Françoise d'Aubigné, plus tard connue sous le nom de Madame de Maintenon, incarne une figure fascinante de l'histoire française. Son parcours, des geôles de Niort jusqu'aux cercles les plus intimes du pouvoir royal, témoigne d'une intelligence, d'une persévérance et d'un sens politique hors du commun. Son histoire est intimement liée à celle de Louis XIV et de sa cour, et son influence, bien que discrète, a marqué le Grand Siècle.
Une naissance modeste dans l'adversité
Quand elle naît en 1635 à Niort, les fées ne se penchent assurément pas sur le berceau de Françoise d'Aubigné, petite-fille d'un compagnon d'Henri IV (et auteur à ses heures, qui signera notamment un recueil intitulé Les Tragiques), Agrippa d'Aubigné. Françoise d'Aubigné ou d'Aubigny, marquise de Maintenon, naquit le 27 novembre 1635, dans les prisons de la conciergerie de Niort. C'est un singulier berceau pour celle qui devait s'élever un jour presque sur le premier trône du monde.
Son père purge alors une peine de prison à Niort et l'enfant naît dans la prison de la ville. Sa mère est la fille d'un geôlier séduite par Constant d'Aubigné alors qu'il était emprisonné à Bordeaux. Françoise est le deuxième enfant du couple : elle a un frère aîné et un puîné, qui naîtra dix-huit mois après elle. Son enfance est modeste, marquée par l'indifférence d'une mère trop occupée à faire bouillir la marmite tandis que son mari est en prison et par une parenthèse presque enchantée dans les Antilles, dont Françoise tirera plus tard son surnom de « Belle Indienne ».
Le retour en France après la mort de Constant d'Aubigné est amer : ballottée entre sa marraine, le château de Mursay où elle vit auprès de cousins protestants, les Villette et différents couvents dont elle gardera un souvenir amer, elle est adolescente quand elle découvre Paris pour la première fois.
Disputée entre les deux confessions, elle voulut qu'on fît débattre la question en sa présence par deux théologiens, l'un catholique, l'autre protestant, pour se décider ensuite en connaissance de cause. Il était admis que Françoise, baptisée au prêche de Niort, fut élevée par sa tante dans la religion protestante qu'elle abjura après avoir été instruite dans la religion catholique, d'abord aux Ursulines de Niort, puis aux Ursulines de la rue Saint-Jacques, à Paris.
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Le mariage avec Scarron : une porte vers la société
Là, elle y rencontre un personnage étrange et truculent, Paul Scarron, dont l'esprit est aussi vif que son corps martyrisé est souffrant. Parce que Françoise, désargentée, n'entrevoit que comme perspective d'avenir le couvent, ce qu'elle trouve peu engageant, elle accepte d'épouser Scarron, auprès duquel elle forge son esprit et fréquente les cercles littéraires qui, quelques années plus tard, alors qu'elle est devenue veuve, lui feront rencontrer Madame de Montespan.
Elle fait la connaissance de Scarron, poète infirme, dont la compagnie et l’esprit sont prisés de la belle société. Il remarque les qualités de Françoise qui devient son élève prodigue. On la désigna bientôt sous le nom de Belle indienne en référence à son voyage et au récit qu’elle en fit. Madame Scarron à « l’hôtel de l’impécuniosité *» A 17 ans, orpheline, sans famille et sans biens, elle doit choisir entre l’entrée dans les ordres ou le mariage avec Paul Scarron, de 22 ans son aîné. Elle choisit le mariage. Ce dernier expire 8 ans plus tard, en 1660 en la laissant dans la détresse. Femme d’esprit séduisante, vertueuse et inaccessible, elle trouve appui et réconfort au sein de la bonne société que fréquentait le poète défunt. * Nom donné par Paul Scarron à leur domicile parisien.
