Introduction

L'avortement, sujet complexe et souvent tabou, traverse l'histoire de la littérature et continue de susciter des débats passionnés. Cet article propose d'explorer la question de l'avortement à travers le prisme d'une analyse féministe de Bel-Ami de Guy de Maupassant, en s'inspirant des réflexions de Simone de Beauvoir sur la condition féminine et le droit à disposer de son corps.

Simone de Beauvoir et la libéralisation de l'avortement

Dans Le Deuxième Sexe, Simone de Beauvoir aborde la libéralisation de l’avortement, à une époque où il était interdit en France et dans de nombreux pays occidentaux. Beauvoir relie le droit à l’avortement pour toutes les classes sociales à son antimilitarisme, au besoin d’une éducation mixte sans tabous ni hypocrisie, et à la contraception féminine. Elle souligne également le besoin d’une participation des pouvoirs publics dans les droits des mères et dans l’existence des enfants.

Beauvoir défend l’éducation et la clarté scientifique, dans un mélange filles-garçons qui tue les mythes traditionnels mortifères de la féminité et de la masculinité, ainsi que les dangereuses poussées de fantasmes. L’autrice analyse la situation des femmes mères sans l’avoir désiré, se vengeant sur leurs enfants de leurs nombreuses frustrations ; le sort misérables des enfants non désirés, devenus choses de leurs parents, et non individus avec le droit à une existence d’amour et de soins. Et le destin, voulu par les hommes adultes, religieux ou non, des enfants devenus adultes. Les enfants sont déshumanisés, réduits à des pions servant au commerce des armes et à tuer d’autres innocent·es, par exemple dans des guerres coloniales, par exemple en Indochine, conflit qui a sévi de 1945 à 1954, soit pendant l’écriture du Deuxième Sexe, où Beauvoir s’est impliquée du côté des pacifistes et des anti-coloniales et anti-coloniaux.

Elle dénonce les interdits légaux et leurs conséquences, soulignant que la maternité forcée aboutit à jeter dans le monde des enfants chétifs, que leurs parents seront incapables de nourrir, qui deviendront les victimes de l’Assistance publique ou des « enfants martyrs ». Elle critique une société qui défend les droits de l’embryon mais se désintéresse des enfants dès qu’ils sont nés, poursuivant les avorteuses au lieu de réformer l’Assistance publique et fermant les yeux sur la tyrannie exercée sur les enfants.

Beauvoir revient sur le tout (répression féroce de l’avortement et des avorteurs, et, implicitement, poids des catholiques dans ladite répression, éducation des enfants mâles pour un futur charnier, violences parentales) dans une lettre à son compagnon, l’écrivain nord-américain Nelson Algren, où elle exprime son indignation face aux affaires d’avortement en France, où il n’existe aucune espèce de contrôle des naissances et où l’avortement reste formellement interdit. Elle rappelle le lien entre ses positions pour l’avortement et antimilitaristes dans le dernier volume de ses mémoires, Tout compte fait, alors qu’elle décrit son engagement auprès des jeunes militantes féministes de ce début des années soixante-dix, dont sa participation à la manifestation du vingt novembre 1971. Militantisme féministe, au féminin et au masculin, et antimilitariste finissent par se rejoindre, pour les droits des femmes, pour ceux des hommes, et pour ceux des enfants. L’ensemble de la société est enfin unie, pour partie, contre les violences qui lui sont faites.

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Bel-Ami : Un reflet des contradictions sociales et morales

Bel-Ami, publié en 1885, offre un tableau saisissant de la société parisienne de la fin du XIXe siècle, avec ses ambitions, ses jeux de pouvoir et ses hypocrisies. L'œuvre de Maupassant, tout en étant une critique acerbe de cette société, peut également être lue à travers une perspective féministe qui met en lumière les inégalités et les contraintes pesant sur les femmes, notamment en matière de sexualité et de reproduction.

