Introduction
Cet article explore la vie des bébés et des jeunes enfants au Moyen Âge, en mettant l'accent sur le rôle du berceau et de la nourrice. Il examine comment les enfants étaient soignés, nourris et élevés, ainsi que les attitudes sociales et culturelles envers l'enfance à cette époque.
La Chambre à Coucher : Centre de la Vie Familiale
Au Moyen Âge, la chambre à coucher était le cœur de la maison. Le lit, souvent surélevé pour l'isoler du sol froid, était le meuble central. Il était suffisamment grand pour accueillir plusieurs personnes, dormant souvent nues ensemble. La chambre servait également de salle à manger, de lieu de réception et de bureau.
L'Habillement des Bébés : Signes d'Appartenance Sociale
Les vêtements des bébés reflétaient leur statut social. Les langes blancs ou rouges étaient réservés aux familles aristocratiques. Une fois que le bébé pouvait se tenir debout, il recevait une longue chemise, souvent rouge pour des raisons conjuratoires, sans sous-vêtements. Des fentes latérales facilitaient les besoins naturels.
Le Rôle Crucial de la Nourrice
De nombreux enfants étaient rapidement confiés à des nourrices. Les contrats entre le père et le mari de la nourrice pouvaient être rompus en cas de mauvais traitements, de chutes, de dénutrition, de défaut de soins, de maladies, de fièvres, voire de mort par étouffement.
Les Recommandaresses : Intermédiaires et Réglementation
Dès 1284, des femmes appelées "Recommandaresses" procuraient des nourrices aux habitants de Paris. Des "meneurs" recrutaient ces nourrices dans les campagnes, les amenaient à Paris et les raccompagnaient après qu'elles aient trouvé un nourrisson. Cette industrie était réglementée pour limiter le nombre d'enfants par nourrice et prévenir la dénutrition et la mortalité infantile. En 1769, un édit royal remplaça les Recommandaresses par le "Bureau général des Nourrices et Recommandaresses pour la ville de Paris".
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Les Raisons du Recours aux Nourrices
Dans les classes aisées, le recours aux nourrices était la norme. Cela permettait à la mère d'enfanter de nouveau plus tôt et d'assurer un héritier. De plus, il était mal vu d'allaiter son enfant dans les couches supérieures de la société, car cela renvoyait à une animalité mal acceptée. Des questions de pudeur étaient également invoquées.
La Généralisation de la Mise en Nourrice et ses Conséquences
Avec l'industrialisation et l'urbanisation, la pratique de la mise en nourrice se généralisa, entraînant une mortalité infantile effroyable. Même les familles pauvres faisaient des sacrifices pour envoyer leur enfant en nourrice, loin de l'air vicié des villes. L'appât du gain conduisait souvent les nourrices à "louer" leurs services à plusieurs familles, causant la malnutrition et la mort des enfants. Les nourrices étaient elles-mêmes des mères dont l'enfant était encore au sein, ce qui aggravait la situation. Les nouveaux-nés étaient rapidement sevrés et nourris avec des soupes et des bouillies à base de laits d'animaux dans des conditions d'hygiène précaires.
La Fin des Nourrices et l'Avènement des Laits Artificiels
Les statistiques de la fin du 19ème siècle étaient choquantes : 71 % de mortalité chez les enfants mis en nourrice contre 15 % chez ceux allaités par leur mère. Les médecins estimaient que, dans les cas où la mère ne pouvait allaiter, l'enfant avait plus de chances de survie en restant dans sa propre famille, même nourri au biberon. En 1874, une loi mit en place un "Comité supérieur de protection de l'Enfance" et établit la surveillance de tout enfant de moins de deux ans placé en nourrice. La fin du 19ème siècle et le début du 20ème siècle virent la disparition progressive des nourrices et leur remplacement par des biberons plus sûrs et des laits artificiels.
L'Allaitement Maternel : Pratiques et Représentations
L'allaitement maternel a connu, au cours de l'histoire, le recours aux nourrices, notamment en cas de décès postpartum maternel ou lorsque la mère n'avait pas suffisamment de lait. Les nourrices étaient les assistantes maternelles d'antan.
L'Allaitement dans la Littérature Médiévale
Contrairement à certaines idées reçues, les grands genres narratifs médiévaux accordent une attention soutenue aux faits et gestes qui entourent la venue au monde des humains. Les mentions des rites et des pratiques liés à la naissance et à la petite enfance offrent un panorama imaginaire très précis concernant les enjeux de la reproduction humaine, dans sa composante sociale. La fabrique du héros prend, en particulier au cours du XIIIe siècle et au XIVe siècle, un tour particulier.
