La grossesse est une période de profonds changements physiologiques pour la femme, une période de partage intense avec le futur bébé. Malheureusement, ce partage peut parfois inclure des infections, souvent asymptomatiques chez la mère, mais potentiellement graves pour le fœtus ou le nouveau-né. Ces infections, dites materno-fœtales ou néonatales, représentent un défi majeur en obstétrique, nécessitant une surveillance attentive et une prise en charge rapide.

Qu'est-ce qu'une infection materno-fœtale ?

Une infection materno-fœtale est une infection transmise de la mère à son enfant, soit pendant la grossesse, soit au moment de l'accouchement. L'autre appellation fréquente est infection néonatale, ce qui renvoie au syndrome clinique de bactériémie caractérisé par des signes et symptômes survenant chez un nouveau-né âgé de 0 à un mois de vie, indiquant une infection. Ces infections peuvent être causées par divers agents pathogènes : bactéries, virus ou parasites. Elles peuvent avoir des conséquences variables, allant de troubles bénins à des complications sévères, voire mortelles, pour le bébé.

Les voies de transmission

La transmission des agents infectieux peut se faire de différentes manières :

  • Voie transplacentaire: L'agent infectieux traverse le placenta et infecte directement le fœtus. Le placenta, qui forme normalement une barrière protectrice, peut parfois être franchi par certains agents pathogènes. Le taux de transmission dépend de l'agent infectieux et du terme de la grossesse. Par exemple, la rubéole se transmet plus facilement au premier trimestre, et les infections transmises à ce stade sont souvent les plus graves.

  • Voie ascendante: L'infection remonte par le col de l'utérus, surtout lorsque la poche des eaux est rompue. C'est souvent le cas du streptocoque B.

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  • Pendant l'accouchement: Le bébé peut être contaminé lors de son passage dans la filière génitale maternelle.

Les infections les plus courantes

En France, les infections materno-fœtales les plus fréquemment rencontrées sont :

  • Le cytomégalovirus (CMV): Ce virus de la famille des herpèsvirus est une cause fréquente d'infection congénitale.

  • Le streptocoque B: Cette bactérie peut provoquer des infections néonatales graves, telles que des méningites ou des septicémies.

  • La toxoplasmose: Cette infection parasitaire peut avoir des conséquences graves sur le développement du fœtus, notamment des atteintes neurologiques et oculaires.

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  • La listériose: L’agent infectieux responsable de la listériose est la bactérie Listeria monocytogenes. Il s’agit d’un bacille long de 1 à 2 µm ayant la capacité de se multiplier à basse température et en présence de fortes concentrations en sel. Cette bactérie est ubiquitaire : on peut la retrouver dans l’eau, le sol, les végétaux en décomposition et chez de nombreux animaux. L. Le principal mode de contamination humaine est l’ingestion d’aliments contaminés. Leur dissémination large peut être à l’origine d’épidémies. La bactérie est sensible à la chaleur, mais peut se multiplier lentement à la température des réfrigérateurs (4°C). Chez la femme enceinte, l’infection est en général sans conséquence pour la mère : elle peut passer inaperçue, prendre la forme de contractions et d’une mise en travail prématurée, ou se traduire par une fièvre isolée. Elle peut provoquer un avortement spontané, un accouchement prématuré et une mort fœtale. Le nouveau-né infecté peut présenter une infection sévère, aggravée par la prématurité, qui peut combiner septicémie, infection pulmonaire, neurologique et cutanée. Le placenta peut être le siège des foyers infectieux macroscopiques, et sa mise en culture permettre d’isoler la bactérie.

D'autres infections, comme la rubéole, la varicelle ou l'herpès, peuvent également être dangereuses pour le fœtus ou le nouveau-né.

Dépistage et prévention

La prévention des infections materno-fœtales repose sur plusieurs piliers :

  • Dépistage: Un dépistage obligatoire est réalisé en début de grossesse pour les infections tératogènes, c'est-à-dire celles qui présentent un risque de malformation sur le fœtus, comme la rubéole. Un dépistage du streptocoque B est également effectué en fin de grossesse (au huitième mois) via un prélèvement vaginal.

