Introduction

La berceuse, chant ancestral destiné à apaiser et endormir les enfants, se manifeste sous diverses formes à travers le monde. Parmi ces chants, la berceuse cosaque occupe une place particulière, empreinte de mélancolie et de l'esprit de l'héritage cosaque. Cet article explore les origines de cette berceuse, son contexte culturel et son évolution à travers le temps.

L'Origine Mystérieuse de la Berceuse Cosaque

Retracer l'origine exacte de la berceuse cosaque s'avère une tâche complexe. Souvent associée à la musique traditionnelle des Cosaques, cette mélodie lente et mélancolique porte en elle les échos d'une culture riche et complexe. Certaines sources attribuent le texte de cette berceuse au poète Mikhaïl Lermontov (1814 - 1841). L'histoire raconte qu'exilé dans le Caucase, il aurait entendu une vieille femme cosaque chanter cette berceuse.

Quelle que soit sa véritable source, la berceuse cosaque offre un éclairage particulier sur l'esprit cosaque, souvent perçu comme rude et guerrier. Elle révèle une facette plus douce et intime de cette culture, exprimant les sentiments et les émotions des mères cosaques envers leurs enfants.

La Berceuse : Un Chant Universel et Intemporel

L'origine du mot "berceuse" remonte probablement au terme gaulois "berz", désignant l'action de bercer. Au fil des siècles, ce terme s'est associé à l'objet utilisé pour bercer le bébé : berceau, berçante, bercelet ou petit berceau, bercelonnette, berceau à baldaquin cerné d'un tulle et très utilisé dans les pays chauds pour éviter l'agression des mouches et des moustiques.

Le berceau, confectionné en osier ou en bois léger précieux, repose sur des roulettes ou des lattes arrondies pour faciliter le bercement. Aux Indes, en Chine et au Japon, l'enfant est placé dans un hamac approprié, permettant un balancement aisé. En Afrique noire, la mère endort son bébé contre elle, sur ses genoux, le tapotant vigoureusement ou l'enserrant d'un pagne sur le dos, pendant les activités domestiques ou les travaux des champs. En Afrique du Nord, la mère offre une dernière tétée et dépose l'enfant délicatement dans son lit ou alors le bébé s'octroie, en désespoir de cause, une place privilégiée entre le père et la mère. Dans les pays industrialisés, sur les recommandations de Pasteur, l'usage du berceau a pratiquement disparu au profit du lit aux montants sécurisés compliquant ainsi le désir de reprendre l'enfant et les bercements.

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Dès la sortie du cocon maternel, où il a sévi quelques neuf mois, le bébé s'approprie les cris, la voix de la mère. Dans la même veine, le pouce que le foetus porte dans sa bouche lorsque l'on observe une échographie, ou le sein.

La Berceuse : Plus qu'une Mélodie, un Rituel

La berceuse transcende les dimensions culturelles pour toucher à l'essence même de la biologie humaine. Tel un rituel, elle conduit progressivement le bébé de l'état de veille vers le sommeil, en s'adaptant à son tempérament et à son niveau d'excitation. La tradition orale l'emporte sur l'écrit, se perpétuant de mère en fille.

Pratiquement toutes les berceuses ont été exprimées, chantées ou écrites par les femmes, seule plage où elles peuvent exprimer leurs peines, leurs angoisses, leurs attentes, leurs espoirs et se rassurer en chantant, en murmurant, à la limite se confier à l'enfant sorti de ses entrailles. Au Maghreb et au Moyen-Orient, les allusions à la nuit sont rares. Contrairement aux berceuses françaises, la nuit représente l'inquiétude. Elle est plutôt réservée aux chansons d'amour pour adultes. Quelquefois, nous rencontrons dans les berceuses orientales des marques d'attachement tenant à la personne qui les susurrent telles que : "mon coeur, ma vie, mon foie, la lumière de mes yeux, mon souffle". D'autres, sont rattachées aux mets et aux sucreries. Dehors, la pluie pleure. Dans ta boite à trésors. Dors calmement. Il vaut mieux dormir longtemps. Oh ! Alors chut !