L’œuvre de Maupassant est l'œuvre d'un homme bestiaire à qui pourtant rien de ce qui est humain n'est étranger, de l'adultère à la perforation florale, en passant par le viol, le racisme, l'infanticide, la folie, la lâcheté, la peur, l'avortement, la prostitution, le bonheur, la solitude, l'inceste, les difficultés pathétiques, la misère conjugale, l'héritage, le déshonneur, les décorations, la guerre, la paranoïa, la schizophrénie, le corps déformé des femmes enceintes, les petits arrangements entre amis ou les cruautés faites aux animaux…

La condition féminine et l'avortement clandestin

Bien que l'avortement ne soit pas un thème central de Bel-Ami, il est possible de l'entrevoir en filigrane à travers les destins des personnages féminins. Les femmes de Bel-Ami sont souvent confrontées à des grossesses non désirées, conséquence d'une société où la contraception est peu accessible et où les relations sexuelles hors mariage sont mal vues. Dans ce contexte, l'avortement clandestin apparaît comme une solution désespérée, mais risquée, pour celles qui ne veulent pas ou ne peuvent pas assumer une maternité.

L'illégalité de l'avortement à l'époque de Maupassant entraînait des conséquences dramatiques pour les femmes. Contraintes de recourir à des avorteuses souvent peu qualifiées, elles mettaient leur santé et leur vie en danger. Les complications liées aux avortements clandestins étaient une cause importante de mortalité féminine, et les femmes qui survivaient pouvaient en garder des séquelles physiques et psychologiques.

Les motivations des femmes face à l'avortement

Dans Bel-Ami, les motivations des femmes qui envisagent ou pratiquent l'avortement sont diverses. Certaines cherchent à préserver leur honneur et leur réputation, mises à mal par une grossesse illégitime. D'autres veulent éviter les difficultés matérielles et sociales liées à l'arrivée d'un enfant non désiré. D'autres encore aspirent à une liberté et à une autonomie que la maternité leur refuserait.

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Il est important de noter que, dans la société dépeinte par Maupassant, les femmes n'ont que peu de contrôle sur leur propre corps et leur propre destin. Elles sont soumises aux diktats de la morale bourgeoise et aux pressions sociales, qui les réduisent souvent à un rôle d'épouse et de mère. Dans ce contexte, l'avortement apparaît comme un acte de résistance, une tentative de reprendre le pouvoir sur sa propre vie.

L'hypocrisie masculine et la responsabilité partagée

Si les femmes sont les premières victimes de l'illégalité de l'avortement, les hommes ne sont pas exempts de responsabilité. Dans Bel-Ami, les hommes sont souvent ceux qui mettent les femmes enceintes, sans se soucier des conséquences. Ils profitent de leur position de pouvoir pour satisfaire leurs désirs, laissant ensuite les femmes se débrouiller seules face à une grossesse non désirée.

Maupassant dénonce ainsi l'hypocrisie masculine, qui consiste à condamner l'avortement tout en se déchargeant de toute responsabilité dans les grossesses non désirées. Il met en lumière le fait que l'avortement est souvent le résultat d'un manque de respect et de considération envers les femmes, ainsi que d'une absence de dialogue et de consentement mutuel dans les relations sexuelles.

Conclusion

L'analyse de l'avortement dans Bel-Ami à travers une perspective féministe permet de mieux comprendre les enjeux et les contradictions liés à cette question. En mettant en lumière les inégalités et les contraintes pesant sur les femmes, Maupassant nous invite à réfléchir aux conditions nécessaires pour que les femmes puissent exercer pleinement leur droit à disposer de leur corps et de leur vie.

L'œuvre de Maupassant, comme celle de Simone de Beauvoir, nous rappelle que la libéralisation de l'avortement est un combat pour la justice sociale et l'égalité des sexes. C'est un combat pour que les femmes puissent choisir librement si elles veulent ou non devenir mères, et pour que les enfants qui naissent soient désirés et aimés.

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