Daniel Balavoine, né le 5 février 1952 à Alençon (Orne) et décédé tragiquement le 14 janvier 1986 près de Gourma-Rharous (Mali), était un auteur-compositeur-interprète français dont la voix de « cristal » et l'engagement social ont marqué son époque. Malgré une carrière relativement courte, il a laissé une empreinte indélébile sur la musique francophone, vendant près de 20 millions de disques.
Jeunesse et Premiers Pas Musicaux
Issu d'une famille originaire des Landes et du Pays basque, Daniel Balavoine était le benjamin d'une fratrie de six enfants : Marie-Françoise, Claire, Bernard, Guy et Yves. Son père, Émile, était ingénieur en urbanisme, et sa mère, Élisabeth, antiquaire. Il passe la majorité de sa jeunesse dans le sud-ouest de la France.
En 1959, à la suite de la mutation de son père en Algérie, Daniel entre en pension. Il apprécie peu le pensionnat, qui lui fait perdre le goût de la religion et provoque chez lui un profond rejet de la discipline qui y règne. Lycéen à Pau, Balavoine est un élève doué, surtout en littérature. Il s'implique de très près dans la révolte étudiante de mai 68 et s'imagine alors faire une carrière politique. Il débute comme chanteur de bal à Pau, où il interprète Bob Dylan.
En 1971, il décide de tenter sa chance à Paris avec des amis, mais cette première expérience s'avère être une désillusion. De retour à Pau, il est contacté par le groupe Présence, dont le chanteur vient de partir. Il retourne à Paris et passe une audition où il rencontre Laurent Voulzy. Balavoine est retenu et commence à fréquenter les studios. Un premier 45 tours, oscillant entre hard rock et slow, sort chez Vogue, mais ne se vend qu'à 247 exemplaires. Pour gagner sa vie, Balavoine travaille comme disquaire, sans pour autant abandonner la musique.
En 1973, la maison de disques Vogue le rappelle et l'encourage à entamer une carrière solo. Le 45 tours "Viens vite" sort, mais connaît à peine plus de succès qu'à l'époque de Présence. Il gardera un mauvais souvenir de cette période en raison des exigences du directeur artistique.
Lire aussi: L'ascension de Jérémie Balavoine
Accompagné de son frère Guy, Daniel, ayant quitté Vogue, devient alors choriste. À la même période, Patrick Juvet prépare son passage à l'Olympia et recherche un choriste avec une haute tessiture. Contacté par sa productrice, Daniel est engagé et entame avec l'artiste une tournée en 1974. Daniel Balavoine lui compose une chanson, "Couleurs d'automne", pour son prochain album intitulé Chrysalide ; Patrick Juvet, généreux, la lui laisse chanter. Le disque sort chez Barclay. C'est d'ailleurs pendant cet enregistrement que Daniel fait la connaissance d'Andy Scott, ingénieur du son qui ne le quittera plus.
Séduit par la voix de Balavoine, Léo Missir, vice-président et directeur artistique de Barclay, lui fait signer sur le champ un contrat de trois albums. Le premier 33 tours de Daniel Balavoine sort en mars 1975 et s'intitule De vous à elle en passant par moi. Peu avant, il croise la route de Catherine Ferry dont il tombe amoureux. Il devient par ailleurs le pygmalion de la jeune femme. Elle est choisie pour représenter la France à l'Eurovision en 1976 et termine deuxième. Les frères Balavoine chantent les chœurs.
Au cours d'un voyage en Pologne, Balavoine, heurté par le climat politique ambiant, imagine un album-concept autour du mur de Berlin. Intitulé Les Aventures de Simon et Gunther…, le disque sort en avril 1977.
