L'histoire de l'aviation est jalonnée de figures héroïques et d'innovations audacieuses. Des premiers balbutiements de l'aviation militaire aux exploits des pionniers sur le terrain d'Issy-les-Moulineaux, cet article explore les origines de l'aviation, en se concentrant sur les acteurs clés, les avancées techniques et l'esprit d'une époque fascinée par la conquête du ciel.

L'Effervescence Créatrice du Début du XXe Siècle

Au tournant des années 1900, l'invention de l'avion suscite un engouement sans précédent. Inventeurs, ingénieurs, pilotes et mécènes se lancent dans cette aventure collective, chacun apportant sa pierre à l'édifice. L'époque est marquée par un foisonnement d'idées, une émulation constante et une volonté de repousser les limites du possible. Des noms comme Voisin, Wright et Farman émergent, mais l'invention de l'avion reste avant tout une aventure collective, une division des tâches où chacun tient sa partie.

Pris dans ce mouvement, inventeurs et pilotes, précurseurs ou mécènes, institutions scientifiques et techniques, journaux, milieux politiques et bien entendu la masse anonyme du peuple d’où émerge l’élite ouvrière des mécaniciens, additionnent leurs efforts jusqu’à la naissance de l’avion. Dans leur persévérance, ils nous livrent les clés d’un style inventif. Son rythme est rapide, ses couleurs sont vives, à l’image d’une époque où, déjà, dominent les valeurs de la vitesse, du sport, de la qualité technique.

Portraits de Pionniers : Au-delà de l'Image Populaire

La photographie, reine de l'époque, immortalise les traits de ces pionniers. Les frères Gabriel et Charles Voisin, en casquette et foulard débraillé, incarnent l'image de l'ouvrier-inventeur. Henry Farman, Léon Delagrange et Wilbur Wright arborent une tenue similaire, laissant croire à un simple bricolage instinctif.

L’image populaire ou popularisée est néanmoins trompeuse. Les aviateurs jetés dans l’effort inventif ont peut-être l’allure de bricoleurs tantôt instinctifs, tantôt laborieux. Et la tenue qu’imposent cette mission et leur passion.

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En réalité, derrière cette image se cache une phalange d'hommes instruits, d'ingénieurs et de scientifiques diplômés des meilleures écoles. Gabriel Voisin, par exemple, a étudié l'architecture aux Beaux-Arts, maîtrisant le dessin industriel, le calcul des matériaux et des forces. Louis Blériot est ingénieur Civil des Arts et Manufactures. Léon Levavasseur, concepteur du moteur Antoinette, est architecte de formation. Henry Kapferer est ingénieur civil de l'École des Mines de Paris. Louis Breguet sort de Sup’Elec et bricole l’ancêtre de nos modernes hélicoptères, qu’il appelle gyroplane.

Même les pilotes d'essais, comme Henry Farman et Léon Delagrange, ne sont pas de simples "merveilleux fous volants". Farman, bien qu'ayant étudié la peinture aux Beaux-Arts, a déjà inventé de nombreux dispositifs pour les voitures de course. Les frères Wright, quant à eux, ont développé leurs talents en mettant au point des bicyclettes.

Issy-les-Moulineaux : Berceau de l'Aviation

Au début du XXe siècle, Issy-les-Moulineaux devient le "berceau de l'aviation". L'ancien champ de manœuvres militaires (actuel héliport) attire les pionniers et les curieux. Louis Blériot y effectue des recherches pour améliorer son monoplan. Les frères Charles et Gabriel Voisin s'y installent en 1907 pour effectuer leurs essais. Après le décès d'Edouard Nieuport, Henri Deutsch de la Meurthe transfère son entreprise à proximité des établissements Voisin. Les frères Caudron y créent une école de pilotage.

Qualifié par tous les historiens de « Berceau de l’aviation mondiale » le terrain d’Issy-les-Moulineaux voit son histoire débuter fortuitement pendant l’année 1905 alors qu’il se trouve remarqué par quelques fanatiques de l’aviation naissante.

