François-Marie Arouet, plus connu sous le pseudonyme de Voltaire, est une figure emblématique du Siècle des Lumières. Sa vie, riche en événements et en engagements, commence par une naissance entourée de mystère et de controverses. Comprendre le lieu de naissance de Voltaire, c'est plonger au cœur d'une époque et découvrir les prémices d'une destinée exceptionnelle.
Une Naissance Parisienne Contestée
Officiellement, François-Marie Arouet est né à Paris. Le baptême a eu lieu le lendemain à l'église Saint-André-des-Arcs. François-Marie Arouet est le cinquième enfant de François Arouet (1649-1722) et de Marguerite Daumart (vers 1661-1701). Son père, notaire royal, puis payeur des épices à la Chambre des comptes, est en relations professionnelles et personnelles avec l'aristocratie. Il fait donner à ses fils la meilleure éducation possible. Pour l'aîné Armand, vers 1695, c'est celle des Oratoriens. Pour François Marie, en 1704, c'est celle des jésuites du collège Louis-le-Grand.
Cependant, Voltaire lui-même a semé le doute quant à son lieu de naissance. Il a affirmé à plusieurs reprises être né le 20 février 1694 à Châtenay-Malabry. Il a contesté aussi sa paternité, persuadé que son vrai père était un certain Roquebrune : « L’honneur de sa mère consistait à avoir préféré un homme d’esprit comme était Roquebrune, « mousquetaire, officier, auteur et homme d'esprit », à son père, le notaire Arouet dont Roquebrune était le client, car Arouet était, selon Voltaire, un homme très commun. »
Cette contestation de sa filiation et de son lieu de naissance peut être interprétée comme une volonté de se distinguer de ses origines bourgeoises et de s'inventer une identité plus conforme à son esprit libre et indépendant. Selon Voltaire, le baptême à Paris aurait été retardé du fait de la naissance illégitime et du peu d’espoir de survie de l’enfant.
Les Arouet : Une Famille Bourgeoise en Ascension
Du côté paternel (officiellement), les Arouet sont originaires d’un petit village du nord du Poitou, Saint-Loup, près d'Airvault, où ils exercent une activité de tanneurs. Les Arouet sont un exemple de l’ascension sociale de la bourgeoisie. Le premier Arouet à quitter sa province s’installe à Paris en 1625 où il ouvre une boutique de marchand de draps et de soie. Il épouse la fille d’un riche marchand drapier et s’enrichit suffisamment pour acheter pour son fils, François, le père de Voltaire, une charge de notaire au Châtelet en 1675, assurant à son titulaire l’accès à la petite noblesse de robe. Ce dernier, travailleur austère et probe aux relations importantes, arrondit encore la fortune familiale, épouse la fille d’un greffier criminel au Parlement. Avec Marguerite d’Aumard, Arouet père élève cinq enfants (dont trois atteignent l'âge adulte), et revend son étude en 1696 pour acquérir une charge de conseiller du roi, receveur des épices à la Chambre des comptes.
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Voltaire perd sa mère à l’âge de sept ans. Il a notamment eu un frère aîné, Armand, avocat au Parlement, catholique rigoriste (janséniste), et une sœur, Marie, seule personne de sa famille qui lui ait inspiré de l’affection.
L'Éducation : Un Tremplin vers la Liberté de Pensée
À la différence de son frère aîné chez les jansénistes, François-Marie entre à dix ans comme interne au collège Louis-le-Grand chez les Jésuites, ce serait aussi l’établissement le mieux fréquenté et François-Marie y reste durant sept ans. Les jésuites enseignent le latin et la rhétorique, mais veulent avant tout former des hommes du monde et initient leurs élèves aux arts de société : joutes oratoires, plaidoyers, concours de versification, et théâtre. Arouet est un élève brillant, vite célèbre par sa facilité à versifier : sa toute première publication est son Ode à sainte Geneviève. Imprimée par les Pères, cette ode est répandue hors les murs de Louis-le-Grand (au grand dam ultérieurement de Voltaire adulte). Il apprend au collège Louis-le-Grand à s'adresser d’égal à égal aux fils de puissants personnages, le tout jeune Arouet tisse de précieux liens d’amitié, très utiles toute sa vie : entre bien d'autres, les frères d’Argenson, René-Louis et Marc-Pierre, futurs ministres et le futur duc de Richelieu. Bien que très critique en ce qui concerne la religion en général et les ecclésiastiques en particulier, il garde toute sa vie une grande vénération pour son professeur jésuite Charles Porée.
