La berceuse cosaque russe, bien plus qu'une simple mélodie enfantine, est un reflet des complexités historiques et culturelles de la Russie. Elle incarne les relations parfois tumultueuses avec ses voisins, les dynamiques de pouvoir internes et l'évolution des relations internationales. Cet article explore l'histoire de cette tradition musicale, son contexte politique et son impact sur la culture russe.

Contribution et Portrait : Le Contexte Historique

« Le méchant Tchétchène rampe sur la berge, aiguise son couteau. » Ce vers, tiré de la Berceuse Cosaque de Lermontov (1840) illustre la méfiance historique des Russes envers les montagnards du Caucase. Cette méfiance, enracinée dans des siècles de conflits et de tensions, se retrouve souvent dans l'art et la littérature russes. Aujourd'hui, les Tchétchènes sont fidèles à Moscou par l’intermédiaire de leur président, Ramzan Kadyrov.

Ramzan Kadyrov est le fruit de la guerre, qui a présidé à sa destinée. Son père Akhmad, premier chef du gouvernement tchétchène prorusse en 2000, a été auparavant chef indépendantiste pendant la première guerre de Tchétchénie et mufti (chef religieux) du pays. C’est dans le cadre de ses fonctions qu’il a appelé au Djihad contre la Russie pendant la Première Guerre de Tchétchénie (1994-1996) avant de se rallier à Vladimir Poutine dans le cadre de la Deuxième (1999-2009). Il est assassiné en 2004 dans un attentat à la bombe. Suite à cet épisode, c’est la première fois que Ramzan apparaît à la télévision nationale : il rencontre Vladimir Poutine à Moscou, encore sous le choc, en survêtement. Un quasi-serment de fidélité envers son nouveau suzerain. C’est au profit du maître du Kremlin que Kadyrov va devenir le chef local de la sécurité pour mettre en place son propre Djihad contre les assassins de son père et les indépendantistes tchétchènes : c’est la naissance des Kadyrovtsy. Ils sont regroupés principalement dans la Rosgvardiya, la Garde nationale russe, au sein du « 141e régiment motorisé spécial nommé d’après le héros de la Fédération de Russie Akhmad Kadyrov » ; hommage au géniteur du président tchétchène. Il s’illustre dans le commandement des opérations de contre-insurrection et devient très vite indispensable. Il est décoré en 2004 par Vladimir Poutine de la médaille du Héros de la Russie, plus haut titre honorifique du pays. En 2005, il remplace Sergueï Abramov, empêché suite à un accident de voiture, dans le fauteuil de Premier ministre. En 2007, le président Alou Alkhanov est rappelé à Moscou et Kadyrov est appelé aux affaires pour un intérim qui finit par s’officialiser.

L'Ère Poutine et les Relations Internationales

31 décembre 1999. Si dans le monde entier le champagne a un arrière-goût d’angoisse du bug de l’an 2000, pour les Russes, la gueule de bois dure depuis quelques années. En cause ? La présidence - depuis le 25 décembre 1991 - de Boris Eltsine, premier président de la Fédération de Russie. Faut dire qu’avec le temps, le patron s’est fatigué d’alcool et ses discours, bouche pâteuse regards vitreux, n’impriment plus. La crise économique fait rage, la population peine à se nourrir et certains défilent même pour un retour de Joseph Staline. Mais, dans un couloir du Kremlin, un homme jubile : Vladimir Poutine, quarante-six ans au compteur, passé par le KGB et vice-Président de la Fédération. C’est Tatiana Diatchenko, la fille d’Eltsine, qui vient de le lui confirmer : c’est son heure ; dorénavant le pays sera réglé à sa montre, du décompte il s’en fiche.