L'histoire du terrain d'Issy-les-Moulineaux débute en 1905, lorsque quelques passionnés d'aviation le remarquent. Ernest Archdeacon, mécène passionné, obtient l'autorisation d'utiliser ce terrain, mais les contraintes imposées par l'autorité militaire (essais de 4 à 6 heures du matin) sont dissuasives.

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Toutefois, la phase de l’aviation inaugurée à Issy-les-Moulineaux semble la plus pure de toute l’histoire de cette science : intuition et expérimentation vont de paire avec imagination créatrice. Il est intéressant de constater par exemple que Farman, Voisin, Delagrange ont tous trois étudiés aux Beaux-Arts. Ces pionniers sont en même temps les inventeurs, les ingénieurs et les pilotes d’essai des machines qu’ils mettent sur pied.

Au fil du temps et des courses aériennes organisées, le nouveau terrain d’aviation attire les foules de curieux. Celles-ci envahissent le terrain ou se hissent sur les toits pour profiter du spectacle.

De simples hangars, puis de véritables ateliers - qui deviendront les entreprises Voisin, Caudron… - s’installent autour du champ d’aviation, faisant de ce quartier le quartier de l’aviation, dont aujourd’hui les noms de rues évoquent encore le passé glorieux.

Henry Farman, passionné de vitesse et de mécanique, se démarque alors. L’homme, né à Paris en 1874, est présenté par le capitaine Ferber, au début du siècle, aux frères Voisin, deux mécaniciens lyonnais qui bricolent dans un atelier situé rue de la Ferme à Billancourt. Après des essais en planeurs, assez décevants, il obtient, grâce à l'intervention du préfet Lépine, l'autorisation d'effectuer des tentatives d'envol à partir du terrain d'Issy-les-Moulineaux.

En août 1907, il doit apprendre à piloter rapidement pour établir le premier record du monde en circuit fermé. Le 30 septembre 1907, après avoir roulé plusieurs heures, il lâche le manche à balai et l'avion décolle de quelques centimètres : c'est le premier vol. Le 23 octobre, en présence de Gabriel Voisin, il vole à 1,50 mètres du sol et à 50 Km/heure. Au bout de deux mois, il réussit à traverser les 700 mètres de terrain sans grande difficulté.

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Henry Farman continua sur sa lancée et réalisa d'autres prouesses telles que le premier vol avec passager le 28 mars 1908, (il sera le passager), le premier vol de ville à ville (Bouy à Reims, 27 km en 20 Minutes) ainsi que plusieurs records de vitesse et d'altitude. En 1911, il ouvre la première école de pilotage sans visibilité à Toussus-le-Noble. En 1919, il ouvre l'une des premières compagnies aériennes ouvertes au public en France.

L'Importance des Précurseurs et des Inspirations

Les pionniers de l'aviation ne partent pas de rien. Ils reconnaissent l'œuvre de leurs prédécesseurs, notamment Oscar Chanute, ingénieur américain d'origine française qui a consacré sa vie à la construction d'ouvrages d'art et à l'étude de l'aérodynamique. Chanute a publié un livre sur ce sujet en 1894 et a correspondu avec des figures comme Ferdinand Ferber et les frères Wright.

Ici, Oscar Chanute rejoint un autre précurseur qui l’a d’ailleurs inspiré, Otto Lilienthal. Cet Allemand est mort en 1896 à l’âge de cinquante ans. Pas n’importe comment : au cours de l’essai d’une aile planante qu’il pilotait lui-même. C'était sa 2000e expérience. D’année en année, Lilienthal a en effet testé toute sorte de planeurs pour établir et calculer les formes et les gouvernes permettant à un homme équipé d’ailes d’effectuer les glissades les plus parfaites et les plus longues entre un point de départ situé en un point haut et le sol.

Chanute a lu Lilienthal ; ils ont correspondu. Ferber aussi a lu Lilienthal. Et il a profité de tout ce bagage pour entamer ses propres essais en 1902. Mais il a fait encore mieux. Il a cherché à former des émules. En rédigeant sous un pseudonyme - il est alors officier d’active - des articles expliquant ses travaux, ses principes et en prononçant ici et là des conférences. Ainsi, de 1902 à 1904, il a entraîné derrière lui, parmi d’autres, trois passionnés : Gabriel Voisin, Louis Blériot, Robert Esnault-Pelterie.