  • Surveillance: En cas de fièvre pendant la grossesse ou le travail, une évaluation du risque infectieux est réalisée et un traitement est mis en place si nécessaire. Les prises de sang régulières permettent de dépister des infections asymptomatiques.

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  • Vaccination: La vaccination est un moyen efficace de prévenir certaines infections, comme la rubéole. La consultation préconceptionnelle est importante pour faire le point sur les vaccinations et les éventuels risques infectieux.

  • Information: Il est essentiel d'informer les femmes enceintes sur les risques infectieux et les mesures de prévention à adopter.

La chorioamniotite

La chorioamniotite est une infection ou une inflammation du placenta qui touche l'œuf dans lequel se trouve le fœtus. Elle est généralement provoquée par des microbes du vagin, le Streptocoque B et le colibacille, qui remontent vers l'oeuf par la voie ascendante.

Diagnostic: Lorsqu'une femme enceinte ressent de la fièvre, elle doit consulter immédiatement un professionnel de santé. Si elle arrive à terme, les médecins vérifient s'il y a d'autres signes de chorioamniotite, grâce à l'enregistrement du rythme cardiaque fœtal (s'il est trop élevé cela est mauvais signe). Puis, ils veillent à ce qu'il n'y ait pas d'augmentation des globules blancs au-delà de 15 000 (hyperleucocytose). Enfin, ils observent s'il y a une augmentation de la CRP, protéine de l'inflammation. En cas de rupture de la poche des eaux, les médecins analysent le liquide afin de déterminer s'il est alcalin ou non. Lorsque c'est le cas, cela signifie que le liquide provient du liquide amniotique et non du vagin.

Traitement: Quand la chorioamniotite est diagnostiquée, il faut agir sans attendre. La naissance est provoquée. Une fois le bébé né, l'équipe médicale effectue des prélèvements du liquide gastrique, de l'oreille (tous deux composés de liquide amniotique) et de l'anus. Cela permet d'identifier la potentielle présence des microbes streptocoque B et colibacille. Si la chorioamniotite survient en début de grossesse (à 3 mois et demi ou 4 mois), le pronostic vital du bébé est extrêmement mauvais. En cas de chorioamniotite en fin de grossesse, les membranes se rompent avant le travail. Il y a alors 8 à 9 chances sur 10 que le bébé se mette en route dans les 24 heures. Si après 2 heures le travail n'a pas commencé, les recommandations sont de mettre la future mère sous antibiotiques, pour éliminer le streptocoque B et 75 % des colibacilles.

Symptômes chez le nouveau-né

Chez le tout-petit, plusieurs éléments peuvent indiquer une infection néonatale, mais ceux-ci sont bien connus de tout le personnel médical prenant en charge le nouveau-né. Quand une infection est causée par une bactérie, le risque le plus fréquent est que le bébé fasse une forme grave, allant parfois jusqu’à une méningite ou un choc septique. Les pédiatres, sages-femmes et infirmières puéricultrices sont formés pour reconnaître ces signes.

Traitement

Le traitement des infections materno-fœtales dépend de l'agent infectieux en cause. Quand l’infection est virale, il n’y a pas de traitement reconnu particulier. S’il y a des symptômes, dans les cytomégalovirus par exemple, on peut donner un traitement antiviral sur plusieurs semaines. Dans d’autres cas, on donnera un traitement antiparasitaire. Le traitement antibiotique repose sur l’administration d’amoxicilline, souvent combinée à la gentamicine. Il est d’autant plus efficace qu’il est administré rapidement après diagnostic.

Pronostic

Le pronostic dépend de l'infection, du terme de la grossesse et de l'état de santé du bébé. Dans une infection néonatale herpétique, le pronostic est mauvais. Une rougeole à l’accouchement ou une varicelle peuvent aussi donner des formes néonatales graves sur un bébé. Tout dépend également du contexte, du poids de naissance. Heureusement, dans la majorité des cas, cela se passe bien, mais il s’agit d’éviter au mieux ces agents infectieux pendant la grossesse.