Jacques Chirac - Vladimir Poutine : un mariage heureux (1999-2007)

Tout de suite, le président français Jacques Chirac se réjouit de cette nomination. Très vite, les deux compères se lient d’amitié. La France fait confiance au Kremlin, lequel lui rend bien, et c’est en 2003 que la lune de miel franco-russe a lieu. Les États-Unis et le Royaume-Uni décident d’envahir l’Irak de Saddam Hussein sur un mensonge, mais que nenni pour le couple Chirac-Poutine ! La France est contre l’ingérence et se méfie des justifications américaines et la Russie, de par son statut de superpuissance, fait tampon pour protéger la France d’un potentiel retour de bâton des Etats-Unis. Dès lors et pour les vingt-trois ans à venir, France et Russie seront liées par une vision des relations internationales commune : le réalisme. Les règles sont simples : la structure internationale est anarchique, les pays sont ennemis par essence - mais peuvent être « amis » selon leurs intérêts propres, jamais communs -, et ce qui est communément appelé « la balance des pouvoirs », c’est-à-dire la force avec laquelle un pays peut dominer l’autre, doit être équilibrée pour éviter un conflit armé. En résumé, plus un pays s’arme (ou est doté d’armes puissantes) plus l’autre doit augmenter sa puissance militaire pour ne pas se faire dominer, ce qui, selon la notice, met en place une « balance des pouvoirs » et donc, de fait, un statuquo. Mais, entretemps, les intérêts se font communs : la Russie s’est ensevelie dans la guerre de Tchétchénie (1999, et que Chirac dénonce sous le régime Eltsine, créant un incident diplomatique à l’époque) et combat inlassablement le terrorisme islamiste ; la France soutient les Américains après le 11 septembre 2001, bien qu’entre temps, guerre de Yougoslavie oblige, l’islamisme s’implante dans l’hexagone à l’instar du gang de Roubaix qui a sévit de 1993 à 1997. Un peu plus tard, en 2003, alors que l’Union Européenne commence à s’inquiéter d’un péril extérieur au vu des attaques successives contre l’Occident, elle décide d’élargir - avec le traité d’Athènes - son « club des dix » en « club des vingt-cinq », et organise, par la même occasion, une zone mêlant défense et économie. Jacques Chirac, se rappelant aux principes gaullistes de la géopolitique, sent le bon coup et tente d’ouvrir la (petite) porte à Vladimir Poutine, fidèle à sa conception d’un partenariat entre différentes nations souveraines. Son but : ramener Moscou dans le giron européen pour créer des partenariats qui bénéficieraient à la France d’abord, lui enlever un peu de sa puissance ensuite. Mais la Russie a son propre agenda, des États vassaux à l’Est qu’elle veut continuer à dominer et, face aux réticences de certains pays membres (hormis l’Allemagne qui encourage aussi ce rapprochement par le biais de Gerard Schroeder), ce pacte ne verra jamais le jour. Loin d’entériner les bons rapports entre la France et la Russie - Poutine est tout de même séduit par les efforts de Chirac pour l’intégrer -, le président français va plus loin en offrant en 2006 la légion d’honneur au désormais dictateur russe, lequel lui rendra la pareille en juin 2008 - alors sous la présidence fantoche de Dimitri Medvedev -, en décorant le corrézien du prix de l’État de la Russie (catégorie « humanitaire »), la plus haute des distinctions du pays. À la mort de Jacques Chirac en 2019, Vladimir Poutine parlera de lui comme d’un « dirigeant sage et visionnaire ayant toujours défendu les intérêts de son pays […] un véritable intellectuel, un vrai professeur ».

