Depuis le début de sa campagne législative, Jordan Bardella assure vouloir œuvrer pour "les droits des femmes", rappelant que Marine Le Pen a soutenu la constitutionnalisation de l'IVG. Cependant, une analyse des votes du Rassemblement National (RN) au Parlement européen révèle des contradictions et des ambiguïtés quant à leur position sur l'avortement et les droits des femmes.
Une division interne sur l'inscription de l'IVG dans la Constitution
Une division règne au Rassemblement national sur l'inscription de l'IVG dans la Constitution. Lors du vote à l'Assemblée nationale pour l'inscription de l'IVG dans la Constitution le 30 janvier, le parti à la flamme est celui qui a montré le plus de divergences, avec 46 pour, 12 contre et 14 abstentions. Marine Le Pen elle-même, malgré son vote en faveur de la loi, a estimé que ça "ne sert à rien".
Sur le même sujet en 2022, la majorité avait également été très courte, avec 38 voix pour sur 74. Le vote avait eu lieu quelques mois seulement après le vote de l'allongement du délai pour une IVG, de 12 à 14 semaines de grossesse, à laquelle Marine Le Pen s'était opposée et pour lequel aucun député RN n'avait participé au vote. La volonté exprimée d'élus d'extrême-droite de couper les subventions du Planning familial, ne plaide pas non plus pour un accès facilité au droit à l'avortement.
Abstentions et votes contre au Parlement Européen
Au niveau de l'Union européenne, les eurodéputés RN n'ont pas soutenu la résolution d'inscription du droit à l’avortement dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adopté en avril. Jordan Bardella, à l'instar de nombreux autres députés du groupe ID s'est abstenu, tandis que la grande majorité d'entre eux ont voté contre. En 2020 puis 2022 déjà, le RN s'était déjà opposé à la condamnation de la Pologne, qui avait interdit de fait l'avortement en-dehors des cas de grossesse suite à un inceste ou une agression sexuelle ou de mise en danger directe de la santé de la mère.
Le 17 décembre, le Parlement européen se penchait sur l’instauration d’un « mécanisme de solidarité volontaire financé par l’UE pour les soins liés à l’avortement des femmes n’y ayant pas accès de façon sécure et légale ». Jordan Bardella s'est abstenu, tout comme une cohorte d’eurodéputés RN, de Matthieu Valet à Virginie Joron en passant par Julien Sanchez et Catherine Griset.
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De plus, Jordan Bardella et ses eurodéputés ont voté contre un texte (pourtant non contraignant) « sur la stratégie en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes pour 2025 » qui permet au Parlement européen de se prononcer sur des sujets comme « les violences sexistes, les soins de santé, le monde du travail ou encore l’éducation ». L’entourage de Jordan Bardella fait valoir que ces « sujets ne relèvent pas des compétences de l’Union européenne ».
En novembre 2020, Jordan Bardella avait déjà voté contre une résolution visant à condamner la Pologne face à la quasi-interdiction de la pratique de l’IVG dans le pays.
En 2021, les député·es européen·nes RN ont voté contre une résolution prévoyant des formations contre le harcèlement sexuel au sein des institutions de l’Union européenne. Le 10 mai 2023, les député·es RN se sont abstenues lors de la ratification de la « Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique » dite Convention d’Istanbul. Toujours en mai 2023, le RN s’abstient sur la « Directive européenne sur la transparence et l’égalité des rémunérations ».
Un passé anti-avortement assumé
Si aujourd'hui le RN s'exprime peu sur ce sujet clivant en interne, notamment lors des débats parlementaires où les députés restent majoritairement silencieux, ça n'a pas toujours été le cas. Le FN (devenu RN) a longtemps été radicalement anti-avortement, Jean-Marie Le Pen se disant "chrétien, donc (…) par principe contre l'avortement" et demandant à plusieurs reprises l'abrogation de l'IVG.
Alliances européennes et positions conservatrices
Le Rassemblement National se trouve souvent pris à défaut sur la lutte des inégalités entre les femmes et les hommes, pris dans ses alliances avec des partis d’extrême droite aux positions très conservatrices.
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Les élu·es RN émargent au groupe Identité et Démocratie dans lequel figure notamment la Lega de Matteo Salvini qui participe à la coalition gouvernementale de Georgia Meloni en Italie. Celle-ci fait tout pour contrecarrer le droit à l’avortement notamment en laissant entrer les anti avortement dans les centres de consultation familiale pour dissuader les femmes d’avorter. Autre allié du RN jusqu’à hier, l’AFD (Alternative für Deutschland) allemande qui, en novembre 2023, élaborait des plans avec un identitaire Autrichien pour déporter en Afrique du Nord deux millions de citoyen·nes considéré·es comme non assimilé·es, étranger·es et demandeuses·eurs d’asile.
L'IVG instrumentalisée à des fins électorales et racistes
Le RN dit défendre les droits des femmes alors que ce que doit être une femme pour le RN c'est une épouse, et une mère et qu'au parlement européen, Jordan Bardella a systématiquement voté contre le renforcement ou la création de nouveaux droits pour les femmes. Sous couvert de faux semblants féministes, le RN veut seulement imposer son idéologie raciste.
Le RN prétend que les violences faites aux femmes et aux filles sont majoritairement commises par des immigrés, alors que toutes les études attestent que ce sont en grande majorité les proches, notamment dans la famille, qui sont les agresseurs. Le RN pratique une stigmatisation permanente des personnes de confession musulmane, toujours présumées violentes, intégristes, véhiculant de la sorte l’idée d’une population étrangère à la “véritable France”.
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