Introduction: Sexualité et Avortement dans l'Antiquité

Passionnée par la Rome antique, une étude approfondie de la sexualité des Romains a révélé comment le sexe était perçu, pratiqué et évoqué par nos ancêtres. Une précédente chronique a abordé l’aspect sociologique de l’avortement à Rome, laissant en suspens la question de la relation entretenue par les médecins avec ce dernier. L'avortement, sujet complexe et sensible, traverse l'histoire des civilisations, suscitant des débats éthiques, moraux et religieux. Dans le contexte de la médecine antique, et plus particulièrement dans l'œuvre de Soranos d'Éphèse, l'avortement thérapeutique mérite une attention particulière.

L'Avortement Thérapeutique: Définition et Contexte

L'avortement thérapeutique, tel qu'il était envisagé dans l'Antiquité, se distingue de l'avortement pratiqué pour des raisons de convenance personnelle ou de contrôle des naissances. Il s'agissait d'une intervention médicale justifiée par la nécessité de sauver la vie de la femme enceinte ou de préserver sa santé. Cette pratique s'inscrivait dans un contexte où les connaissances médicales étaient limitées et où les risques liés à la grossesse et à l'accouchement étaient considérables.

L'Avortement: Un Droit Fondamental?

Le droit à l’avortement est un droit fondamental. L'opinion commune imagine que dans ce passé-là, la reproduction humaine était entièrement vouée aux hasards de la « nature ». Un temps indéfini et uniforme où, les humains étaient condamnés, pour nous, à la soumission aux mécanismes de la génération et, pour eux, à la volonté divine à laquelle l’autorité religieuse ajoutait ses arrêts. Comment n’en conclurait-on pas qu’il était naturel que la résignation et le fatalisme s’emparassent des esprits ? À suivre les représentations communes de ce passé, ce temps très long d’avant la pilule, pour dire court, serait donc celui de l’absence de ce vouloir qui caractérise ce slogan. Tout cela est faux. Quelle que soit l’opinion que nous nous faisons de l’impuissance des populations anciennes à agir sur leur génération, les humains ont toujours cherché à contrôler leur descendance ou ont, au moins, pris conscience des conséquences de leur activité sexuelle. C’est évidemment le cas en Grèce antique.

Hippocrate et l'Avortement: Entre Serment et Réalité

Lorsqu’on parle de médecine antique, on pense directement à Hippocrate et son célèbre serment. Et notamment à cette phrase : « Ne pas nuire ». Cette locution induit l’idée qu’un médecin doit aider la vie, qu’il ne doit pas tuer. Une erreur commune est de dire que les médecins antiques étaient réticents à pratiquer un avortement. Avant tout, précisons que les médecins n’étaient pas les seuls à s’occuper des femmes et des problèmes gynécologiques. Il existait également des sages-femmes. Ces dernières connaissaient des recettes et pratiques abortives qu’elles transmettaient aux autres femmes. Certaines ont même écrit des manuels sexuels reprenant leurs conseils et recettes.

Le serment d'Hippocrate, texte fondateur de la déontologie médicale, contient une clause qui a souvent été interprétée comme une interdiction de l'avortement : « De même, je ne remettrai pas non plus aux femmes un pessaire abortif ». Si cet extrait semble inclure un refus de l’avortement, cela détonne cependant avec la quantité de recettes abortives que l’on trouve dans le corpus hippocratique. Le terme πεσσὸν doit avoir son importance, au moins à l’époque du traité. En effet, on voit qu’il disparaît par la suite, notamment chez Soranos d’Éphèse, dont le texte est souvent repris. Un pessaire abortif est un suppositoire vaginal que l’on introduit dans la matrice. Il peut être imbibé de différentes substances. Il est donc question d’un type particulier d’abortif. Passons maintenant à δώσω. L’emploi de la première personne du singulier est significatif et nous permet également de comprendre la présence de recettes de pessaire abortif dans le corpus hippocratique malgré leur « interdiction ». On pourrait supposer qu’il est ici question de prescrire ou de remettre un pessaire. Est-ce parce que c’est un acte que seul le médecin pouvait accomplir et qu’il ne fallait pas le faire seule pour des raisons médicales ?