Clément Ader est également une figure importante, bien qu'il ait cessé ses expériences en 1897. Son Avion III, exposé au Grand Palais en 1900, fascine et inspire les chercheurs des années 1900.

Un Milieu Favorable : L'Aéro-Club de France

Les pionniers de l'aviation bénéficient d'un environnement favorable, notamment grâce à l'Aéro-Club de France, fondé en 1898. Cette association sportive et savante défend la navigation humaine dans les airs.

Depuis 1898, ils se sont regroupés dans une association à la fois sportive et savante, l’Aéro-Club de France. Le nom n’est pas un hasard : le club entend défendre la navigation humaine dans les airs comme le fait pour la circulation terrestre son aîné, l’Automobile-Club de France, créé en 1895. D’ailleurs, une partie des fondateurs de l’Aéro-Club vient de l’Automobile Club et, au début, ils partagent le même siège social.

Le public est restreint, argenté et cultivé, car le sport aérien est coûteux et demande des compétences techniques et scientifiques. En 1899, l'Aéro-Club décide d'encourager l'emploi des moteurs à explosion dans la navigation aérienne.

Les Frères Wright : Une Contribution Décisive

Les frères Wright, originaires de Dayton (Ohio), jouent un rôle crucial dans l'histoire de l'aviation. Après des vols de mise au point sur planeurs, ils ont effectué en 1903 le premier vol motorisé contrôlé d'un avion.

Ils se sont distingués de leurs prédécesseurs et de leurs contemporains par leur approche analytique et expérimentale du problème. Leur contribution essentielle sera d'avoir correctement analysé la mécanique de vol du virage et d'avoir réalisé, en 1902, les premiers vols contrôlés grâce au couplage de la gouverne de direction et du gauchissement (obtenu par vrillage) des ailes. Maîtrisant le pilotage, ils effectuent en 1903 le premier vol motorisé, et en 1905 les premiers vols pouvant être qualifiés de « stables », de longue durée, avec des virages inclinés et non dérapés.

Cependant, leur obsession du secret autour de leurs machines et de leurs capacités à réaliser un vol motorisé contrôlé (qu'ils maintiendront presque totalement jusqu'à l'obtention de brevet d'invention en 1905) entraînera un scepticisme général, en particulier en Europe, quand ils commenceront à communiquer en 1905 tout en exigeant un contrat commercial ferme avant toute démonstration. Ce qui explique le décalage de plusieurs années entre les premiers vols contrôlés de 1905, à l'écart de tous spectateurs dans les dunes de Virginie, et les vols publics de 1908 où leur maîtrise du pilotage sera reconnu.

En 1908, Wilbur Wright effectue des démonstrations spectaculaires en France. Il vole aux Hunaudières en présence de Louis Blériot et René Gasnier, et au Camp d'Auvours, près du Mans. Paul Tissandier, présent au Mans pendant trois semaines, sera son compagnon de bord le 28 suivant : C'est vraiment à n'y pas croire, dira-t-il. Les détracteurs des frères Wright changeraient immédiatement d'avis s'ils pouvaient comme moi tout à l'heure, s'envoler dans cet admirable engin.

Deux élèves-pilotes français ont commencé leur formation sur le Flyer dès l'automne 1908 au Camp d'Auvours avec Wilbur Wright : il s'agissait du comte Charles de Lambert et du capitaine Lucas-Girardville du Parc Aérostatique de Chalais-Meudon.

En janvier 1909, Wilbur Wright organise la reprise de ses démonstrations à Pau. Il reprend ses vols le 3 février 1909 au Pont-Long, où il jette les bases de l'école de pilotage en poursuivant la formation de leurs élèves Charles de Lambert et le capitaine Lucas-Girardville, auxquels s'ajoute Paul Tissandier qui débute.