L'Ascension vers la Gloire
La carrière de Daniel Balavoine prend un tournant décisif lorsqu'il est choisi par Michel Berger pour interpréter le rôle de Johnny Rockfort dans l'opéra rock Starmania. Impressionné par une prestation de Balavoine qui interprète à la télévision Lady Marlène, Michel Berger l'embauche . En octobre 1978 sort l'album studio de Starmania, dont de nombreux titres deviennent en quelques semaines des hits. Balavoine y interprète "Quand on arrive en ville", "Banlieue nord" et le "S.O.S. d'un terrien en détresse", composé et taillé sur mesure à sa voix. Le disque demeure la septième meilleure vente française de l'Histoire, cumulant deux millions deux cent mille unités.
En parallèle, Daniel Balavoine enregistre son troisième album "Le Chanteur" avec le groupe Clin d'?il. La chanson éponyme, devenue un standard incontournable du répertoire francophone, obtient un succès fulgurant et se vend à plus d'un million d'exemplaires, entraînant avec lui quelque huit cent mille albums vendus. Avec ce titre, Balavoine lucide et amer, chante les ambitions et les craintes d'un artiste en devenir. Il évoque la fulgurance du succès d'un nouveau venu dans le monde de la chanson, qui adulé du public et reconnu par les médias donne « des concerts de 100 mille personnes, où même le tout Paris s'étonne », puis passe au terme d'une longue carrière du statut d'idole à celui de vieux chanteur jugé ringard par la jeune génération et s'achève, après l'abandon de toute illusion et le désamour du public, par : « J'veux mourir malheureux / pour ne rien regretter ».
Lire aussi: Joana Balavoine : héritage et identité
Du 10 avril au 3 mai 1979, Starmania est joué au Palais des congrès de Paris, où cent mille personnes au total assistent au spectacle. Fort de cette expérience, il enregistre son quatrième album Face amour / Face amère, qui sort en octobre 1979. Le disque se vend moins bien que le précédent. Le disque comprend notamment : Love Linda, dédié à sa nouvelle compagne Linda Lecomte, Rougeagèvre, Ces petits riens une douce balade pop et Me laisse pas m'en aller dont la construction musicale rappelle celle du Chanteur. Sans réel tube, le disque est moyennement accueilli par le public, tout en étant salué par la critique qui lui décerne le prix Raoul-Breton.
L'Artiste Engagé et Innovateur
Toujours en ce début d'année 1980, il apparait dans le film Alors… Heureux ? Il fait aussi sensation le 19 mars 1980, lors d'un débat au journal de midi sur Antenne 2 au cours duquel il prend à partie François Mitterrand, alors premier secrétaire du Parti socialiste et par la même occasion les journalistes présents sur le plateau, les accusant d'ignorer les problèmes de la jeunesse dans un monologue resté célèbre. Les médias l'érigent alors en porte-parole de cette même jeunesse ; un rôle qu'il réfute et dont il désirera toujours se défaire estimant que ce n'était pas du tout son intention. Créant la polémique, il devient désormais un invité incontournable des émissions-débats, devenant un "bon client" aux yeux des médias. En bon ami, il soutient à l'époque la candidature de Coluche à l'élection présidentielle de 1981.
Fort du succès de ses nouvelles chansons, Daniel réinvestit la scène de l'Olympia du 10 au 14 mars 1981. Il fait salle comble et enregistre son premier album en public, Balavoine sur scène qui parait en novembre 1981. La Chine est très présente dans ce spectacle. Durant l'hiver 1981, il part à Ibiza enregistrer un sixième 33 tours avec de nouveaux musiciens, dont le batteur américain Joe Hammer. À 30 ans Balavoine veut entamer un nouveau virage musical, plus rock, plus électronique, s'écartant de plus en plus de l'acoustique. Dieu que l'amour est triste, Soulève-moi et le titre éponyme de l'album sont aussi notables. Estimant que ses productions sont maintenant dignes de concerts plus imposants, il investit la plus grande salle parisienne de l'époque, le Palais des sports, où il joue à guichets fermés du 9 au 13 juin 1982. Les moyens mis en œuvre sont importants et Balavoine offre au public un grand spectacle.