Gouvernante des enfants royaux : un tremplin inattendu
En 1669, Françoise d’Aubigné, veuve Scarron, entre « au service de Madame de Montespan », favorite de Louis XIV, en tant que gouvernante de leurs enfants illégitimes. Elle vit à l’écart de la Cour et des regards indiscrets. En 1673, les bâtards sont légitimés, Madame Scarron s’installe alors à la Cour.
Insensiblement, Françoise s'immisce dans le couple, est un témoin, direct ou indirect, de leur amour, de leurs déchirements, de leur culpabilité (contrairement à ce que l'on pourrait penser, la relation de Louis XIV et de la bouillante marquise n'est pas exempte de culpabilité religieuse)…elle devient une mère de substitution pour les enfants du couple, pallie l'indifférence de leur mère biologique par un dévouement sans bornes, devant plus qu'une gouvernante. Son affection pour les enfants, les soins qu'elle leur apporte, sa propre vie qu'elle met entre parenthèses pour le bien des petits dont elle a la charge, vont piquer la curiosité du roi : et Louis XIV qui, au départ, marque son hostilité envers la veuve Scarron et la faveur que lui témoigne Athénaïs, va progressivement revoir son jugement.
Madame de Maintenon : l'ascension discrète
Le 27 décembre 1674, suite à d’importantes gratifications pécuniaires du roi pour ses services, Madame Scarron achète la seigneurie de Maintenon et devient un an plus tard Madame de Maintenon. En 1680, elle est nommée dame d’atour de la dauphine. Elle entre progressivement dans l’intimité et le cœur du roi et renonce à un exil en ses terres.
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Aurait-on pu penser que Madame de Montespan allait être supplantée, et durablement, par la gouvernante de ses enfants, veuve d'un poète satyrique et frondeur, désargentée et d'une petite noblesse provinçiale ? Aurait-on parié, à l'époque, sur Madame de Maintenon, que le roi épouse secrètement probablement en 1683, quelques mois après la mort de la reine Marie-Thérèse ?
Françoise de Montespan et Françoise de Maintenon incarne les deux âges de la femme : l'éclat de la jeunesse à son zénith pour l'une, la douceur raisonnable de la maturité pour l'autre. L'une porte un grand nom, l'autre est née dans une cellule de prison. L'une, splendide et ambitieuse, s'attache l'amour du Roi-Soleil et lui donne sept enfants. L'autre devient gouvernante des bâtards royaux et entre dans la vie du roi. Elles ont cinq ans d'écart, autant dire qu'elles sont contemporaines, ou presque. Leur naissance et leur enfance ne les prédestinent pas à se connaître ni même à se croiser un jour. Pourtant, les deux Françoise deviendront amies puis rivales et enfin ennemies, en l'espace d'une dizaine d'années. Elles deviendront rivales pour la faveur d'un seul et même homme : Louis XIV. Et une chose est sûre, c'est que ce n'est pas sur laquelle on parierait au premier abord qui va en sortir victorieuse…
Quand elle rencontre Françoise d'Aubigné dans un cercle littéraire parisien, elles n'ont rien en commun mais se reconnaissent, une communion d'esprit les lie rapidement (« La rencontre provoque un choc réciproque. C'est un coup de foudre intellectuel. La Belle Indienne se retrouve face à une femme magnifique et impérieusement autoritaire. Intriguée, elle se rapproche d'elle, entame une conversation où l'intelligence le dispute à la culture. Athénaïs est frappée de trouver chez son interlocutrice tant de vivacité et de savoir-faire mondain. Habituée des salons littéraires et précieux, Françoise Scarron est dans son élément. Elle répond du tac au tac. Elle vient de trouver une partenaire de jeux. Les deux Françoise se fascinent réciproquement. » ) et Madame de Montespan trouve en celle qui n'est encore que la veuve Scarron un esprit capable de rivaliser avec le sien. Contre toute