Introduction
L’économie sociale et solidaire (ESS) représente un modèle alternatif de développement économique, fondé sur des valeurs de solidarité, d’égalité et d’indépendance économique. Ce secteur diversifié, regroupant des mutuelles, des coopératives, des associations et d’autres structures, joue un rôle important dans la satisfaction des besoins sociaux et le développement territorial. L'article explore l'histoire des formes d'économie sociale et solidaire à Rouen et dans sa région du XIXe siècle à nos jours. On s’interrogera notamment sur le rôle pionnier joué, à l’échelle régionale, par certaines entreprises et institutions de l’économie sociale.
L'Économie Sociale et Solidaire : Définition et Principes Fondamentaux
L’économie sociale et solidaire rassemble différents groupements fonctionnant sur des principes d’égalité de personnes (1 personne, 1 voix), de solidarité entre ses membres et d’indépendance économique. Leur finalité n’est pas la rémunération du capital mais la satisfaction de besoins sociaux. Il s’agit en fait d’un secteur très diversifié qui peut comprendre aussi bien des sociétés mutuelles (santé ou assurance), des entreprises coopératives de consommation ou de production, des banques coopératives ou encore des associations d’insertion. Globalement on estime que l’économie sociale et solidaire représente aujourd’hui en France 220 000 employeurs et plus de 2,5 millions de salariés. Par leurs activités, les entreprises et associations du secteur peuvent concerner encore davantage de personnes. Ainsi la Fédération nationale de la Mutualité française revendique 38 millions de sociétaires et les banques coopératives ou mutualistes, comme les caisses d’épargne ou le Crédit agricole, détiennent des millions de comptes de clients ou d’usagers.
Diversité et Enjeux de l'ESS
Cette diversité même peut faire débat dans la mesure où elle n’est pas exempte de dérives du fait du rôle grandissant de la finance et de la « marchandisation » de la société. En réaction à cette évolution, à plusieurs reprises, l’économie sociale et solidaire est apparue comme une perspective de renouveau d’une vision autre de la société.
Rouen et sa région : un terrain fertile pour l'ESS ?
On tentera de mesurer et d’analyser le développement particulièrement marqué des formes d’économie sociale et solidaire à l’échelle de Rouen et de sa région, tout en s’efforçant de comparer cette histoire avec celle d’autres régions en France et à l’étranger.
Pertinence de l'échelle locale et régionale
Dans quelle mesure l’échelle locale et régionale est-elle pertinente pour l’histoire de l’économie sociale ? On s’interrogera en particulier sur l’existence d’autres régions, en France et à l’étranger, historiquement marquées par le phénomène coopératif et mutualiste, comme le Nord, le Jura, l’Alsace, la Champagne ou encore les Charentes mais aussi, par exemple, le Limbourg belge, les cantons alémaniques suisses, la vallée de Mondragón au pays basque ou le pays de Bade en Allemagne. À cette échelle locale et régionale, quels sont les secteurs d’activité qui ont historiquement concentré à Rouen et dans sa région, mais aussi dans d’autres régions françaises ou étrangères, le développement des expériences d’économie sociale et solidaires ?
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Facteurs d'implantation et d'essor
Quels sont les facteurs culturels, politiques, économiques et sociaux de l’implantation et de l’essor des entreprises de l’économie sociale à Rouen et dans sa région ? En comparaison, quels sont les facteurs à l’origine du développement du secteur mutualiste dans d’autres régions de France et à l’étranger ? Un modèle historique et territorial de développement commun aux différentes formes d’économie sociale peut-il est dégagé ?
Bilan de la croissance du secteur
Quel bilan peut-on dresser de la croissance du secteur de l’économie sociale à Rouen et à l’échelle des autres régions de l’économie sociale et solidaire, sur plus de deux siècles ?
La mutualité : un pilier de l'économie sociale
Une entreprises est classiquement fondée sur l'apport d'un capital financier pour exercer une activité qui va permettre son accroissement. La mutualité fonctionne selon des principes fort différents. Ce monde, celui que construit la solidarité des personnes, a toujours existé à coté de celui qu'organisent les "possédants". Des penseurs de l'époque ont analysé ces évolutions. Une mutuelle d’assurances est, légalement, une « société de personnes » ce qui la différencie des « sociétés de capitaux ». Comment cela peut-il fonctionner ? On peut découvrir un petit film de l'INA de 1984 avec la participation de M. On a pu observer dans l'Histoire que les épisodes catastrophiques peuvent se révéler des catalyseurs de solidarité. On peut en trouver ici des éléments confirmatifs.
Le mutualisme agricole : un exemple précoce
Dès le début du siècle c'est ainsi le milieu agricole et apparenté qui a été porteur du mouvement mutualiste de la région. En plus de la Caisse d'assurance des agriculteurs eux-mêmes d'ailleurs, c’est en 1909, à Javarzay dans les Deux-Sèvres, lors d’une foire aux bœufs, qu’est née l’idée de créer une Mutuelle d’Assurances couvrant la responsabilité des professionnels de la viande : la Mutuelle des Marchands de Bestiaux. Terrain propice, donc, mais cela n'explique pas tout, loin de là.
