Introduction

André Caplet, né dans une famille modeste, a poursuivi la musique comme moyen de subsistance. Son parcours l'a mené des orchestres de théâtre aux champs de bataille de la Première Guerre mondiale, marquant profondément son œuvre et sa vision artistique. Cet article explore la vie et l'œuvre d'André Caplet, en mettant en lumière son évolution musicale, ses influences, et sa contribution unique à la musique française.

Les Premières Années et la Formation Musicale

Septième enfant d'une famille pauvre, André Caplet (1878-1925) étudie la musique afin d'en tirer une source de revenus. Il étudie le piano, l'harmonie et le contrepoint à l'école de musique de la ville du Havre, avec Henry Woollett. En 1896, il gagne Paris, où il entre au Conservatoire. Ces premières années sont marquées par la nécessité de travailler pour vivre, jouant la nuit dans les orchestres de danse.

Début de Carrière et Premières Compositions

En 1896, il débute sa carrière de chef d'orchestre au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, et à l'orchestre Colonne. Une occasion propice se présente lorsqu'il remplace Xavier Leroux à la direction d'une pièce à grand spectacle, révélant son habileté et son autorité. Son renom commence alors à se répandre dans le milieu des professionnels.

Ses premières compositions incluent des œuvres vocales et chorales, révélant déjà son intérêt pour la voix et la poésie. Parmi ces œuvres, on trouve :

  • 1893, Contemplation, pour voix et piano sur un poème de N.
  • 1895, La sérénade de l'écolier, pour voix et piano sur un poème de P.-J.
  • 1895, La vision de Jeanne d'Arc, cantate avec orchestre sur un texte de A.
  • 1900 (1908), Chanson d'automne, pour voix et piano sur un poème d'A.
  • 1900 (1908, 1925), Viens!
  • 1900, Callirhoé, cantate sur un texte de 2 scènes, sur un texte de E.
  • 1900, Pâques citadines, sur un texte de B.
  • 1901 (1907), Myrrha, cantate en 3 scènes, sur un texte de F.
  • 1902, Green, pour voix et piano ou orchestre sur un poème de Paul Verlaine (traduit en italien par R.
  • 1902, Poème de mai, pour voix et piano sur un poème de A.
  • 1902-1903, Papillons, pour voix et piano ou orchestre sur un poème de P.
  • 1906 (vers 1906), Tu nous souriais, pour voix et piano sur un poème de R.
  • 1908, Paroles à l'absente sur des poèmes de G.

L'Influence de Debussy et l'Émergence d'un Style Personnel

Il rencontre Claude Debussy en 1907 et se lie d'amitié avec lui. Tout jeune, Debussy l'avait pris en amitié. Et Caplet avait tout de suite voué une admiration sans bornes à l'auteur de Pelléas. Il en comprenait, il en sentait, il en interprétait la musique mieux que personne. Quand il se mit à composer lui-même, ce fut d'abord sous l'inspiration de son illustre ami. Il imita Debussy, il fut un peu debussyste. L'influence de Debussy est indéniable dans ses premières œuvres, mais Caplet développe rapidement un style personnel, notamment dans son approche de la musique religieuse.

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La Période de Boston et l'Expérience de la Guerre

En 1910, il est remarqué par l'impresario Henry Russell qui le fait engager pour diriger à l'Opéra de Boston. Au front il rencontre le violoniste virtuose Lucien Durosoir, lui donne des cours de composition quand ils peuvent se rencontrer. Durosoir le fait entrer dans l'orchestre où joue également violoncelliste Maurice Maréchal. Au front il est deux fois blessé et gazé. Son expérience de la Première Guerre mondiale, où il est blessé et gazé, marque un tournant dans sa vie et son œuvre. Il la fit trés bravement, en 1914, dans un régiment d'infanterie, où, avec le grade de sergent, il assurait un service de liaison. Il fut gazé.

Le Retour à la Composition et le Mariage

Aprés la guerre, son état de santé et son désir de se consacrer à la composition, lui font abandonner ses charges de direction. Il se marie en 1919 avec Geneviéve Perruchon. Cette période est marquée par une production musicale intense, explorant des thèmes religieux et profanes avec une sensibilité accrue.

La Musique Religieuse : Une Expression de Foi Profonde

Caplet est particulièrement reconnu pour sa musique religieuse, qui exprime une foi profonde et sincère. Debussy a bien été intéressé par le sentiment religieux, et il l'a exprimé de façon merveilleusement pénétrante quand il a écrit Saint Sébastien. Mais il l'observe du dehors. Il reste étranger à l'église. C'est du dedans de l'église, au contraire, et comme un de ses fidéles les plus étroitement attachés à la lettre et à l'esprit du dogme que Caplet dit son ardent souci de salut éternel. Son approche se distingue de celle de Debussy, qui observe la religion de l'extérieur. Caplet, au contraire, exprime sa foi de l'intérieur, en tant que fidèle attaché au dogme.

