Introduction : L'art pariétal et la mémoire collective
La grotte d'Altamira, située en Espagne, est bien plus qu'un simple site archéologique. Son nom est intimement lié à l'image iconique du bison, et elle a progressivement fusionné avec la notion même de berceau de l'art. Cet article explore la construction de cette image mentale dans la conscience collective, en s'appuyant sur des sources littéraires de langue espagnole. Il s'agit de discerner des continuités dans cette histoire culturelle, en analysant comment un lieu physique s'est transformé en un lieu mental, investi d'une forte charge émotionnelle.
La redécouverte et la controverse : Altamira dans l'ombre
La fin du XIXe siècle marque la redécouverte des grottes ornées par les occidentaux. En 1879, Marcelino Sanz de Sautuola découvre la grotte d'Altamira, ornée de peintures de bisons au plafond. Cependant, la communauté scientifique de l'époque se montre sceptique quant à l'ancienneté des peintures, et Sautuola est désavoué.
Ce n'est qu'à partir de 1895, avec la découverte d'autres grottes ornées en France (la Mouthe, les Combarelles, Font-de-Gaume), que les témoignages convergent. En 1902, Émile Cartailhac, un des grands préhistoriens de l'époque et initialement opposé à l'authenticité d'Altamira, fait son mea culpa dans un article resté célèbre : "La grotte d'Altamira. Mea culpa d'un sceptique". Il y reconnaît la réalité des peintures et rend hommage à Sautuola.
Malgré cette reconnaissance tardive, les travaux de Sautuola et la grotte d'Altamira restent dans l'ombre en Europe, jusqu'à la découverte de Lascaux qui amplifie le phénomène préhistorique.
L'expérience esthétique : Altamira célébrée par les écrivains espagnols
Avant même la reconnaissance scientifique d'Altamira, des écrivains espagnols se rendent en Cantabrie pour constater l'objet du casus belli scientifique et vivre une expérience spéléologique hors du commun. Leurs récits cherchent à conférer leurs lettres de noblesse aux peintures d'Altamira et à transmettre l'expérience subjective d'un éblouissement face à la beauté pariétale.
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Emilia Pardo Bazán, dans un reportage publié en 1894, prend parti pour l'authenticité des peintures, soulignant la difficulté d'imaginer une supercherie d'une telle ampleur. Elle décrit avec émerveillement le "gigantesque troupeau d'animaux antédiluviens" qui court et batifole sur la voûte de la grotte, animé d'une vie fantastique. Elle s'interroge sur la perfection et la complexité de cet art rupestre, qui remet en question les idées reçues sur les origines de l'art.
José Ortega y Gasset, en 1916, témoigne également de son émotion et de sa surprise face aux peintures d'Altamira. Il souligne la difficulté d'approche de l'art paléolithique, où les figures se dérobent souvent au regard du non-initié.
La dimension mystique : Altamira, un sanctuaire de l'art
La contemplation de l'art pariétal d'Altamira est souvent décrite comme un événement fondateur, une expérience sensorielle complète mobilisant tous les sens. Les récits des écrivains témoignent d'une composante mystique, où la grotte se présente comme un sanctuaire de l'art.
Rafael Alberti, dans son récit autobiographique La arboleda perdida, décrit sa visite à Altamira comme une "rencontre émouvante". Il met en scène la banalité du lieu (la pluie, le curé au parapluie rouge) pour mieux contraster avec le flamboiement artistique qui se révèle à l'intérieur de la grotte. Il souligne l'effet de surprise et de révélation, transformant Altamira en "le plus beau sanctuaire de tout l'art espagnol".
L'image mentale de la grotte d'Altamira est ainsi construite à partir de récits subjectifs, investis d'une forte charge émotionnelle. Ces récits contribuent à faire d'Altamira un lieu mythique, associé à la naissance de l'art et à la révélation de la beauté originelle.
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L'émouvance : une nouvelle perspective sur l'art contemporain
Le texte fourni évoque également le courant des "Émouvants", qui cherche à réhabiliter l'émotion dans l'art contemporain. Ce courant, né en Tunisie, s'inspire des origines africaines de l'art et revendique une esthétique de la vulnérabilité et de la responsabilité.
Les "Émouvants" critiquent l'oubli de l'être et l'abandon de la beauté dans l'art contemporain labellisé. Ils affirment que l'art doit être une source d'inspiration et une essence vitale pour la société, en donnant accès aux forces libératrices des fragrances de l'art.
Ce courant artistique, en quête d'une nouvelle définition de l'art contemporain, rejoint d'une certaine manière la fascination originelle pour Altamira, berceau de l'art et lieu d'émerveillement.
Retour à Sefarad : une quête identitaire
Le texte fait référence au livre de Pierre Assouline, Retour à Sefarad, qui raconte la quête de l'auteur pour obtenir la nationalité espagnole en tant que descendant de juifs expulsés d'Espagne en 1492. Cette démarche, rendue possible par une nouvelle loi espagnole, est l'occasion pour Assouline d'interroger son identité et de renouer avec ses racines.
Le livre décrit un voyage érudit à travers l'Espagne, à la rencontre d'intellectuels, d'écrivains et de personnalités qui ont marqué l'histoire du pays. Assouline explore les traces contemporaines des juifs séfarades, dans les villes, les synagogues et les cimetières.
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Cette quête identitaire, bien que personnelle, résonne avec la question plus large de l'attachement aux racines et du sentiment d'appartenance. Elle souligne l'importance de la mémoire et de l'histoire dans la construction de l'identité individuelle et collective.
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