Dans les berceuses villageoises, les promesses sont différentes. Dans le passé, les mères ne travaillaient pas hors de la maison. La berceuse, cette littérature miraculeuse, apaisante et somnifère est la première littérature pour l'enfant. Il profite de sa forme, de son rythme et de sa musicalité bien avant d'apprendre à parler et de commencer à marcher".

Berceuses et Histoire : Échos des Temps Difficiles

Les berceuses ne sont pas exemptes des échos de l'histoire. Quand l'étau se resserre sur les communautés des Juifs des pays de l'Est, menacés dans leur existence même par les persécutions, les berceuses qui nous sont transmises restent très nombreuses. Comme si l'enfant devenait l'objet particulier de l'attention, des soucis, de la pitié de la mère. Elles n'ont pas le droit de garder leurs bébés avec elles. Ceux-ci sont cachés et les mères chantent le danger : l'enfant doit se taire sous peine d'être découvert. Mordchai Gebirtig est né à Cracovie en Pologne le 4 mai 1877. Il est mort au ghetto de cette même ville le 4 juin 1942 abattu d'une balle dans la nuque pour avoir refusé l'ordre de déportation. Nul ne peut rester insensible à l'émotion qui se dégage du Ponar lied : "schtiler, schtiler". La "Chanson de Ponar" évoque l'assassinat de 70 000 juifs du ghetto de Vilnius, la Jérusalem du Nord, dans la forêt de Ponar situé à huit kilomètres de Vilnius en Lituanie. Ne te réjouis pas mon enfant, ton rire pourrait nous trahir. Pas plus qu'une feuille ne survit à l'automne. Certaines berceuses sont parfois négatives ou désagréables. Elles évoquent des êtres méchants, effroyables comme le croquemitaine en France ou le Babaou en Tunisie, personnage non identifié jusqu'à nos jours, sinon dans l'imaginaire ou par le ton menaçant que prend la mère en prononçant ce mot. Pendant que ta mère est aux champs, enfant noir. Chacapumba,chacapumba,chacapumba. Habillée de deuil oh oui ! Sans être payée oh oui ! Dors, dors enfant noir. Et il te mordra.

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La Berceuse Cosaque : Un Chant d'Espoir et de Promesses

Pour terminer avec ce genre, assez particulier, de berceuses, voici l'une des plus fameuses du poète russe Mikhaïl Lermontov (1814-1841) dédiée, apparemment, aux enfants et dont le plus célèbre passage est le suivant : "Le méchant tchétchène rampe sur la berge, aiguise son couteau". Néanmoins, ils sont fréquemment cités. Dors, mon petit, dors, n'aie point peur. Hardi, tu chausseras l'étrier, tu t'armeras. J'ornerai ta selle de guerre de soie brodée. Dors, mon enfant, dors, mon chéri. Je sortirai. Ah ! Do-do, do-do.

La mélodie du sommeil est chantée par une seule personne, qui n'est pas accompagnée d'un instrument. Son mouvement est régulier, son rythme simple et exprimé dans une tessiture plutôt grave. Une mélodie descendante ramène la détente. Les tonalités sont essentiellement mineures, signe de repos, de mélancolie, voire de tristesse.

La Berceuse dans l'Art et la Musique

Si le nom de "berceuse" fait immédiatement penser à la berceuse en Ré bémol Majeur de Chopin, la berceuse sur un vieil air de Bizet, la berceuse de Donizetti, "le marchand de sable" de Brahms, la berceuse de Solveig de Grieg, "dors ami" de Massenet l'on découvre vite qu'il y en a bien d'autres. Certains mouvements d'oeuvres classiques tels que la romance de "la petite musique de nuit" de Mozart, les adagios des concerti pour piano et orchestre de Mozart et de Beethoven, sans oublier le "somnifère" adagio d'Albinoni peuvent apaiser les petits, même les plus agités.

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