par toutes les cultures, et parmi ces stratégies, la musique joue un rôle prépondérant, ce qui explique la présence des berceuses et des comptines dans toutes les cultures du monde qui ont des caractéristiques communes.

La musique joue un rôle dans la prise en charge émotionnelle du bébé, car il ne s'agit pas simplement de lui donner à manger et à boire, de le protéger des intempéries et des bêtes féroces pour qu'il grandisse, mais il faut que toute son énergie développementale soit investie de façon positive dans son développement. Si le bébé est confronté à des situations de stress, à de l'angoisse, à des situations qu'il ne peut pas gérer parce qu'il a un cerveau en construction, tout cela va contrarier le développement du cerveau et du corps de l'enfant. Donc, toutes les stratégies psychologiques qui contribuent à améliorer le développement du bébé ont une valeur adaptative. Et la régulation émotionnelle, c'est fondamental, car pour que le cerveau du bébé se construise bien, il faut que le bébé vive dans un environnement aussi tranquille, paisible que ce soit. Et donc, la musique contribue à la régulation émotionnelle, et c'est sa fonction biologique au sens révolutionnaire du terme.

Exemples de Berceuses Célèbres

Les berceuses pour dormir sont nombreuses, parmi lesquelles on peut citer :

  • "Au Clair de la Lune": Chansonnette très célèbre, l’une des comptines les plus chantées par les enfants. Son origine reste inconnue aujourd’hui mais elle remonterait au 18e siècle. Elle a été enregistrée en 1860 par Édouard-Léon Scott de Martinville, ce qui en fait le plus ancien enregistrement sonore connu.
  • "Ah! Vous dirai-je, maman": Souvent considérée comme la plus courte des berceuses, avec seulement quatre phrases, cette berceuse est aussi certainement l’une des plus célèbres. Datant de 1758, on l’a doit à un violoniste du roi Leclerc qui créa la mélodie afin de créer une contredanse. Immédiatement, celle-ci fut reprise par les nourrices et mamans.
  • "Fais Dodo Colas Mon P’tit Frère": Cette berceuse est l’une des plus célèbres en France et au Québec. Son origine n’est pas certaine, mais remonterait au 15e siècle, en s’inspirant d’un poème de cette même époque.
  • "Berceuse de Brahms": La berceuse la plus célèbre à l’international. On la doit à Johannes Brahms, compositeur allemand qui l’a publiée en 1868.
  • "Frère Jacques": Meunier tu dors serait issue d’une chanson de Léon Raiter, un compositeur et éditeur de musique français d’origine roumaine mort en 1978, et de Fernand Pothier. Cette comptine française du 18e siècle est si célèbre qu’elle fut traduite dans de nombreuses langues.
  • "Une Souris Verte": Une souris verte est certainement la plus connue des comptines. Apprise dès le plus jeune âge, elle peut aussi être utilisée comme berceuses avant l’entrée à l’école.
  • "Twinkle, Twinkle, Little Star": Plus connue sous son nom anglais, c'est la plus populaire des berceuses et comptines anglophones. Les paroles sont tirées du poème The Star de Jane Taylor, publié en 1806, et sa mélodie est celle de la berceuse « Ah ! Vous dirai-je, maman ».

L'Impact de la Musique sur le Cerveau

Berceuse, chant d’amour, rite de guerre ou symphonie… la musique accompagne l’Homme depuis la nuit des temps. Il faut pourtant attendre le début des années 1990, avec l’avènement de l’imagerie cérébrale, pour commencer à comprendre ses effets sur le cerveau. Depuis, les études scientifiques se multiplient pour confirmer les bienfaits de la musique sur le comportement et la régulation émotionnelle. L’amélioration des techniques de neuro-imagerie a ainsi permis, au cours des vingt dernières années, d’étudier les mécanismes de neuroplasticité liés à l’apprentissage de la musique. Et les résultats ne laissent pas de place au doute : écoute et pratique musicale agissent sur l’ensemble de nos fonctions cognitives, et la structure du cerveau s’en trouve modifiée de façon durable.