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Nicolas Sarkozy - Dmitri Medvedev : la Géorgie, ciment du couple (2007-2012)

Quatre bourdonnements, puis le silence : Anna Politkovskaïa, journaliste russe spécialiste du conflit tchétchène et opposante politique au pouvoir en place, est assassinée le 7 octobre 2006 dans la cage d’escalier de son immeuble moscovite. Sur place, les enquêteurs retrouvent les douilles, mais aucun tireur, pas plus de témoins. Mais cela, c’était sans compter sur le nouveau président français Nicolas Sarkozy, élu le 16 mai 2007 et qui, pour son tout premier bol d’air international - le G8, 7 juin 2007 -, décide de s’entretenir avec son homologue russe avant une conférence de presse face à un parterre de journalistes, stylos aiguisés, prêts à « poser les questions qui fâchent. » Alors que l’ancien maire de Neuilly était arrivé confiant, le voilà, après ce très court échange avec Poutine, chancelant, nerveux, sonné, si bien que la presse s’amusera le soir-même à lancer une rumeur de biture à la vodka entre les deux hommes. Il n’en est rien. Nicolas Sarkozy vient seulement de se faire rabrouer par le dictateur. Son tort ? Avoir demandé des clarifications sur la Tchétchénie et l’assassinat de la journaliste…

Le 2 mars 2008, Dmitri Medvedev, le plus proche des collaborateurs de Vladimir Poutine est élu à la tête de la Russie. Le président sortant, ne veut pas défaire la constitution - en mauvais souvenirs de l’URSS -, laquelle ne permet pas d’effectuer plus de deux mandats consécutifs et envoie son double sur le devant de la scène, bien qu’il reste « chef du gouvernement », évidemment. Très vite, Nicolas Sarkozy voit une opportunité de se montrer sur la scène internationale, s’empare de dossiers géopolitiques complexes (libération d’infirmières bulgares en Libye par exemple) et adopte une stratégie interventionniste, comme ce fut le cas dans le conflit opposant la Russie à la Géorgie. A cette époque, l’Ossétie du Sud, petit territoire au Nord de la Géorgie et indépendant depuis 1992, est disputé par Tbilissi et seule la Russie reconnait cette autonomie, au grand dam de la communauté internationale. Les tensions sont vives et en août 2008, la Géorgie envoie l’armée afin de reprendre contrôle du territoire. La Russie envoie à son tour ses hommes. Bilan ? Les troupes de Mikheil Saakachvili sont rapidement repoussées et Moscou déclare l’Ossétie du Sud indépendante malgré les menaces de la communauté internationale.

Nicolas Sarkozy, sous l’impulsion de l’Union Européenne, prend alors un avion pour Moscou et rencontre Dmitri Medvedev en un espoir de le convaincre de signer le cessez-le-feu, document déjà signé par Mikheil Saakachvili. Or, si le monde regarde avec cynisme ce président français trop ceci, pas assez cela, un accord de paix voit finalement le jour entre la Géorgie et la Russie, et ce même si cette dernière continue, encore aujourd’hui, à déclarer le territoire indépendant. Le 29 août, la Géorgie rompt ses relations diplomatiques avec la Russie. Cet épisode, scellera l’amitié entre Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev : dorénavant, la France est perçue comme une puissance courageuse et stratégique pour la Russie, qui n’hésite pas à le déclamer lors des visites à l’étranger. Les deux présidents s’inviteront également à maintes reprises afin de discuter des droits de l’homme, de démocratie et de rapprochements potentiels. La Russie dorlote Paris car elle lui permet de redorer son image en Occident et la France, pas en reste, caresse Moscou pour poser quelques conditions au cas où l’Union Européenne pencherait trop du côté de l’Allemagne et donc des Etats-Unis.

Hollande, Macron et Poutine : incompatibles par nature ? (2012-2017)

La crise syrienne fait rage depuis près d’un an déjà lorsque François Hollande est nommé chef de l’Etat le 15 mai 2012. Huit jours plus tôt, Vladimir Poutine était réélu président de la Fédération de Russie. Un rendez-vous est rapidement fixé à Paris le 27 février 2013 mais, contrairement à Jacques Chirac, le courant ne passe pas entre les deux homologues : François Hollande, qui se veut fidèle à son programme progressiste, voit en Vladimir Poutine un dictateur violent et sans scrupules, et pour le Russe, François Hollande représente tout ce qu’il méprise.

