L'histoire de la naissance, longtemps immuable, a vu des femmes accoucher chez elles pendant des millénaires, entourées de compagnes expertes. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les hommes accoucheurs font leur apparition, d'abord timidement, puis avec assurance. Pendant des siècles, les naissances se déroulent au domicile familial, lieu de vie quotidien. L'accouchement, comme la mort, se passe là où une lignée familiale vit depuis des années, attachée à une maison, un village.
La naissance dans l'espace familial traditionnel
La naissance a lieu dans la pièce la plus utilisée, souvent la seule avec une cheminée, où un grand feu de bois maintient la chaleur essentielle à la mère et à l'enfant. La pièce est calfeutrée pour se protéger du froid et des mauvais esprits. La parturiente est assistée par un entourage exclusivement féminin, avec au centre la matrone, bien connue du village, âgée et expérimentée. Souvent fille ou nièce de matrone, elle a appris son métier sur le tas et est surveillée par le curé qui s'assure qu'elle sait réciter les formules du baptême. Elle s'occupe aussi de la toilette des morts, soulignant la proximité entre les deux extrémités de la vie dans l'ancienne société.
La matrone prononce un serment solennel : « Je […] promets et jure à Dieu, le créateur tout puissant, et à vous, Monsieur qui êtes son ministre, de vivre et de mourir dans la foi de l’Eglise catholique, Apostolique et Romaine, et de m’acquitter, avec le plus d’exactitude et de fidélité qu’il me sera possible, de la fonction qui m’est confiée. J’assisterai de nuit comme de jour dans leurs couches les femmes pauvres comme les riches ; j’apporterai tous mes soins pour qu’il n’arrive aucun accident ni à la mère et ni à l’enfant. Et si je vois un danger qui m’inspire une juste défiance de mes forces et de mes lumières, j’appellerai les médecins ou les chirurgiens ou des femmes expérimentées dans cet art pour ne rien faire que de leur avis et avec leur secours. Je promets de ne point révéler les secrets de familles que j’assisterai ; de ne point souffrir qu’on use des superstitions ou des moyens illicites, soit par paroles, soit par signes, ou de quelque autre manière qui puisse être, pour procurer la délivrance des femmes dont les couches seront difficiles et paraîtront devoir être dangereuses ; mais de les avertir de mettre leur confiance en Dieu, et d’avoir recours aux sacrements et aux prières de l’Eglise. Je promets aussi de ne rien faire par vengeance, ni par aucun motif criminel ; de ne jamais consentir sous quelque prétexte que ce soit, à ce qui pourrait faire périr le fruit ou avancer l’accouchement par des voies extraordinaires et contre nature ; mais de procurer de tout mon pouvoir, comme femme de bien et craignant Dieu, le salut corporel et spirituel tant de la mère que de l’enfant.
Autour de la matrone, les parentes, amies, voisines, appelées « commères », aident à préparer le lit, les linges, le feu, l'eau chaude, le fil. Elles évoquent leurs propres couches, donnent leurs recettes et disposent des amulettes. Elles calment la parturiente, la maintiennent, l'essuient et prient la Vierge ou sainte Marguerite. Les jours suivants, elles commentent l'événement et aident aux travaux domestiques. Les jeunes filles et les enfants sont tenus à l'écart. Les hommes ne sont pas admis, sauf le père en cas d'accouchement difficile. Dans certaines régions, il reçoit l'enfant dans sa chemise, symbolisant sa prise en charge de la socialisation de l'enfant.
La femme accouche toujours « à couvert », mais peut prendre diverses postures, la plus fréquente étant sur le dos, à demi couchée, les reins surélevés. En Angleterre, elle est couchée sur le côté. Ailleurs, elle peut être assise sur une autre femme, sur le bord du lit ou sur une chaise percée. Dans d'autres régions, elle accouche debout ou à genoux.
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Malgré son climat chaleureux, il ne faut pas regretter l’accouchement d’autrefois : à cause de l’impuissance de la médecine de l’époque ou de l’impéritie des matrones, trop de femmes en meurent et bien d’autres sont mutilées à vie, ainsi que leurs enfants. On estime à 1 ou 2% la mortalité des femmes en couches dans la France du XVIIIe siècle, qu’il s’agisse des conséquences d’accouchements impossibles par suite d’une mauvaise présentation ou de l’étroitesse du bassin (la césarienne est quasiment impraticable en l’absence d’anesthésie et de techniques de suture de l’utérus), d’hémorragies du post-partum ou de fièvres puerpérales. Seules les pauvresses ou les filles mères, qui n’ont nulle part où aller, accouchent à l’hôpital qui n’est pas un établissement de soins, mais un lieu d’assistance, où l’on recueille les malades pauvres ; on y meurt beaucoup plus qu’ailleurs, à cause de l’entassement et de la contagion des « fièvres » qu’on ne sait pas maîtriser.
L'arrivée des hommes accoucheurs et ses conséquences
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les hommes accoucheurs commencent à apparaître, d'abord appelés pour les cas difficiles, puis de plus en plus sollicités. Cette "mode" se répand dans la noblesse et la bourgeoisie, malgré les réticences initiales des femmes et des maris. Les accoucheurs se rendent indispensables auprès des maris, soucieux de la santé de leurs femmes.
L'arrivée de l'accoucheur transforme les pratiques de la naissance. Il fait sortir les « commères », impose le silence et l'aération de la pièce, et fait coucher la femme sur le dos. Il utilise de nouveaux instruments, les leviers et forceps, qui deviennent son privilège exclusif. Certains abusent de ce pouvoir, mais le plus souvent, les instruments représentent un progrès. Grâce à la pratique instrumentale, l’accouchement cesse d’apparaître comme un acte naturel : il nécessite le recours à un homme de l’art, à la fois savant et fort.
La formation des sages-femmes et l'évolution des pratiques obstétricales
Même si les hommes sont de plus en plus nombreux à pratiquer l’obstétrique, les matrones font encore l’essentiel des accouchements, surtout à la campagne. À partir des années 1750, en France, ces matrones sont l’objet de critiques virulentes de la part des médecins. En particulier, elles sont accusées de tirer inconsidérément sur tout ce qui se présente hors de la matrice, qu’il s’agisse d’un bras, d’un pied ou d’une épaule, au risque de démembrer l’enfant.
Pour améliorer la qualité des soins, le pouvoir royal s'efforce de transformer les matrones en sages-femmes formées. Des cours itinérants sont organisés dans toute la France par Mme du Coudray, avec une pédagogie basée sur la récitation de leçons et des travaux pratiques sur un mannequin. À la différence des anciennes matrones qui avaient été choisies par les femmes du village, les nouvelles sages-femmes formées à la ville ne sont plus aussi proches des femmes qu’elles assistent. Elles veulent aérer et faire sortir les compagnes inutiles ; elles ont aussi une attitude plus distante vis-à-vis du travail et de la souffrance ; elles ne veulent plus être celles qui accompagnent, qui encouragent les cris et aident à enfanter. Elles sont plus insensibles et autoritaires.
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En 1803, la formation des sages-femmes s'améliore, avec des cours théoriques et une pratique auprès des accouchées des hôpitaux. En 1894, leur formation est renforcée et dure deux ans. Elles n'ont le droit de faire que les accouchements naturels et doivent appeler le médecin pour les accouchements "laborieux". Ce partage des tâches souffre néanmoins des exceptions.
Les hôpitaux : des lieux de dernier recours
Pendant les deux premiers tiers du XIXe siècle, malgré une meilleure formation des soignants, les hôpitaux restent encore des lieux effrayants qui n’accueillent que les filles mères ou les pauvresses. Les naissances y sont bien plus dangereuses qu’à domicile. Dès 1856, des statistiques précises ont établi que la mortalité en couches à la Maternité de Port-Royal à Paris est dix-neuf fois plus forte qu’en ville (5,9% contre 0,3%).
Le berceau, symbole de la naissance et de la royauté
Le berceau occupe une place symbolique importante dans l'histoire de la naissance, particulièrement au sein de la noblesse et de la royauté. Il est bien plus qu'un simple meuble destiné à accueillir un nouveau-né ; il représente l'héritage, la tradition et la continuité dynastique.
Le berceau d'apparat : un objet de cérémonie
Dans les familles royales, le berceau d'apparat est utilisé lors des cérémonies de baptême, comme le berceau en bois sculpté et doré du roi Carl XV de Suède. Ces berceaux sont souvent des œuvres d'art, richement décorés et chargés de symboles. Ils sont présentés aux invités après la cérémonie, soulignant l'importance de l'événement et la place du nouveau-né dans la lignée royale.