Cette éducation jésuite marque profondément Voltaire. Il y acquiert une solide culture classique, un goût pour la rhétorique et une maîtrise de la langue française qui feront de lui un écrivain hors pair. Cependant, il développe également un esprit critique et un scepticisme à l'égard des dogmes religieux, qui le conduiront à embrasser la philosophie des Lumières.
Les Premiers Pas dans le Monde : Libertinage et Contestations
Arouet quitte le collège en 1711 à dix-sept ans et annonce à son père qu’il veut être homme de lettres, et non avocat ou titulaire d’une charge de conseiller au Parlement, investissement pourtant considérable que ce dernier est prêt à faire pour lui. Devant l’opposition paternelle, il s’inscrit à l’école de droit et fréquente la société du Temple, qui réunit des membres de la haute noblesse et des poètes, épicuriens lettrés connus pour leur esprit, leur libertinage et leur scepticisme. L’abbé de Châteauneuf, son parrain, qui y avait ses habitudes, l’avait présenté dès 1708. En leur compagnie, il se persuade qu’il est né grand seigneur libertin et n’a rien à voir avec les Arouet et les gens du commun. Son père l’éloigne un moment de ce milieu en l’envoyant à Caen, puis en le confiant au frère de son parrain, le marquis de Châteauneuf, qui vient d’être nommé ambassadeur à La Haye et accepte d’en faire son secrétaire privé. Mais son éloignement ne dure pas. À Noël 1713, il est de retour, chassé de son poste et des Pays-Bas pour cause de relations tapageuses avec une demoiselle. Furieux, son père veut l’envoyer en Amérique mais finit par le placer dans l’étude d’un magistrat parisien. Il est sauvé par un ancien client d’Arouet, lettré et fort riche, M. de Caumartin, marquis de Saint-Ange, qui le convainc de lui confier son fils pour tester le talent poétique du jeune rebelle.
Ces premières expériences mondaines et littéraires marquent le début de l'engagement de Voltaire dans la vie intellectuelle et politique de son temps. Il se fait connaître par ses épigrammes satiriques et ses vers irrévérencieux, qui lui valent à la fois l'admiration et l'hostilité des puissants.
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La Bastille et l'Exil : L'Épreuve et la Révélation
En 1715, alors que débute la Régence, Arouet a {{unité}}. Il est si brillant et si amusant que la haute société se dispute sa présence. Il aurait pu devenir l’ami du Régent mais se retrouve dans le camp de ses ennemis. Le {{date}}, il est exilé à Tulle. Son père use de son influence auprès de ses anciens clients pour fléchir le Régent qui remplace Tulle par Sully-sur-Loire, où Arouet fils s’installe dans le château du jeune duc de Sully, une connaissance du Temple, qui vit avec son entourage dans une succession de bals, de festins et de spectacles divers. À l’approche de l’hiver, il sollicite la grâce du Régent qui la lui accorde. Le jeune Arouet alors recommence sa vie turbulente à Saint-Ange et à Sceaux, profitant de l’hospitalité des nantis et du confort de leurs châteaux. Mais, pris par l’ambiance, quelques semaines plus tard, il récidive. S'étant lié d'amitié avec un certain Beauregard, en réalité un indicateur de la police chargé de le faire parler, il lui confie être l'auteur de nouveaux ouvrages de vers satiriques contre le Régent et sa fille. Le 16 mai 1717, il est envoyé à la Bastille par lettre de cachet.
Pour rompre avec son passé, et notamment avec sa famille, afin d'effacer un patronyme aux consonances vulgaires et équivoques, il se crée un nom euphonique : Voltaire. On ne sait pas à partir de quels éléments il a élaboré ce pseudonyme. De nombreuses hypothèses ont été avancées, toutes vraisemblables mais jamais prouvées : inversion des syllabes de la petite ville d'Airvault (proche du village dont est originaire la famille Arouet), anagramme d’Arouet l.j.
L'emprisonnement à la Bastille marque une étape cruciale dans la vie de Voltaire. Il y rédige sa première tragédie, Œdipe, qui remporte un immense succès et le consacre comme un auteur majeur. C'est également pendant cette période qu'il adopte le pseudonyme de Voltaire, symbole de sa rupture avec le passé et de sa volonté de se forger une nouvelle identité.