Une symphonie neuronale

La simple écoute produit ce que les scientifiques appellent une « symphonie neuronale » : la mobilisation de circuits cérébraux connus pour leur rôle dans d’autres domaines. Car la musique engage naturellement les régions auditives, mais aussi les aires motrices, impliquées dans le mouvement et la danse, et les circuits liés à la récompense, impliqués dans les souvenirs et les émotions. Les régions visuelles, quant à elles, associent spontanément des images et des formes, voire des textures et des couleurs, à la musique écoutée.

Les musiciens, rois de la plasticité cérébrale

La pratique musicale entraîne des modifications dans l’ensemble du cerveau, certaines attendues et d’autres beaucoup moins. Un entraînement instrumental régulier durant plusieurs années mobilise des compétences qui se traduisent par des modifications de l’anatomie cérébrale, notamment de l’épaisseur corticale (matière grise) et des zones de connectivité (matière blanche). Certaines de ces évolutions sont prévisibles, comme la densité accrue de neurones dans les réseaux auditifs et moteurs : la neuro-imagerie permet ainsi de visualiser les extensions des doigts des instrumentistes dans les régions cérébrales motrices, et parfois même d’en déduire l’instrument pratiqué. Mais d’autres évolutions sont plus surprenantes, comme la communication renforcée entre les deux hémisphères cérébraux. Selon de récentes études, la densité neuronale de l’hippocampe - structure cérébrale impliquée dans la mémoire, la navigation spatiale et l’inhibition du comportement - est corrélée au nombre d’années de pratique. En outre, chez les enfants de 5 à 6 ans, les leçons de musique génèrent des effets mesurables sur le raisonnement verbal et la mémoire à court terme. Les émotions sont elles aussi mobilisées, avec la sécrétion d’hormones liées au plaisir et à la motivation activant le circuit neuronal de la récompense.

Le frisson musical

Le cerveau des mélomanes établit un pont entre perception sonore et émotions. Or le plaisir lié à la musique a plusieurs origines. Trois dimensions du plaisir, non exclusives, peuvent être définies. La première est basée sur l’expérience sensorielle : lors de l’émission des ondes sonores par les instruments ou par une musique amplifiée où les basses sont très présentes, les vibrations stimulent les récepteurs sensoriels externes, ceux de la peau, ou internes, comme les viscères. Le fameux « frisson musical », est lié à la satisfaction d’une attente construite. Car loin d’être inné, le plaisir s’éduque et s’apprend dès l’enfance par l’expérience et la répétition d’événements musicaux : le cortex auditif analyse les sons et anticipe leur développement. L’hippocampe mobilise ensuite les référentiels que nous avons en mémoire pour les traduire en émotions via les circuits cérébraux de la récompense (eux-mêmes modulés par un neurotransmetteur, la dopamine). Lorsque les attentes sont satisfaites, ou à l’inverse bousculées par un motif musical inattendu, le plaisir qui en découle peut déclencher la « chair de poule ». Enfin, le plaisir du mélomane est une construction culturelle très sophistiquée. Il représente le plaisir musical « haut de gamme » qui, chez l’esthète, naît de la satisfaction à décrypter une pièce musicale ou à apprécier une exécution parfaite.

Une mémoire dédiée à la musique

La mémoire musicale se révèle en partie indépendante de la mémoire langagière. Alors que la mémoire des mots n’engage que l’hémisphère gauche du cerveau, celle de la musique implique plus largement les deux hémisphères. Les aires gauches sont dédiées aux informations sémantiques - styles de musique, noms des œuvres etc. -, et celles de droite aux informations perceptives ou structurales - formes mélodiques, timbres des instruments, pulsations, rythmes, etc.