Au début de mars 1909, à Pau-Pont Long, l'aviateur américain achèvera la formation de Paul Tissandier, auquel les frères Wright transmettent la responsabilité de l’École de pilotage Wright. Après le départ définitif des frères Wright (Wilbur quitte la France le 24 mars 1909), l’École Wright continuera son activité jusqu'en 1910 sous la direction de Paul Tissandier. Celui-ci à son tour emmènera son premier élève, l'aéronaute et aviateur René Gasnier, d'Angers, qui obtiendra son brevet de pilote aviateur le 8 mars 1910.

L'Aviation Militaire : Des Débuts Héroïques

Dès le début de la Première Guerre mondiale, l'aviation prend une dimension militaire. Joseph Frantz, sergent pilote, remporte la première victoire officiellement homologuée le 5 octobre 1914.

Né le 17 août 1890 à Beaujeu (Rhône), Joseph Frantz entendit dès sa prime enfance parler des frères Montgolfier, qui avaient possédé un château dans la région. Son père (qui fut le premier fabricant de limonade) ayant fait faillite, Frantz fut accueilli par un parent, qui possédait une confiserie à Romainville. Passionné de mécanique, le jeune garçon était chargé de l’entretien des machines, ce dont il s’acquittait avec zèle.

Le 16 janvier, il obtenait sans difficulté son brevet (n° 63) à Mourmelon. Après avoir été moniteur à Chartres, il fut engagé par la maison Savary, qui lui offrait un salaire mensuel de 300 francs net, plus le prix des exhibitions et un demi-louis par passager, quand il s’en présentait. Il participa ainsi à de nombreuses manifestations (Périgueux, Gaillac, Ussel), et en particulier au Concours de Reims de 1911, dans lequel Savary l’avait engagé en compagnie de Level, chef pilote de la firme. Celui-ci s’étant tué au cours des épreuves, Frantz dut continuer seul. Après le décès de Level, il fut tout naturellement promu chef pilote, et, en 1912, lorsqu’il fut appelé sous les drapeaux, son employeur continua à lui verser régulièrement son salaire.

Effectuant avec brio toutes les opérations de reconnaissance qui lui étaient confiées, il tenta également d’engager quelques combats. Un capitaine russe du nom de Nesteroff avait détruit un avion allemand dès le 8 septembre 1914, mais le vainqueur avait lui-même trouvé la mort dans ce premier combat. Les Allemands, de leur côté, essayaient également d’abattre des pilotes français.

Lorsque Frantz prit l’air le 5 octobre 1914, il avait déjà tiré en vain sur douze avions. Comme d’habitude, il était accompagné de Quenault, et tous deux commençaient à penser que leurs tentatives étaient inutiles. Il s’agissait pour eux d’un véritable travail d’équipe : Frantz devait manoeuvrer habilement pour que son Voisin fût placé dans l’axe de l’Aviatik, et Quenault, sans perdre son sang-froid, devait tirer sur la cible, coup par coup pour ne pas risquer l’enrayage.

Après un long combat l’avion allemand ralentit puis s’abattit en flamme: dans les marais s’étendant entre Muizon et Jonchery S’étant posés près de leur victime, les Français découvrirent dans les débris de l’appareil les corps carbonisés du sergent Wilhelm Schlichting et du premier lieutenant Fritz von Zangen. Frantz en fut profondément affligé et ne put jamais évoquer ce souvenir sans émotion. Mais il avait réussi à prouver que l’on pouvait combattre en l’air!

L’exploit de Frantz eut des conséquences bénéfiques. Joseph Frantz fut également l’un des premiers à voler sur un avion-canon, avec lequel il abattit un Drachen. Après la guerre, Frantz monta à Billancourt une usine de chromage et de nickelage. Après la guerre, il resta toujours attaché au: milieux de l’aéronautique, pilota jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans et devint président de l’association des Vieilles Tiges dont il avait été le fondateur fonction qu’il exerça jusqu’à sa mort, le 12 septembre 1979, à l’âge de quatre-vingt-dix ans.

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