Introduction
Nicolas Beaujon (1718-1786) fut une figure marquante du XVIIIe siècle français. Sa trajectoire, partant du commerce des grains à Bordeaux pour culminer au poste de financier influent à la cour de Louis XVI, illustre les opportunités et les excès de l'Ancien Régime. Cet article explore les multiples facettes de Beaujon : négociant, financier, grand seigneur, épicurien, amateur d'art, bibliophile, philanthrope et mécène, sans oublier le rôle particulier des femmes de son entourage, surnommées ses "berceuses".
L'Ascension d'un Financier
Des Débuts Bordelais au Monde de la Finance
Né à Bordeaux, Beaujon commença sa carrière dans le commerce des grains. Son habileté et son sens des affaires le conduisirent à jouer un rôle important dans le ravitaillement de Limoges et à s'impliquer dans le commerce avec le Canada. Il fut même élu directeur du commerce de Guyenne pendant une période de crise.
Son mariage en 1753 marqua un tournant décisif. Il lui ouvrit les portes du monde de la finance. En 1756, il fut nommé receveur général de la Rochelle, puis secrétaire du Roi en 1766 et conseiller d'État en 1769.
Banquier de la Cour et Réformes Financières
Beaujon devint un banquier influent de la Cour, effectuant des avances à des personnalités comme Madame du Barry. Bien que Choiseul portât un jugement sévère sur ses activités, Beaujon proposa des réformes visant à rétablir les finances royales et rendit des services importants au roi de Suède et à Louis XVI.
Le Système de la Ferme Générale
La Ferme Générale, une compagnie financière, jouait un rôle central dans la collecte des impôts indirects pour le compte du roi. Le bail des Fermes était mis aux enchères, mais souvent, la procédure était une simple formalité, sans réelle concurrence jusqu'à la Révolution. Les cautions exigées des adjudicataires généraux pouvaient atteindre des sommes considérables, parfois une dizaine de millions de livres. La composition du groupe de cautions changeait à chaque adjudication.
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La Ferme Générale était une organisation complexe, avec vingt et un bureaux et un conseil d'avocats. Elle employait un grand nombre de personnes, des employés provinciaux aux receveurs, contrôleurs et inspecteurs. Le système était critiqué pour son opacité et les opportunités qu'il offrait à la corruption et à l'enrichissement personnel. Le financier devait faire produire aux impôts le plus possible.
Un Grand Seigneur et son Train de Vie
Palais et Maisons de Campagne
Beaujon adopta le train de vie d'un grand seigneur, par nécessité sociale autant que par goût personnel. Il occupa le palais des Tuileries après son mariage, puis le palais de l'Élysée à partir de 1773. Il commanda des travaux de décoration à des artistes renommés comme Boullée, qui construisit les petits appartements de l'Élysée. Sa chambre à coucher et ses salons étaient décorés avec un luxe inouï. Il possédait également une maison de campagne à Issy, avec une ferme hollandaise et une chapelle Saint-Nicolas, où il fut inhumé.
Luxe et Épicurisme
Son train de vie était marqué par une étonnante profusion. Il dépensait des sommes considérables en bonne chère et en grands vins, comme en témoigne l'inventaire de sa cave, qui comprenait des vins de Bordeaux, de Bourgogne, d'Espagne, du Portugal, de Syracuse, du Rhin et de Hongrie. Les plus somptueuses habitations étaient les leurs. Les plus grands artistes avaient été appelés à y mettre la main.
Les "Berceuses" de Beaujon
Un Entourage Féminin Singulier
La vie privée de Beaujon était entourée d'un certain mystère et de rumeurs. Il entretenait un cercle de femmes, surnommées ses "berceuses", qui jouaient un rôle particulier dans sa vie. Parmi elles, on comptait Madame de Falbaire, Madame Tilaurier (future Madame Duval d'Esprémesnil), Michelle de Bonneuil, Madame de Mortainville, Madame Taffard et Madame du Lys.
Madame de Falbaire et son Mari Complaisant
La préférée de ses berceuses était la ravissante Madame de Falbaire. Son mari, Charles-Georges Fenouillot de Falbaire de Quingey, était un auteur dramatique. Beaujon lui avait fait obtenir la baronnie de Cangé et le poste d'inspecteur des salines de l'Est. L'histoire de ce mari complaisant et de sa femme entretenue par un riche financier alimenta les conversations et les commérages de l'époque.
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Anecdotes sur le Train de Vie de Beaujon
Plusieurs anecdotes illustrent le train de vie particulier de Beaujon. Un Anglais, curieux de voir ce qui était considéré comme remarquable à Paris, demanda à lui rendre visite. Il fut surpris d'apprendre que Beaujon, malgré sa richesse, ne mangeait qu'un plat de légumes, était presque aveugle, n'écoutait jamais la musique donnée chez lui et ne pouvait plus marcher.
Une autre anecdote rapportée par Madame de Falbaire décrit Beaujon comme un homme malade, contraint de suivre un régime strict, mais entouré de jolies femmes qui le divertissaient et le berçaient de leurs chansons. D'où le nom de "berceuses" qu'on leur donna.
Mécénat et Philanthropie
Un Philanthrope Généreux
Malgré son faste et ses extravagances, Beaujon était connu pour sa philanthropie. Il faisait un bien infini et employait sa fortune en bonnes œuvres. Il dota des demoiselles et fit l'aumône.
Fondateur d'un Hôpital
Son œuvre philanthropique la plus importante fut la fondation d'un hospice pour les orphelins à Paris. Il s'impliqua personnellement dans tous les détails de l'installation matérielle et du règlement. Les bâtiments furent construits par l'architecte Girardin. L'hospice fut transformé en hôpital pendant la Révolution.
Mécène des Arts et des Lettres
Beaujon était également un mécène des arts et des lettres. Il fit des dons magnifiques à l'Académie de Bordeaux et à la Chambre de Commerce. Il commanda des portraits à des artistes renommés comme Louis-Michel Van Loo et Madame Vigée-Lebrun. Sa collection d'art comprenait des tableaux d'Holbein, Rembrandt et Rubens, ainsi que des œuvres de petits maîtres hollandais. Il possédait une importante bibliothèque, constituée en partie par l'achat des livres de Joseph d'Hémery, inspecteur de la librairie.
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