attente, c'est une relation d'abord amicale qui lie les deux Françoise. Alors que l'on garde plus volontiers en mémoires les années conflictuelles au moment de la faveur de Madame de Montespan et lorsque son étoile pâlit, marquant le début de l'ascension de Madame de Maintenon, elles sont d'abord deux amies liées par une confiance mutuelle. Quand la superbe et piquante Athénaïs, vers 1667, remplace progressivement Louise de La Vallière dans le cœur de Louis XIV, elle se retrouve rapidement confrontée à des grossesses : Louis XIV est un homme sensuel et les grossesses rapprochées et nombreuses deviennent le lot de toutes les favorites. Madame de Montespan, entre 1669 et 1678, donnera sept enfants au roi. Les survivants seront tous reconnus et légitimés, avant de faire de beaux mariages : ainsi Mademoiselle de Blois, qui épousera son cousin, le futur Régent ou encore sa soeur Mademoiselle de Nantes, qui épouse le petit-fils du Grand Condé. Mais au moment de leur naissance, ces enfants doivent être cachés et sont élevés loin de la Cour : c'est à ce moment-là qu'Athénaïs de Montespan pense à la douce et modeste veuve Scarron pour devenir la gouvernante des bâtards royaux, scellant leur destin à toutes deux.
L'épouse secrète de Louis XIV
En octobre 1683, quelques mois après la mort de la reine Marie-Thérèse d’Autriche, Madame de Maintenon épouse en secret Louis XIV. Pendant trente-deux ans, jusqu'à la mort du roi en 1715, Madame de Maintenon sera la compagne de la maturité et de la vieillesse, le soutien de l'ombre, indéfectible et toujours fidèle tandis que Madame de Montespan quitte bientôt la Cour pour se consacrer à des oeuvres de charité, jusqu'à la fin de sa vie, en 1707. Sa rivale gagne sur tous les plans et lui survivra même douze années, puisque Madame de Maintenon ne meurt qu'en avril 1719.
Agnès Walch raconte les destins conjoints de deux femmes qui, même devenues rivales, restent pour l'Histoire presque indissociables l'une de l'autre. La faveur d'un même homme, le roi de France, qui passe de l'une à l'autre, les éloigne irrémédiablement, mais sans jamais les séparer totalement : aujourd'hui encore, quand on pense à Madame de Maintenon, on songe aussitôt à ce tour de force qu'elle parvient à accomplir en écartant une favorite installée dans la vie du roi depuis plus de dix ans. En remontant jusqu'à leurs origines, leurs enfances respectives puis en déroulant leurs parcours qui se font toujours l'un parallèle à l'autre avant de se rejoindre et se télescoper avec violence, Agnès Walch raconte la destinée passionnante des deux Françoise mais aussi de Louis XIV. En fait, c'est le Grand Siècle qui revit sous nos yeux. Ce livre, qui n'est pas un roman, s'appuie sur une base historique plus que solide et la formation de l'auteure, qui est professeur d'histoire moderne, est évidemment une caution plus que satisfaisante ! Vous savez que vous allez lire un livre précis, bien documenté mais qui ne laisse pas de côté pour autant le plaisir de la lecture : à cela s'ajoute une plume qui ne se veut pas académique mais au contraire, chaleureuse et empathique. Les + : particulièrement instructif, ce livre, qui n'est pas un roman, nous en apprend un peu plus sur les relations complexes qui unirent Madame de Montespan et Madame de Maintenon, avant que la seconde ne supplante la première dans le cœur du roi Louis XIV.
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Saint-Cyr : un héritage éducatif
En 1685, elle fonde la Maison Royale de Saint-Louis à Saint-Cyr, un pensionnat destiné à l'éducation des jeunes filles nobles et pauvres. En 1715, à la mort du roi, elle se retire à la Maison Royale de Saint Louis à Saint-Cyr, pensionnat pour jeunes filles nobles et pauvres qu’elle a créé en 1685. Elle y décède en 1719 à l’âge de 84 ans.