Lire aussi: L'avortement aux États-Unis : une analyse juridique

Cependant, cette interprétation est nuancée par la présence de nombreuses recettes abortives dans le Corpus hippocratique, un ensemble de traités médicaux attribués à Hippocrate et à ses disciples. Ces recettes témoignent d'une connaissance empirique des plantes et des substances capables de provoquer l'interruption de la grossesse. La contradiction apparente entre le serment et les recettes abortives a conduit les historiens à s'interroger sur la position réelle des médecins hippocratiques face à l'avortement. La position des médecins a évolué, et devait sans doute être personnelle.

Soranos d'Éphèse: Un Gynécologue Novateur

Soranos d'Éphèse, médecin grec du IIe siècle après J.-C., est considéré comme l'un des plus grands gynécologues de l'Antiquité. Son traité Maladies des femmes est une source précieuse d'informations sur la santé des femmes, la grossesse, l'accouchement et les maladies gynécologiques. Soranos aborde la question de l'avortement de manière pragmatique et nuancée.

Dans son œuvre, Soranos distingue clairement l'avortement thérapeutique de l'infanticide, qu'il condamne fermement. Il considère que l'avortement est justifié lorsque la grossesse met en danger la vie de la femme ou lorsque l'enfant à naître est atteint d'une malformation grave. Soranos insiste sur la nécessité de prendre en compte l'état de santé de la femme et les circonstances particulières de chaque cas.

Les Méthodes d'Avortement selon Soranos

Soranos décrit différentes méthodes d'avortement, allant des remèdes à base de plantes aux interventions manuelles. Il met en garde contre les dangers de certaines pratiques et recommande de privilégier les méthodes les moins invasives. Parmi les remèdes à base de plantes, Soranos mentionne l'absinthe, la rue, le séné et le ricin. Ces plantes étaient réputées pour leurs propriétés abortives, mais leur efficacité et leur innocuité étaient variables.

En cas d'échec des remèdes à base de plantes, Soranos préconisait des interventions manuelles, telles que la dilatation du col de l'utérus et l'extraction du fœtus. Ces interventions étaient risquées et nécessitaient une grande habileté de la part du médecin ou de la sage-femme. Soranos insiste sur l'importance de respecter les règles d'asepsie et d'hygiène pour éviter les infections et les complications.

Lire aussi: Tout savoir sur les caillots après une interruption de grossesse

Le Rôle des Femmes dans la Pratique de l'Avortement

Il existait également des sages-femmes. Ces dernières connaissaient des recettes et pratiques abortives qu’elles transmettaient aux autres femmes. Certaines ont même écrit des manuels sexuels reprenant leurs conseils et recettes. « Laïs et Eléphantis ont donné, touchant ce pouvoir abortif, des recettes contradictoires, recommandant un charbon de racine de chou, ou de myrte, ou de tamaris éteint dans ce sang ; elles disent aussi que les ânesses restent sans concevoir pendant autant d'années qu'elles ont mangé de grains d'orge imprégnés de ce même sang. Dans son œuvre, Pline ne cite ces femmes qu’en ce qui concerne le corps de la femme, donc quelque chose qu’elles maîtrisent. Ces recettes abortives sont connues et partagées par les femmes. Les sages-femmes semblent être les premières personnes vers lesquelles les femmes se tournaient.

L'avortement n'était pas uniquement une affaire de médecins. Les femmes, en particulier les sages-femmes, jouaient un rôle important dans la pratique de l'avortement. Elles connaissaient des remèdes traditionnels et des techniques manuelles qu'elles transmettaient de génération en génération. Certaines femmes étaient spécialisées dans l'avortement et étaient sollicitées pour leur expertise.

Il est difficile de connaître avec précision le statut juridique et social de ces femmes. Certaines étaient respectées et considérées comme des professionnelles de la santé, tandis que d'autres étaient marginalisées et stigmatisées. Le secret et la discrétion étaient de mise dans la pratique de l'avortement, en raison des risques juridiques et sociaux encourus.

Aristote et l'Avortement: Une Question de Stade de Développement

Dans sa Politique, Aristote écrivait qu’une femme peut avorter uniquement si sa famille dépasse le nombre d’enfants fixé par la loi. Cet avortement ne pouvait toutefois se faire qu’avant que le fœtus ne développe sensibilité et vie. Donc lorsqu’il est passé du non-être à l’être. Durant la gestation, l’embryon va acquérir une âme. Lorsque celle-ci est formée, le fœtus devient un « animal », un être vivant.

