L'avortement est un droit fondamental pour les femmes, reconnu en France depuis 1975 grâce à Simone Veil. Cependant, ce droit n'est jamais acquis définitivement et peut être remis en question. Chaque année, environ 220 000 IVG (interruptions volontaires de grossesse) sont pratiquées en France, ce qui signifie qu'environ 33 % des femmes y ont recours au moins une fois dans leur vie. Mais qui sont ces femmes ? Ce sont nos sœurs, nos mères, nos amies, nos voisines… Des femmes de tous âges et de tous horizons qui, pour diverses raisons, se retrouvent enceintes à un moment où elles ne le souhaitent pas.
L'expérience de l'avortement est différente pour chaque femme, et elle l'est d'autant plus quand on est déjà mère. Comment décider de ne pas donner la vie à un enfant quand on sait déjà le bonheur que cela peut apporter ? Comment trouver un accord avec son conjoint sans laisser de traces ? Qu'est-ce qui se joue au plus profond du cœur et du corps d'une maman confrontée à ce choix ?
Cet article se propose de donner la parole à des femmes qui ont vécu cette situation, afin de mieux comprendre les enjeux et les émotions qui entrent en jeu.
Témoignages de mamans ayant avorté
Léa : L'ambivalence des sentiments
Léa, 27 ans, est déjà maman d'un bébé de 11 mois lorsqu'elle découvre qu'elle est de nouveau enceinte. Une grossesse non désirée qui arrive à un moment inopportun. Elle et son conjoint se demandent s'ils doivent garder ce bébé ou non. Finalement, le choix de l'IVG s'impose comme la bonne décision. Léa décrit très bien l'ambivalence des sentiments qu'elle a ressentis :
"Contrairement à la première fois, ce bébé n'était pas attendu. J'ai vécu avec difficulté ma première grossesse. J'ai été malade pendant neuf mois. Quand mon premier est arrivé, j'ai été confrontée à plusieurs difficultés. Dans ma vie de maman, cela se traduit par un allaitement chaotique, un bébé qui pleure beaucoup et qui me renvoie à mon impuissance, à un sentiment d'échec, de tristesse. Dans ma vie de femme en couple, cela se traduit par des disputes, des désaccords, de la fatigue et le sentiment d'être incomprise. Lors de mes premiers mois en tant que maman, j'ai été traversée par un grand sentiment de solitude, même si j'étais bien entourée. Il nous aura fallu 6 mois pour que les médecins diagnostiquent un reflux gastro-œsophagien (RGO) à notre fils et qu'on trouve enfin notre équilibre."
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Après la naissance de son premier enfant, Léa se sent dépassée et oublie de reprendre une contraception. Elle tombe enceinte par surprise et se sent submergée par une vague d'émotions :
"De nombreux sentiments me traversent. Je m'effondre. Cette nouvelle me fait peur. D'un commun accord avec Monsieur, je prends rendez-vous avec l'hôpital le plus proche, pour se renseigner, pour une éventuelle IVG. J'ai le sentiment que si je ne me dépêche pas, je n'aurais plus le courage de prendre les rendez-vous, et que je serais obligée de garder ce bébé, même si ce n'était pas prévu, même si je ne suis pas prête."
Léa se sent seule et incomprise, d'autant plus que son conjoint a peur de la blesser en parlant de ce choix difficile. Elle décide de consulter une psychologue pour exprimer ses émotions et prendre la bonne décision.
"Malgré tout, j'ai cette peur de faire le mauvais choix, cette peur de regretter qui est bien ancrée en moi, et qui me pousse à avoir un fort sentiment de tristesse, de solitude."
Finalement, Léa et son conjoint choisissent l'IVG. Elle se sent soulagée, mais aussi coupable :
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"J'ai mal, parce que dans mon entourage, j'ai des amies qui rêvent d'un bébé, qui font des FIV, ou qui ont vécu des fausses couches, ou la perte de leur nouveau-né. Je me dis que la vie est injuste. Mais je ne peux pas vivre et faire mes choix de vie pour les autres."
Léa prend le premier médicament et se prépare à l'expulsion de l'embryon. Elle sait que ce bébé l'aura rendue plus forte et que son âme recroisera peut-être son chemin un jour.
Pauline : Un choix compliqué au sein du couple
Pauline a déjà deux enfants lorsqu'elle découvre qu'elle est enceinte. Elle et son mari doivent prendre une décision difficile : agrandir leur famille ou non. Ils choisissent finalement l'avortement, mais le chemin qui les mène à ce choix est long et douloureux.