Le berceau de Françoise d'Aubigné : Niort et ses mystères
Où est véritablement née Françoise d'Aubigné, future Madame de Maintenon et épouse secrète de Louis XIV ? A Niort, il a suffi d'un simple chantier de rénovation, celui de l'immeuble de l'ex-lingerie Faraud, situé rue Victor-Hugo, pour que la question taraude de nouveau les amateurs d'histoire. La Maison de Candie, redécouverte à l'occasion de ces travaux, n'a de toute évidence pas été le premier « berceau » de l'illustre marquise, contrairement à ce qu'affirment certains documents (lire notre article " Est-ce la maison natale de Mme de Maintenon ?")." L'hypothèse la plus sérieuse " Jean-Paul Taillé nous conduit sur une autre piste : « Je pense que l'hypothèse la plus sérieuse connue jusqu'à présent nous a été fournie par Henri Gelin, dans un mémoire de la société historique et scientifique des Deux-Sèvres daté de 1905 et relatif à l'histoire de l'ancien hôtel Chaumont »,écrit notre lecteur. « Cet hôtel, bâti par Jean Chardon (maire en 1402 et 1404), reçut en 1422 le trésor de guerre réuni pour une expédition maritime dirigée contre les Anglais,explique notre lecteur. Louis XI l'érigea en fief noble. C'est au milieu du XV esiècle qu'y furent installés le palais de justice, ainsi que la Conciergerie, où Constant d'Aubigné fut retenu en prison. Françoise d'Aubigné naquit, selon toute probabilité, dans une pièce située en bordure de la cour de la Conciergerie. »Virginie Marchal, secrétaire de l'association Les Amis de Mursay, à Echiré, nous éclaire un peu plus sur cet endroit singulier pour une naissance : « Des chambres y étaient louées par les familles des détenus. C'est dans l'une d'entre elles que se seraient installés Jeanne de Cardilhac, la (deuxième) femme de Constant d'Aubigné (ce dernier ayant assassiné sa première épouse qu'il accusait de le tromper), avec les deux fils du couple. »" A cent mètres près, est-ce vraiment important ? " Un indice tend à prouver que Jeanne de Cardilhac aurait donné naissance à la petite Françoise d'Aubigné à l'hôtel Chaumont. « Fin novembre 1635 (Françoise d'Aubigné est vraisemblablement née le 27, même si là aussi, des doutes subsistent !), Jeanne de Cardilhac a envoyé des lettres sur lesquelles est indiqué le nom de la conciergerie, où ses correspondants pouvaient ainsi lui répondre. »Malgré tout, Virginie Marchal l'avoue, lorsque la question lui est posée par les visiteurs au château de Mursay - où la jeune Françoise d'Aubigné, confiée à sa tante, est restée jusqu'à l'âge de huit ans - elle reste évasive. « J'use des " sans doute " et des " probablement " car il subsistera toujours un doute. Mais à cent mètres près, est-ce vraiment important ? On est au moins certains d'une chose, Madame de Maintenon est bien née à Niort !
Henri Gelin découvre à la bibliothèque de Niort l'acte de baptême de Françoise d'Aubigné. « Là, tout près, écrit Gelin où sont ces ateliers, ces auberges, ces masures, peut-être chez le concierge, mais non dans la prison, naquit en quelque mystérieuse et introuvable chambrette. l'Esther qui clôtura les dragonnades en faisant révoquer l'Edit de Nantes. « Cet hôtel, bâti par Jean Chardon (maire en 1402 et 1404), reçut en 1422 le trésor de guerre réuni pour une expédition maritime dirigée contre les Anglais, explique notre lecteur. Françoise d'Aubigné naquit, selon toute probabilité, dans une pièce située en bordure de la cour de la Conciergerie. L'enfant fut baptisée à Notre-Dame. François de la Rochefoucaud gouverneur du Poitou, et Françoise Tiraqueau, comtesse de Neuillant, dont le mari était gouverneur de la ville de Niort, furent ses parrain et marraine.