En janvier 1726, il subit une humiliation qui va le marquer toute sa vie. Le chevalier de Guy-Auguste de Rohan-Chabot, jeune gentilhomme arrogant, appartenant à l'une des plus illustres familles du royaume, l’apostrophe à la Comédie-Française : {{Citation}} Voltaire réplique alors : {{Citation}}. Quelques jours plus tard, on le fait appeler alors qu’il dîne chez son ami le duc de Sully. Dans la rue, il est frappé à coups de gourdin par les laquais du chevalier, qui surveille l’opération de son carrosse. Blessé et humilié, Voltaire veut obtenir réparation, mais aucun de ses amis aristocrates ne prend son parti. Le duc de Sully refuse ainsi de l’accompagner chez le commissaire de police pour appuyer sa plainte. Il n’est pas question d’inquiéter un Rohan pour avoir fait rouer de coups un écrivain : {{Citation}}, dit un parent de Caumartin. Le prince de Conti écrit sur l'incident que les coups de bâtons {{Citation}}. Voltaire veut venger son honneur par les armes, mais son ardeur à vouloir se faire justice lui-même indispose tout le monde. Les Rohan obtiennent que l’on procède à l’arrestation de Voltaire, qui est conduit à la Bastille le 17 avril.
Cet événement humiliant le conduit à l'exil en Angleterre, où il découvre une société plus libre et plus tolérante. Il s'imprègne de la philosophie de Locke et de la science de Newton, qui influenceront profondément sa pensée.
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L'Angleterre et Cirey : L'Épanouissement Intellectuel
Écrites en partie en Angleterre, les Lettres philosophiques sont « la première bombe lancée contre l’Ancien Régime » (Gustave Lanson). Voltaire a {{unité}}. Cette expérience va le marquer d’une empreinte indélébile. Il est profondément impressionné par l'esprit de liberté de la société anglaise (ce qui ne l'empêche pas d'apercevoir les ombres du tableau, surtout vers la fin de son séjour). Alors qu’en France règnent les lettres de cachet, la loi d’{{lang}} de 1679 (nul ne peut demeurer détenu sinon par décision d’un juge) et la Déclaration des droits de 1689 protègent les citoyens anglais contre le pouvoir du roi. L'Angleterre, cette « nation de philosophes », rend justice aux vraies grandeurs qui sont celles de l'esprit. Présent en 1727 aux obsèques solennelles de Newton à Westminster Abbey, il fait la comparaison : à supposer que Descartes soit mort à Paris, on ne lui aurait certainement pas accordé d'être enseveli à Saint-Denis, auprès des sépultures royales. La réussite matérielle du peuple d’Angleterre suscite aussi son admiration. Il fait le lien avec le retard de la France dans le domaine économique et l’archaïsme de ses institutions. Il ne lui faut que peu de temps pour acquérir une excellente maitrise de l’anglais. En novembre 1726, il s’installe à Londres. Il rencontre des écrivains, des philosophes, des savants (physiciens, mathématiciens, naturalistes) et s’initie à des domaines de connaissance qu’il ignorait jusqu’ici. Son séjour en Angleterre lui donne l'occasion de découvrir Newton dont il n'aura de cesse de faire connaître l'œuvre. Il se rapproche de la cour de {{nobr}} puis de {{nobr}} et prépare une édition de la Henriade en souscription accompagnée de deux essais en anglais qui remporte un grand succès ({{unité}}) et renfloue ses finances. À l’automne 1728, il est autorisé à rentrer en France pourvu qu’il se tienne éloigné de la capitale.
De retour en France, Voltaire rencontre Madame du Châtelet, une femme d'esprit et de science avec laquelle il noue une relation intellectuelle et amoureuse passionnée. Ils s'installent au château de Cirey, où ils se consacrent à l'étude et à l'écriture.
Voltaire veut être riche pour être un écrivain indépendant. À son retour d’Angleterre, il n’a que quelques économies qu’il s’emploie activement à faire fructifier. Il gagne un capital important (avec d’autres et sur une idée du mathématicien La Condamine) en participant à une loterie d’État mal conçue. Puis, il part à Nancy spéculer sur des actions émises par le duc François III de Lorraine, opération dans laquelle il aurait « triplé son or ». Il reçoit aussi en mars 1730 sa part de l’héritage paternel. Ces fonds vont être judicieusement placés dans le commerce, « les affaires de Barbarie », vente des blés d’Afrique du Nord vers l’Espagne et l’Italie où elle est plus lucrative qu’à Marseille et les « transactions de Cadix », échange de produits des colonies françaises contre l’or et l’argent du Pérou et du Mexique. En 1734, il confie ses capitaux aux frères Pâris dans leur entreprise de fournitures aux armées. Enfin, à partir de 1736, Voltaire va surtout prêter de l’argent à des grands personnages et des princes européens, prêts transformés en rentes viagères selon une pratique courante de l'époque (à lui d'actionner ses débiteurs, désinvoltes mais ayant du répondant, pour obtenir le paiement de ses rentes).