La crise des années 30 et le renforcement de la solidarité
Les temps difficiles exigent de la solidarité, comme on l’a vu plus haut pour la mutualité agricole. Et les « années 30 » ont été une mauvaise période. Crise économique de 1929, niveau de vie en baisse, chômage… En Italie le parti fasciste amène Mussolini au pouvoir, en Allemagne Hitler est nommé Chancelier. En France, des ligues factieuses d'extrême droite tiennent le haut du pavé.
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L'essor des mutuelles niortaises
Dans le cadre de cette reprise d'activité d'une période que l'on appellera celle des "30 glorieuses " (Jean Fourastié) il faut noter la création, à Niort, dès 1947, de la CAMIF, coopérative de consommation des adhérents de la MAIF. Destinée au début à permettre le financement d'une Caisse de solidarité des Instituteurs, complémentaire des garanties d'assurances, le rapide accroissement du champ des garanties rendra cet objectif obsolète. La Coopérative connaîtra plus de cinquante ans de fort développement. Toutefois, en 2008, une grave crise entraînera sa dissolution. En 1960, un industriel local, M. Jacques Mathé obtient le concours d'un haut fonctionnaire du corps de contrôle des assurances au Ministère des Finances, polytechnicien, qui est M. Jacques Vandier et ils fondent la MACIF (Mutuelle d'Assurance des Commerçants et Industriels de France). Enfin, dernière née des Mutuelles niortaises, la SMACL (Société Mutuelle Accidents des Collectivités Locales) est créée en 1974 à l'initiative du Maire de Niort de l'époque, M. René Gaillard, avec l'aide notamment du Directeur Adjoint de la MAIF de l'époque, M. Ainsi, la CAN (Communauté d'Agglomération de Niort) doit beaucoup, pour son développement économique, à ces aventures humaines, à ces engagements qui, s'ils n'ont pas chaque fois eu le même fondement politique, la même tonalité anticapitaliste que celle des fondateurs de la MAIF, n'en sont pas moins éloquents.
Le rôle du Crédit Mutuel dans la mutualité de crédit
La seule dénomination de « banque mutualiste » pose d’emblée la question de l’acceptation d’une juxtaposition possible de la dimension économique, financière indissociable du système bancaire et du caractère social, solidaire de la mutualité. La survivance de structures spécifiques à la mutualité de crédit telles qu’elles existent au sein du Crédit Mutuel est le résultat d’un processus historique de construction de cette identité singulière.
L'inspiration du modèle allemand de Raiffeisen
Le mouvement français d’épargne et de crédit aujourd’hui devenu le Crédit Mutuel va s’inspirer à la fin du XIXe siècle du modèle chrétien allemand de Raiffeisen. Revenir sur les caractéristiques du mouvement Raiffeisen permet de mieux comprendre ce qui va favoriser l’importation de pratiques d’encadrement du crédit adaptées au contexte rural français.
Raiffeisen et la lutte contre l'usure
Frédéric-Guillaume Raiffeisen, jeune bourgmestre nommé par le gouvernement à Weyerbush, aidé du pasteur Muller « lance un défi à un mal qu’il va combattre avec acharnement, un mal qui corrode la campagne : l’usure5 ». Sa démarche s’inscrirait alors plutôt dans ce que Henri Desroche appelle le « frémissement d’un réveil missionnaire intérieur au protestantisme allemand7 ».Au début des années 1860, face aux limites évidentes en terme de moyens, d’encadrement et de financement des institutions de bienfaisance, il met en place à Heddesdorf une « société de caisse de prêts » et affirme désormais que « l’unique moyen de vaincre l’égoïsme est la pratique du christianisme dans la vie publique8 ». Il s’engage alors dans une véritable activité littéraire et éditoriale autour de cette volonté de plus en plus affirmée de promouvoir l’éducation des sociétaires par l’exercice du mutualisme.
Le modèle Schulze-Delitzsch
Le développement d’un courant plus libéral d’encadrement coopératif du crédit marque en effet la fin du XIXe siècle. Il est porté par Hermann Schulze, qui crée en 1850 à Delitzsch en Saxe un Comptoir d’avances (Vorschussverein) première organisation de crédit populaire. Ce mouvement appelé « Schulze-Delitzsch » pose comme principe fondateur : « l’amour du gain est à la base de tout progrès matériel et moral19 ». Destinés à la petite bourgeoisie urbaine et rurale, les Comptoirs d’avance visent en premier lieu à encourager les associés au travail et à l’épargne, ce qui abonde largement dans le sens d’une éthique de la besogne propre au protestantisme ascétique et donc profondément éloignée des principes catholiques évoqués précédemment.
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