Aubigné-sur-Layon : le berceau ancestral de la famille d'Aubigné
Située dans le Maine-et-Loire, et labellisée « Petite Cité de Caractère », la commune d’Aubigné-sur-Layon séduit par son patrimoine historique exceptionnel et ses paysages pittoresques. Ce château fort, datant du XIᵉ siècle, est le berceau des ancêtres d’Agrippa d’Aubigné et de Madame de Maintenon, épouse de Louis XIV. L’édifice présente des vestiges du château médiéval et des constructions du XVᵉ siècle, notamment deux tours carrées et un logis seigneurial transformé en jardin. Située au cœur du village, l’Église Saint-Denis est un exemple remarquable d’architecture romane du XIᵉ siècle. Son chœur et son transept sont décorés de peintures en trompe-l’œil du XVIIIᵉ siècle, attribuées à l’artiste italien Paolo Baronni. Le Prieuré, dont l’origine remonte au XIIᵉ siècle, a subi diverses transformations pour atteindre son état actuel, proche de celui du XVIᵉ siècle. En flânant dans les ruelles du village, notamment la rue d’Anjou et la rue du Prieuré, vous découvrirez un ensemble de maisons datant des XVᵉ, XVIᵉ et XVIIᵉ siècles. Située au centre du village, la Fontaine d’Aubigné est une œuvre contemporaine de l’artiste Claudio Parmiggiani. À environ 20 km d’Aubigné-sur-Layon, à Brissac-Quincé, se trouve le Château de Brissac, le plus haut château de France avec ses sept étages. Surnommé le « Géant du Val de Loire », il offre une visite riche en histoire, avec ses salons décorés, son théâtre Belle Époque. À seulement quelques kilomètres d’Aubigné-sur-Layon, à Martigné-Briand (commune de Terranjou), le Château de Villeneuve vous accueille dans un cadre authentique et paisible. Les jardins, recréés dans un esprit historique, offrent une promenade riche en découvertes : jardin d’inspiration italienne en terrasse, parterre de buis, pergolas fleuries, bosquet ombragé, verger, labyrinthe d’ifs menant à la fontaine de jouvence, et allée de topiaires évoquant des guerriers végétaux. Aubigné-sur-Layon est également réputée pour ses vins blancs moelleux du Coteaux du Layon.
Le château d’Aubigné-sur-Layon, ancienne forteresse féodale datant du XI siècle, fût le «Berceau» d’une noble famille chevaleresque : «les Seigneurs d’Aubigné». A l'intérieur d'une première enceinte on trouve un « four à ban » restauré, ainsi que deux tours carrées du 11ème siècle. L'une intacte, l'autre en ruine, ces tours sont reliées par un chemin de ronde à une troisième tour, ronde, et probablement plus ancienne. Datent ainsi du 12ème siècle le mur d'enceinte et les deux tours rondes sud-ouest et nord-ouest, tandis que les deux tours carrées qui marquent de leur empreinte l'identité architecturale de la commune remontent au 15ème siècle. Notons que l'on peut trouver une cheminée du 15ème siècle dans l'une des tours rondes. L'un des bâtiments de la seigneurie est toujours habité par les actuels propriétaires du château. Des souterrains, qui servaient aussi de refuge, communiquaient avec l'ancienne commanderie, située à l'extrémité du bourg, et reliaient le château d'Aubigné-sur-Layon à celui du Grand Riou, sur la commune de Tigné. Au regard de l'histoire de l'architecture fortifiée et de sa situation exceptionnelle dans le site de la vallée du Layon, certaines parties du château ont été inscrites sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques par arrêté du 11 juin 1991.
