Dans le paysage politique français, la question des droits des femmes, et plus particulièrement celui de l'avortement, est un sujet de vifs débats. Avec la montée en puissance du Rassemblement National (RN) et de son président, Jordan Bardella, il est crucial d'examiner de près les positions et les actions de ce parti sur ces enjeux fondamentaux. Cet article se propose d'analyser en profondeur la position de Jordan Bardella sur l'avortement, en confrontant ses déclarations publiques aux votes de son parti au niveau national et européen. Il s'agira de démêler le vrai du faux, et de mettre en lumière les incohérences et les contradictions qui caractérisent l'approche du RN en matière de droits des femmes.

Une Alerte Féministe Face à la Montée de l'Extrême Droite

Dans un contexte politique marqué par la possibilité de l'arrivée en tête du parti de Jordan Bardella aux prochaines élections législatives, les organisations féministes françaises ont lancé un appel unitaire pour sonner « l'alerte ». Elles dénoncent le péril que constitue l'extrême droite pour les droits des femmes et des minorités de genre, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, l'égalité femmes-hommes et l'avenir des associations qui œuvrent en ce sens. Les féministes craignent que l'arrivée au pouvoir de Jordan Bardella, qu'elles considèrent comme le promoteur d'un système xénophobe et patriarcal refusant tout progrès social, ne soit une catastrophe pour les droits des femmes.

La Stratégie de Séduction de Jordan Bardella Envers les Femmes

Face à ces inquiétudes, Jordan Bardella a entrepris une offensive de charme auprès des femmes. Dans une vidéo postée sur X, il s'est présenté comme « le premier ministre qui garantira de manière indéfectible à chaque fille et à chaque femme de France ses droits et ses libertés ». Il a appelé les femmes à voter pour lui lors des prochaines élections législatives, en assurant qu'elles voteraient ainsi « aussi pour leurs droits ». Cependant, cette manœuvre électoraliste se heurte à la réalité des faits. Les programmes (entièrement vides sur ce sujet), les déclarations et les votes récents de son parti, au Palais-Bourbon comme à Strasbourg, attestent l'exact inverse.

Le RN et l'Inscription de l'IVG dans la Constitution: Un Enthousiasme Mesuré

Jordan Bardella affirme que « Marine Le Pen a soutenu l’inscription de l’IVG dans la Constitution ». Cependant, lors du vote qui a eu lieu au Congrès le 4 mars dernier, faisant de la France le premier pays au monde à inscrire explicitement dans sa Constitution « la liberté garantie » de recourir à l’IVG, les parlementaires d’extrême droite ne se sont pas distingué·es par leur enthousiasme. Près de la moitié des 91 élu·es n’ont pas voté pour - 11 contre, 20 abstentions, 14 absent·es, parmi lesquel·les la très catholique Laure Lavalette, qu’on sait opposée à cette mesure.

En 2022, lorsque l’Assemblée a voté l’allongement du délai de recours à l’IVG de 12 à 14 semaines de grossesse, aucun·e des sept député·es RN de l’époque n’a voté pour (3 voix contre, 4 absent·es).

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Les Abstentions du RN au Parlement Européen sur les Droits des Femmes

Même tendance au Parlement européen, où le RN comptait 18 représentant·es dans la mandature qui vient de s’achever. En 2020, alors que la Pologne s’apprête à interdire quasi totalement l’accès à l’avortement, une résolution est proposée pour condamner cette décision et soutenir les milliers de manifestant·es qui s’y opposent. Le RN s’abstient.

Parmi les votants, l’eurodéputée Annika Bruna dénoncera « la banalisation » de l’avortement en Europe. Questionnée sur cette abstention, Marine Le Pen répondra en se disant « attachée à la souveraineté » : « Chaque peuple a le droit de décider pour lui-même. » Et « en l’espèce, l’avortement n’est pas interdit en Pologne », a-t-elle ajouté, alors que l’IVG n’y est plus possible qu’en cas de viol, d’inceste ou de menace pour la vie de la mère.

Plus récemment, en avril 2024, les parlementaires européens ont aussi été invité·es à se prononcer sur l’entrée du droit à l’IVG dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. L’extrême droite française, alliée des gouvernements italien et hongrois qui attaquent eux aussi les droits des femmes et des personnes LGBTQIA+, s’est là encore abstenue.