Priver de plaisir musical

Entre 3 et 5 % de la population mondiale reste de marbre à l’écoute de la musique. En 2016, des neuroscientifiques canadiens ont mis en évidence pour la première fois cette « anhédonie musicale » présente chez des individus par ailleurs enclins à d’autres plaisirs comme les jeux d’argent ou le sexe. En cause, des connexions très faibles - et non expliquées - entre le cortex auditif qui traite les informations sonores et le noyau accumbens impliqué dans le circuit de la récompense. C’est l’inverse des musiciens, chez qui ces connexions sont renforcées. D’autres individus - environ 4 % de la population mondiale - sont totalement privés de compréhension musicale. Pour ces personnes atteintes « d’amusie », mélodie, harmonie et rythme n’ont aucun sens, et ce, malgré des fonctions auditives et langagières intactes. L’amusie s’explique par une anomalie neurogénétique congénitale qui se traduit par une mauvaise transmission neuronale entre le cortex auditif et le gyrus frontal inférieur de l’hémisphère droit.

Un gène de la musique ?

La question de l’existence d’une prédisposition à la pratique musicale divise les scientifiques : un cerveau prédisposé et un cerveau entraîné se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Faute de preuves convaincantes, difficile de savoir s’il existe un « gène de la musique ». En revanche, les études montrent que certaines variations génétiques favorisent son apprentissage, notamment celles renforçant la perception auditive, la dextérité motrice, ou des traits de personnalité comme l’ouverture d’esprit ou l’agilité cognitive. Ces prédispositions contribuent à l’engagement initial mais, à plus long terme, ce sont l’expérience et la pratique qui sont responsables de la fameuse « plasticité cérébrale ».

Le rythme dans la peau

Il y a quelques années encore, marquer le rythme en tapant du pied, en battant la mesure ou en dansant, semblait être l’apanage des espèces douées de vocalisation, comme les humains - et ce, dès la naissance - ou les perroquets. Or de nouvelles études démontrent que les grands singes ou les otaries aussi dansent en rythme.

La musique est-elle universelle ?

Peut-on dresser une typologie musicale universelle, avec des usages associés ? La question reste vivement débattue. Certains scientifiques veulent le croire, en confrontant statistiquement les structures musicales issues de diverses cultures humaines, mais pour les ethnomusicologues, les données présentent des biais. Par ailleurs, si la musique occidentale est généralement contemplative, elle est souvent participative dans d’autres cultures : elle ne s’écoute pas, elle se fait. L’universalité de la musique n’est donc pas monolithique.

Panser les plaies cérébrales

Réduction de la douleur ressentie, amélioration des relations sociales et de l’autonomie : la musique démontre son intérêt en milieu hospitalier. En effet, elle oriente l’attention des patients vers un stimulus agréable. En outre, en activant les circuits dits « de la récompense », elle permet de libérer des substances comme la dopamine et la noradrénaline qui réduisent de 10 à 50 % la douleur ressentie, selon des études menées en cancérologie et en accompagnement de fin de vie. Le rythme fait aussi des merveilles. Les orthophonistes l’exploitent afin de restaurer une production langagière fluide chez des patients souffrant de troubles moteurs du langage. Les neurologues, quant à eux, l’utilisent pour « détourner » les circuits cérébraux d’individus souffrant de la maladie de Parkinson et permettre une désinhibition motrice : une musique entraînante, à la pulsation claire, permet aux patients de caler leur pas sur un rythme donné. Enfin, les dernières expériences de musicothérapie mettent en évidence des effets durables de neuro-plasticité.

« Réparer » le cerveau des prématurés

Preuve d’une musicothérapie efficace, une berceuse spécialement composée pour les prématurés leur permet de recouvrer une maturité cérébrale proche de celle de bébés nés à terme. C’est ce qu’ont montré des essais cliniques menés par une équipe suisse : la musique agit sur le « réseau de saillance », qui permet de trier les différents stimuli externes selon leur pertinence et facilite sa communication avec les autres aires cérébrales - cortex auditif, sensori-moteur ou frontal.

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