Un des camarades de Caplet raconte qu'en 1917 il le rencontra dans une bourgade de Picardie. Caplet lui demanda de prêter son concours à une cérémonie religieuse au cours de laquelle devaient être exécutées ses Priéres. C'est dans la petite église de Ham, plus tard détruite, qu'eut lieu la premiére audition de ces pages émouvantes. « Les marmites ennemies avaient endommagéles verriéres. Les oiseaux avaient fait leurs nids sous les chapiteaux des colonnes du chœur. Ils pépiaient gaîment, cependant que s'élevait le tendre chant de « Je vous salue, Marie ». Pas trés loin, dans la direction de Saint-Quentin, l'artillerie lourde faisait les basses. Caplet était trés ému. Quand reverrai-je, hélas! Il composa cette courte page, en juillet 1916, aux éparges, dans la ferme d'Amblonville. Debussy admirait profondément ce « Quand reverrai-je, hélas ».

On remarquera que cette musique se libére volontiers des formules traditionnelles. Elle est trés moderne. Et cependant elle conserve un parfum catholique trés prononcé. C'est qu'André Caplet se souvient tout de même des procédés de l'art médiéval par l'emploi qu'il fait, en le rajeunissant, de la quarte et de la quinte, du déchant et des mouvements paralléles. André Caplet connaissait d'ailleurs àfond la technique grégorienne. L'été qui précéda sa mort, il fit un long pélerinage à Solesmes. Et, quelques jours aprés qu'il fut disparu, se tenait à Paris un congrés de musique sacrée, où il devait lire une communication sur l'art grégorien dans ses rapports avec la musique moderne. De l'art grégorien il retient l'esprit plus que la lettre, et sa musique sonne tout nouvellement à nos oreilles. Pourquoi donc la religion serait-elle exclusivement triste ? Qu'y a-t-il donc de triste dans la perspective des régions célestes où demeurent les anges, dans la perspective d'une éternelle béatitude ? La foi du chrétien ne consiste-t-elle pas à affirmer la réalité de ce bonheur supraterrestre ? « La musique de Caplet, observe justement Maurice Brillaut, n'est point du tout janséniste… Trop de musiciens spécialisésdans l'art religieux veulent être graves, deviennent lamentablement austéres, ou bien nous font entendre, pour nos péchés, des motets, des messes et saluts si gris, si monotones, si monochromes qu'on se demande s'ils ne veulent pas donner aux malheureux fidéles une salutaire impression du purgatoire.

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Le Miroir de Jésus

Revenons au Miroir de Jésus d'Henri Ghéon. L'illustration d'André Caplet est des plus remarquables. Ces sujets mystiques lui conviennent à merveille. Le Miroir de Jésus fut écrit, dans sa premiére version, pour une voix de mezzo - (Caplet pensait nettement à la voix de Claire Croiza. C'est pour elle que le rôle fut composé. Elle en fut l'incomparable interpréte) - avec accompagnement d'un chœur de voix de femmes, d'un orchestre à cordes et de deux harpes. On admire avec quel art Caplet utilisa ces ressources si restreintes. On dirait presque àcertains moments qu'on entend des bois, des cuivres, une flûte, un hautbois, des trompettes, tant l'auteur sait tirer parti des timbres de ses violons et en varier les effets. Certaines basses de harpe prennent un accent, une vigueur, une majesté incroyables, et quelque chose de terrifiant par endroits. Les voix d'accompagnement sont aussi traitées avec un particulier bonheur. Caplet emploie un procédé analogue à l'une des meilleures inventions de Darius Milhaud dans la Brebis égarée. Techniquement, Caplet s'est éloigné de Debussy et de l'impressionnisme.

L'Importance de la Voix et l'Éloignement de l'Impressionnisme

Caplet a aimé la voix humaine par-dessus tout. Il a infiniment plus écrit pour les voix que pour les instruments. Il a étudié de tout prés, dans son exacte réalité, cet instrument naturel. Il en connaît à merveille le mécanisme. Debussy demande souvent à la voix des effets presque impossibles à rendre. Debussy rêve d'une « voix idéale » qui s'assouplirait à tous ses besoins de poéte. Il se moque des voix réelles. Tirez-vous d'affaire comme vous le pourrez, chanteurs et chanteuses ! Il en résulte d'ailleurs un délicieux caprice, une savoureuse liberté dans son discours musical. Caplet, contrairement à Debussy, accorde une importance primordiale à la voix humaine, qu'il étudie et comprend en profondeur.