Le RN et la Lutte Contre les Violences Envers les Femmes: Un Discours Sélectif

À la base de l’idéologie de l’extrême droite, il y a deux dénis de réalité : le RN refuse catégoriquement de voir les discriminations et les violences comme des faits de société systémiques. Et il considère que, quand elles existent, ces violences sont le fait d’hommes étrangers.

« Les hommes ne sont pas tous des coupables en puissance nécessitant d’être rééduqués par les féministes », a ainsi déclaré en 2021 l’eurodéputée Annika Bruna. Guère étonnant, donc, que le RN se soit abstenu en 2020 lors du vote à Strasbourg sur la ratification de la Convention d’Istanbul, texte le plus vaste sur ce sujet, puisqu’il contraint notamment les États signataires à intégrer dans leurs dispositifs législatifs un certain nombre d’infractions (violences psychologiques, harcèlement, mariage forcé, mutilations génitales…).

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Lors des débats, Annika Bruna avait expliqué le vote de son parti en contestant que les violences sexuelles se nourrissent du sexisme et des « stéréotypes liés au genre ». Car pour le RN, « ces cas ne représentent fort heureusement qu’une infime minorité d’hommes ». Au moment de l’affaire Hulot, fin 2021, Marine Le Pen avait dénoncé des « procès médiatiques qui laissent des coupables non condamnés ». Confrontée à des affaires de violences sexuelles au sein de son parti, la députée a refusé de sanctionner les mis en cause, qui contestaient les accusations. Le RN s’est aussi abstenu sur un texte proposant une « évaluation du harcèlement sexuel dans l’Union européenne après #MeToo », en juin 2023. Absence également de vote en faveur de la dernière directive pour « combattre les violences envers les femmes et les violences domestiques », en avril dernier, qui a entériné une batterie de mesures ambitieuses.

Jordan Bardella promet de mener « une lutte implacable contre l’insécurité qui fait régresser la liberté de chaque femme de France de se déplacer dans les rues et dans l’espace public », en reprenant « le contrôle de notre politique migratoire en expulsant les délinquants et criminels étrangers, en instaurant des peines plancher, en renforçant sévèrement les sanctions contre les violences faites aux femmes ». Cependant, cette approche est critiquée pour sa vision simpliste et réductrice du problème des violences faites aux femmes.

Le RN et l'Égalité Entre les Femmes et les Hommes: Une Rhétorique Trompeuse

Jordan Bardella affirme que « L’égalité entre les femmes et les hommes, la liberté de s’habiller comme on l’entend, le droit fondamental à disposer de son corps sont des principes non négociables ». Cependant, la liberté de s’habiller exclut visiblement le voile, que le RN entend toujours interdire, même s’il a récemment repoussé l’échéance.

Sur l’égalité femmes-hommes, le RN n’a, encore une fois, fait que s’abstenir, s’opposer, voire ne pas même participer aux votes sur l’ensemble des textes proposés en la matière ces dernières années. Exemple : en 2021, à l’Assemblée nationale, les élu·es RN n’ont pas pris part au vote de la loi Rixain sur l’égalité salariale.

À Strasbourg, il et elles ont voté en 2022 contre un salaire minimum européen fondé sur un niveau de vie décent pour chaque État membre, concernant majoritairement les femmes, les plus nombreuses parmi les bas et très bas salaires.

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L’extrême droite française s’est aussi opposée en 2022 à un plan d’action de l’Union européenne pour l’égalité entre les femmes et les hommes : « Nous ne voulons pas imposer à nos filles de devenir des hommes comme les autres », avait déclaré l’eurodéputée Annika Bruna à cette occasion. Même opposition en 2023 à une directive imposant la transparence aux entreprises pour lutter contre les écarts de rémunérations.

Le RN promeut une répartition des rôles genrée, réduit les femmes à un rôle maternel et les cantonne au foyer. « Nous partons du principe qu’une mère au foyer, elle est peut-être mieux à la maison à s’occuper des enfants », avait ainsi déclaré en septembre 2023, à l’occasion des débats sur le projet de loi « pour le plein-emploi », le député Jocelyn Dessigny, par ailleurs sanctionné pour avoir traité la députée LFI Mathilde Panot de « poissonnière ».

Le RN et la Prise en Charge des Maladies Féminines: Une Instrumentalisation de la Souffrance des Femmes

Jordan Bardella affirme que « Ces derniers mois nous nous sommes battus pour une meilleure prise en charge des femmes atteintes d’endométriose ». Cependant, le texte déposé par le RN à l’Assemblée a été dénoncé comme ne répondant pas aux demandes des associations spécialisées.