Cirey devient un véritable laboratoire intellectuel, où Voltaire affine sa pensée et écrit certaines de ses œuvres les plus importantes, comme les Lettres philosophiques.
Les Cours Européennes et Ferney : L'Engagement et la Consécration
De 1744 à 1753, Voltaire séjourne dans diverses cours européennes : Versailles, Lunéville, Berlin. Il y côtoie les monarques éclairés et les intellectuels les plus brillants de son temps.
En 1730, un incident, dont il se souviendra à l’heure de sa mort, le bouleverse et le scandalise. Il est auprès d’Adrienne Lecouvreur, une actrice qui a joué dans ses pièces et avec laquelle il a eu une liaison, lorsqu’elle meurt. Le prêtre de la paroisse de Saint-Sulpice refuse la sépulture (la France est alors le seul pays catholique où les comédiens sont frappés d’excommunication). Le cadavre doit être placé dans un fiacre jusqu’à un terrain vague à la limite de la ville où elle est enterrée sans aucun monument pour marquer sa tombe. Quelques mois plus tard meurt à Londres une comédienne, Mrs Oldfield, enterrée à Westminster Abbey.
En 1734 est l’année de la publication clandestine des Lettres philosophiques, le « manifeste des Lumières », grand reportage intellectuel et polémique sur la modernité anglaise, publié dans toute l’Europe à {{unité}}, selon l’estimation de René Pomeau, chiffre particulièrement élevé à l’époque. L’éloge de la liberté et de la tolérance anglaise est perçu à Paris comme une attaque contre le gouvernement et la religion. Le livre est condamné par le Parlement à majorité janséniste et brulé au bas …
À 41 ans, il est décrit comme « Il est maigre, d’un tempérament sec. Il a la bile brulée, le visage décharné, l’air spirituel et caustique, les yeux étincelants et malins. Vif jusqu’à l’étourderie, c’est un ardent qui va et vient, qui vous éblouit et qui pétille. »
Émilie du Châtelet a 27 ans, 12 de moins que Voltaire. Fille de son ancien protecteur, le baron de Breteuil, elle décide pendant seize ans de l’orientation de sa vie, dans une situation quasi conjugale (son mari, un militaire appelé à parcourir l’Europe à la tête de son régiment, n’exige pas d’elle la fidélité, à condition que les apparences soient sauves, une règle que Voltaire « ami de la famille » sait respecter). Ils ont un enthousiasme commun pour l’étude et sous l’influence de son amie, Voltaire va se passionner pour les sciences. Il {{Citation}} dit-il. Elle joue un rôle essentiel dans la métamorphose de l’homme de lettres en « philosophe ». Elle lui apprend la diplomatie, freine son ardeur désordonnée. Ils vont connaître dix années de bonheur et de vie commune. La passion se refroidit ensuite. Les infidélités sont réciproques (la nièce de Voltaire, {{Mme}} Denis, devient sa maitresse fin 1745, secret bien gardé de son vivant ; {{Mme}} du Châtelet s’éprend passionnément de Saint-Lambert en 1748), mais ils ne se sépareront pas pour autant, l’entente entre les deux esprits demeurant la plus forte. À sa mort, en 1749, elle ne sera jamais remplacée. Émilie est une véritable femme de sciences. L’étendue de ses connaissances en mathématiques et en physique en fait une exception dans le siècle. C’est aussi une femme du monde qui mène une vie mondaine assez frénétique en dehors de ses études. Elle aime l’amour (elle a déjà eu plusieurs amants, dont le duc de Richelieu ; elle devient en 1734 la maîtresse de son professeur de mathématiques, Maupertuis, que lui a présenté Voltaire) et le jeu, où elle perd beaucoup d’argent.
Finalement, il se retire à Ferney, où il devient un véritable seigneur éclairé, développant l'agriculture et l'industrie locale. C'est là qu'il écrit ses contes philosophiques les plus célèbres, comme Candide, et qu'il s'engage en faveur de la tolérance et de la justice.
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