Balavoine était reconnu pour son franc-parler et ses prises de position médiatiques. Il n'hésitait pas à provoquer les corporations ou le monde politique dans des interventions restées célèbres. Il était également un pionnier de la pop électronique en France, intégrant des sonorités nouvelles dans sa musique à partir des années 1980.
Passionné de sports mécaniques, Balavoine participe en janvier au Paris-Dakar. Tombé en panne à la première étape, il suit la caravane en touriste et découvre l'Afrique. Électrochoc pour Daniel Balavoine qui prend violemment conscience de la famine et de la pauvreté du continent. Durant l'été, il part en Écosse composer son septième album Loin des yeux de l'Occident. Sorti en octobre 1983 et réputé être son album le plus engagé, les textes évoquent les femmes du tiers-monde avec Pour la femme veuve qui s'éveille, la torture avec Frappe avec ta tête, la drogue avec Poisson dans la cage, les dictatures d'Amérique du Sud avec Revolucion. Notons également : Partir avant les miens, dont le texte à l'annonce de sa mort sonnera comme étrangement prémonitoire. Pendant trois semaines, à 18h30, il tient une chronique quotidienne de 2 minutes 30 sur une éphémère radio 95.2, il réagit sur l'actualité en rédigeant des billets d'humeurs. En septembre 1983 il préfigure les Restos du Cœur dans une de ses chroniques en émettant l'idée d'une grande « banque alimentaire ».
Lire aussi: Retour sur le parcours de Fernando Alonso
Le chanteur invité à l'émission d'information 7 sur 7 le 23 octobre 1983, jour de l'attentat du Drakkar au Liban où son frère Yves ? militaire ? est basé, il lance sous le coup de l'émotion : « J'emmerde les anciens combattants! ». Phrase en fait adressée à tous ceux qui souhaitent à la jeunesse « une bonne guerre ». Il poursuit avec véhémence et colère dans une diatribe profondément anti-politique et anti-militariste.
Balavoine entreprend une tournée marathon à travers la France durant l'hiver-printemps 1984. Le 15 juillet 1984, naît son fils Jérémie. Sa tournée se clôture au Palais des sports du 21 au 30 septembre, où est enregistré le double album live Balavoine au Palais des sports. Daniel Balavoine présente au public un spectacle qui utilise les faisceaux Vari-Lite (projecteurs assistés par ordinateur dont le spectre est quasi-infini) et la technologie HF (sans fil). Le décor est très dépouillé, Balavoine privilégiant largement la lumière et le rendu sonore, qu'il désire irréprochable.
Engagement Humanitaire et Tragique Disparition
Durant les années 1985-1986, Daniel Balavoine s'engage personnellement en faveur de l'Afrique par le biais du Dakar, œuvrant notamment à l'acheminement sur place de pompes à eau destinées à l'agriculture locale. Le 1er janvier 1985, Balavoine se lance dans son deuxième Paris-Dakar comme copilote de Jean-Luc Roy à bord d'un Toyota.
L'année 1985 marque l'entrée du showbiz dans le monde de l'humanitaire: Les artistes du monde entier se mobilisent pour l'Éthiopie qui subit alors une famine effroyable. À l'initiative de Bob Geldof qui a créé Band Aid l'année passée, un concert planétaire est donnée le 13 juillet 1985 au Wembley Stadium qui est marqué par des performances scéniques, comme, par exemple, celle de Queen. Une délégation française, composée de Michel Berger, France Gall, Jean-Jacques Goldman, et Daniel Balavoine, est présente. Amer de n'être que spectateur de l'événement, le groupe décide de reproduire un exploit similaire en France. Ce sera le concert des Chanteurs sans frontières organisé par Renaud à La Courneuve le 13 octobre 1985. Daniel Balavoine y chante en duo Je marche seul avec Jean-Jacques Goldman et Il jouait du piano debout avec France Gall.