Aubigné-sur-Layon est un village qui peut se vanter d’avoir une histoire couvrant plusieurs millénaires. C’est ce passé exceptionnel que nous vous proposons aujourd’hui de découvrir ou (re)découvrir. Les premières traces d’occupation humaine à Aubigné-sur-Layon remontent au Néolithique (4500-2500 av J-C). En effet, il y avait à 1700m au sud-ouest du village, au lieu-dit « La Pierre », un menhir. Malheureusement, comme de nombreuses pierres dressées du département, celle d’Aubigné fut déplacée en 1870 pour curer le fossé voisin puis détruite. Les dalles qui recouvrent de nos jours ce fossé proviennent sans doute de ce menhir. La fonction de ces monuments reste encore difficile à interpréter. S’agit-il de stèles commémoratives, de bornes délimitant un territoire ou indiquant un lieu sacré ?
Si on avance un peu dans le temps signalons que nous n’avons malheureusement retrouvé à Aubigné ni objet, ni monnaie datant de la période gallo-romaine. Le seul indice d’une occupation antique nous est fourni par le nom médiéval de la commune, Albiniacus, formé par le mot latin Albinius (Aubin en français) et la terminaison acum qui sert à désigner des noms de propriété. Ainsi, plusieurs historiens supposent qu’un gallo-romain nommé Albinius aurait vécu à l’emplacement du château au II-III siècles de notre ère et laissé son nom au village. Pour d’autres, l’évêque d’Angers Aubin, évangélisateur de la région au VIe siècle, aurait donné son nom à la commune.
Le château et l’église, monuments incontournables et structurants du village sont attestés dès le XIe siècle tandis que le prieuré est mentionné pour la première fois au début du XIIIe siècle. À cette époque, les bras du transept de l’église sont voûtés par des croisées d’ogive de style gothique angevin et les murs de l’édifice reçoivent des peintures murales dont l’une d’elles semble figurer une scène de banquet. Le château est pour sa part remanié aux XVe siècle, à l’époque de la guerre de 100 ans. Il faut imaginer alors un important dispositif défensif le protégeant : murs de 6 mètres de haut, pont-levis, douves sèches.
Grâce à l’aveu de François d’Aubigné au seigneur de Doué-la-Fontaine (acte par lequel un vassal reconnaît tenir tel ou tel héritage de son seigneur) rédigé en 1474, on sait qu’Aubigné comprenait à la fin du Moyen Age, des hôtels (maisons de bourg), des halles, une magnanerie (local pour l’élevage des vers à soie), des auberges, une grande place. De cette période subsistent de nos jours quelques portes, linteaux sculptés et cheminées dans des maisons particulières. Au Moyen Age, le cimetière communal, fouillé en 2008, se trouvait à l’emplacement de l’actuelle place de l’église. Le village s’appelait alors Aubigné-Briand dans les sources écrites imitant celui du village voisin de Martigné-Briand. Il le conservera jusqu’en 1994 !
Tentatives d'acquisition du château d'Aubigné par Madame de Maintenon
Pendant tout le Moyen Age, le château est occupé par la famille d’Aubigné. Cependant, en 1500, la propriété passe par mariage à la famille de Royrand. Le dernier seigneur d’Aubigné est en effet mort sans héritier mâle. Pendant les guerres de religion, la famille de Royrand, protestante, se réfugie peut-être à Angers où on retrouve sa trace en 1568 comme l’a suggéré Roger Gonnord. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, après avoir appris par des généalogistes qu’il s’agissait du berceau de ses ancêtres, Madame de Maintenon (gouvernante des enfants illégitimes du roi puis épouse de Louis XIV à partir de 1683) tente à quatre reprises d’acheter le château et sa seigneurie en entamant des négociations avec le chapitre de la cathédrale d’Angers qui venait de l’acquérir, sans y parvenir.