21 novembre 2013. Dans les rues de Kiev, de nombreux habitants se révoltent contre le gouvernement de Viktor Ianoukovytch lequel a refusé un accord dit « d’association » avec l’Union Européenne au profit de la Russie. Répondant au nom d’ « Euromaïdan », cette manifestation sera violemment réprimée par le pouvoir en place, si bien que du 18 au 23 février 2014 des émeutes ont lieu dans la capitale ukrainienne. Résultat : Viktor Ianoukovytch est destitué et c’est Oleksandr Tourtchynov qui le remplace. Or, au Kremlin, cette annonce met Vladimir Poutine hors de lui et il décide, le 26 février, d’envahir la Crimée, une péninsule au sud de l’Ukraine et devenue autonome en 1991 à la suite de la chute de l’URSS. La communauté internationale s’en émeut et la France se joint à elle pour condamner les actions du chef de l’Etat russe. Face au tollé, un référendum populaire est organisé le 16 mars, sur « le rattachement de la Crimée à la Russie », et le « oui » l’emporte à 96%. La Russie jubile mais l’ONU comme l’Union Européenne (France en tête de cortège) refusent de bénir cette alliance. S’en suite de lourdes tensions entre François Hollande et Vladimir Poutine, à tel point que le président français refuse de livrer deux porte-hélicoptères Mistral, commandés par Moscou en 2010.

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Quelques mois plus tard, la guerre du Donbass fait rage à l’Est de l’Ukraine, entre ukrainiens et séparatistes pro-russes, ce qui entrainera une nouvelle intervention de la communauté internationale. La France participe aux discussions et le 5 septembre 2014, un accord de cessez-le-feu est signé. Il ne durera que quelques semaines et en février 2015, François Hollande et Angela Merkel font le déplacement en Ukraine pour que la Russie et l’Ukraine acceptent, une bonne fois pour toute, le cessez-le-feu du 5 septembre. Vladimir Poutine en gardera un souvenir froid et dira qu’il aurait aimé discuter avec les séparatistes, une pique lancée en direction de la France et l’Allemagne. Par la suite, le président russe annulera une visite à Paris où une cathédrale orthodoxe devait voir le jour.

Et Emmanuel Macron dans tout cela ? Entre lui et le maître du Kremlin, les relations sont en demi-teintes. Vladimir Poutine avait très mal pris les critiques de son homologue français, critiques qu’il lui avait adressées le 27 mai 2017 à Versailles quant à sa vision de la démocratie et notamment la liberté de la presse, fustigeant Sputnik et Russia Today qu’il a qualifiés d’ « organes de propagande durant la campagne ». Malgré cela, le chef de l’Etat russe ne lui en tiendra pas rigueur et des accords, bien que sommaires et rares, se font entre Moscou et Paris. Mais, comme du temps de François Hollande, la crise en Ukraine créé des tensions entre la communauté internationale et la Russie et Emmanuel Macron doit se positionner.