Influence du Christianisme et Évolution des Mentalités

Le christianisme a exercé une influence non négligeable sur l’avortement et sa législation. Et par conséquent sur la médecine. Ainsi le concile d’Elvire en 300 condamne à l’excommunication une femme qui se fait avorter, quel que soit le stade de la grossesse ou les circonstances. « Quant à nous, l'homicide nous étant défendu une fois pour toutes, il ne nous est pas même permis de faire périr l'enfant conçu dans le sein de la mère, alors que l'être humain continue à être formé par le sang. C'est un homicide anticipé que d'empêcher de naître et peu importe qu'on arrache la vie après la naissance ou qu'on la détruise au moment où elle naît.

Lire aussi: Front Uni pour l'Avortement

Pratique Médicale et Législation

La pratique de la médecine est intrinsèquement liée à la législation, et au contexte politique dans lequel on se trouve. Il existe évidemment toujours des différences entre les médecins, souvent à cause de leurs opinions et convictions personnelles.

L'Avortement Thérapeutique et les Droits des Femmes: Un Débat Contemporain

L'avortement thérapeutique reste un sujet de débat dans de nombreux pays. Les arguments en faveur de l'avortement thérapeutique mettent en avant le droit des femmes à disposer de leur corps, la nécessité de préserver leur santé et leur bien-être, et la possibilité d'éviter la naissance d'enfants atteints de malformations graves. Les opposants à l'avortement thérapeutique mettent en avant le droit à la vie de l'enfant à naître et considèrent que l'avortement est un acte immoral, quel que soit le motif.

Ce débat contemporain fait écho aux discussions qui ont traversé l'histoire de la médecine et de la société. La pensée de Soranos d'Éphèse, qui a su concilier le souci de la santé des femmes et le respect de la vie, reste une référence importante pour éclairer ce débat.

Diversité des Pratiques Médicales au Féminin

L’existence de femmes exerçant une activité thérapeutique dans l’Antiquité grecque et romaine a peu à peu été pleinement reconnue par les chercheurs au cours de la deuxième moitié du XXe siècle. L’examen des traductions modernes fait prendre conscience des obstacles épistémologiques et culturels qui ont longtemps freiné leur identification. Au début du XXe siècle, des auteurs ont ainsi traduit sans justification le terme grec ἰατρίνη, la forme féminisée de ἰατρός, médecin, non par « femme médecin », mais par « sage-femme ». De même, le terme latin medica, le féminin de medicus, médecin, a parfois été traduit par « infirmière » ou « garde-malade ».

Attestée par de nombreuses sources fragmentaires, mais variées (épigraphiques, papyrologiques, littéraires, archéologiques, iconographiques), la présence féminine dans le champ de la pratique médicale antique n’est aujourd’hui plus contestée. Toutefois, de nombreuses questions restent débattues. Dans des sociétés caractérisées par une distribution différenciée des rôles sociaux selon les sexes, une répartition genrée du soin des corps était-elle une évidence ? La santé des femmes était-elle gérée exclusivement par d’autres femmes, ou des hommes avaient-ils aussi accès au corps féminin ? A l’inverse, les femmes ont-elles uniquement soigné d’autres femmes ou pouvaient-elles aussi traiter des hommes ? De manière plus large, avaient-elles des pratiques et des connaissances médicales spécifiques, différentes de celles des hommes ?

Il reste ainsi à définir de manière précise les activités désignées par les termes μαῖα en grec, obstetrix en latin, communément traduits par « sage-femme », et à saisir ce qui diffère dans l’appellation ἰατρός / ἰατρίνη en grec, medica en latin, « médecin », sans projeter nos catégories sur la terminologie antique. Il convient de relever que les Anciens eux-mêmes nous ont tendu des pièges en construisant des figures imaginaires à prendre avec une distance critique, comme celle de la femme experte en philtres et poisons, qui conforte une distribution traditionnelle des rôles entre les sexes. En Grèce ancienne déjà s’élabore le personnage déviant de la magicienne qui personnifie la gestion de savoirs associés aux φάρμακα, ces drogues utilisées tantôt comme médicaments, tantôt comme poisons. Aux figures mythiques d’Hélène, Andromaque, Médée et Circé, succèdent les empoisonneuses de la littérature latine, toutes origines sociales confondues. Leurs activités se déroulent dans la sphère domestique. Ces femmes font usage d’ingrédients parfois étranges qui semblent renvoyer à une expertise dans le domaine de l’alimentation et de la cuisine, ici pervertie à des fins médico-magiques.