Durant l'été, Balavoine retourne en Écosse pour enregistrer son huitième album studio. Sauver l'amour parait en octobre 1985. Le disque est également diffusé en CD, format d'écoute encore rarissime à cette époque), ce qui, en bon amateur de nouvelle technologie, fait le bonheur de Daniel Balavoine. L'album est marqué musicalement par l'utilisation d'un sampleur Fairlight, permettant une large gamme de sonorités nouvelles et encore inédites en France où l'appareil n'est pas encore en usage. On y trouve L'Aziza en hommage à sa femme Corine, juive-marocaine, le plus grand succès de l'album, dont les ventes en single dépassent le million d'exemplaires. Sur les neuf chansons que compte l'album, quatre deviennent des tubes : Tous les cris les S.O.S. hymne du désespoir, Sauver l'amour et Aimer est plus fort que d'être aimé. La quasi totalité des titres traitent d'un problème politique ou social: une jeunesse incomprise pour Petite Angèle, le sujet grave des enfants soldats avec Petit homme mort au combat, la rupture avec Ne parle pas de malheur et la sécheresse (et a fortiori la famine en Éthiopie) avec Un enfant assis attend la pluie qui clos l'album. Après sa mort, on apprendra que l'artiste avait cédé en secret tous les droits de cette dernière chanson au profit de l'Afrique.
Toute la fin de l'année 1985 est consacrée à la promotion du disque. Balavoine participe à plusieurs manifestations parmi lesquelles, les premières Victoires de la musique le 23 novembre qu'il préside pendant une partie en remettant un prix à Jean Michel Jarre et au groupe Téléphone. Le 7 décembre, il reçoit le prix de la chanson anti-raciste pour L'Aziza des mains de Harlem Désir au nom de SOS Racisme. Militant de la première heure au sein de cette association, il était inscrit comme militant de base au comité de Colombes, son lieu de résidence. Quelques jours plus tard le 14 décembre, il participe au lancement officiel des Restaurants du cœur par son ami Coluche. Parmi ces projets, Daniel Balavoine se voit confier la responsabilité de l'opération Pompes à eaux pour l'Afrique, qui l'amène à repartir sur le Paris-Dakar, non pas en tant que…
En 1986, Daniel Balavoine repart sur le Paris-Dakar pour des raisons humanitaires. Le 14 janvier, non loin de la frontière entre le Mali et le Burkina-Faso, l'hélicoptère de Thierry Sabine s'écrase au sol.
Le 14 janvier 1986, lors de la 14ème étape de la course entre Niamey et Gourma-Rharous au Mali, Daniel Balavoine et Thierry Sabine montent à bord d'un hélicoptère pour rejoindre la ville de Gao. Après un entretien avec le gouverneur malien, les deux hommes donnent le coup d'envoi d'un match de football, organisé en marge du Paris-Dakar. Ils reprennent ensuite l'hélicoptère direction Gourma-Rharous, l'arrivée de l'étape du jour. Mais au coucher du soleil, vers 19h20, l'hélicoptère repart, sans être équipé pour voler de nuit. D'autant que les conditions climatiques sont critiques. L'appareil est difficile à contrôler, le pilote décide d'atterrir avant le but, qui était Gourma-Rharous. Il finit par perdre le contrôle et l'hélicoptère termine sa course dans une dune après avoir fait plusieurs loopings. Si ce déroulé de la journée semble avoir été prouvé, les circonstances exactes du drame restent floues, notamment à cause de l'absence de témoins directs.
Outre Daniel Balavoine et Thierry Sabine, l'accident coûte la vie au pilote François-Xavier Bagnoud, à la journaliste Nathalie Odent et au technicien radio Jean-Paul Le Fur.
Après l'accident, le corps du chanteur est rapatrié en France pour y être inhumé. Ses obsèques ont été célébrées le 20 janvier 1986 à Biarritz, où il est enterré.
tags: #Balavoine #date #de #naissance #et #biographie