Le Chant Choral dans la Culture Slave : Un Aperçu Plus Large

Pour parler de chant choral dans la culture slave, il convient tout d'abord de cerner ce qui caractérise cette dernière. Quelle est l'étendue de sa sphère d'influence ? Quelles sont ses spécificités ? À partir du VIᵉ siècle, les langues et la culture slaves se répandent sur trois zones de régions d'Europe et d'Asie. Tout d'abord, la première zone comprenant la Russie, la Biélorussie et l'Ukraine. Ensuite, la seconde zone, où s'étend également la culture slave, comprend la Pologne, la Tchéquie et la Slovaquie. Enfin, une troisième zone se retrouvera sous influence slave, il s'agit de la région couvrant les Balkans (Serbie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Slovénie, Macédoine du Nord et Bulgarie). Pour cette dernière zone, de multiples influences vont intervenir. D'un côté, l'influence orthodoxe, mais aussi, une influence catholique (côtes dalmates et Slovénie). Tout d'abord, il faut souligner que la culture est très diversifiée. Etant donné les influences plus particulières connues dans les différentes zones décrites ci-dessus, cela n'est évidemment pas étonnant. Dès lors, les religions s'y implanteront de manière diverse comme nous l'avons souligné ci-dessus. Bien sûr, les rites et traditions religieuses s'en trouveront largement différentiés. Cela étant, cette diversité va se retrouver dans les traditions et dans les différents folklores. Sans compter, les traditions païennes qui préexistaient avant les différentes formes d'évangélisations et qui demeurent parfois bien présentes. Il faut savoir que dans les premiers siècles du développement de la religion orthodoxe, la polyphonie était interdite. Dès le Xᵉ siècle, la tradition musicale se répandit notamment avec le chant Znamenny qui se chantait à l'unisson avec sa propre notation musicale. Dans l'Empire Russe, ce n'est qu'au XVIIᵉ siècle que la musique va se laisser toucher par les sirènes de la musique polyphonique de l'Europe occidentale. C'est en Pologne que ces premiers musiciens de langue slave vont s'employer à composer de la musique chantée à plusieurs voix. À la fin de la Renaissance, le plus illustre d'entre eux sera Waclaw z Szamotul (c. 1524 - c. 1560). Peu après, il sera suivi par le Palestrina polonais, Bartlomiej Pekiel ( ? - 1670 ?) et son Magnum nomen Domini dans la plus pure tradition baroque. À sa suite, viendra un autre musicien baroque polonais, Gerwazy Gorczycki (1667 ? - 1734) dont nous vous présentons le Stabat Mater.

Mais comme nous l'avons souligné plus haut, dès le XVIIᵉ siècle, la musique polyphonique européenne va percer le mur de la musique orthodoxe dans l'Empire Russe. Un des premiers qui va apporter cette révolution est Nikolaï Diletsky (1630 - 1690), un ukrainien. En plus d'être compositeur, il est un formidable théoricien de la musique. En effet, il est célèbre pour son traité de Grammaire musicale, mais surtout pour l'invention du fameux "cycle des quintes". Peu après, son élève et admirateur Vassily Titov (vers 1650 - vers 1715) écrira notamment un Mnogaya leta (Многая лета). En fait, celui-ci est un chant traditionnel russe et slave issu du Polychronion. Par après, cet hymne de célébration sera repris pas de nombreux compositeurs et deviendra dans l'influence orthodoxe l'équivalent de notre "Joyeux Anniversaire". Dès la fin du XVIIIᵉ siècle, la musique polyphonique slave va être emportée par le tourbillon d'une musique romantique vibrante, émotionnelle et expressive. Toutefois, c'est encore un ukrainien qui dans l'Empire Russe va tracer la voie. Il s'agit de Dmitry Bortniansky (1751 - 1825). Une des spécificités de la musique romantique du XIXᵉ siècle est qu'elle va s'inscrire dans l'exacerbation des identités nationales. En effet, la montée des nationalismes à cette époque a profondément influencé la musique. De diverses manières, cela se manifesta aussi dans la sphère des cultures slaves. Tout d'abord dans l'Empire Russe où Mikhail Strokine (1832 - 1887) fut un des premiers à faire émerger l'âme russe dans ses compositions. Notamment, dans son Slava v vychnih Bogou. À sa suite, naîtra le fameux Groupe des Cinq prônant une musique spécifiquement nationale basée sur les traditions populaires. Parmi ces cinq compositeurs, Mili Balakirev (1837 - 1910) et son cantique orthodoxe Svyshe prorotsy. De même que Nikolaï Rimsky-Korsakov (1844 - 1908) et son fameux "Notre Père" (Otche Nash). Mais, ce courant nationaliste ne concerne pas que l'Empire Russe. En effet, il va se manifester dans les autres zones de la culture slave, comme ce fut le cas en Pologne avec Chopin. Plus particulièrement, elle fut un moteur pour les compositeurs tchèques. À l'image d'Antonin Dvorak (1841 - 1904) dans son Gloria de la Messe en Ré. Ou de Leos Janacek (1854 - 1928) dans sa chanson à 4 voix Jarni. Dans les Balkans, elle sera présente aussi dans la musique.

Dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, à la suite de ces initiateurs du retour à l'inspiration populaire, toute une série de compositeurs vont entretenir cette vague romantique. À noter que celle-ci va se manifester tout particulièrement dans la création d'hymnes, de psaumes et de prières dans la liturgie orthodoxe. Parmi les continuateurs de la tradition romantique, nous commencerons par Sergueï Taneïev (1856 - 1915) et son hymne Cherubimskaya Pesn’. Ainsi qu'Alexandr Glazunov (1865 - 1936) et son Plottyu zasnuv. D'autres encore continuent à surfer sur cette veine, comme Viktor Kalinnikov (1870 - 1927) qui prie la Vierge Marie dans son Bogorovitse Dyevo. Pour ce qui est de l'exilé Nicolas Kedroff (1871 - 1940), il propose une autre version du Notre Père (Pater Noster). Quant à Pavel Tchesnokov ou Chesnokov (1877 - 1944), il nous livre une autre version du Cherubimskaya Pesn'. Retenons aussi l'ukrainien Mykola Léontovych (1877 - 1921) et sa version de l'Otche Nash (Notre Père). Refermons ce chapitre avec deux derniers compositeurs extérieurs à l'Empire Russe. D'un côté, le bulgare Dobri Hristov (1875 - 1941) dont nous proposons le psaume Blagoslovi dushe moia Gospodi.

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Avec le passage au XXᵉ siècle, d'une part l'Empire Russe s'écroule suite à la Révolution d'Octobre. Mais d'autre part, la musique bouge également avec tout le mouvement moderniste qui traverse la musique occidentale. Nous pensons plus particulièrement à deux d'entre eux. Pour le premier, il s'agit de Sergueï Prokofiev (1891 - 1953). Alors qu'il possède un style musical très complexe et personnel, dans sa version de Mnogaya leta, il revient à un style plutôt "orthodoxe" (sans jeu de mots). Pour les besoins du film d'Eisenstein "Ivan le Terrible", il utilise cette incantation dans un style volontairement plus académique et plus pompeux. Pour le second, il s'agit de son aîné Igor Stravinsky (1882 - 1971) dont nous proposons une composition de sa période néoclassique. Par contre leur contemporain Dmitri Chostakovitch (Shostakovitch) (1906 - 1975), resta dans une lignée moins révolutionnaire.

Dans ce dernier chapitre de ce tour d'horizon du chant choral dans la culture slave, la Valse n° 2 de Chostakovitch nous amène directement à traiter de la musique populaire en elle-même. Tout d'abord, nous commencerons par la musique populaire russe en elle-même. Mais cette musique populaire se manifeste de manière un peu différenciée lorsqu'elle émerge en Ukraine. En effet, lors de la Révolution de 1917, un mouvement insurrectionnel libertaire y a vu le jour. Reprenant un air populaire russe, la Makhnovtchina est une adaptation française commémorant ce mouvement révolutionnaire. Mais, l'Ukraine est réputée pour sa tradition de célébration de Noël. En matière de musique populaire slave, on ne peut passer outre celles qui nous viennent de Bulgarie et de la région serbo-croate. Avec des mesures irrégulières et des rythmes syncopés, ces chansons nous invitent souvent à entamer un pas de danse. Pour la première, elle fut rendue célèbre par les fameuses "Voix Bulgares". Ainsi, nous pouvons découvrir cette tradition spécifique avec deux morceaux : Polegnala e Todora et Tragnala Rumjana.

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