L'influence religieuse et les symboles maçonniques à Aubigné-sur-Layon
Le siècle des Lumières est une période capitale pour l’Histoire du village. En effet, l’un des plus beaux joyaux du patrimoine de la commune remonte à cette époque. Entre 1757 et 1771, le curé de la paroisse, Clément-Balthazar Ménard commande à l’artiste italien Pauolo Baronni des peinturesmurales pour orner les murs du chœur et du transept. Le peintre qui maîtrisait parfaitement les effets de perspective et d’illusion déploie un décor imitant le marbre veiné et paraît ouvrir les voûtes sur le ciel. Si on sait que l’artiste a décoré plusieurs autres églises du département, le décor d’Aubigné est le seul qui soit encore visible dans son intégralité. L’œuvre rappelle les fondements du dogme catholique mais comprend aussi plusieurs symboles maçonniques.
Le canal du Layon et la Révolution à Aubigné-sur-Layon
Par ailleurs, à partir de 1774, le Layon est aménagé en canal navigable sur 42 kilomètres entre Concourson et Chalonnes-sur-Loire pour faciliter le transport du vin et de la houille. À Aubigné, une écluse témoigne encore de l’ampleur de cet aménagement. Malheureusement, le canal cesse de fonctionner après la Révolution, période à laquelle ces infrastructures sont en partie détruites.
Enfin, le village s’illustre aussi pendant la période révolutionnaire. Clément-Balthazar Mesnard prêtre de la commune depuis 1757, nommé député du clergé Saumurois aux États-Généraux de 1789 fut l’un des premiers à rejoindre les députés du Tiers et à prêter serment à la Constitution civile du clergé en 1790. Le village n’échappe par ailleurs pas aux troubles de la guerre de Vendée. Le 30 mai 1794 (11 Prairial de l’An II du calendrier révolutionnaire), 400 hommes quittent le village de Cernusson et marchent sur Aubigné. Ils veulent venger le meurtre de deux des leurs perpétrés par des habitants d’Aubigné et trouver le curé du village qui s’est fait connaître dans la région par ses prises de position en faveur de la Révolution. Les paysans royalistes pillent le village et tuent les habitants qui n’ont pas réussi à s’enfuir mais ne parviennent pas à trouver Clément-Balthazar Mesnard qui reste curé jusqu’en 1807.
Aubigné-sur-Layon au XIXe et XXe siècles : essor et modernité
Au XIXe siècle, la viticulture, les carrières de calcaire et les fours à chaux attirent de nombreux ouvriers à Aubigné qui ont « en tout temps du travail » selon Célestin Port. Alors qu’il comptait 381 habitants en 1841, quinze ans plus tard, en 1856, on dénombre près de 500 habitants dans le village. En 1876, cinq fours à chaux sont alors en activité sur la commune. Ils permettaient de transformer la pierre calcaire en chaux, indispensable pour les activités agricoles et la construction. Malheureusement, ils cessent de fonctionner en 1914 alors que la guerre éclate mais deux fours sont encore visibles aujourd’hui.
Au XXe siècle, pendant la première guerre mondiale, le village paye un lourd tribut. Dix-sept aubignois perdent la vie au cours du conflit. Cependant, il ne faudrait pas oublier que la première moitié du siècle marque aussi l’arrivée à Aubigné d’équipements participant au confort moderne. Un lavoir est construit en 1913 à proximité de la route menant aux Chollets. Il permet de rincer le linge dans des structures spécifiques et d’éviter la propagation de maladies. De plus, en 1926, comme de nombreuses communes de l’entre-deux-guerres, Aubigné reçoit l’électricité.
Mais le XX e siècle est surtout placé sous le signe de la musique dans la commune. La vie du village est en effet rythmée pendant plus de 80 ans par les manifestations de l’harmonie musicale fondée en 1924 par Jean Cochard. On compte alors plus d’un musicien par famille ! En 1966, un célèbre journaliste radiophonique peut dire du village qu’il est « le plus musical de France ». Entre 1979 et 1989, un festival de musiques du monde se tenait d’ailleurs annuellement dans le village où venaient se produire des musiciens du monde entier !
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