Dans cette perspective, de nombreux travaux se sont attachés à reconstituer le contenu de « secrets » spécifiquement féminins, principalement en rapport avec la contraception et la procréation. La vision que nous transmettent les Anciens est cependant biaisée. Alors que les sources littéraires mettent en scène de dangereuses magiciennes, les textes épigraphiques et les papyrus opèrent un renversement, car les femmes y apparaissent majoritairement comme les victimes de pratiques érotiques agressives exercées par des hommes. Relevons aussi que l’intérêt pour les pharmaka n’est pas une exclusivité féminine, comme en témoignent les sources relatives aux expérimentations de puissants à la recherche d’une thériaque ou antidote efficace contre les poisons.

Les Termes Désignant les Praticiennes

La mise en place d’un vocabulaire féminisé spécialisé a souvent été associée aux étapes de la reconnaissance sociale des compétences médicales de femmes. D’autres dynamiques peuvent aussi être à l’œuvre dans l’évolution de la langue. En Grèce classique, différents termes nomment celles qui s’occupent principalement d’autres femmes, mais pas uniquement. Le terme grec le plus ancien, μαῖα, « la petite mère », désigne des femmes étroitement associées à l’obstétrique et aux soins du nouveau-né, qui prodiguent des soins dans un cadre familial et privé, sans indice clair d’une formation particulière. On sait peu de choses d’elles, hormis le fait qu’elles sont expérimentées, « fières de savoir couper le cordon », qu’elles ont en principe eu des enfants, tout en ayant passé l’âge d’en avoir, comme la mère de Socrate. Elles peuvent être des proches de la parturiente, des parentes ou des voisines, mais ces liens ne sont pas toujours mentionnés.

Magie et Médecine: Une Frontière Floue

Le recours aux pratiques magiques n’est pas propre aux femmes. Les vertus des herbes et des incantations font aussi partie des savoirs que transmet Chiron à Asclépios et Achille. La magie est d’abord l’un des modes d’action permettant aux femmes, comme aux hommes, de contrôler un « dedans » mystérieux, impossible à atteindre par d’autres moyens, dans les moments de grands périls comme lors d’une hémorragie. Dans l’Odyssée, les fils d’Autolycos soignent ainsi Ulysse blessé par un sanglier en alliant magie et médecine : « ils bandent avec art la jambe du héros, arrêtent le sang noir par le moyen d’un charme, epôidê ». Le souci d’accéder à des parties cachées du corps se retrouve dans la glyptique dite magique. Parmi les pierres à usage thérapeutique, utilisées tant par des femmes que par des hommes, un nombre très élevé est précisément destiné à prévenir ou soigner les maux de ventre, utérins ou d’estomac, ainsi qu’à juguler les saignements.

Les Hommes et les Femmes Lors des Accouchements: Une Participation Mixte

Les accouchements ne sont également pas une affaire exclusive de femmes. Une lecture attentive des traités hippocratiques révèle qu’il est impossible d’assigner le suivi d’une grossesse à des hommes ou des femmes uniquement. Hommes et femmes y assistent, seuls ou ensemble, à des accouchements de toutes sortes, faciles et compliqués. La différence majeure est que le praticien masculin est régulièrement désigné par le terme iatros, « médecin », qui apparaît déjà à l’époque archaïque, tandis que les femmes apparaissent plus rarement et sont nommées par des termes variés. Deux mots ont un sens proche de iatros, mais les savants modernes ne les ont pas traduits par « médecin ». Le deuxième terme est un participe substantivé, ἡ ἰητρεύουσα, dérivé de ἰατρεύειν, « soigner », comme iatros, et proche de la forme féminisée plus tardive iatrinê (ou iatreina). Dans Maladies des femmes, l’auteur l’utilise pour désigner une femme qui intervient avec habileté lors d’un accouchement qui se complique. Un troisième terme, ἡ ὀμφαλοτόμος, « celle qui coupe le cordon », se trouve dans un autre passage de Maladies des femmes, désignant une femme qui intervient cette fois avec maladresse en coupant trop vite le cordon, avant que le placenta ne soit expulsé de la matrice. Leur présence discrète se devine parfois uniquement à l’emploi d’un participe féminin qui indique qu’une femme procède à une manipulation délicate, comme πρώσασα « celle qui repousse », en l’occurrence la matrice vers le bas d’une femme qui a perdu connaissance dans Nature de la femme. Dans Excision du fœtus, elles sont quatre, simplement dénommées γυναῖκες, un terme qui s’applique aux femmes mariées ou âgées ; elles interviennent dans une naissance difficile en secouant violemment la parturiente pour tenter de modifier la position du fœtus.