En janvier 2022, quand la résolution portée par la députée LFI Clémentine Autain a été présentée et votée à l’unanimité, seul un député RN était dans l’hémicycle.

Jordan Bardella affirme également que « Lorsque des propositions de bon sens sont venues d’autres partis politiques, nous les avons votées sans sectarisme, et avec l’unique obsession de protéger les femmes. Je pense à la prise en charge intégrale par l’assurance maladie des soins liés au traitement du cancer du sein ». Cependant, le RN a œuvré avec la majorité pour amender le texte initial, proposé par le PCF, pour que les dépassements d’honoraires ne soient pas pris en charge.

De la même façon, les parlementaires d’extrême droite - qui sèchent souvent les travaux de l’Assemblée - ont trouvé le chemin de l’hémicycle quand il s’est agi de s’opposer à la PMA (procréation médicalement assistée) pour toutes les femmes.

Les Menaces du RN Contre les Associations Féministes et les Politiques Publiques en Faveur des Femmes

Les leaders du RN ne font pas mystère de leur projet de couper les subventions versées aux associations féministes. En 2022, Marine Le Pen avait annoncé que si le RN arrivait au pouvoir il n’y aurait plus de ministère des droits des femmes. Les politiques publiques (lutte contre les violences sexistes et sexuelles, éducation à la vie sexuelle et affective…) reposent quasiment uniquement sur les associations.

L'Abstention de Jordan Bardella sur un Vote Visant à Faciliter l'Accès à des Avortements Sûrs à Toutes les Femmes Européennes

Jordan Bardella s’est abstenu, mercredi 17 décembre, au Parlement européen, de voter une initiative citoyenne visant à faciliter l’accès à l’avortement pour les Européennes. Ce texte demande à la Commission d’établir "un mécanisme volontaire de solidarité financière" pour permettre à un État membre de fournir un accès à une interruption volontaire de grossesse (IVG) pour "toute personne ne disposant pas d’un accès à un avortement sûr et légal".

L'Adhésion d'Alexandre Varaut à la Liste de Jordan Bardella: Un Signal Inquiétant

L'annonce du ralliement sur la liste de Jordan Bardella pour les européennes d'Alexandre Varaut, un avocat ultra-conservateur farouchement opposé à l'interruption volontaire de grossesse, y compris lorsqu'un handicap est détecté in utero, est un signal inquiétant quant à la véritable position du RN sur l'avortement.

Le RN et les Droits des Femmes au Parlement Européen: Un Bilan Contrasté

Au Parlement européen, les votes du RN sur les droits des femmes sont souvent en contradiction avec le discours tenu en France. Les élu·es RN se sont opposé·es à une résolution condamnant la Pologne qui interdisait quasiment totalement l’avortement. Ils et elles se sont abstenu·es sur l’introduction du droit à l’avortement dans la Charte européenne des droits fondamentaux. Par ailleurs, en 2021, les député·es européen·nes RN ont voté contre une résolution prévoyant des formations contre le harcèlement sexuel au sein des institutions de l’Union européenne. Le 10 mai 2023, le Parlement européen décide enfin de ratifier la « Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique » dite Convention d’Istanbul : les député·es RN se sont abstenu·es. Toujours en mai 2023, le RN s’abstient sur la « Directive européenne sur la transparence et l’égalité des rémunérations » qui vise à appliquer l’égalité de salaires entre femmes et hommes pour un travail identique ou de même valeur.

Les Alliances Européennes du RN: Des Partenaires Ennemis des Droits des Femmes

Le masque supposé “progressiste” du RN s’effrite aussi en regardant ses fréquentations au Parlement européen. Les élu·es RN émargent au groupe Identité et Démocratie dans lequel figure notamment la Lega de Matteo Salvini qui participe à la coalition gouvernementale de Georgia Meloni en Italie. Celle-ci fait tout pour contrecarrer le droit à l’avortement notamment en laissant entrer les anti avortement dans les centres de consultation familiale pour dissuader les femmes d’avorter. Autre allié du RN jusqu’à hier, l’AFD (Alternative für Deutschland) allemande qui, en novembre 2023, élaborait des plans avec un identitaire Autrichien pour déporter en Afrique du Nord deux millions de citoyen·nes considéré·es comme non assimilé·es, étranger·es et demandeuses·eurs d’asile.

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