Introduction
Le berceau, un terme polysémique, évoque à la fois l'origine, l'enfance et le réconfort. Cet article se propose d'explorer les différentes significations du mot "berceau" et son importance culturelle, en particulier en se penchant sur son rôle dans la famille et les discours médicaux et moraux du XIXe siècle.
Origines et définitions du mot "berceau"
À l'origine, le berceau désigne le petit lit dans lequel on berce les nouveau-nés pour les endormir. Par extension, et dans le langage familier, il peut désigner l'extrême jeunesse d'une personne. L'expression "berceau moteur" est employée dans les secteurs de la mécanique, notamment dans l'aéronautique et l'automobile, et décrit le lieu où est implanté le moteur de l'engin. En architecture, le terme "berceau" est utilisé pour parler d'une voûte. Si elle est "en berceau", cela signifie que la voûte a la face de son arc en courbure constante. Le "portage en berceau" est une façon de porter un bébé à l'aide d'une écharpe, une technique qui rappelle la forme du berceau.
Le berceau : un symbole d'accueil et de protection
Dans les représentations traditionnelles, le berceau a toujours joué le rôle d'accueil du petit enfant. Associé au bercement, il assure le bien-être de l'enfant et le prépare à un sommeil réparateur, nécessaire à son repos et à celui de sa famille. Le berceau joue alors, au sens propre comme au sens figuré, un rôle essentiel de protecteur. Comme l'illustre une caricature d'Honoré Daumier, le berceau est perçu comme un lieu de calme et de paix, où l'enfant trouve le sommeil et permet à ses parents de se reposer.
Le berceau au XIXe siècle : enjeux médicaux et moraux
Pourtant, en se penchant sur les traités de soins pour les nouveau-nés et les traités d’éducation rédigés par des médecins dans la première moitié du XIXe siècle, on comprend que la place du berceau dans la cellule familiale est source de différents enjeux. La question d'employer un berceau pour faire reposer l'enfant, si elle semble évidente, n'a pas toujours répondu à une volonté d'assurer plus de confort à l'enfant. Elle correspond au contraire à une demande forte de la part des différentes autorités (médecins, théologiens, moralisateurs) de bannir la cohabitation au sein du même lit entre enfants et parents, afin de proscrire les risques d'étouffement et d'infanticide.
Des autorités civiles et ecclésiastiques rappellent cette interdiction depuis l’Ancien Régime, ce qui tendrait à prouver qu’il s’agit d’une habitude très enracinée, en dépit des risques évidents qu’elle fait courir aux nourrissons. Angélique-Marguerite Le Boursier du Coudray, célèbre sage-femme, s’intéresse aussi dans son célèbre Abrégé de l’Art des accouchements, à la question du partage du lit entre la mère et l’enfant, ou plus particulièrement de la cohabitation entre nourrice et nouveau-né. Avant un an, il n’est pas question d’envisager cette situation.
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L'ouvrage collectif dirigé par Louis-Henri Parias illustre très bien ce point avec le nouveau Rituel du diocèse du Mans en 1773, qui prescrit ceci aux curés lors du baptême : « En vue de prévenir un triste accident qui n’est arrivé que trop de fois, avertissez qu’on ne couche point cet enfant dans le même lit avec sa mère, ou sa nourrice, ou autre personne, qu’il n’ait deux ans accomplis. »
L'éducation à l'usage du berceau : un enjeu éducatif
Au-delà de la question matérielle (positionnement du berceau, forme, structure, composition…), son usage implique aussi de définir son rôle et son utilité. L’idée d’employer un berceau pour faire reposer l’enfant, si elle semble évidente, n’a pas toujours répondu à une volonté d’assurer plus de confort à l’enfant. Elle correspond au contraire, à une demande forte de la part des différentes autorités (médecins, théologiens, moralisateurs) de proscrire la cohabitation au sein du même lit entre enfants et parents.
Pour autant, faire reposer un enfant dans un berceau nécessite de bien définir les rôles de chacun (mère, nouveau-né, nourrice, père). Dans les conseils prodigués par les médecins et les sages-femmes, les préceptes entourant l’emploi du berceau engagent aussi le lecteur à modifier ses rapports à l’enfant, dans le cadre d’un processus éducatif qui viserait à mieux définir les rôles de chacun et à construire des habitudes particulières pour l’enfant.
Le berceau et la nourrice : une relation complexe
Si les parents sont particulièrement visés par ces différentes interdictions, ce sont surtout les nourrices qui sont au cœur des réserves des médecins et moralisateurs. L'omniprésence de la nourrice dans leurs écrits peut étonner, mais elle reflète une réalité de l'époque. La mise à distance de l’enfant, par l’emploi d’une nourrice, n’est pas signe de désamour de la mère pour sa progéniture. La mise en nourrice, telle qu’elle se pratique dans les grandes villes françaises des XVIIIe et XIXe siècles (qui ne représentent que 10 à 15 % de la population), consiste à envoyer à la campagne, pour y être allaité et élevé, un nouveau-né qu’on ne reverra pas avant un ou deux ans. Cette pratique est justifiée, soit par les occupations mondaines de la mère dans les milieux favorisés, soit par la nécessité de son travail dans les milieux populaires.
Dès lors, les médecins qui adressent des conseils aux familles pour bien élever leurs enfants, insistent particulièrement sur la redéfinition des rôles et des fonctions de la nourrice. Ces dernières ne doivent plus suivre des pratiques séculaires et ignorantes, et sont pressées d’acquérir des méthodes répondant plus au besoin de l’enfant.
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Le berceau : un luxe pour les familles pauvres ?
Dans les familles les plus pauvres, le berceau, même rudimentaire, est un luxe ignoré, et le petit enfant n'a d'autre lit que celui de ses parents. Souvent, il n'existe qu'une couchette, donc tout le monde partage la même chaleur, les mêmes puces et les mêmes épanchements. L’étude minutieuse de Daniel Roche à partir des inventaires après décès, a montré que la mention du lit d’enfant est tardive et peu générale, et c’est presque la même chose pour le berceau, « meuble pratiquement inconnu des notaires du Vexin français » au XVIIIe siècle.
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