Statut Imprécis des Femmes Compétentes en Médecine

Le statut des femmes auxquelles les hippocratiques s’accordent à reconnaître des compétences médicales est toutefois imprécis. Pourquoi les auteurs usent-ils d’une grande variété de termes, comme ἰητρεύουσα et ἀκεστρίς, et pas des termes génériques iatros ou iatrinê ? Cette absence pourrait s’expliquer par le genre littéraire. Elle constituerait une manière rhétorique de leur refuser une autorité égale aux praticiens masculins.

Préférence pour les Soins Féminins et Compétences Féminines

Un passage d’Hippolyte d’Euripide (428 av. J.-C.) suggère cependant que les femmes préféraient être soignées par d’autres femmes qui ne sont pas qualifiées de soignantes. Ces réticences rappellent le regret du iatros hippocratique qui doit gérer les silences de ses malades.

Dans l’Économique de Xénophon (vers 362 av. J.-C.), elle est confinée à la sphère familiale. Dans La République (fin du Ve s. av. J.-C.), toutefois, Platon énonce comme un fait établi l’aptitude des femmes pour la médecine, sans juger nécessaire de la démontrer. Pour lui, la compétence est indépendante de la nature, phusis, et donc du sexe. L’homme et la femme paraissent être également bons en médecine, sans distinction.

Phanostratê: Un Exemple de Femme Médecin

À l’époque hellénistique, le substantif masculin ἰατρός est appliqué pour la première fois à une femme sur une stèle funéraire attique du milieu du IVe s. av. J.-C. (vers 360-340 av. J.-C.). Le monument porte un bas relief qui représente la défunte assise en compagnie d’autres personnages. Fille ou épouse de citoyen, Phanostratê est donc une femme libre. Rarement attestée dans les épitaphes féminines, l’expression « tous la regrette », πᾶσιν ποθεινή, semble faire référence à une activité dont le rayonnement sort de la sphère familiale. Pour Lesley Dean-Jones, le terme iatros et ses composés pourrait désigner des femmes qui ont reçu une formation étendue, analogue à celle des hommes. Le monument offre l’intérêt supplémentaire de mettre en scène la défunte. Au premier coup d’œil, rien ne caractérise son métier. Vêtue d’un chiton et d’un himation, Phanostratê est assise sur un klismos, une chaise à dossier, les pieds sur un repose-pied. Elle serre la main d’une femme debout, sans doute Antiphilê, qui porte un chiton et tient de la main gauche l’himation qui recouvre sa tête inclinée dans une pose codifiée exprimant la tristesse. Au-delà du lien que traduit le geste conventionnel de la dexiosis, rien ne permet d’en savoir plus sur les rapports des deux femmes. Comme Natacha Massar le relève, l’inscription du nom d’Antiphilê suggère qu’elle avait un rapport particulier avec la défunte, mais que rien ne permet de préciser. Antiphilê est tantôt interprétée comme une parente, tantôt comme une patiente qui a commandité la stèle en reconnaissance des services de Phanostratê.

Les enfants pourraient aussi servir d’attributs de la compétence de Phanostratê à un deuxième niveau, en la désignant comme une mère accomplie, conformément à la description de Socrate qui recommande de recourir à des femmes ayant enfanté. Ce statut d’épouse et mère est associé à d’autres praticiennes sur des monuments plus récents. Quelques reliefs funéraires le suggèrent visuellement, d’autres le décrivent de manière explicite ; le médecin Glycôn vante ainsi les qualités de son épouse Pantheia, comme lui médecin à Pergame (Ier-IIe s.

tags: #avortement #thérapeutique #soranos #histoire

Articles populaires: