Le Maroc, carrefour de civilisations, offre un patrimoine musical d'une richesse et d'une diversité exceptionnelles. Des mélodies ancestrales berbères aux influences arabes, africaines et occidentales, la musique marocaine est un reflet de son histoire et de son identité culturelle. Cet article explore l'histoire de la berceuse marocaine classique, en retraçant ses origines, son évolution et son importance dans la société marocaine.

Un Héritage Musical Diversifié

Dans le monde dit « arabe », le patrimoine poétique et musical se caractérise par une grande diversité de genres, qui diffèrent par leurs origines (rurale ou citadine), leurs acteurs (professionnels ou amateurs, traditionnellement des hommes, mais de plus en plus de femmes) et leur statut social (religieux ou profane, populaire ou savant). Le fond originel des chants et musiques maghrébins est essentiellement berbère, auquel se sont ajoutées des influences africaines (du fait du trafic des caravanes et des migrations) et arabes (avec l'arrivée de l'Islam).

La Musique Arabo-Andalouse : Un Voyage de Bagdad à Cordoue

Parmi les musiques les plus anciennes dites savantes du monde arabe, la musique arabo-andalouse a connu une aventure particulièrement exceptionnelle. Elle a voyagé de l'Orient vers l'Occident, de Bagdad à Cordoue, puis de l'Andalousie vers les pays du Maghreb. C'est à Baghdad, à la cour du calife Hârûn al-Rashîd, qu'un jeune esclave persan affranchi, Ziryâb, s'est fait remarquer. Menacé par son maître, Ishaq al-Mawsilli, Ziryâb a fui Baghdad et est arrivé à Cordoue vers 825. Il a structuré la musique de son maître en mouvements et en suites, les vingt-quatre noubas, dont les modes sont décalqués sur les heures du jour et les signes du zodiaque.

La Nûba : Une Suite Musicale Complexe

Après la chute du royaume de Grenade en 1492, les musulmans expulsés d'Espagne ont trouvé refuge au Maghreb, en Tunisie, en Algérie et au Maroc. Chaque nouba (il en existe onze au Maroc, quinze en Algérie, treize en Tunisie) est une longue suite musicale articulée autour de cinq phases, chacune d'elles étant composée de chants et de pièces instrumentales interprétés sur un même mode (tab') mais sur des rythmes (mîzân) qui varient d'une phase à l'autre.

Le Soufisme et les Confréries Marocaines

Ce type de rythmes et de musiques a à l'origine des motivations religieuses et mystiques dérivées du soufisme. Le soufisme est basé sur une grande exigence mystique et l'expérience de la Voie exige beaucoup d'humilité, d'altruisme et de sincérité. Les confréries marocaines les plus célèbres, comme les Aïssawa, les Hmadchcha et les Jilala, mêlent coutumes ancestrales et tribales, ferveurs populaires et superstitions, transes et états seconds proches de l'autosuggestion. Les Gnawa, quant à eux, se livrent à des exercices qui rappellent ceux des autres confréries, mais ils ne suivent pas la voie du soufisme et leurs ancêtres viennent d'Afrique noire. Leur musique se distingue également par les pulsations des tambours, les bourdonnements des guenbri et les chants répétitifs poussant à l'extase.

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Diversité Musicale Régionale

Le Maroc, pays arabo-berbère, est riche d'un patrimoine musical très varié. Au nord, on trouve la musique du Rif avec des rythmes qui lui sont propres, des chants individuels et collectifs. Au centre, la musique du Moyen-Atlas comporte des formes chantées aux rythmes et mélodies caractéristiques. Ces musiques amazighes sont également divisées entre « moderne » et « traditionnelle ». Le melhoun, un genre musical injustement négligé, exprime le mode de vie nomade des bédouins de l'atlas saharien.

La Tunisie : Un Carrefour Culturel

La Tunisie, de par sa situation géographique, a été un lieu où se sont croisées, superposées et parfois fondues différentes sortes de cultures et donc de musiques. La musique ancienne classique, qui peut être à la fois » savante » et populaire, domine largement dans les médias audio-visuels. Le lancinant et nostalgique malouf, d’origine andalouse, est apprécié, partagé par l’ensemble de la population, et au-delà de la Tunisie et par de nombreuses couches de populations citadines dans l’ensemble du Maghreb. La musique dite folklorique est jouée dans les diverses fêtes locales par des ensembles professionnels ou amateurs. La musique citadine dite ‘asri (moderne) a été très tôt prise en charge par les médias audiovisuels.

L'Algérie : Un Pays de Synthèse Musicale

L’Algérie, située au centre du Maghreb, a connu toutes les influences musicales venues de l’extérieur en plus de son propre patrimoine historique. La musique algérienne se distingue par la diversité des genres musicaux et par son riche répertoire. La musique classique arabophone est la musique arabo-andalouse, très appréciée dans les grandes villes du pays. Elle a donné trois formes : le Gharnati à Tlemcen, la Sanna à Alger, et le malouf à Constantine. La musique Raï est originaire de l’Ouest algérien, tandis que la musique Staïfi est apparue dans l’Est du pays. Au cours de la période coloniale, le répertoire populaire évolue et se modernise au contact des apports coloniaux, dont les formes les plus exogènes donneront la chanson en sabir, puis la chanson « francarabe ». Le genre citadin qui a incontestablement marqué des générations entières et reste toujours pratiqué et apprécié est le « chaabi », né à Alger. Au milieu des années 80, se développent des genres régionaux chantés dans les variétés dialectales qui modernisent les traditions musicales locales : le Raï, la chanson kabyle, les chants Chaouis des Aurès et le Staïfi.

La Berceuse : Un Chant Intime et Universel

À côté des expressions formelles ou collectives de la musique populaire traditionnelle, il existe de multiples manifestations individuelles, comme les berceuses, mrâria, et les plaintes modulées des aveugles de Marrakech. La berceuse, chantée par les mères pour endormir leurs enfants, est une expression musicale intime et universelle. Elle reflète l'amour maternel, la tendresse et l'espoir pour l'avenir de l'enfant. Les berceuses marocaines classiques sont souvent transmises de génération en génération, conservant ainsi un patrimoine culturel précieux.

"A Vava Inouva" : Un Exemple de Berceuse Kabyle

"A Vava Inouva", berceuse kabyle composée au début des années 1970 par Idir, est un exemple de chanson qui, par la douceur de sa mélodie et la puissance de ses paroles, traverse les générations et devient bien plus qu’un simple air à fredonner. Idir, issu d’une famille de bergers, a grandi dans un univers où la poésie et le chant étaient omniprésents, transmis par sa mère et sa grand-mère, toutes deux reconnues pour leur talent de poétesses.

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La Littérature Maghrébine : Un Reflet des Dynamiques Culturelles

La littérature maghrébine représente un corpus dynamique et diversifié d'œuvres qui émanent de la région du Maghreb. Ce corpus littéraire est principalement écrit en arabe, en français et en tamazight (langues berbères), et englobe un large éventail de genres, dont la poésie, les romans, les nouvelles et les pièces de théâtre. Elle met en valeur la riche mosaïque culturelle et les complexités historiques de la région. Dans le domaine de la littérature maghrébine, l'influence du colonialisme français est particulièrement significative. Les thèmes post-coloniaux, ainsi que les réflexions sur l'identité, la modernité et la tradition, sont récurrents. De plus, l'émergence de la littérature maghrébine diasporique, écrite par des auteurs résidant en dehors du Maghreb, ajoute une autre couche de complexité, explorant souvent les thèmes de l'exil, de l'identité et de l'interaction entre les cultures.

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