Le microbiote placentaire : une nouvelle perspective

L’environnement fœtal est considéré comme stérile, aussi pensait-on que les nouveau-nés avaient un système immunitaire immature et « naïf », vierge de toute expérience, et que ce système n'acquérait une mémoire des infections qu'après la naissance. Or, des études récentes ont révélé la présence d'un microbiote non pathogène dans le placenta, comparable au microbiote oral. Les auteurs pensent que les microbes voyagent de la bouche vers le placenta par le sang.

Des études ont comparé des fœtus murins nés de souris sans microbiote à ceux issus de souris normale avec microbiote, en mesurant notamment les différences d’expression de certains gènes. Résultats : chez les fœtus de souris « germe-free », les gènes impliqués dans l’immunité étaient moins actifs au niveau intestinal, tout comme ceux impliqués dans le développement et le fonctionnement du système nerveux, dans le fonctionnement du placenta ou dans le métabolisme énergétique.

L’analyse de leur contenu (protéines et ARNr 16S) montre que les vésicules fécales et amniotiques contiennent en commun un sous-groupe de protéines ayant les mêmes caractéristiques fonctionnelles et provenant des même phyla bactériens (Bacteroidetes, Firmicutes, Proteobacteria et Actinobacteria). Hypothèse des auteurs : les vésicules extracellulaires présentes dans le liquide amniotique seraient ingérées par le fœtus ; elles viendraient ensuite guider le système immunitaire fœtal vers la tolérance immunitaire requise pour une colonisation précoce de l’intestin à la naissance.

Ces découvertes ouvrent de nouvelles perspectives sur le rôle du microbiote dans le développement immunitaire du fœtus.

La placentophagie : une pratique controversée

La placentophagie, ou le fait de consommer son placenta après l'accouchement, est une pratique de plus en plus répandue, notamment chez les célébrités. La pratique telle qu’on la connaît est née en 1970 aux États-Unis. Depuis, les stars aussi s’y sont mises. En 2006, Katie Holmes et Tom Cruise sont les premiers à l’avoir avoué : Ils ont goûté au placenta après la naissance de leur fille, Suri. Depuis cette annonce, la folie de la placentophagie s’est propagée. Kim Kardashian l’avale en gélules après la naissance de son fils Saint et l’affiche sur son Instagram. Mayim Bialik, l’actrice de Big Bang theory aussi. Aujourd’hui, les dizaines de stars prônant sa consommation ont achevé de mettre le placenta à la mode.

Certaines femmes affirment en ressentir le besoin, puisqu’il s’agit du lien les unissant directement à leur enfant. D’autres l’utilisent pour lutter contre la fatigue ou la dépression post-accouchement. La plupart des stars choisissent donc une méthode moins rebutante, la prise sous forme de gélules. Autre solution : se mettre aux fourneaux. Des tutoriels YouTube proposent d’avaler son placenta en smoothie ou en steak. Des livres de cuisine proposent des recettes pour les déguster en lasagne, ou encore sous forme de chocolat… Il y en a pour tous les goûts.

Cependant, aucune étude ne prouve les bienfaits du placenta. En 2015, la revue Archives of women’s mental health dénonçait déjà l’absence de règles concernant la conservation et la préparation du placenta. Le risque : que la chaîne du froid ne soit pas respectée et que le placenta devenu aliment ne s’avarie. Le CDC, le centre pour le contrôle et la prévention des maladies américain, tire la sonnette d’alarme concernant le processus d’encapsulation. Un nourrisson, pourtant en parfaite santé à la naissance, a développé une grave infection respiratoire. Lors de son deuxième passage à l’hôpital, son médecin traitant a diagnostiqué la cause de ce mal : la mère avalait, depuis l’accouchement, des capsules de placenta séché… Bourré de bactéries.

En France, les sages-femmes ont l’interdiction formelle de récupérer et de donner le placenta des patientes. L’organe se retrouve donc à la poubelle ou en laboratoire.

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