L'utilisation de ces berceaux d'apparat est une tradition qui remonte à plusieurs siècles. En Suède, par exemple, le berceau du futur Charles XI, offert par ses grands-parents maternels en 1655, est un exemple de ces objets précieux, surmonté des armoiries royales et décoré de têtes d'angelots. Ce berceau était utilisé quotidiennement, mais avec le baptême de la princesse Eugénie en 1830, il est devenu un objet de cérémonie, conservé pour les grandes occasions.
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Le berceau vide : symbole de deuil et de mortalité infantile
Le berceau peut également être un symbole de deuil, comme le montre le tableau de Marie-Antoinette et ses enfants par Élisabeth Vigée-Lebrun. Le berceau vide rappelle le deuil récent de la famille royale, suite à la mort de la princesse Sophie-Béatrice. Ce tableau souligne la mortalité infantile, un fléau qui touchait même les familles royales.
Le berceau comme symbole dynastique
Dans certaines monarchies, comme en Suède, le berceau est un symbole dynastique fort. Tous les bébés princiers, garçons ou filles, sont présentés dans le même berceau, qui a une histoire riche et significative. Ce berceau est utilisé pour la présentation aux invités lors des félicitations après la cérémonie du baptême.
La famille royale de Suède maintient autour du baptême de nombreuses traditions. Le prince Alexander, par exemple, a sa propre couronne, car il est le premier né du prince Carl-Philips et de la princesse Sofia. Il a aussi son ruban du Séraphin, ses armoiries, son chiffre et son duché.
L'enfance au Moyen Âge : un aperçu à travers l'iconographie
L'iconographie médiévale est riche en enseignements sur l'enfance. Les enfants sont présents dans de nombreuses compositions, que ce soit comme spectateurs ou au centre de l'attention. Les images médiévales permettent de reconstituer une partie de l'environnement matériel et social de l'enfant.
Les étapes de la vie de l'enfant au Moyen Âge
L'iconographie permet de distinguer les différentes étapes de la vie des enfants. Après la naissance, l'enfant est baptisé le plus rapidement possible, souvent au sein même de la maison. Le baptême religieux marque son intégration dans la communauté chrétienne.
L'une des premières grandes étapes est d'apprendre à marcher. L'enfant à quatre pattes est rarement figuré, jugé trop proche de la condition animale. Le passage à la station debout se manifeste par l'utilisation d'un trotteur ou d'un youpala. Autre grand moment, celui de la "scolarisation". L'enfant est confié à un tiers pour assurer son éducation. Dans le groupe aristocratique, on parle de fosterage.
La mortalité infantile au Moyen Âge
La mortalité infantile est très élevée au Moyen Âge. On estime que près d'un enfant sur trois meurt avant d'avoir atteint les cinq ans. Face aux maladies, les parents peuvent tout abandonner pour se rendre en pèlerinage afin d'obtenir une guérison.
L'enfance dans différents milieux sociaux
L'enfant des villes n'est pas celui de la campagne ni même celui du château. A chaque lieu, différentes manières de le représenter. Dans cette société avant tout rurale, toute la richesse du paysan consiste en ses enfants. Il faut donc s'en occuper de près afin qu'ils puissent rapidement aider aux travaux agricoles.
Dans les villes, les enfants entrent au service d'un artisan dès l'âge de douze ans. Ils souffrent d'épidémies, de malnutrition et même de famine. Mais la ville peut également se transformer en vaste terrain de jeu à ciel ouvert. Au château, les jeunes nobles se forment à la chasse et reçoivent une éducation auprès d'un grand seigneur afin de servir avec honneur.
L'habit, le jeu et l'alimentation de l'enfant au Moyen Âge
Selon la spécialiste de l'enfance au Moyen Âge Danièle Alexandre-Bidon, « tout dans l'habit de l'enfant est utile mais aussi codifié ». L'enjeu est de toujours bien protéger l'enfant. Deux types d'habits sont indentifiables au cours de l'enfance : les langes et la robe. La couleur des vêtements n'est pas laissée au hasard. Le rouge et le vert sont particulièrement prisés.
Le jeu est présent dans tous les milieux. Son but est à la fois de participer à la fortification de l'enfant, à son éducation et à sa socialisation. Beaucoup de jouets sont produits artisanalement. Nombre d'entre eux ont à voir avec le domaine commercial.
L'alimentation évolue en fonction de l'âge et du milieu. Le lait maternel possède une forte valeur symbolique, porteur de pureté. A côté de la mère ou de la nourrice, le père joue également un rôle dans l'alimentation de l'enfant.
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