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La Figure de la Nourrice dans la Littérature
Un relevé des occurrences de la figure de la nourrice dans la littérature médiévale fait apparaître de nombreuses mentions peu flatteuses de ce personnage qui occupe une place très secondaire dans les récits. La nourrice se présente souvent sous un jour peu recommandable, associée à l'ignorance, à la superstition et à la malice. Les soins à donner aux nourrissons mettent la nourrice en contact avec les langes qu'il faut changer et laver, une tâche peu ragoûtante.
La Connaissance Précise du Métier de Nourrice
Lorsque les textes s'arrêtent sur des scènes impliquant le soin d'un nouveau-né, les descriptions révèlent une connaissance précise du métier de la nourrice. Les listes de soins de puériculture sont cohérentes avec les descriptions savantes qui recensent les tâches et les occupations des nourrices. L'attention dévolue aux soins et à la nourriture qu'il faut procurer aux nourrissons repose sur la conscience très vive de la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouve le nouveau-né dans un monde en proie à une mortalité infantile importante.
La Précarité de la Vie Enfantine et le Rôle de la Nourrice
L'absence d'une nourrice est synonyme d'un danger de mort. Un récit exemplaire, enchâssé dans les nombreuses versions du Roman des sept sages de Rome, en témoigne. Il s'agit d'un conte où un chien combat un serpent qui s'est glissé près du berceau du fils premier-né de son maître, en profitant de l'incurie de ses nourrices. La vulnérabilité du moment de la naissance atteint son paroxysme dans des cas de naissances dans un espace sauvage, la mer ou la forêt notamment.
L'Envers du Décor de la Relation Nourricière Mercenaire
Quelques mentions éparses viennent révéler la face obscure de la relation nourricière mercenaire : celle qui concerne le sort de l'enfant utérin de la nourrice. L'exemple de Keu, dans le Roman de Merlin, fait apparaître l'envers du décor, le plus souvent inaperçu, de ce marché du lait. L'activité professionnelle de la nourrice cache la présence d'un enfant mis à l'écart au profit du nourrisson pour lequel ses parents se sont attaché les services de ladite nourrice.
L'Éducation des Enfants au Moyen Âge
Au Moyen Âge, l'éducation des enfants était un sujet de préoccupation pour les moralistes et les pédagogues. L'éducation religieuse primait, et les enfants apprenaient les prières les plus simples et une série de comportements religieux.
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L'Influence de Saint Jérôme
Saint Jérôme (347-420) a influencé les pédagogues et moralistes du Moyen Âge et de la Renaissance. Il recommandait de favoriser l'apprentissage par le jeu et par l'émulation, et de proposer à la petite fille de manier des lettres en buis et en ivoire pour apprendre la lecture et l'écriture.
La Pédagogie Humaniste
En matière de pédagogie, l'humanisme se caractérise par un retour aux sources antiques, et notamment au De liberis educandis attribué à Plutarque ou au De institutione oratoria de Quintilien. L'humaniste Érasme insistait sur la nécessité d'éduquer l'enfant dès ses plus jeunes années et prônait un enseignement fondé sur le plaisir et l'amusement plutôt que sur la coercition et la peur.
Le Rôle de la Mère dans l'Éducation
Au XVIe siècle, les auteurs masculins commencent à s'intéresser à un domaine dont ils étaient jusqu'alors exclus, à savoir tout ce qui concerne la gestation et tous les aspects physiologiques de la grossesse. Ils accordent un rôle décisif à la mère, car c'est d'elle que dépend en premier lieu le sort de l'enfant, et ce, avant même sa naissance.
Les Recommandations pour les Femmes Enceintes
Les auteurs se montrent soucieux de prévenir les fausses couches à travers toute une série de recommandations. Ils insistent sur le fait que le comportement de la mère a des conséquences sur le fruit qu'elle porte. La femme enceinte ne doit pas boire de vin, car cela pourrait entraîner l'apparition de maladies ou de malformations chez le fœtus.
Les Laits d'Animaux et les Substituts de Lait Maternel
Jusqu'à la fin du 19ème siècle, pour pallier aux carences des mères ou aux insuffisances des nourrices, les laits d'animaux étaient utilisés : lait d'ânesse, de chèvre, de vache. Le lait de vache était coupé avec de l'eau d'orge, du gruau, des décoctions de lentilles ou autres féculents, pour essayer d'en faciliter la digestion.
Les Prémices des Laits Artificiels
En 1805, Antoine Augustin Parmentier a procédé à la première tentative de séchage intégral du lait. En 1856, l'Anglais Grimwade se lançait aussi. En 1851, l'Américain Gail Borden Jr inventa le procédé du lait concentré. Dès la fin du 18ème siècle, la chimie moderne se développe et la composition du lait se précise progressivement. En 1865, Justus Von Liebig créa un substitut de lait maternel pour deux de ses petits enfants qui ne pouvaient pas être allaités. En 1866, Henri Nestlé mit au point une farine lactée à base de lait de vache et de céréales. En 1908, le premier lait en poudre pour enfants est inventé par Maurice Guigoz.
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