Musique Profane et Profondeur de Sentiment

Caplet n'a pas composé que de la musique religieuse. Et quand il se maintient dans le domaine de la musique profane, il atteint souvent pour exprimer des passions purement humaines, à une profondeur de sentiment qui ne se rencontre que chez les grands maîtres. C'est ainsi que deux mélodies, Adieu en barque et Forêt, me paraissent devoir être comptées parmi les pages capitales de lamusique française. On en vient à se demander si un Henri Duparc s'est élevé plus haut. Même dans sa musique profane, Caplet atteint une profondeur de sentiment rare, comparable à celle des plus grands maîtres.

La Mer : Une Source d'Inspiration Constante

Yvonne Gouverné, sa fervente disciple (1), m'écrivait naguére : « André Caplet parlait peu de lui-même, mais, lorsqu'il avait exigé, un an avant de mourir, que je fasse une courte notice pour son éditeur, j'avais été frappée du ton sur lequel il m'avait fait cette remarque : « Il faudra faire sentir que toujours j'ai aimé la mer; qu'enfant, je restais des heures à flâner au bord des grands bassins du Havre, que mon plus grand bonheur était de m'évader dans une de ces barques fragiles et que j'imaginais le son des voix dans le bruit des voiles… » Dévoré par une fiévre qui ne devait plus le quitter, il disait souvent : « Je voudrais me tremper les mains dans la mer… » La mer est une source d'inspiration constante pour Caplet, qui y trouve une résonance profonde avec son âme. Enfant, il passait des heures au bord des bassins du Havre, imaginant le son des voix dans le bruit des voiles.

Fin de Vie et Héritage

Lors de la démobilisation, il paraissait guéri. Au mois de mars 1925, en revenant du Havre, où il avait dirigé un concert, il prit froid dans le train. On crut d'abord à un simple rhume. Le mal augmenta peu à peu et devint en définitive une pleurésie purulente. André Caplet est parti précisément au moment où il prenait pleine conscience de ses dons et en réalisait l'emploi le plus noble dans des ouvrages de plus en plus approchés de la perfection.

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André Caplet laisse derrière lui une œuvre riche et variée, marquée par sa foi, son amour de la mer et son talent exceptionnel. Sa musique continue d'émouvoir et d'inspirer, témoignant de la profondeur de son génie et de sa contribution unique à la musique française.

Catalogue des Oeuvres (Sélection)

  • 1915, Solitude, pour voix et piano sur un poème de J.
  • 1916 (1918), Priére normande, pour voix et piano sur un poème de J.
  • 1916-1917 (1918), La croix douloureuse, pour voix et piano ou orgue ou orchestre, sur un poème de R.
  • 1918 (1919), Détresse !, pour voix et piano ou orchestre, sur un poème de H.
  • 1920, Le livre rose [à l'origine, Nursery] sur des poèmes de P.-J.
  • 1922, Révision de l'orchestration du « Jet d'eau » de Claude Debussy, rev.
  • 1923-1924, Le miroir de Jésus, mystéres du Rosaire, sur un texte de H.
  • 1924-1925, Corbeille de fruits, sur des poèmes de R.

Bibliographie

  • avec A. HUNEAU DENIS, André Caplet (1878-1925), debussyste indépendant [2 v.]. « Revue de musicologie » (6) 1924-1925
  • ROLAND-MANUEL, André Caplet, le chasseur d'images, p. 1-2
  • BRILLANT M., André Caplet, musicien mystique, p. 3-12
  • HOéRéE A., L'oeuvre d'André Caplet, p.
  • André Caplet (1878-1925), Bibliothèque Nationale de France, 1 janvier - 15 avril 2000.
  • BRILLANT M., André Caplet.
  • GOUVERNé Y., & altr., Hommage à André Caplet: 1878-1978.
  • -, André Caplet. Dans « Revue de musicolgie » (180-184) 1938, p.
  • LOCKSPEISER E. (éditeur), Lettres inédites de Claude Debussy à André Caplet (1908-1914).
  • MOREAU C., à la découverte d'André Caplet (mémoire).
  • SCHMITT F., André Caplet, Notice néchrologique.
  • -, André Caplet.
  • YVES-MARC [Y. Gouverné], André Caplet.
  • -, André Caplet et Solesmes. Dans « Revue grégorienne × (10), 1925, p.
  • Paul Landormy, La musique française aprés Debussy. Gallimard, Paris 1946 (8e édition), p.

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