Justine : Une IVG sous la pression familiale
Justine, 17 ans, tombe enceinte de son petit ami Jules. Pour le couple, c'est une explosion de joie. Mais pour les parents de Justine, c'est le choc. Ils la poussent à bout pour qu'elle avorte. Sous la pression, elle finit par céder, à contrecœur.
"Ça a été une épreuve terrible pour moi comme pour Jules."
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Quelques mois plus tard, Justine tombe enceinte à nouveau et fait une fausse couche. Elle prend alors conscience de son désir profond d'être mère. Quelques semaines plus tard, elle tombe enceinte pour la troisième fois en cinq mois et décide de garder l'enfant, malgré l'opposition de ses parents.
Une expérience traumatisante
L'expérience de l'IVG a été traumatisante pour Justine. Elle avait l'impression d'avoir commis un acte terrible et elle a eu du mal à s'en remettre.
"L'expérience de l'IVG m'a fait l'effet d'une bombe lorsque j'étais maman de 2 enfants. Alors que c'était davantage un problème à résoudre et à cacher à l'époque où j'avais 19 ans, jeune étudiante."
Monique : L'IVG dans la clandestinité
En 1979, Monique, 23 ans, tombe enceinte alors qu'elle n'est pas prête à devenir mère. Elle boit des décoctions abortives, mais cela ne fonctionne pas. Elle se rend alors chez un gynécologue bienveillant qui pratique une aspiration dans son cabinet. Monique ne parle de son IVG à personne, sauf à une amie. Deux ans plus tard, elle devient mère et avoue à son compagnon son IVG précédente. Il réagit très mal, mais Monique assume son choix.
"C'est une décision qui appartient aux femmes."
Monique ne regrette pas son IVG, car elle s'est déroulée dans de bonnes conditions et elle ne s'est pas sentie stigmatisée.
Lucienne : Des IVG douloureuses et regrettées
Lucienne a subi trois IVG au cours de sa vie. Elle se souvient surtout d'une expérience traumatisante à l'hôpital, où elle a vu des bocaux contenant des fœtus. Elle a ensuite eu recours à des tisanes abortives, mais cela n'a pas fonctionné. Elle a finalement subi un curetage, mais a failli mourir d'une hémorragie. Lucienne regrette ses IVG et prie pour que ces enfants lui pardonnent.
Evelyne : L'IVG à 50 ans
Evelyne a subi trois IVG au cours de sa vie. La dernière a eu lieu à Cayenne, alors qu'elle avait 50 ans et qu'elle pensait être ménopausée. Elle se rend à la PMI, mais l'accueil est froid et elle se sent fragilisée. Avec son mari, la décision d'avorter est prise rapidement et ils n'en parlent plus jamais.
"Je n'estime pas avoir utilisé l'IVG comme une contraception. J'ai toujours pris la pilule, mais il y a eu des accidents de parcours. Par contre, j'ai choisi mon destin d'être maman ou pas."
Les raisons qui poussent les mamans à avorter
Les raisons qui poussent une maman à avorter sont multiples et complexes. Elles peuvent être liées à des difficultés financières, à des problèmes de couple, à un manque de soutien familial, à des problèmes de santé, ou tout simplement au fait de ne pas se sentir prête à accueillir un nouvel enfant. Certaines femmes ont déjà des enfants et estiment qu'elles ne peuvent pas en assumer un de plus. D'autres ont vécu des grossesses difficiles ou des accouchements traumatisants et ne veulent pas revivre cette expérience.
Quelle que soit la raison, la décision d'avorter est toujours difficile et douloureuse. Elle est souvent source de culpabilité, de tristesse et de regrets. Il est important de respecter le choix de chaque femme et de lui apporter le soutien dont elle a besoin.
L'importance de l'accompagnement
L'accompagnement est essentiel pour les femmes qui envisagent un avortement. Il peut s'agir d'un accompagnement médical, psychologique ou social. Les centres de planning familial sont des lieux ressources où les femmes peuvent trouver des informations, des conseils et un soutien personnalisé. Il est également important de pouvoir parler de son expérience avec des personnes de confiance, comme des amis, des proches ou des professionnels.
Le droit à l'avortement : un droit fondamental à défendre
Le droit à l'avortement est un droit fondamental pour les femmes. Il leur permet de choisir si elles veulent ou non devenir mères. Ce droit est remis en question dans de nombreux pays, et il est important de le défendre et de le protéger. Il est essentiel que les femmes aient accès à une information claire et objective sur l'avortement, ainsi qu'à des services de qualité et à un accompagnement adapté. Il est également important de lutter contre la stigmatisation et les jugements envers les femmes qui choisissent d'avorter.
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